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Christine de Suède

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Christine
Kristina
Illustration.
Portrait de la reine Christine de Suède (avant 1656) par David Beck.
Titre
« Roi » de Suède

(21 ans et 7 mois)
Couronnement à Stockholm
Prédécesseur Gustave II Adolphe
Successeur Charles X Gustave
Duchesse de Brême-et-Verden

(6 ans)
Prédécesseur Création du duché
Successeur Charles X Gustave
Princesse héritière de Suède

(5 ans, 10 mois et 19 jours)
Prédécesseur Gustave Adolphe
Successeur Charles Gustave
Biographie
Dynastie Maison Vasa
Nom de naissance Kristina Maria Alexandra Vasa
Date de naissance
Lieu de naissance Stockholm (Suède)
Date de décès (à 62 ans)
Lieu de décès Rome (États pontificaux)
Sépulture Basilique Saint-Pierre
Père Gustave II Adolphe
Mère Marie-Éléonore de Brandebourg
Religion Luthéranisme suédois
puis catholicisme
Résidence Palais royal de Stockholm
Palais Corsini

Signature de ChristineKristina

Image illustrative de l’article Christine de Suède
Monarques de Suède

Christine de Suède (en suédois : Kristina av Sverige), née le à Stockholm (Suède-Finlande) et morte le à Rome (États pontificaux), règne sur la Suède de 1632 à 1654. Bien qu'elle soit également connue comme la reine Christine (en suédois : Drottning Kristina), son titre réel est « roi de Suède » et non « reine », conformément au souhait de son père de lui permettre ainsi de monter sur le trône.

Élevée comme un prince, elle est brillante et férue d’érudition. Elle s’impose dans les affaires du royaume à partir de 1644, favorise le développement des arts, des lettres et des sciences, et attire à sa cour des intellectuels et artistes européens, dont le philosophe René Descartes. Refusant le mariage et d'avoir un héritier, épuisée par l’exercice du pouvoir et profondément attirée par le catholicisme, Christine abdique en 1654 en faveur de son cousin Charles X Gustave, se convertit et mène une vie itinérante en Europe avant de s’établir définitivement à Rome. D’esprit curieux et cultivé, elle est l’une des figures les plus originales et controversées de son siècle. Son héritage est conflictuel, entre remise en question des normes de son époque et débats historiographiques quant à sa vie.

Christine naît le à Stockholm, la capitale du royaume de Suède[1],[2],[3].

Contexte intérieur et continental

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Elle est la troisième enfant du roi de Suède Gustave Adolphe et de Marie-Éléonore, fille de l'électeur de Brandebourg Jean III Sigismond. Les deux premiers meurent en bas âge[4] et le roi va régler l'ordre de sa succession avant d'entrer en campagne[5], obtenant des nobles la suppression de la dévolution exclusivement masculine en 1627[6] et écartant sa femme d'une potentielle régence, pour cause de santé, sur le conseil de ses proches alliés[7].

À cette époque, la Suède est un petit royaume d'un point de vue démographique, comptant seulement un million d'habitants. Le pays mise sur ses ressources naturelles précieuses comme le bois, le fer, le cuivre et sur ses techniques de construction de navires de guerre[8]. L'armée suédoise, modernisée par Gustave Adolphe, est l'une des plus puissantes d'Europe[3], mobile et rapide[9]. L'alliance conclue en 1631 avec la France[10], puissance montante, permet à la Suède se prémunir de toute invasion à grande échelle et de dominer le monde nordique[11],[12].

Premières années (1626-1632)

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Restant seule enfant du couple royal, Christine est élevée comme un garçon car destinée au pouvoir ; elle qualifie elle-même son éducation de « virile »[13].

Elle ne connait que très peu son père, parti à la guerre en 1630[14] et mort à la bataille de Lützen en 1632, alors qu'elle n'a que six ans[15]. Elle est négligée par sa mère névrosée ; d'une beauté nordique reconnue, Marie-Éléonore est très faible psychologiquement : elle vacille entre états de colère intense, d'hystérie, de dépression[16]. La mort de son mari ne fait qu'aggraver sa condition et l'éloigne définitivement de l'éducation de sa fille ou de quelconques prétentions au pouvoir[17].

Christine fait plusieurs chutes dans son enfance ; elle va en garder une épaule déformée[18].

Période de régence (1632-1644)

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Christine monte sur le trône dès la mort de son père, sans opposition[19], sous la régence du chancelier Axel Oxenstierna[6],[15], le très compétent « Richelieu » suédois[20]. Celui-ci doit directement faire face aux prétentions de Ladislas IV sur le trône de Suède. Alors roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, Ladislas est un puissant monarque et surtout un membre de la maison Vasa, ce qui fait de lui un potentiel héritier légitime à la couronne du royaume du Suède. Oxenstierna parvient à le faire renoncer devant l'obligation d'une conversion au luthéranisme alors qu'il est catholique[20]. Le , Christine est officiellement proclamée « roi de Suède »[21],[22]. Durant la cérémonie, elle est reconnue par Lars Larsson, le doyen des membres de l’assemblée du pays (le Riksdag), comme étant bien l'héritière de Gustave Adolphe, ce qui est une étape primordiale dans l'accès au trône. Les spectateurs de la scène soulignent la grande fierté et la prestance dont Christine fait preuve malgré son jeune âge, elle qui doit dorénavant gouverner comme un homme. À partir de ce moment, elle devient aux yeux des sujets du royaume le digne souverain de la Suède[23], et même son incarnation[24].

