Juif (terminologie)

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Divers termes sont employés en français pour désigner les membres du peuple descendant du patriarche biblique Jacob dit Israël, ou se revendiquant comme tels ; le plus fréquent est le mot « Juif », mais d'autres sont employés, parfois à tort.

Historique des différentes dénominations[modifier | modifier le code]

Selon la Table des peuples du Tanakh, « des enfants naquirent [...] à Sem, le père de toute la race d'Héber[1]. » L'un de ses descendants, Abram l'Hébreu (hébreu: עברי, Ivri) migre d'Ur-Kasdim au pays de Canaan avec son épouse Saraï et le fils de son frère Haran, Loth. Il y fait souche et engendre plusieurs fils qui donneront naissance à des tribus dans le désert. Cependant, il les renvoie tous de son vivant à l'exception de son fils Isaac. Celui-ci engendre Esaü et Jacob, dits Édom et Israël.

Douze tribus issues d'Israël, descendent en Égypte lors d'une famine, y sont progressivement ostracisées et réduites en servage, avant d'en être miraculeusement délivrées au terme de quatre cents ans, et de retourner au pays que Dieu a promis à leurs pères. Au cours de la longue traversée dans le désert qui s'ensuit, à laquelle prennent part 600 000 âmes, ils reçoivent la Loi, sont instruits de leur histoire et des préceptes divins qu'ils sont tenus de suivre. Ils ne sont plus dénommés Hébreux mais enfants d'Israël (hébreu : בני ישראל, Benei Israel) d'où le terme israélite utilisé en français pour juif (surtout aux XIXe et XXe siècles lorsque le mot Juif avait une connotation négative).

La conquête de la terre est laborieuse et graduelle, parsemée de luttes intestines ou avec de puissants voisins. Unifiés sous la conduite d'un roi, les enfants d'Israël parviennent à prendre possession du pays. Cependant, deux générations plus tard, un schisme les sépare en un bloc sudiste, formé par les tribus de Juda et Benjamin, et un bloc nordiste, formé par les dix autres tribus. Celles-ci se donnent un roi régnant sur le royaume d'Israël, désormais rival, voire ennemi du royaume de Juda[2].

Le royaume d'Israël, prospère mais corrompu et en proie à l'idolâtrie, tombe en 721 AEC sous les coups de Sargon II, qui déporte sa population[3]. Le royaume de Juda lui survit jusqu'en 586 AEC, avant d'être conquis par Nabuchodonosor II, qui emmène sa population à Babylone. Au terme d'un exil de près de 50 ans, une poignée de volontaires est autorisée en 538 AEC à retourner sur ses terres par le roi perse Cyrus II, vainqueur de Babylone, et à reconstruire leur Temple. À son retour dans le pays de Yehouda, Ezra le scribe, jugeant déplorables les mœurs et coutumes des habitants résiduels du pays, entreprend de les réformer, excluant les enfants nés d'enfants d'Israélites et de païennes. Néhémie quant à lui rejette l'offre d'aide des Samaritains, que la Bible hébraïque présente comme des déportés assyriens, bien que les intéressés affirment descendre d'Israël et se basent sur la même Loi édictée par Moïse. C'est aux alentours de cette époque qu'apparaît la première mention de Yehoudi, « originaire de Judée, » dans le Livre d'Esther[4].

« Juifs »[modifier | modifier le code]

Le terme français « Juif, » ainsi que le « Jew » anglais proviendraient du vieux français giu ou juieu depuis le latin iudeus et le grec Ioudaios (Ἰουδαῖος), transcription de l'araméen Yehoudaïé[5], lui-même issu de l'hébreu יהודי (Yêhûdi), « Judéen », enfant d'Israël sujet de la province de Judée. Le mot Judée lui-même provient de Yehouda, le quatrième fils de Jacob et Léa, ainsi nommé selon la Bible par sa mère car « pour le coup, je rends grâce à l’Éternel (oDeH [ett] YHWH)[6] »

« Sémites »[modifier | modifier le code]

