Alya

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Alya, Alyah, Aliya ou Aliyah est un mot hébreu (עליה ou עלייה, pluriel alyoth) signifiant littéralement « ascension » ou « élévation spirituelle ». Ce terme désigne l'acte d'immigration en Terre sainte (Eretz Israël, en hébreu) par un juif. Les immigrants juifs sont ainsi appelés Olim. Au contraire, le fait pour un juif d'émigrer en dehors de la Terre d'Israël, est appelé Yérida (ירידה : « descente ») et les émigrants juifs sont les Yordim.

L'alya religieuse[modifier | modifier le code]

Au fil des siècles, il y a eu ponctuellement de petites alyoth, individuelles ou par petits groupes. Il s'agissait principalement d'une immigration religieuse, visant à vivre en Terre sainte, près des lieux saints du judaïsme. En 1881, il y avait ainsi 25 000 juifs religieux, vivant essentiellement dans les quatre villes suivantes: Jérusalem, Safed, Tibériade et Hébron.

En 1882, l'alya des Amants de Sion marque le début de l'alya sioniste, à visée politique.

L'alya laïque[modifier | modifier le code]

À compter de 1881, on voit apparaître une nouvelle immigration : celle de juifs laïques nationalistes (le terme « sioniste » apparaîtra dans la seconde moitié des années 1880), dont le but est de créer à terme un État pour le peuple juif en Palestine.

Les alyas laïques ont plusieurs caractéristiques qui les distinguent des alyas religieuses :

  • elles sont politiques : elles visent à créer ou à renforcer l'État juif (ce qui n'intéressait pas les haredim) ;
  • elles sont constituées majoritairement de réfugiés chassés par des marques d'hostilité antijuives dans leurs pays d'origine (un élément de choix existe cependant : certains choisissent de rester envers et contre tout dans les pays d'origine, d'autres émigrent vers d'autres directions qu'Israël). Les alyas religieuses étaient uniquement volontaires.
  • elles peuvent avoir des motifs économiques, Israël étant un pays souvent plus prospère que le pays d'origine (du moins depuis les années 1960).

Voir l'article détaillé sur l'histoire du sionisme.

On peut diviser cette alya sioniste en deux grandes vagues : avant la création de l'État d'Israël (1948) et après.

Avant la création de l'État d'Israël : 1881-1948[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une alya qui doit se faire accepter des gouvernements ottomans (jusqu'en 1918), puis britanniques (jusqu'en 1948), ce qui n'ira pas sans mal. La réaction des populations locales arabes, qui se sentent dépossédées, sera souvent hostile (surtout après 1918).

La période ottomane[modifier | modifier le code]

La première Aliyah (1881-1890)[modifier | modifier le code]

Surtout active après les pogroms russes de 1881, elle se fait en deux vagues principales : celle de la période 1881-1884 et celle de la période 1890-1891. Elle compte environ 10 000 personnes, originaires de l'Empire russe, qui créent de petites colonies agricoles, surtout dans la bande côtière. Certaines deviendront des villes israéliennes au XXe siècle. On doit aussi à un membre de cette première aliyah (Eliézer Ben Yehoudah) la création de l'hébreu moderne.

La seconde alya (1903-1914)[modifier | modifier le code]

Elle commence après les pogroms de Kichinev (empire russe) de 1903 et dure jusqu'en 1914 (Première Guerre mondiale). De 30 000 à 40 000 immigrants, surtout sionistes socialistes et originaires de l'Empire russe. David Ben Gourion a fait partie de cette alya. Beaucoup des pères fondateurs d'Israël sont venus à cette époque. Tel-Aviv (fondée en 1909) et le premier kibboutz (également créé en 1909) datent de cette seconde Aliyah. Les partis politiques sionistes de gauche (Poale zion et Hachomer hatzaïr), qui dirigeront l'État lors de sa création en 1948, sont également créés par ces immigrants. Le photographe et cinéaste Yaakov Ben-Dov, arrivé lors de cette seconde Aliyah, filme les images de cette époque.

