Paul Claudel

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Paul Claudel
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Paul Claudel en 1927, à l'âge de 58 ans.

Naissance
Villeneuve-sur-Fère, Aisne,
Drapeau de la France France
Décès (à 86 ans)
Paris, France
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture française
Genres

Œuvres principales

Paul Louis Charles Claudel est un dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, né le à Villeneuve-sur-Fère dans l'Aisne et mort le à Paris. Il fut membre de l'Académie française. Il est le frère de la sculptrice Camille Claudel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Immeuble du boulevard de Port-Royal où vécut la famille Claudel de 1886 à 1892.

Paul Claudel est le fils de Louis-Prosper Claudel, un haut fonctionnaire de province, né à La Bresse dans les Vosges, et de Louise Athénaïse Cerveaux.

Frère cadet de Louise Claudel et de la sculptrice Camille Claudel qui réalisa en 1884 son buste "en jeune romain", dont un des quatre exemplaires en bronze réalisés à partir de l'original (fonte Gruet de 1893) est exposé au Musée des Augustins de Toulouse (don baron Alphonse de Rothschild, 1895), il grandit à Villeneuve-sur-Fère.

De 1882 à 1886 il vit à Paris avec sa mère et ses sœurs au 135bis, boulevard du Montparnasse, puis de 1886 à 1892 au 31, boulevard de Port-Royal[1].

Il fait ses études au lycée Louis-le-Grand où il obtient son baccalauréat de philosophie en 1885 et s’inscrit à l’École libre des sciences politiques pour y préparer une licence de droit[2].

Claudel, selon ses dires, baignait, comme tous les jeunes gens de son âge, dans « le bagne matérialiste[3] » du scientisme de l'époque. Il se convertit au catholicisme, religion de son enfance, en assistant en curieux aux vêpres à Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1886, jour de Noël. « J’étais debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie. Les enfants de la maîtrise étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. En un instant mon cœur fut touché et je crus[4] ».

À la même époque, il découvre les Illuminations, le recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud, dont la lecture sera pour lui déterminante. L'influence de celui qu'il appelait le « mystique à l'état sauvage » est manifeste, notamment, dans Tête d'or, une de ses premières pièces de théâtre.

Passé une velléité d'entrer dans les ordres, il entre dans la carrière diplomatique en 1893. Tout d'abord premier vice-consul à New York puis à Boston, il est nommé consul à Shanghai en 1895. Il est alors appuyé par le secrétaire général du Quai d'Orsay, Philippe Berthelot.

À l'âge de 32 ans, en 1900, il veut mettre fin à sa carrière diplomatique pour devenir moine bénédictin et postule à l'abbaye Saint-Martin de Ligugé[5]. Les supérieurs du monastère ne l'admettront pas comme moine mais, en 1905, il deviendra oblat de cette même abbaye[6].

De retour en Chine, il y poursuit sa carrière diplomatique et, après avoir été consul à Shanghai (1895), il devient vice-consul à Fou-Tchéou (Fuzhou, 1900) puis consul à Tientsin (Tianjin, 1906-09). Il est ensuite consul à Prague (1909) Francfort (1911) et Hambourg (1913) avant d'être nommé ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro (1916), et à Copenhague (1920). Il est ambassadeur à Tokyo (1922), à Washington (1928) puis à Bruxelles (1933), où se termine sa carrière diplomatique en 1936.

Claudel en 1927.

Claudel s'installe alors définitivement dans le château de Brangues en Isère, qu'il avait acquis en 1927 pour y passer ses étés. Le travail littéraire, mené jusqu'alors parallèlement à sa carrière diplomatique, occupe désormais la plus grande part de son existence. Il reçoit à Brangues diverses notoriétés  : des hommes politiques comme le président Édouard Herriot, ou des écrivains comme François Mauriac.

Georges Clemenceau, amateur de littérature et lui-même écrivain, a laissé cette sévère appréciation de la prose claudélienne :

« J'ai d'abord cru que c'était un carburateur et puis j'en ai lu quelques pages - et non, ça n'a pas carburé. C'est des espèces de loufoqueries consciencieuses comme en ferait un Méridional qui voudrait avoir l'air profond[7]… »

En 1934 c'est lui qui écrit puis déclame l'éloge funèbre pour son ami, l'ancien secrétaire général du Quai d'Orsay, Philippe Berthelot.