Portrait d’une petite fille en robe longue, bonnet et fraise de dentelle, tenant une raquette et un volant en main.
Christine de Suède, à l'âge de 6 ans d’après son portait officiel de 1632[25].

Retenu au Saint-Empire par les péripéties de la guerre de Trente Ans, Oxenstierna laisse l'influence néfaste de Marie-Éléonore contaminer la jeune Christine, qui devient alors très faible et très pâle, son appétit ne faisant que s'amenuir[26]. Lorsque Oxenstierna revient en Suède en 1636, après le traité passé avec la France, son premier geste est d'éloigner la reine douairière de la jeune Christine âgée de dix ans. C'est sa tante Catherine comtesse des Deux-Ponts[note 1] qui assume le rôle de mentor féminin[24], tandis qu'Oxenstierna devient une sorte de grand-père protecteur. Conscient de la faiblesse où se trouve la Suède, sans héritier mâle et partiellement défaite en Europe lors la guerre de Trente Ans, Oxenstierna souhaite trouver un mari puissant pour Christine mais refuse néanmoins toutes les candidatures qui se présentent[19]. Il reprend également en main la formation de Christine et l'envoie au palais médiéval des Trois Couronnes sur l'île de Stadsholmen afin de la protéger[28].

Tableau d’une cavalière, suivie de chiens de chasse et d’une autre personne à pied.
Le portrait équestre de Christine de Suède par Sébastien Bourdon en 1653[29]. Durant sa vie, Christine se targue de ses talents de cavalière hérités de son éducation infantile.

Il nomme auprès d'elle des hommes de confiance afin de parfaire sa formation au « métier » de roi : son précepteur Jean Gothus (en), ainsi que son futur chambellan Jacques de la Gardie[30] sous la direction du grand maitre de la maison royale Axel Banér (sv), le frère du maréchal commandant en chef de l'armée. Aux études traditionnelles des langues et de l'histoire s'ajoute la pratique des arts, notamment le dessin et la peinture, et du sport (escrime[note 2] et surtout équitation)[27],[24]. Christine est une élève brillante et studieuse qui dispose d'une appétence naturelle pour l'apprentissage et la lecture[32]. Gothus lui enseigne une parfaite connaissance du christianisme, sous toutes ses formes, et lui apprend les plus grandes langues européennes, comme le français qu'elle maitrisera assurément, l'allemand, le néerlandais, l'italien[33], le latin et le grec, mais aussi l'hébreu et même l'arabe[27],[34] ; elle reçoit un strict apprentissage de la grammaire et lit aussi la Bible en suédois tous les jours. Alors qu'elle n'est encore qu'une enfant, elle est capable de lire en latin les ouvrages de Sénèque, Cicéron et Caton et de comprendre leurs réflexions. Dès son entrée dans l'adolescence, Gothus la confronte à des disciplines plus complexes encore : les mathématiques, la philosophie, l'éloquence ; son précepteur souligne sa capacité à assimiler les connaissances qu'il lui transmet[35]. En plus, elle développe un amour pour la traduction[36] et la lecture des textes dans leur langue d'origine[37].

Pastel d’un homme aux cheveux mi-longs grisonnants, avec moustache et longue barbe presque blanche sous le menton.
Portrait du chancelier Axel Oxenstierna, régent du royaume durant la minorité de Christine.

Toute cette éducation doit lui permettre de devenir une reine et une diplomate aguerrie d'autant qu'elle entame en parallèle l'apprentissage de l'exercice du pouvoir, de la politique, de l'économie et de la guerre avec Oxenstierna. Ce dernier lui conseille d'apprendre par cœur l'Historia de omnibus Gothorum Suevorumque rigubus, ouvrage biographique retraçant la vie de plusieurs centaines de rois depuis Noé[36]. Au-delà de la dimension historique de cet écrit, c'est un texte fondateur de la mythologie nordique luthérienne, qui tire les origines de la Suède des Goths et des Vandales[38],[39]. Christine est d'ailleurs surnommée dans d'autres pays la « Reine des Goths », appellation péjorative à son époque où les Goths demeurent dans l'esprit de beaucoup les barbares qui ont vaincu Rome[40].

D'un point de vue géostratégique, la Suède, engagée dans la guerre de Trente Ans depuis plusieurs décennies, est principalement confrontée aux velléités danoises dans le détroit de Sund. La marine ennemie domine celle de la Suède, imposant des taxes élevées voire abusives aux commerçants suédois[41], alors que les navires suédois ne sont pourtant inférieurs ni en nombre ni en qualité. Christine voit dans les défaites le reflet de la mauvaise formation de ses officiers et fait donc appel à des militaires français et huguenots, qu'elle promeut aux plus hauts grades suédois. C'est le cas du « Grand » Duquesne, instigateur de plusieurs victoires françaises face à la terrible marine espagnole[42]. Ces nominations se révèlent payantes pour la couronne suédoise, qui voit la situation se renverser, à l'image de la victoire décisive lors du combat de Fehmarn où Duquesne et sa flotte pulvérisent près de dix vaisseaux danois (dont le navire amiral), tuant leur chef Pros Mund[43]. À la suite de cet épisode, les liens entre la France et la Suède sont puissamment raffermis[44].