La période britannique[modifier | modifier le code]

La troisième alya (1919-1923)[modifier | modifier le code]

Elle fait suite à la déclaration Balfour et à l'établissement par la Grande-Bretagne et la communauté internationale (SDN) d'un « foyer national juif » en Palestine mandataire. Elle fait suite aussi aux troubles politiques en Europe orientale après la Première Guerre mondiale : Révolution bolchevique, guerre civile hongroise, etc. Il y aura environ 35 000 immigrants, surtout est-européens et sionistes-socialistes.

La quatrième alya (1924-1928)[modifier | modifier le code]

Elle amène en Palestine 80 000 immigrants assez différents. Ce sont majoritairement des Polonais membres des classes moyennes, chassés par les mesures économiques anti-juives du gouvernement de Varsovie. Même si beaucoup soutiendront la gauche, d'autres, plus conservateurs, iront vers les sionistes généraux, les révisionnistes de droite dirigés par Vladimir Jabotinsky, voire les sionistes religieux. La quatrième Aliyah entraîne un développement urbain (ces immigrants sont peu intéressés par les communautés rurales des pionniers sionistes - socialistes), du commerce, de l'artisanat. Mais cette vague d'immigration entraîne aussi un déséquilibre entre les capacités économiques du pays et l'afflux de populations nouvelles. Ce déséquilibre amène un chômage important. La crise est sévère et dure de 1926 à 1929, entraînant un phénomène de départ de certains des nouveaux immigrants.

La cinquième alya (1929-1939)[modifier | modifier le code]

Elle voit l'immigration de 180 000 Juifs. Ils viennent d'Europe centrale orientale, où se structurent des régimes nationalistes autoritaires plus ou moins antisémites. 40 000 proviennent d'Allemagne et d'Autriche, où les nazis viennent de prendre le pouvoir. Il y aura même un accord dit « de Haavara » (« transfert ») conclu entre l'Organisation sioniste mondiale et le Troisième Reich en 1933, et actif jusqu'en 1938. Cet accord visait à faciliter le transfert des fonds des immigrants.

Fait nouveau, 15 000 des 180 000 immigrants de la période sont des clandestins, les Britanniques n'accordant pas assez de visas pour l'énorme augmentation des demandes d'émigration de la période. La sociologie et la composition politique de cette alya sont proches de celles de la quatrième alya.

L'alya de la Seconde Guerre mondiale (1939-1948)[modifier | modifier le code]

Environ 80 000 immigrants, surtout des clandestins (les Britanniques interdisant maintenant l'immigration), dont 20 000 pendant la guerre et 60 000 après. Il s'agit surtout (mais pas exclusivement) de réfugiés fuyant le nazisme et la Shoah (pendant la guerre) ou leurs conséquences (entre 1945 et 1948). Sur la période, l'émigration cesse pratiquement entre 1942 et 1944 compte tenu du paroxysme de la guerre en Europe.

C'est en 1939 qu'apparaît le « Mossad l'Aliyah Beth », ou « Mossad Le Aliyah Beth », « Organisation pour l'émigration "B" » (Beth, en hébreu), en charge de l'émigration clandestine, et qui dépend de la Haganah, donc de l'Agence juive.

Après la création d'Israël[modifier | modifier le code]