En 1938, Claudel entre au conseil d'administration de la Société des Moteurs Gnome et Rhône[8], grâce à la bienveillance de son directeur, Paul-Louis Weiller[9], mécène et protecteur de nombreux artistes (Jean Cocteau, Paul Valéry, André Malraux)[10]. Ce poste, richement doté, lui vaudra des critiques, à la fois par le statut social et le montant des émoluments qu'il en retire[11] mais aussi par le fait qu'au cours de la Seconde Guerre mondiale, cette entreprise de mécanique participe à l'effort de guerre allemand pendant l'Occupation[12]. Selon l'hebdomadaire royaliste L'Indépendance française, cité par Le Dictionnaire des girouettes[réf. à confirmer], « sans aucune nécessité et sans aucun travail, simplement pour avoir assisté six fois au Conseil d'administration, il a touché 675 000 francs. Bénéfices de guerre, bénéfices de la guerre allemande »[13]. À partir de 1940, Paul-Louis Weiller, juif, est déchu de la nationalité française.

Attristé par les débuts de la guerre, et notamment l'invasion de la Pologne, au cours d'un mois de septembre 1939 qu'il juge par ailleurs « merveilleux », Claudel est initialement peu convaincu par le danger que représente l'Allemagne nazie. Il s'inquiète davantage de la puissante Russie qui représente selon lui une « infâme canaille communiste »[14].

En 1940, il est ulcéré par la défaite de la France[15], mais voit d'abord une délivrance dans les pleins pouvoirs conférés par les députés à Pétain.

Dressant dans son Journal un « état de la France au 6 juillet 1940 », il met au passif la sujétion de la France à l'Allemagne, la brouille avec l'Angleterre « en qui seule est notre espérance éventuelle » et la présence au gouvernement de Pierre Laval, qui n'inspire pas confiance. À l'actif, il met l'épuisement de l'Allemagne et de l'Italie, le gain de forces de l'Angleterre et un changement idéologique qu'il décrit comme suit : « La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, juifs, francs-maçons). Le nouveau gouvernement invoque Dieu et rend la Grande-Chartreuse aux religieux. Espérance d'être délivré du suffrage universel et du parlementarisme ; ainsi que de la domination méchante et imbécile des instituteurs qui lors de la dernière guerre se sont couverts de honte. Restauration de l'autorité[16]. » (Ce qui concerne les instituteurs est un écho d'une conversation de Claudel avec le général Édouard Corniglion-Molinier et Antoine de Saint-Exupéry, qui, selon Claudel, lui avaient parlé « de la pagaille des troupes françaises, les officiers (les réservistes instituteurs "lâchant pied" les premiers). »[17])

Toutefois, le spectacle de la collaboration avec l'Allemagne l'écœure bientôt. En novembre 1940, il note dans le même Journal : « Article monstrueux du cardinal Baudrillart dans La Croix nous invitant à collaborer « avec la grande et puissante Allemagne » et faisant miroiter à nos yeux les profits économiques que nous sommes appelés à en retirer ! (...) Fernand Laurent dans Le Jour déclare que le devoir des catholiques est de se serrer autour de Laval et de Hitler. — Les catholiques de l'espèce bien-pensante sont décidément écœurants de bêtise et de lâcheté[18]».

Dans le Figaro du 10 mai 1941, il publie encore des Paroles au Maréchal (désignées couramment comme l’Ode à Pétain) qui lui sont souvent reprochées. La péroraison en est : « France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père./ Fille de saint Louis, écoute-le ! et dis, en as-tu assez maintenant de la politique ?/ Écoute cette voix raisonnable sur toi qui propose et qui explique[19].». Henri Guillemin (critique catholique et grand admirateur de Claudel, mais non suspect de sympathie pour les pétainistes) a raconté que, dans un entretien de 1942, Claudel lui expliqua ses flatteries à Pétain par l'approbation d'une partie de sa politique (lutte contre l'alcoolisme, appui aux écoles libres), la naïveté envers des assurances que Pétain lui aurait données de balayer Laval et enfin l'espoir d'obtenir une protection en faveur de son ami Paul-Louis Weiller et des subventions aux représentations de l'Annonce faite à Marie[20].

À partir d'août 1941, le Journal ne parle plus de Pétain qu'avec mépris[21].

Dans le Figaro du 23 décembre 1944, il publie Un poème au général de Gaulle qu'il avait récité au cours d'une matinée du Théâtre-Français consacrée aux « Poètes de la Résistance »[22].