Règne (1644-1654)

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Pièce en or avec portrait à l'avers et armoiries au revers.
Ducat en or à l'effigie de Christine de Suède (1645).

Majeure en 1644, la reine Christine s'oppose rapidement au chancelier Oxenstierna, définitivement mis à l'écart après les traités de Westphalie[45]. Favorable à la paix[46], elle met fin aux conflits armés avec le Danemark en 1645 par le traité de Brömsebro qui donne à la Suède les îles d'Ösel et de Gotland[44]. La paix de Westphalie, signée en 1648, lui donne l'île de Rügen, Wismar, Verden et Brême, ainsi qu'une partie de la Poméranie[47] et l'embouchure de l'Oder. Ces acquisitions font de la Suède la première puissance nordique[48]. Dorénavant pleine détentrice des pouvoirs régaliens de son royaume, Christine décide de bannir sa mère en 1645, celle-ci ayant comploté contre elle avec l'ennemi danois[44]. En 1647, les négociations franco-suédoises sur l'achat de bâtiments sont concrétisés par la reine qui y voit le meilleur moyen de se rapprocher de la France[49]. La Suède cède ainsi, pour un montant avoisinant les 216 000 livres, quatre de ses plus beaux navires[50]. Par la suite, Christine continuera à vendre quelques bateaux à la France qui la passionne par sa culture, sa langue et son culte catholique[51].

Période dépressive puis renouveau

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Photo d'une salle sombre où sont bien éclairés le portrait en pied de la reine et celui en buste d'un homme.
Portrait du couronnement de Christine de Suède.

Christine est couronnée en 1650[52]. À seulement vingt-quatre ans, elle doit faire face aux conséquences de la négligence de son corps, confrontée qu'elle est à des problèmes de circulation sanguine, des abcès variqueux, des maux de tête et des pertes de connaissance[53]. Le médecin Pierre Bourdelot est alors appelé à la cour pour la soigner. S'il parvient à guérir Christine de ses maux, il l'influence également. Libertin incontesté, il incite la jeune femme à céder à ses passions, elle qui les réprimait depuis son enfance, car il croit que c'est justement cette vie de quasi-ermite, privée de toute distraction, qui l'a conduite dans une dépression et une monotonie terrible[54]. En conséquence, il organise lui-même des fêtes, réceptions, concerts, pièces de théâtre et ballets afin de la divertir, de lui redonner « goût » à la vie[55]. Ces méthodes sont efficaces et les migraines diminuent peu à peu. Elle demeurera reconnaissante à son « ami français »[56], et témoignera plus tard en sa faveur devant la faculté de médecine de Paris : « L'expérience m'a confirmé l'excellence de votre méthode […] de l'infaillibilité de vos dogmes : je les suivrai toujours »[57].

L'idée que Bourdelot aurait « transformé » Christine en une libertine doit être expliquée : pour l'universitaire René Pintard, il faut distinguer le libertinage dans sa vision de liberté sexuelle et de débauche à celle de remise en cause des dogmes établis, telle une sorte de « libertinage érudit » ou de libertinage de la pensée[58],[59],[60].

Projet d’abdication et ingérences étrangères (1649-1654)

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Sceau de cire rouge relié à un parchemin par une cordelette de fil bleu et jaune.
Sceau royal de Christine aux archives nationales françaises.

La situation dynastique reste la question essentielle. Dès 1649, Christine envisage l'abdication. Elle souhaite se retirer des affaires publiques afin de se concentrer essentiellement à l'étude[54]. En effet, très tôt ses réflexions philosophiques l'amènent à se questionner sur sa propre liberté et, en même temps, sur sa condition. Elle estime qu'elle est le fruit d'une construction imposée par les autres : elle n'a choisi ni sa religion, ni sa nationalité, ni sa langue, ni le royaume sur lequel elle devait régner et même le fait qu'elle doive régner lui parait douteux. Elle se sent alors « prisonnière », incapable de se définir par elle-même, devant l'impossible quête de trouver qui elle est[61]. Ainsi, elle informe son Parlement en juin 1649 de son dessein d'abdication en faveur de son cousin Charles-Gustave comme prince héritier[52], ce qui englobe la propre descendance de ce dernier[54],[62]. L'influence libertine qu'elle reçoit à cette date entraine en plus une reconsidération du politique, et de nouvelles réflexions quant à son affranchissement du luthéranisme, religion d'État séculaire et contraignante, selon elle[63].

Le , Christine convoque le sénat et renouvèle sa volonté d'abdiquer, prétextant une faiblesse physique et morale, et son incapacité à gérer les fonds du royaume. Malgré un essor économique certain depuis la fin de la guerre de Trente Ans, les manières de Christine, son gout pour les modes étrangères, les dépenses exorbitantes de son sacre, ses libéralités vis-à-vis de ses favoris et de ses invités, sa politique d'anoblissement en masse mettent à mal les finances royales[52],[64]. Cependant, les nobles sont satisfaits de la reine et l'apprécient pour ses qualités et sa capacité à faire rayonner la Suède à travers l'Europe. Ils s'engagent ainsi à rembourser eux-mêmes les déficits royaux ; cet engagement oblige Christine à sursoir sa décision[65].

