Lucien Laberthonnière

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Lucien Laberthonnière est un théologien, philosophe et historien français, né le à Chazelet (Indre) et mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ordonné prêtre à l'Oratoire en 1886, il devint l'ami intime de Maurice Blondel après avoir été enthousiasmé par sa thèse intitulée: L'Action. Soucieux de définir ce que pourrait être une philosophie chrétienne, il oppose le « réalisme chrétien et l'idéalisme grec ». Directeur de la revue Annales de philosophie chrétienne (de 1905 à 1913), il est vivement critiqué par divers théologiens. En 1906, l'ouvrage précédent ainsi que les « Essais de philosophie religieuse » sont condamnés par la censure romaine. En 1913, L'Index condamne les Annales. Laberthonnière se soumet à l'interdiction définitive de publier quoi que ce soit.

Thèses[modifier | modifier le code]

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Laberthonnière conçoit la foi chrétienne non comme la soumission à une autorité extérieure, mais comme une « expérience de vie » incluant la bonté, la grâce divine qui permet à l'homme de participer à la vie divine. Ces thèses qui anticipaient le concile Vatican II et les mouvements charismatiques furent jugées hétérodoxes par les autorités ecclésiastiques.

Laberthonnière dénonce l'influence nocive de la pensée grecque sur la pensée chrétienne. Il s'en prend au thomisme qu'il trouve trop dépendant de l'aristotélisme et souligne l'abîme qui sépare le dieu d'Aristote (logique, égoïste, impersonnel) du Dieu chrétien (aimant, sauveur, créateur, charitable). Le Dieu de saint Thomas d'Aquin, mélange improbable, est illogique et contradictoire, proprement « monstrueux ». Aussi, Laberthonnière va-t-il jusqu'à parler de l'« anti-christianisme du thomisme ». Cette critique radicale va à l'encontre de la restauration thomiste - le néo-thomisme - encouragée par l'Eglise catholique.

Mais il rejette également l'agnosticisme cartésien qui voudrait se passer de Dieu, mais, ne le pouvant pas tout à fait « n'a pu s'empêcher de lui donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement : après cela il n'a que faire de Dieu[1] ». Laberthonnière s'oppose à cette sécularisation du monde initiée par Descartes.

Il dénonce l'identification faite entre Église et hiérarchie ecclésiastique, la conception absolutiste de l'autorité qui idolâtre les vérités dogmatiques, mais délaisse les vertus chrétiennes de charité. Pour Laberthonnière, l'autorité vraie rayonne de bonté. Le Christ lui-même montre le chemin : autorité suprême de l'Église, il est la Charité divine en acte.

L'intellectuel doit donc être soumis au spirituel, l'idée à l'acte, l'ordre de la connaissance à celui de la charité. Laberthonnière ne récuse pas les vérités dogmatiques en tant que telles, mais il les subordonne à l'amour du prochain qui se traduit par le don de soi et la charité inconditionnelle que le Christ a manifesté et éprouvé pour toute l'humanité. Là encore, ces idées étaient trop proches du modernisme condamné par l'Église catholique. Mais il ne fit jamais partie du courant moderniste dont il se sentait pourtant proche.

Dans sa générosité peu diplomatique, l'œuvre de Laberthonnière n'anticipe pas moins l'évolution de l'Église vers une interprétation humaniste du message évangélique.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Théorie de l'éducation, 1901.
  • Essais de philosophie religieuse, 1903.
  • Le réalisme chrétien et l'idéalisme grec, 1904.
  • Positivisme et catholicisme, 1911.
  • Autour de l'Action française, 1911.
  • Le témoignage des martyrs, 1912.
  • Sur le chemin du catholicisme, 1913.

Publications posthumes (chez Vrin) :

  • Études sur Descartes, 2 vol., 1935.
  • Étude de philosophie cartésienne et Premiers écrits philosophiques, 1937.
  • Esquisse d'une philosophie personnaliste, 1945.
  • Pangermanisme et christianisme, 1945.
  • Sciut ministrator, 1947.
  • Critique du laïcisme, 1948.
  • La notion chrétienne de l'autorité, 1955.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Oratoriana, Laberthonnière : L'Homme et l'Œuvre. Introduction à sa pensée, textes et communications présentés par P. Beillevert, éd. Beauchesne, Paris, 1972.
  • Marie-Thérèse Perrin, Laberthonnière et ses amis : L. Birot, H. Bremond, L. Canet, E. Le Roy : dossiers de correspondance (1905-1916), éd. Beauchesne, coll. Théologie Historique, Paris, 1975.
  • Marie-Thérèse Perrin, La jeunesse de Laberthonnière : printemps d'une mission prophétique, éd. Beauchesne, coll. Le point théologique, Paris, 1980.
  • Marie-Thérèse Perrin, Dossier Laberthonnière: Correspondance et textes (1917-1932), éd. Beauchesne, coll. Textes, dossiers, documents, Paris, 1983.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette formule célèbre de Blaise Pascal sur Descartes est souvent citée par les étudiants en philosophie comme une sorte de proverbe anonyme. Ce n'est pas le cas pourtant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]