Claudel a mené une constante méditation sur la parole, qui commence avec son théâtre et se poursuit dans une prose poétique très personnelle, s'épanouit au terme de sa vie dans une exégèse biblique originale. Cette exégèse s'inspire fortement de l'œuvre de l'Abbé Tardif de Moidrey (dont il a réédité le commentaire du Livre de Ruth[23]), mais aussi d'Ernest Hello.

Claudel s'inscrit ainsi dans la tradition patristique du commentaire scripturaire, qui s'était peu à peu perdue avec la scolastique, et qui a été reprise au XIXe siècle par ces deux auteurs, avant de revenir sur le devant de la scène théologique avec le cardinal Jean Daniélou et Henri de Lubac. Sa foi catholique est essentielle dans son œuvre qui chantera la création : « De même que Dieu a dit des choses qu'elles soient, le poète redit qu'elles sont. » Cette communion de Claudel avec Dieu a donné ainsi naissance à près de quatre mille pages de textes. Il y professe un véritable partenariat entre Dieu et ses créatures, dans son mystère et dans sa dramaturgie, comme dans Le Soulier de satin et L'Annonce faite à Marie.

Avec Maurice Garçon, Charles de Chambrun, Marcel Pagnol, Jules Romains et Henri Mondor, il est l'une des six personnalités élues le à l'Académie française lors de la deuxième élection groupée de cette année, visant à combler les très nombreuses places vacantes laissées par la période de l'Occupation.

Il est reçu le par François Mauriac au fauteuil de Louis Gillet.

De 1953 à 1955 il participe à la revue littéraire de Jean-Marc Montguerre, L'Échauguette.

Il fut membre du Comité d'honneur du Centre culturel international de Royaumont.

Plaque commémorative au 11, boulevard Lannes où mourut Paul Claudel.

Il meurt le à Paris, au 11 boulevard Lannes à l'âge de 86 ans. Il est enterré dans le parc du château de Brangues ; sa tombe porte l'épitaphe : « Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel. » (Il faut probablement lire le mot « semence » à la lumière de la doctrine de la résurrection de la chair : à la fin des temps, lors du retour glorieux du Christ, les morts ressusciteront ; les restes humains sont ainsi la semence de la chair transfigurée qui sera celle de la résurrection. D'où l'importance de la sépulture dans la religion chrétienne, et les réticences face à l'incinération par exemple[24].)

Paul Claudel et la critique sur la peinture[modifier | modifier le code]

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Claudel a une passion très grande pour l’art, surtout la peinture. Pendant une quarantaine d’années de diplomatie, il a l’occasion de travailler et de vivre dans beaucoup de pays différents, ce qui lui a donné la chance de baigner dans des cultures variées. De ce fait, des tableaux de différents styles et de différentes écoles l’ont aidé à développer un style particulier pour critiquer la peinture.[réf. insuffisante]

La contemplation de la peinture[modifier | modifier le code]

Claudel ne fait pas très attention à la technique ; la composition, la couleur et la lumière ne sont pas essentielles pour sa manière de critiquer ; en revanche, la contemplation, l’exégèse et l’évocation poétique jouent un rôle très important dans sa quête de ce qui fait écho dans un tableau.

Claudel a passé plusieurs années en Chine et au Japon grâce à sa carrière, et la culture orientale l’a beaucoup impressionné. On remarque dans sa critique esthétique parfois une légende chinoise[25] qui aide à comprendre la peinture hollandaise, parfois l'attention au triangle, élément essentiel de nombre de chefs-d’œuvre de l’art japonais[26]. Ces éléments culturels venus de l’Est provoque l’association, l'aident à comprendre la peinture hollandaise. Il met en relief dans son esthétique le concept de « vide »[27] qui vient de la philosophie taoïste en Chine et de l’art japonais[28], ce qui renouvelle sa vision des tableaux occidentaux.

le symbole de taiji

[réf. insuffisante]

Écouter la peinture[modifier | modifier le code]

Claudel a tenté de minimiser la matière dans un tableau et de donner plus d’attention au son et à la voix dans le silence pictural. Le mot « écouter » est récurrent et frappe le lecteur par les différentes sensations acoustiques que l’auteur décrit. Il peut soit créer une scène tumultueuse pour La Ronde de Nuit[29], soit imaginer les conversations parmi une grande famille sous le pinceau de Jean Steen (La Fête de saint Nicolas et Comme les vieux chantent, les petits gazouillent )[30], soit composer une symphonie pour la scène d’Orage[31].[réf. insuffisante]