Âgée de 26 ans et toujours sans mari ni fiancé, Christine est convoitée comme épouse potentielle en Europe car les souverains européens savent comment un mariage royal peut renverser les cartes géostratégiques dans un continent en pleine restructuration, d'autant que la Suède dispose de grandes mines de fer et de cuivre, ressources primordiales à l’artillerie, nouvelle ressource armée qui peut changer l’issue d’une bataille à elle seule[66]. En aout 1652, le roi d’Espagne Philippe IV envoie un diplomate rencontrer la reine afin de déterminer son inclination à une alliance de sang avec la couronne de Castille[67]. Christine entretient alors une relation, amicale voire amoureuse, avec cet ambassadeur : Antonio Pimentel de Prado (en). Elle va même jusqu’à fonder un ordre de chevalerie en son honneur, l’ordre de l'Amarante, instauré le lors de l’Épiphanie[68]. Devant le désintérêt de la reine pour un mariage hispano-suédois, Pimentel va modifier son objectif en se chargeant dorénavant d’empêcher toute alliance avec un autre prétendant européen — surtout français pour éviter que la France ne se trouve trop renforcée et puissante[69]. Finalement, Pimentel quitte la Suède en aout 1653 en ayant réussi à faire reculer les velléités françaises sur le royaume[70]. Les tentatives d’ingérences étrangères ne s’arrêtent pas et c’est au tour du royaume d'Angleterre d’envoyer une délégation auprès de Christine. Menée par Bulstrode Whitelocke[71],[72], elle arrive à Göteborg en novembre 1653 et amène la Suède à signer, en avril 1654, un traité avec l’Angleterre.

Abdication, départ puis conversion (1654-1655)

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Le , Christine annonce que son abdication prendra effet au suivant[73],[65],[74]. Elle déclare à cette occasion n'avoir « rien à se reprocher » et avoir assuré le « salut de la Suède »[75]. Elle négocie avec Charles-Gustave un revenu annuel et des terres : 250 000 thalers de rentes viagères ainsi que des droits sur les iles Gotland, Öland et Ösel mais aussi sur les villes de Wolgast et Nyköping qui doit lui permettre d’entretenir un quotidien dépensier, sans souci de l’argent[76]. Cependant, alors que cette situation convient à tous les partis — y compris Londres, Paris et Madrid — Christine change brusquement d’avis ; elle entame des négociations avec l’Espagne afin d’échanger ses possessions de Poméranie contre le royaume de Naples[77] pour compenser la perte progressive du soutien français qui aurait dû lui permettre de s’installer à Naples[78].

Grande salle à 2 fenêtres entre lesquelles se trouve le trône sur un large socle carré entouré, à distance, des notables du royaume debout ou assis sur plusieurs rangées de profondeur.
Dessin de la cérémonie d’abdication de Christine par Erik Dahlbergh.

Le a finalement lieu la cérémonie d’abdication de Christine, à Uppsala, lieu symbolique car c’est ville où tous les rois de Suède ont été couronnés — à l’exception d'elle-même qui avait choisi Stockholm. Durant la cérémonie, assise sur son trône, on lui retire ses attributs royaux (sceptre, globe d’or, épée, clef du royaume) et elle récite à haute voix son acte d’abdication. Ensuite, elle prononce un discours d’une demi-heure remarquablement soutenu par sa prestance et ses talents oratoires. Quelques jours après, elle écrit dans des termes ambigus : « Le repos que j’ai tant souhaité me coûte cher ; mais je ne me repentirai pourtant point de l’avoir acheté à ce prix et je ne ternirai jamais [cette] action […] comme une âme faible et sans principes »[79].

Après son abdication, elle décline l'offre de se marier avec le nouveau roi qui veut la loger dans un somptueux appartement de Borgholm — lieu qu’elle considère comme une prison et n’habitera donc jamais. Elle quitte immédiatement la Suède et gagne la ville thermale de Spa afin de se reposer. Elle feint une condition physique trop déplorable pour faire le trajet en mer et prend le chemin en carrosse — ou à cheval[80] voulant, probablement, atteindre rapidement Naples et y régner comme une reine catholique pour le compte de la France. Pour gouverner en catholique, Christine doit d’abord abjurer le luthéranisme. De son point de vue, une conversion au catholicisme ne répond pas au seul but politique mais comporte probablement aussi une forte dimension religieuse mue par sa foi. En effet, si elle a abdiqué du trône de Suède, ce n’est pas par rejet du pouvoir, mais par rejet de sa religion, contraignante et refermée[Quoi ?][81].

Christine traverse le Danemark en six jours et fait étape au Holstein chez le duc Frédéric III qui vient de conclure une alliance avec la Suède[82]. Cette halte prend des allures de visite officielle ; l’ex-reine est reçue par la famille royale et demeure quelques jours avant de repartir vers Hambourg. Elle y arrive le et loge chez un riche notable séfarade[83]. Elle lui confie la gestion de ses biens et des futurs paiements du royaume de Suède en sa faveur[84]. Elle continue ensuite son chemin en s’arrêtant à Deventer, Utrecht puis Anvers[85]. Durant ce périple, elle rencontre des érudits tels que le philologue Gronovius et l'exceptionnelle érudite autrice, artiste et féministe avant l'heure Anne Marie de Schurman[86].

