André Latreille

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Latreille.
Ne doit pas être confondu avec André Latrille.
Ne doit pas être confondu avec Pierre-André Latreille.

André Latreille (29 avril 1901 à Lyon, 25 juillet 1984 à Neuville-sur-Saône) est un intellectuel et historien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après des études au lycée Ampère puis à la faculté des lettres de Lyon, où son propre père avait été professeur, il passe à 22 ans l'agrégation d'histoire. Il enseigne d'abord au Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, au lycée Thiers de Marseille, puis au lycée Ampère de Lyon. Après la publication de sa thèse de doctorat, il est nommé en 1937 maître de conférences en histoire contemporaine à la faculté des lettres de Poitiers.

Gaulliste de la première heure, il est membre du Comité de libération du département de la Vienne d'août à novembre 1944, puis appelé par le Général De Gaulle en novembre 1944 comme directeur des Cultes au Ministère de l'Intérieur du gouvernement provisoire. Il y est notamment chargé de régler l'épineux problème des évêques ayant collaboré avec le régime de Vichy[1]. Il accomplira cette tâche avec doigté et modération aidé par le nouveau nonce nommé à Paris, Monseigneur Roncalli.

En août 1945, il est élu à la chaire d’histoire moderne de la faculté des lettres de l'Université de Lyon, où il enseignera jusqu’à sa retraite en 1971, refusant, à plusieurs reprises, un poste à la Sorbonne. Il est doyen de la Faculté de 1956 à 1959, puis doyen honoraire.

Pour autant son activité professionnelle ne se limite pas aux murs de sa Faculté :

De 1945 à 1974, il est membre du Comité consultatif des Universités, ancêtre de l'actuel Conseil national des universités.

Contemporain de l'« École des Annales », il garde comme historien une ligne très personnelle, exigeante, qui lui fait critiquer toutes les facilités que se donnent aussi bien les « essayistes en mal d'Histoire » que tel théoricien qui décrit « des modes de vie et non des vivants »[3]. De septembre 1945 à novembre 1972, à la demande de son ami Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde, il tient régulièrement dans ce journal une chronique de critique historique (plus de 230 articles publiés), aussi appréciée des amateurs d'Histoire que redoutée des auteurs d'ouvrages. En 1956, il fonde la revue Les Cahiers d’histoire, et en 1962 le Centre régional interuniversitaire d'histoire religieuse, qui organisa de 1953 à 1980 plusieurs colloques internationaux. En 1974, à la suite de la scission de l'Université de Lyon, le centre est rattaché à l’Université Louis Lumière, associant des chercheurs de six Universités de la région Rhône-Alpes. Ce centre de recherches jouera un rôle important dans la lutte contre le négationnisme, dans les années 1978-1980, lors de la première affaire Faurisson[4]. Il porte depuis 1984 le nom de Centre André Latreille[5].

Durant toute sa carrière, il ajoute à ses activités d'enseignement et de publication une intense activité de conférencier, en France et à l'étranger. La rigueur et la clarté de ses exposés en font un orateur très demandé. Son talent d'orateur et ses qualités de pédagogue ont séduit des générations d'étudiants et d'amateurs d'Histoire[6].

Profondément catholique, membre actif dès sa jeunesse de la Chronique Sociale, et à ce titre très engagé dans la société, il fut une des figures du Centre catholique des intellectuels français (CCIF), du Cercle Tocqueville, de la Paroisse Universitaire (association des chrétiens de l'Enseignement public). Convaincu que « la laïcité de la société n'est que l'expression juridique de la liberté de l'acte de foi »[7], il défendit toute sa vie la participation des chrétiens à l'enseignement public, et ses analyses faisaient référence dans les débats relatifs à l'école libre (Loi Barangé, Loi Debré), ce qui lui valut des ennemis dans les deux camps.