Claudel ne passe guère de temps sur la matière, la technique, les couleurs ou la lumière d’un tableau. En revanche, on peut trouver nombre d’exemples dans sa critique qui transforment une image en une abondance des sons, ce qui rend des scènes statiques plus vivantes et émouvantes. Ces récits jouent le rôle d’enrichir les sensations des lecteurs, et ainsi de les entraîner profondément à l'intérieur des tableaux. Pour lui, il semble que ce qui est entendu est plus intéressant que ce qui est vu[32]. Ce qu’il a entendu en fait n’est pas seulement ce qu’il a imaginé, mais plutôt ce qu’il a réfléchi sur lui-même.[réf. insuffisante]

Figures rhétoriques utilisées pour décrire la peinture[modifier | modifier le code]

En tant que dramaturge et poète, il sait comment construire une scène en fonction des images en utilisant des figures rhétoriques. Les constructions stylistiques de Claudel sont celles d'un langage très orné. On y trouve beaucoup d’adjectifs et d'adverbes d’intensité. L'approche rhétorique est riche autant que répétitive : hypotypose, comparaison, métaphore, expansion, répétition, énumération.

On voit l’hypotypose par exemple dans la description de La Ronde de Nuit[33]. « Toute la composition d'avant en arrière est faite sur le principe d'un mouvement de plus en plus accéléré, comme d'un talus de sable qui s'écroule ». Il décrit très précisément l’arrangement du mouvement de tous les personnage dans le tableau, même celui d’un chien. Il n’oublie pas d' énumérer des objets détaillés, tels que « des casques, un hausse-col, une écharpe, un corset de soie ». De plus, il fait observer par les lecteurs la « lettre de créance , une colombe » de cette « fée lumineuse » qui est un point subtil dans le tableau. Ces descriptions, qui sont assez vivantes pour distinguer son style des autres, consistent à mettre sous les yeux. Claudel reconstruit l’ensemble des mouvements, des détails et des postures des personnages dans le but de permettre aux lecteurs de regarder, écouter et sentir comme s'ils étaient sur place.[réf. insuffisante]

La figure de la répétition est remarquable et fréquente. On la voit par exemple dans la description d’Orage[34]. Le verbe passer est répété quatre fois. Le narrateur écrit qu’un orage créé par un poète ou un musicien passe, mais ne passe pas sous le pinceau d’un peintre. Claudel met en relief la puissance de la peinture qui peut garder éternellement le spectacle d’un orage, et il réussit à attirer l’attention des lecteurs sur « ces ténèbres longtemps imposées ».[réf. insuffisante]

L’exégèse religieuse[modifier | modifier le code]

On peut aussi passer par l’exégèse religieuse à laquelle Claudel s’est consacré la plupart de sa vie. Pour lui, la foi n’est pas seulement une persistance dans sa critique sur l’art, mais plutôt une nourriture pour son esprit et son âme[35]. Il consacre plusieurs articles typiques à ce sujet : Vitraux des Cathédrales de France, la Cathédrale de Strasbourg, l’Art et la Foi, l’Art Religieux[36], etc. Il met en lumière l’esprit religieux partout où il le peut. C’est la façon pour lui d’exprimer sa méditation sur son intimité d’homme et de croyant. Il nous confie même parfois sa foi pour aider à comprendre ses textes. La Bible est perçue comme une œuvre poétique par Claudel[37], qui le stimule à interroger et à commenter les tableaux avec un style qui parfois s'en inspire.

Amours de Paul Claudel[modifier | modifier le code]

Paul Claudel a une liaison avec Rosalie Scibor-Rylska, d'origine polonaise, épouse de Francis Vetch, entrepreneur et affairiste[38]. Il la rencontre en 1900 sur le bateau qui l’amène avec son mari en Chine, et a une fille naturelle, Louise Vetch[39] (1905-1996), compositrice et cantatrice. Rosalie Vetch inspire le personnage d'Ysé dans Partage de midi et celui de Prouhèze dans Le Soulier de satin. Elle repose à Vézelay, où sa tombe porte ce vers du poète : « Seule la rose est assez fragile pour exprimer l'éternité », vers extrait des Cent phrases pour éventails.