Après quatre mois passés à Anvers, Christine rejoint Bruxelles le  ; elle y rencontre le gouverneur général des Pays-Bas espagnols Léopold-Guillaume de Habsbourg qui fait remonter[note 3] à sa demande, les 4 et 7 février 1655, le premier grand opéra à machines Ulisse all’isola di Circe de Giovan Battista Balbi, incluant le Ballet du monde[87],[88]. Elle se convertit au catholicisme dans cette ville et abjure sa religion natale devant le Père dominicain Guemez, son confesseur depuis quelques années.

Cette conversion d’un ancien souverain d’une puissance protestante constitue un symbole et un acte politique fort en faveur de l’Église qui veut en faire état[89],[90] mais le pape meurt et Christine est contrainte de demeurer à Bruxelles pendant dix mois, le temps qu'un nouveau conclave ait lieu et choisisse le cardinal Fabio Chigi comme souverain pontife sous le nom d'Alexandre VII. Celui-ci exige une abjuration publique et non discrète comme la première effectuée par Christine. Cette « seconde » conversion se fera à Innsbruck ; Christine quitte Bruxelles à la fin de l’année 1655 pour s’y rendre[91].

Peinture d’un homme moustachu et barbu habillé de pourpre et de blanc.
Portait du pape Alexandre VII, ici en habit cardinalice, souverain pontife au moment de l’abjuration publique de Christine.

La cérémonie est soigneusement mise en scène afin de montrer la victoire du catholicisme sur les protestants, avec qui la guerre fait rage depuis plus d’un siècle. Reçue par l’empereur Ferdinand III, Christine est accueillie comme une reine et assiste à un opéra, L’Argia, sur une musique d’Antonio Cesti[92]. L’annonce à travers l’Europe de sa conversion fait grand bruit, comme prévu. En Suède, la cour est abasourdie et révoltée ; l'incompréhension se transforme en haine envers la reine. Gothus, son ancien maître, lui écrit :

« Un bruit effroyable c’est répandu jusqu’à nous, que cette auguste Christine, […] avait abandonné la religion respectée de ses pères. […] À cette affreuse nouvelle, tout le monde a été surpris et tous les cœurs ont été saisis et pénétrés de la plus vive douleur. […] la plus grande partie élève leurs plaintes jusqu’au Ciel contre ceux qui ont abusé de la bonté de Votre Majesté dont ils ont séduit l’âme et l’esprit par des artifices dangereux, pour lui faire commettre l’énorme crime de lèse-majesté divine. »[93]

Le , alors que la rupture est définitivement consommée, Christine quitte Innsbruck en cortège. Elle gagne les villes de Trente, Mantoue, Ferrare, Bologne puis Rimini et enfin Pesaro où elle rencontre le cardinal Luigi Omodei, général militaire de l’armée papale[94]. Celui-ci fait en sorte que Christine demeure quelques jours de plus dans la ville afin qu’elle atteigne Rome pour Noël[95].

Elle y est accueillie avec faste le [89]. Elle offre symboliquement au pape ses trois couronnes, celle de Suède, celle des Goths et celle des Vandales. Elle reçoit à cette occasion sa première communion d'Alexandre VII après avoir été baptisée sous le nom de Christine-Marie-Alexandra[96]. Elle est logée au palais Farnèse et fait la connaissance du cardinal Decio Azzolino[97].

Voyages à travers la France (1656-1657)

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La reine demeure seulement quelques mois à Rome. Durant ce laps de temps, elle confie la gestion de ses biens au cardinal Azzolino, qui devient également son proche confident. Celui-ci est énergique, talentueux, viril et beau ; on lui prête de nombreuses aventures avec la gente féminine. Ainsi, ce rapprochement amène des rumeurs, au point d'obliger le pape lui-même à démentir les ragots, en mars 1556[97]. D'un point de vue géostratégique, Christine hésite toujours entre se ranger auprès de la France ou de l'Espagne. Nonobstant, la sympathie accrue témoignée au roi de Pologne, ennemie de la Suède, par Philippe IV fait pencher Christine vers la France. De la même manière, elle se fâche avec Pimentel et avec les Espagnols de Rome en général ; le cardinal Alonso de la Cueva va même jusqu'à qualifier la reine de « maggior putana del mondo »[note 4],[98].

La réputation de la reine va rapidement se dégrader aux yeux de tout Rome. Son attitude est décrite comme vulgaire, son accoutrement comme provocant, ses mœurs comme barbares et son langage comme grossier. Or, ces rumeurs ne semblent pas atteindre la jeune femme, qui passe ses journées à la bibliothèque en compagnie de savants. La seule chose qui atteint la reine directement dans son quotidien est son manque de liquidités pécuniaires[99]. La rente promise par Charles Gustave parvient difficilement ou est amoindrie, contraignant la reine à mettre ses biens en gage et à procéder à quelques emprunts. Elle décide donc de quitter Rome pour regagner la Suède afin de renégocier les accords passés avec son cousin[89]. Le , elle obtient l'accord de Mazarin pour traverser la France afin de se rendre en Flandre et delà, prendre un bateau pour ses terres natales[100].

Premier voyage en France (juillet 1656-octobre 1656)

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Peinture d’un homme en habitat cardinalice.
Le cardinal français Jules Mazarin, principal ministre d'État de Louis XIV et acteur majeur de la régence d’Anne d'Autriche. Il est un allié de Christine après son abdication et lui accorde de nombreuses avances. Les deux personnes se rencontrent à plusieurs reprises en 1656 à propos de négociations quant au trône de Naples.