André Latreille ne dédaignait pas la culture de sa ville de Lyon. L'Almanach des Amis de Guignol, le Littré de la Grand'Côte et La plaisante sagesse lyonnaise lui étaient aussi familiers que les œuvres d'Alexis de Tocqueville ou de Paul Claudel. Cet amour du terroir lié à une compétence universitaire rare en a fait une figure lyonnaise particulièrement estimée[8].

Il était officier de la Légion d'honneur, commandeur de l'Ordre des Palmes académiques, membre émérite de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon (qu'il présida en 1972[9]), membre correspondant de l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques), commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, docteur honoris causa de l'Université Laval (Québec) et membre de l'Académie de Mâcon[10].

Il a épousé le 13 septembre 1924 Suzanne Ruplinger, dont il eut dix enfants entre 1925 et 1944. Il disparut peu avant de pouvoir fêter leurs noces de diamant.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Napoléon et le Saint-Siège, 1801-1808, thèse de doctorat, Paris, Félix Alcan, 1935
  • Le catéchisme impérial de 1806, Paris, Les Belles Lettres, 1935
  • Comment s'est formée la France, Paris, Presses Universitaires de France, col. Bibliothèque du Peuple, 1942
  • L'explication des textes historiques, Paris, Hachette, 1943
  • L'Église catholique et la Révolution française (2 tomes), Paris, Hachette, 1946 - éditions du Cerf, 1950
  • Les forces religieuses et la vie politique, en coll. avec André Siegfried, Paris, Armand Colin, col. Cahiers de la Fondation nouvelle des Sciences politiques, 1951
  • La Seconde Guerre mondiale, 1939-1945 : essai d'analyse, Paris, Hachette, 1966
  • Histoire du catholicisme en France, en 3 tomes, en coll. avec E. Delaruelle, J.-R. Palanque & René Rémond, Paris, Spes, 1957-1964
  • L'Ere Napoléonienne, Paris, Armand Colin, 1974
  • De Gaulle, la Libération et l’Église catholique, préface par Hubert Beuve-Méry, Paris, Cerf, 1978. - (ISBN 2-204-01203-3)

Plusieurs de ces ouvrages ont été traduits, en Espagnol, en Portugais ou encore en Japonais.

Autres publications[modifier | modifier le code]

  • Ouvrages collectifs :
    • Histoire de la France pour tous les Français, Hachette, 1950, avec Édouard Perroy & Roger Doucet
    • Histoire de Lyon, Masson, 1951, avec A.Kleinclausz
    • Catholicisme et liberté : correspondance inédite de Charles de Montalembert 1852-1870, Cerf, Paris, 1970, avec J.Gadille
    • Histoire de Lyon et du Lyonnais, Privat, 1975, avec Richard Gascon et al. (ISBN 2-70894-701-X)
    • La laïcité, P.U.F.
  • Articles d'encyclopédies :
    • L'encyclopédie française Larousse
    • The New Catholic Encyclopedia, the Catholic University of America, Washington.
  • Collaboration régulière à diverses revues, notamment Esprit, la Vie intellectuelle, Les cahiers d'Histoire
  • Nombreux articles d'actualité dans Le Monde et La Croix

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À ce sujet, voir son ouvrage De Gaulle, la Libération et l’Église catholique
  2. v. Histoire de l'Université Laval, op. cit., p. 183 sqq.
  3. chronique dans Le Monde, 30 mars 1961
  4. Rapport Rousso, Septembre 2004
  5. cf. Avant-propos, par Étienne Fouilloux, in Cahiers d'Histoire, no 1996-4
  6. Sans oublier ses propres enfants, puisque cinq d'entre eux devinrent agrégés, deux normaliens, trois universitaires
  7. cité par J.M.Mayeur dans sa notice pour l'Encyclopedia Universalis
  8. À Vaise, la salle de spectacle municipale (utilisée par le théâtre Nouvelle Génération) porte son nom.
  9. Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, Lyon, C. Palud (Lyon), (lire en ligne), p. 7
  10. « André Latreille membre de l'Académie de Mâcon », sur academiedemacon.fr (consulté le 10 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]