Famille[modifier | modifier le code]

Paul Claudel épouse à Lyon le 14 mars 1906[40] Reine Sainte-Marie-Perrin (1880-1973), fille de Louis Sainte-Marie-Perrin, architecte de la basilique Notre-Dame de Fourvière. Le couple embarque trois jours plus tard pour la Chine, où Claudel est consul à Tientsin. Ils ont cinq enfants : Marie (1907-1981), Pierre (1908-1979), Reine (1910-2007), Henri[41] (né en 1912), et Renée (née en 1917).

En septembre 1913, la sculptrice Camille Claudel, sœur de Paul, est internée en asile d'aliénés à la demande de la famille et à l'instigation de son frère Paul[42], qui décide d'agir immédiatement après la mort de leur père[43]. En trente ans d'hospitalisation, Paul Claudel ne va voir sa sœur qu'à douze reprises[44]. Lors de la rétrospective qui lui fut consacrée en 1934, des témoins ont rapporté que Paul Claudel s'emporte: il ne veut pas qu'on sache qu'il a une sœur folle[45]. À la mort de celle-ci, en 1943, Paul Claudel ne se déplace pas: Camille est inhumée au cimetière de Montfavet accompagnée du seul personnel de l'hôpital ; quelques années plus tard, ses restes sont transférés dans une fosse commune, ni Paul ni les membres de la famille Claudel n'ayant pas proposé de sépulture[46].

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Théâtre
Portrait de Paul Claudel
par Félix Vallotton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (vol. II, 1898).
Signature de Paul Claudel sur l'autorisation donnée à Yale University Press de faire une traduction de Connaissance de l'Est, 1914
Poésie
Essais
  • 1928 : Positions et propositions, tome I
  • 1929 : L'Oiseau noir dans le soleil levant
  • 1934 : Positions et propositions, tome II
  • 1935 : Conversations dans le Loir-et-Cher
  • 1936 : Figures et paraboles
  • 1940 : Contacts et circonstances
  • 1942 : Seigneur, apprenez-nous à prier
  • 1946 : L'œil écoute
  • 1949 : Emmaüs
  • 1950 : Une voix sur Israël
  • 1951 : L'Évangile d'Isaïe
  • 1952 : Paul Claudel interroge l'Apocalypse
  • 1954 : Paul Claudel interroge le Cantique des Cantiques
  • 1955 : J'aime la Bible, Fayard
  • 1956 : Conversation sur Jean Racine
  • 1957 : Sous le signe du dragon
  • 1958 : Qui ne souffre pas… Réflexions sur le problème social
  • 1958 : Présence et prophétie
  • 1959 : La Rose et le rosaire
  • 1959 : Trois figures saintes pour le temps actuel
Paul Claudel ambassadeur de France à Washington. Couverture de Time Magazine du 21 mars 1927
Mémoires, journal
  • 1954 : Mémoires improvisés. Quarante et un entretiens avec Jean Amrouche
  • 1968 : Journal. Tome I : 1904-1932
  • 1969 : Journal. Tome II : 1933-1955
Paul Claudel à seize ans, Camille Claudel, Musée des Augustins, Toulouse, photo : Daniel Martin
Correspondance
  • 1949 : Correspondance de Paul Claudel et André Gide (1899-1926)
  • 1951 : Correspondance de Paul Claudel et André Suarès (1904-1938)
  • 1952 : Correspondance de Paul Claudel avec Gabriel Frizeau et Francis Jammes (1897-1938), accompagnée de lettres de Jacques Rivière
  • 1961 : Correspondance Paul Claudel et Darius Milhaud (1912-1953)
  • 1964 : Correspondance de Paul Claudel et Lugné-Poe (1910-1928). Claudel homme de théâtre
  • 1966 : Correspondances avec Copeau, Dullin, Jouvet. Claudel homme de théâtre
  • 1974 : Correspondance de Jean-Louis Barrault et Paul Claudel
  • 1984 : Correspondance de Paul Claudel et Jacques Rivière (1907-1924)
  • 1990 : Lettres de Paul Claudel à Élisabeth Sainte-Marie Perrin et à Audrey Parr
  • 1995 : Correspondance diplomatique. Tokyo (1921-1927)
  • 1995 : Correspondance de Paul Claudel et Gaston Gallimard (1911-1954)
  • 1996 : Paul Claudel, Jacques Madaule Connaissance et reconnaissance : Correspondance 1929-1954, DDB
  • 1998 : Le Poète et la Bible, volume 1, 1910-1946, Gallimard, coll. « Blanche »
  • 2002 : Le Poète et la Bible, volume 2, 1945-1955, Gallimard, coll. « Blanche »
  • 2004 : Lettres de Paul Claudel à Jean Paulhan (1925-1954), Correspondance présentée et annotée par Catherine Mayaux, Berne : Paul Lang, 2004 (ISBN 3-03910-452-7)
  • 2005 : Correspondance de Paul Claudel avec les ecclésiastiques de son temps. Volume I, Le sacrement du monde et l'intention de gloire, éditée par Dominique Millet-Gérard, Paris : Champion, coll. « Bibliothèque des correspondances, mémoires et journaux » n° 19, 2005, 655 p. (ISBN 2-7453-1214-6).
  • 2005 : Une Amitié perdue et retrouvée. Correspondance de Paul Claudel et Romain Rolland, édition établie, annotée et présentée par Gérald Antoine et Bernard Duchatelet, Paris : Gallimard, coll. « Les cahiers de la NRF », 2005, 479 p. (ISBN 2-07-077557-7)