Elle quitte Rome le sur la galère papale en direction de Marseille, escortée par la Marine pontificale afin de limiter les risques de rencontrer des Barbaresques, pirates musulmans capturant et réduisant en esclavage les Européens en mer[101]. Le , elle débarque en France et reçoit les honneurs royaux[102]. On lui propose un dais qu'elle accepte pour parcourir la ville[103] et décline, comme le veut la coutume, les clefs de la ville, privilège réservé au seul Roi de France. Fatiguée par la traversée, elle gagne vite ses appartements sans toutefois refuser de recevoir le clergé et la noblesse de la ville[104]. Le lendemain, elle assiste à une Messe en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Major, puis réalise quelques achats et, enfin, assiste à une adoration à l'abbaye Saint-Victor[105]. Le suivant, elle souhaite se rendre à Avignon, la cité des papes, mais s'en voit refuser l'autorisation par le légat du pape qui prétexte une potentielle contagion de peste. Christine n'en semble pas offusquée et s'arrête plutôt à Orange[106]. Elle continue son périple : Valence, puis Vienne dès le avant de s'attarder à Lyon[107]. Le , elle entre à Beaune et est accueillie par une grande réception, honneur renouvelé dès le lendemain lors de son passage à Dijon[108]. Au début du mois de septembre, elle est déjà à Sens tandis que son cortège ne fait que grossir dans ces derniers kilomètres avant Paris[109]. Le au matin, elle entre dans la capitale suivie de 6 000 cavaliers ; elle passe tout d'abord saluer le maréchal de France François de L'Hospital avant de s'engager dans une procession dans Paris[110]. Christine franchit la rue Saint-Antoine puis la place Royale où elle rencontre Henriette d'Angleterre ; elle passe ensuite devant l'église Saint-Gervais afin d'atteindre l'ile de la Cité et la cathédrale Notre-Dame de Paris. Dans cet édifice, elle entend un Te Deum avant de continuer son chemin vers sa destination finale : le château du Louvre[111]. Les jours suivants, Christine assiste à quelques cérémonies religieuses, protocolaires, diplomatiques ou culturelles. Finalement, le , elle rencontre Jules Mazarin au château de Chantilly afin de mener des pourparlers quant au trône de Naples[112].

Le cardinal Mazarin est un homme de pouvoir, séduisant et érudit ; il a tout pour plaire à Christine. Rien n'a échappé de ce face-à-face, et seules des supputations peuvent être faites. À l’issue de l’entretien, Christine rencontre le jeune Louis XIV et son frère Philippe de France, de deux ans son cadet. Durant l’entrevue, elle aurait lâché :

« Voici un seigneur qui a toutes les qualités d’un grand Roi »[113]

Après cet évènement, Christine suit le couple royal et sa cour à Compiègne et assiste à quelques fêtes. Durant ce temps, elle est remarquée pour sa vivacité intellectuelle, son caractère aimable et ses bonnes manières. Discrètement, elle continue ses discussions avec Mazarin sur le « projet napolitain » et envisage même une intervention militaire franco-italienne — avec le soutien du pape. Mais le financement de cette campagne semble trop compliqué, rendant tout acte coercitif vain, et Christine, en outre, n’est plus une reine. Le cardinal est ainsi contraint de lui adresser un refus. Elle reçoit tout de même une avance de 100 000 livres, auxquels s’ajoutent un don personnel de Mazarin de 15 000 livres[114]. Le , Christine quitte ses hôtes après une semaine passée en compagnie de Louis XIV, et se rend dans le domaine de Henri du Plessis-Guénégaud, secrétaire d’État de la Maison du Roi et amant supposé de Ninon de Lenclos. Les deux femmes s'y rencontrent et y discutent d'amours et morale surtout, selon ce que Christine révèlera dans ses mémoires[115]. Dès le lendemain, la reine poursuit son chemin, mais en direction de l’Italie ; elle souhaite tenter une dernière entreprise : rallier le pape à son projet de conquête de Naples[116],[117].

Retour en Italie (1656-1657)

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En , alors qu’une nouvelle épidémie de peste sévit à Rome, Christine choisit de s’arrêter prudemment à Pesaro[118]. Inquiète des tergiversations de Mazarin qui ne lui répond plus, elle renvoie son écuyer Giovanni Monaldeschi à Paris pour y rencontrer le cardinal. Selon elle, le « traité de Compiègne » signé est sans équivoque et lui garantit l’appui français en cas d’aval d’Alexandre VII. La vision de Mazarin est cependant toute autre, préférant nommer cet accord un « projet de convention », titre bien plus ambigu, établissant plutôt un double jeu afin de rester maitre de la situation[118]. À son retour de la capitale, Monaldeschi ne rapporte que 15 000 écus — contre les 100 000 attendus. Face à cette somme dérisoire pour elle, Christine décide de changer ses plans et de regagner Paris[116],[119].

Mise à mort de Monaldeschi ()

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Un homme à demi effondré, mains jointes, regarde un autre assis sur un banc ; en face : des hommes armés d'épées et un prêtre parlant au mourant.
La mort du marquis de Monaldeschi vu par Jan Luyken, gravure, (1698).