Immigration juive en Israël de 1948 à 2007.
1948 à 1952 
Près de 700 000 Juifs débarquent. La population de l'État double. Il y a deux origines à cette immigration : environ la moitié est composée de survivants du génocide juif en Europe. Ils sont presque tous ashkénazes (il existe des séfarades dans les Balkans et en Europe occidentale, cependant). Une autre moitié vient des pays arabes, parfois dans le cadre de transferts massifs, comme lors de l'opération Tapis Volant au Yémen ou de l'opération Ezra et Néhémie en Irak.
1956 à 1966 
Une seconde vague de 500 000 personnes arrive. Elle est constituée d'une minorité de Juifs quittant l'Europe de l'est communiste, et d'une majorité de Juifs orientaux. Ceux-ci fuient une nouvelle vague antijuive liée à la guerre israélo-arabe de 1956. 250 000 Juifs nord-africains (environ la moitié des Juifs de cette région) arrivent aussi du Maghreb français après l'indépendance de la Tunisie, du Maroc et de l'Algérie. Les Juifs les plus francisés (généralement les plus éduqués) sont venus en France. Les Juifs les moins francisés (généralement plus pauvres et moins éduqués) ont fait le choix d'Israël. Parmi eux, les Marocains sont particulièrement nombreux.
1967-1969  
Une petite vague d'immigration de 50 000 personnes, conséquence de la guerre des Six Jours de 1967 : les derniers « Juifs arabes », des Juifs occidentaux galvanisés par la victoire israélienne et des Juifs d'Europe orientale (surtout polonais) rebutés par la campagne « antisioniste » qui suit la défaite des armées arabes alliées de l'Union soviétique.
1970-1979 
Un peu moins de 400 000 personnes : surtout des Juifs soviétiques, mais aussi des occidentaux. Parmi ces derniers, on trouve des ultra-orthodoxes (haredim) et des sionistes religieux.
1982-1985 
Première vague de l'immigration des Juifs d'Éthiopie, ou Beta Israël. Une immigration limitée de Juifs occidentaux (américains surtout, mais aussi français), dont beaucoup de religieux, se poursuit.
1990-2005 
Environ 1 000 000 de personnes : surtout des Juifs ex-soviétiques (et leurs familles pas toujours juives), mais aussi le reste des Beta Israël éthiopiens. Et toujours une petite immigration occidentale, maintenant bien installée et numériquement significative (souvent plus de 10 000 immigrants par an), plutôt religieuse.
Depuis 2006 
Le nombre de nouveaux entrants en Israël est en constante diminution. En 2007, pour la première fois depuis vingt ans, il est passé sous la barre de 20 000 arrivées pour l'année et le nombre d'émigrés juifs est devenu supérieurs au nombre d'immigrants. Cette baisse s'explique par l'émigration quasi totale des diasporas des pays de l'ex-Union soviétique, alors que les diasporas juives les plus importantes (États-Unis, France) ne migrent que peu vers Israël. En 2007, seuls 2 659 Français ont ainsi décidé de s'installer en Israël[1]. Il semblerait que la tendance s'inverse ensuite : 1907 en 2012, 3288 en 2013, et plus de 2600 entre janvier et juin 2014. Ils seraient 25.000 à être intéressés par l’alya. L’immigration des juifs de France dépasse désormais l’immigration venant de Russie ou des États-Unis, où la communauté juive est pourtant 10 fois plus importante qu’en France[2].

Conclusions démographiques[modifier | modifier le code]

Les alyas religieuses avaient créé une communauté juive en Palestine forte mais limitée : environ 25 000 personnes en 1881. Les alyas sionistes ont fortement développé la population : il y a en 2008 presque 5 500 000 Juifs en Israël[3].

Les statistiques nationales israéliennes recensent les Israéliens qui quittent le pays pour plus d'un an. Bien que les Olim (ceux qui montent en Israël) soient restés largement plus nombreux que les Yordim (ceux qui partent) depuis la création d'Israël, la société israélienne a tendance à s'inquiéter des raisons qui amènent des Juifs à quitter le pays : l'espoir de meilleures conditions économiques, la nostalgie, les problèmes politiques… [réf. nécessaire]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Paris, « Société israélienne : soixante ans, trois ruptures », Le Monde, 14 mai 2008.
  2. « PHOTOS. Avec ces Juifs qui quittent la France pour Israël », sur Le Nouvel Observateur,‎ 07-08-2014 (consulté le 7 aout 2014)
  3. (en) Sergio DellaPergola (pour la partie démographique), « Annual Assessment 2008 », Agence juive,‎ 2008 (consulté le 3 mars 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Grynberg, Vers la terre d'Israël, Découvertes Gallimard, 1998. Ouvrage vulgarisateur qui retrace l'histoire des différentes alyoth avec des documents d'époque en illustration.
  • Shlomo Hillel, Le Souffle du Levant, Hatier, 1989. L'émigration clandestine puis légale des Juifs irakiens, de 1945 à 1951.
  • Marion Sigaut, Russes errants sans terre promise, L'harmattan, 1994. Ce livre traite de l'alya de nombreux Juifs d'URSS et de la fédération de Russie dans les années 1989-1992 et des problèmes que celle-ci a occasionnés.