Décoration[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

  • En 1942, Paul Claudel proteste auprès de l'archevêque de Paris contre la solennité des obsèques d'Alfred Baudrillart, données à Notre-Dame à « l'émule de Cauchon ».
  • Le directeur de l'école des beaux-arts de Paris lui ayant demandé un sujet de concours de peinture, il a proposé "Hippolyte étendu sans forme et sans couleur." (Racine, Phèdre, acte V)
  • Sollicité dans une réception par une femme du monde pour dire ce que signifient les caractères écrits sur la broche en émail chinois qu'elle porte, il fait semblant de traduire : "Fille publique immatriculée à la municipalité de Tien-Tsin"[49].
  • Il meurt le 23 février 1955, le même jour que son confrère de l'Académie française André Chaumeix.
  • Claudel n'a pas eu que des admirateurs, mais aussi des détracteurs. Après la mort de Claudel, André-Paul Antoine, journaliste à L'Information, a publié cette épitaphe littéraire dans son journal : « Si M. Paul Claudel mérite quelque admiration, ce n'est ni comme poète, ni comme diplomate, ni comme Français, c'est comme maître-nageur[22]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Album Claudel par Guy Goffette, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 2011, (ISBN 978-2-07-012375-9), p. 40 et 53-54.
  2. Ibid p.49.
  3. « La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d'Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l'impression vivante et presque physique du surnaturel. », Ma conversion, 1913.
  4. Jules Sageret, Les Grands convertis, Soc. du Mercure de France, 1906. D’autres écrivains se convertissent à la même époque : Paul Bourget en 1889, Léon Bloy en 1879, Ferdinand Brunetière en 1905, Huysmans en 1892.
  5. Bulletin de la Société Paul Claudel, Numéros 85 à 96, page 32
  6. Pensée politique et imagination historique dans l'œuvre de Paul Claudel, Christopher Flood, page 60
  7. Cité par son secrétaire Jean Martet dans Le Silence de M.Clemenceau, 1929, arch. pers.
  8. http://www.revue-nord.com/telechargements/50/Hamp-Claudel.pdf
  9. Et dont il est parent : son fils Henri Claudel épouse Cristina Diplarakos, sœur de son épouse.
  10. Gnome et Rhône en archive sur stratisc.org
  11. Voir la satire par Pierre Hamp citée dans la revue Nord (supra).
  12. Pierre Assouline, L'Épuration des intellectuels, Éditions Complexe, 1999. Cf. p. 121 et sqq.
  13. Nouveau dictionnaire des girouettes, précédé de L'oubli en politique. PARIS, Éditions Le Régent, 16, rue Monpensier, 1948.
  14. Lettre du 28 septembre 1939, à Hélène Berthelot, paul-claudel.net
  15. « L'armistice est signé avec l'Italie. Publication des conditions de paix. Elles sont effroyables et honteuses (livraison des réfugiés). » Paul Claudel, Journal, t. 2, coll. Pléiade, 1969, p. 317, note du 25 juin 1940.
  16. Paul Claudel, Journal, t. 2, coll. Pléiade, 1969, p. 320-321, note du 6 juillet 1940. Cité par Henri Fabre, L'Église catholique face au fascisme et au nazisme. Les outrages à la vérité, Éditions EPO et éditions Espaces de Libertés, Bruxelles, 1995, p. 212. L'auteur se réfère à J. P. Azéma, De Munich à la Libération. 1938-1944, Seuil, 1979, p. 103.
  17. Paul Claudel, Journal, t. 2, coll. Pléiade, 1969, p. 318, note du 27 juin 1940.
  18. Cité par François Angelier, Claudel ou la conversion sauvage, Paris, Éditions Salvator, 1998, p. 119.
  19. Cité par François Angelier, Claudel ou la conversion sauvage, Paris, éd. Salvator, 1998, p. 116.