Après une nouvelle période de quarantaine imposée par précaution[note 5],[120], Christine rentre s'installer au château de Fontainebleau en [121]. Le , elle y fait mettre à mort Giovanni Monaldeschi, persuadée qu’il a révélé à la cour espagnole son alliance avec les Français[122],[123]. Cet acte lui sera fortement reproché par ses contemporains et leurs successeurs même si Christine a respecté les codes qui régissent une exécution : elle fait venir comme témoin le père Le Bel, supérieur du couvent des Mathurins d’Avons, qui indique que Monaldeschi a pu se défendre et se justifier des accusations durant « plus d’une heure ». Christine, disposant d’un droit de justice sur ses sujets, n’a de compte à rendre « qu’à Dieu seul ». Elle a refusé d’épargner le « traître » et l'a condamné à mort. Monaldeschi a pu se confesser une dernière fois auprès de Le Bel, puis est mort « percé [à] la gorge d’une épée assez longue et étroite ». Mais l'exécution a été peu conventionnelle, l’écuyer s’étant défendu : il a saisi la lame de son bourreau à pleine main, perdu trois doigts, a frappé, a été frappé — coups non-fatals, le traitre s’étant doté d’une cotte de mailles — avant de tomber et se briser le crâne[124],[125],[126].

La rumeur de cet « assassinat » se répand très vite ; on raconte que la reine l’a tué car il écrivait des lettres préjudiciables pour elle. Les romanciers de l'époque, considérant qu'une « simple trahison » ne constitue pas un motif suffisant, évoquent le résultat d’une rivalité amoureuse entre Monaldeschi et Ludovico Santinelli afin de conquérir le lit de la reine, et le crime politique devient crime passionnel[127]. De manière plus générale, cet évènement noircit l’image de Christine, qui redevient la reine barbare de naguère ; Mazarin lui conseille de quitter Paris pour ne plus subir d'affronts et étouffer cette affaire où son implication est questionnée[128]. Christine va donc regagner l’Italie, convaincue que son projet de retour à Naples est définitivement arrêté [129]. L’affaire demeure néanmoins sujette à de nombreuses discussions et analyses ; Voltaire écrit un siècle plus tard à ce sujet :

« Cette horrible aventure a laissé un opprobre éternel sur le nom de Christine ; et ceux qui ont cherché à la justifier méritaient de lui servir de bourreaux. »[130]

Revendications et quête d’un nouveau trône (1658-1668)

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Première tentative en Suède (1660)

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Une femme à genoux, s'incline et pose la main droite sur un livre tendu par un prêtre, devant un couple royal, des évêques et moines.
Revendication de Christine de Suède.

Ce meurtre lui vaudra le surnom de « Sémiramis suédoise »[122]. Cette affaire embarrasse le jeune Louis XIV et Mazarin, mais la cour ménage l'ex-reine de Suède même si les esprits du temps débattent longuement sur le fait qu'un souverain ayant abdiqué puisse se faire justice chez un souverain étranger[131]. La cour de France est à nouveau soulagée de son départ pour l'Italie.

Le , Christine est de nouveau à Rome ; elle loge au palais du Quirinal avec l'autorisation de Mazarin, malgré sa disgrâce et ses difficultés financières. Mis elle a perdu de sa popularité. On se méfie d’elle, on ne veut plus être vu en sa compagnie[122],[132]. Sa relation avec le pape se dégrade par les torts que lui cause Francesco Maria Santinelli (en), poète qui se complait dans la séduction de riches veuves, mais encourage la reine à envoyer son écuyer dans le Saint-Empire en mission diplomatique. Le but est d'obtenir 20 000 hommes pour conquérir la Poméranie suédoise qui devrait être intégrée à l’Empire à la mort de Christine[133]. Cette tentative est un cuisant échec[134].

Imposant bâtiment à trois étages, de 14 travées de côté, vu depuis un angle.
Dessin du palais de la Chancellerie, autrefois palais Riario, où Christine loge à Rome de 1558 à 1568.

Christine est ensuite logée par le cardinal Decio Azzolino au Palais de la Chancellerie dit palais Riario, magnifique demeure construite en 1513 et dont l’architecte fut Bramante. Les liens entre le cardinal et la reine se renforcent, c’est le seul qui lui reste fidèle et soutient ses revendications[134]. Elle est néanmoins entretenue pécuniairement par le pape, qui voit peu à peu avec dépit son invitée devenir une membre permanente de la cité du Vatican.

Le , le cousin de Christine, Charles X Gustave, meurt subitement, laissant la couronne de Suède à son fils âgé de quatre ans. Avec l’appui de Rome, Christine décide de retourner au pays natal le [135]. Malgré les réticences de la régence suédoise, elle arrive à Stockholm le 12 octobre et demande le rétablissement de ses droits héréditaires en cas de disparition du jeune roi[136]. Elle se heurte à l'opposition des nobles et du clergé luthérien, qui la menacent de lui retirer sa pension. Dépitée, elle doit reprendre le chemin de Rome en 1662, faisant escale à Hambourg. Cette halte a des objectifs religieux et économiques : la reine prend soin durant son voyage de témoigner de sa foi — catholique — et d'évangéliser, mais elle doit également régler ses problèmes comptables[137].