Le terme « sémite » provient de la forme grecque du nom du second fils de Noé, et désigne les descendants supposés de ce patriarche biblique[7], dont les Hébreux ne sont qu'une famille araméenne. Il est cependant inventé en référence à l'hébreu par August Ludwig von Schlözer, pour décrire le groupe de langues afro-asiatiques qui lui sont apparentées, dans le troisième volume du « Repertorium » de Johann Gottfried Eichhorn (p. 161, Leipzig, 1781), qui le fait passer dans le langage courant[8]. La définition linguistique des Sémites s'écarte toutefois de la Bible: les Élamites descendants de Sem ne parlent pas un langage sémitique, tandis que les Cananéens et Égyptiens, considérés bibliquement comme descendants de Ham sont linguistiquement sémites.

Au XIXe siècle, les Sémites sont caractérisés par Gobineau de race. Le nationaliste allemand Heinrich von Treitschke reprend à son compte cette idée de race, mais identifie les Sémites aux Juifs exclusivement, et le vocable « antisémitisme » est en pratique exclusivement utilisé pour faire référence à l'hostilité envers les Juifs comme groupe « religieux », « racial » ou « ethnique[9],[10]. ».

Le terme est incorrect, tous les Sémites n'étant pas juifs, et tous les Juifs n'étant pas sémites au vu de l'impact des conversions au judaïsme sur un hypothétique patrimoine génétique.

« Hébreux »[modifier | modifier le code]

Le terme « Hébreu » (עברי 'Ivri) est employé pour la première fois en conjonction avec Abraham[11]. L'origine de ce terme, telle que proposée par la tradition juive, est le nom du patriarche Eber[12]. Cependant, le nom d'Eber est utilisé pour désigner une collectivité, et la Septante traduit Ivri par περάτης (« l'homme provenant de la région d'en deçà »), faisant donc dériver le terme de « traverser » (לעבור la'avor[13]).

Selon la Bible, c'est par ce terme d'Hébreux que les Israélites étaient connus des autres nations, dont les Égyptiens et les Babyloniens[14]. Cependant, l'usage du terme Apirou par les Égyptiens laisse à penser qu'« Hébreux, » si le terme est bien équivalent à Apirou, désignait un groupe social disparate, et non une seule ethnie. Le seul usage du terme « Hébreu » utilisé après le récit de la sortie d'Égypte, sert à distinguer un ou une esclave hébreux d'un ou une esclave canaanéens[15] ; ceci pourrait inclure l'ensemble des populations transjordaniennes (les Ammonites, Moabites, Edomites, etc.), qui ont laissé des documents archéologiques, dont la stèle de Mesha, écrits dans le même alphabet et dans une langue très voisine.

« Israélites »[modifier | modifier le code]

Le terme « Israélites » désigne dans la Bible les descendants de Jacob aussi appelé Israël. « Israélites » traduit alors l'expression hébraïque בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל qui signifie précisément les enfants d'Israël.

À l'époque moderne, le terme a été repris comme synonyme de juif[16].

Référence[modifier | modifier le code]

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, article « JEW (The Word) », une publication tombée dans le domaine public.

  1. Genèse 10:21
  2. 1 Rois 12:16-20
  3. 2 Rois 17:6
  4. Esther 2:5-6
  5. La Bible dévoilée, page 55.
  6. Genèse 29:35
  7. Genèse 10:21-31
  8. "Einleitung in das Alte Testament", Leipzig, 1787, I, p. 45
  9. Bernard Lewis: « Antisemitism has never anywhere been concerned with anyone but Jews (l'antisémitisme n'a jamais été nulle part par quiconque d'autre que les Juifs » -- "Semites and Antisemites", Islam in History: Ideas, Men and Events in the Middle East, The Library Press, 1973.
  10. Voir
  11. Gen. 14:13
  12. Gen. 10:22, 25-30 ; 11:18-26
  13. cf. Josué 24:2
  14. Gen. 43:32; Jonas 1:9
  15. Ex. 21:2 ; Deut. 15:12
  16. « Israélite », sur le site du CNRTL

Voir aussi[modifier | modifier le code]