  20. Henri Guillemin, dans Comœdia, 18 janvier 1962. Cité par François Angelier, Claudel ou la conversion sauvage, Paris, éd. Salvator, 1998, pp. 116-117.)
  21. François Angelier, Claudel ou la conversion sauvage, Paris, éd. Salvator, 1998, pp. 119-121.
  22. a et b http://www.contreculture.org/AG%20Claudel.html
  23. Introduction au Livre de Ruth, Gallimard, 1952.
  24. Religion: Buried or Cremated ?, Time Magazine, 29 juin 1953, citant Le Figaro Magazine.
  25. Claudel Paul, L'œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 26
  26. Claudel Paul, L'œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 14
  27. « Ce qui frappe en eux tout d’abord, par rapport à ces cadres comblés, bondés d’objets, de la peinture anglaise ou française, c’est l’énorme importance des vides par rapport des pleins. » (Claudel Paul, L'œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P.14)
  28. Claudel Paul, Connaissance de l’Est, Paris, France, Mercure de France, 1945.
  29. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 46-47
  30. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 221, 131
  31. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 227
  32. « Nous avons là une de ces peintures que l'on écoute encore plus que l’on ne les regardé. » (L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P.13)
  33. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P.46-47
  34. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P. 227
  35. Emmanuelle Kaës, « Cette muse silencieuse et immobile », Paul Claudel et la peinture européenne, Honoré Champion, 1999
  36. Claudel Paul, L’œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960. P.102, 136, 207, 210
  37. Pierre Ouvrard, Aux sources de Paul Claudel. Littérature et foi, Siloë, 1994
  38. Pour cette qualification, voir Marie-Josèphe Guers, La maîtresse du Consul, Albin Michel, 2000 ; Marie-Anne Lescourret, Claudel, Flammarion, 2003.
  39. Voir descendance de Paul Claudel, sur la base de Roglo.
  40. Acte de mariage no 90 de la page 46/271, cote du registre 2E2028. Il faut cliquer sur "Accéder aux registres" puis sur "Personnalités" puis sur "C" et on cherche le nom., en ligne sur le site des archives municipales numérisées de Lyon.
  41. Il épouse Cristina Diplarakos, sœur de la première femme de Paul-Louis Weiller (1893-1993), protecteur de Paul Claudel.
  42. « Camille Claudel est jetée à l'asile à la demande de sa mère et de son frère Paul », sur lepoint.fr
  43. Camille Claudel, Asile Année zéro d'Éric Favereau, journal Libération du 15 septembre 2000.
  44. Jean-Paul Morel, Camille Claudel : une mise au tombeau, Les Impressions nouvelles, (ISBN 978-2-87449-074-3).
  45. Les Femmes artistes dans les avant-gardes, Marie-Jo Bonnet, 2006, page 44
  46. Silke Schauder, Camille Claudel. De la vie à l'œuvre : regards croisés, Éditions L'Harmattan, , p. 176.
  47. Site Paul Claudel.
  48. Voir: http://www.paul-claudel.net/node/65/
  49. Jean-Louis Barrault, Souvenirs pour demain, Le Seuil, 1972

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
Revues
  • Sylvia Caides Vagianos, Paul Claudel et La Nouvelle Revue française (1909-1918), Coll. « Histoire des idées et critique littéraire », 184, Genève, Librairie Droz, 1979
  • « Claudel récupérateur de Rimbaud », La Petite Revue de l'Indiscipline, 2005
  • Cahier de L'Herne Claudel, dirigé par Pierre Brunel, éd. L'Herne, 1997
  • Michel Mourlet, Écrivains de France, XXe siècle, réédition augmentée : Paul Claudel, molosse de la foi, France Univers, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]