Seconde tentative en Suède (1666)

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Jusqu’en 1666, Christine fait profil bas. À cette date, elle apprend l’état de santé dégradé et inquiétant de Charles XI, alors âgé de 11 ans et dernier héritier mâle de la dynastie. En sus de cela, des rumeurs affirment que le « bon temps de la reine Christine » fait défaut en Suède. Elle décide donc tout naturellement de retourner dans son pays d’origine, alors en grande difficulté face aux guerres incessantes menées contre ses voisins, dont le royaume de Pologne et Lituanie. Son arrivée coïnciderait avec la tenue d’États généraux convoqués pour . Le , elle prévient Louis XIV, Charles II d’Espagne et Léopold Ier de son départ qui prend une allure de visite officielle d’un souverain à un autre ; mais elle n’en est plus un[138]. Durant son trajet, elle envoie une requête au conseil de régence, demandant le libertatem conscientiae[note 6] et la possibilité d’assister aux séances du Riksdag. Elle n'obtient qu'un double refus. En réaction, Christine écrit directement à Charles XI afin de plaider sa cause. En attendant, elle réside à Hambourg comme à son habitude lors d’un tel trajet[139]. Le , elle se remet finalement en marche pour Stockholm[140] et apprend la mort du pape Alexandre VII au cours du voyage[141].

En entrant en Suède, elle est accueillie comme une vraie reine mais l’abbé Santini, son aumônier et confesseur, dérange fortement. En effet, depuis 1664, les prêtres catholiques ont interdiction d'entrer sur le territoire suédois. Malgré son passeport en règle, Santini est arrêté à Norrköping. Christine se rend alors compte que pour l’élite suédoise, elle n’est plus une compatriote mais bien une étrangère[135]. Tous ses soutiens dans le pays sont morts et le gouvernement prend soin d’effacer sa mémoire ou de discréditer son héritage. Outrée, Christine déclare qu’elle refusera à l’avenir tout geste de générosité de la part de ce pays et rentre brusquement à Hambourg, le [141].

Elle se lance alors dans l’affaire papale du moment : le nouveau conclave. Elle contacte la diplomatie française via Hugues de Lionne afin d’avancer son candidat favori, le cardinal Jules Rospigliosi. Celui-ci est apprécié par Paris pour sa neutralité entre le Saint-Empire et la France mais l’Espagne préfèrerait le cardinal François Barberini et dispose d’un poids non négligeable à l’intérieur du Sacré collège. Finalement, Jules Rospigliosi est élu en dix-huit jours seulement en étant parvenu à satisfaire les Français et les Impériaux. C’est la première victoire politique de Christine depuis son abdication[142]. En récompense de son aide, le cardinal Azzolino est nommé secrétaire d'État du Vatican, c’est-à-dire responsable des Affaires étrangères du pays[143].

Tentative en Pologne-Lituanie (1668)

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En 1668, alors qu’elle est à Hambourg, Jean II Casimir abdique. La monarchie polonaise est élective et Christine pose sa candidature, estimant ses chances réelles en tant que dernier enfant des Vasa. Soutenue par le Vatican, elle fait face au Grand Condé et au prince de Lorraine qui revendiquent également le trône. L’ancienne reine organise un solide dossier, proclame être encore assez jeune pour avoir des enfants — les Polonais veulent dorénavant une monarchie héréditaire — et met en avant sa tolérance et son pacifisme[135],[144]. Les Polonais préfèrent élire l'un des leurs, le magnat Michel Koributh Wiśniowiecki[note 7],[145].

Retraite politique et mécénat à Rome (1668-1689)

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Peinture du buste d'un homme aux longs cheveux sombres et au teint pâle.
Autoportrait de Sébastien Bourdon vers 1550. il est le portraitiste favori de la reine, réalisant plusieurs représentations de Christine.

En , Christine se fixe définitivement à Rome, au palais Riario. Sa carrière politique prend fin ; elle se concentre alors sur le culturel, l’intellectuel, l’artistique, et l’ésotérique.

Elle se consacre particulièrement à son académie privée, l’Académie d'Arcadie, alors appelée Accademia Reale[146]. Avec elle, elle finance des artistes, devenant mécène. Christine s’attache aussi à reconstituer ses collections d’œuvres d’art, dont la plupart avaient été vendues une décennie auparavant afin de financer ses voyages à travers l’Europe. Elle s’entoure également de peintres, dont le Français Sébastien Bourdon, et fréquente le marquis Massimiliano Palombara (it) avec qui elle développe un laboratoire d’alchimie. Son attrait pour cette discipline se transforme peu à peu en intérêt pour le mysticisme, la cabale et les Rose-Croix[note 8],[147]. Elle transforme le palais Corsini en musée[148],[149]. Elle y expose de multiples pièces (tapisseries, peintures, sculptures, dessins, objets divers de collection) qu'elle réunit à partir du fonds constitué en Suède, de donations ou d'achats plus récents. Son cabinet des médailles est particulièrement renommé. Sa bibliothèque comprend 5 000 volumes ; elle la lèguera au cardinal Azzolino[150]. Elle finance également les travaux de scientifiques comme Dominique Cassini, qui lui dédiera une partie de ses recherches[151]. Christine est l'amie des artistes comme le célèbre Bernin dont elle fera écrire la biographie à ses frais[152], apprécie les musiciens baroques : Filippo Acciaiuoli, qui lui dédie ses drames musicaux, et Alessandro Stradella pour ses cantates, Alessandro Scarlatti dont elle soutient les débuts, Arcangelo Corelli qui l'initie au violon[153]. Elle fonde aussi le premier théâtre public romain, le Tor di Nona (en), où les femmes sont acceptées sur scène[152].

Tombeau en marbre blanc avec plaque en bronze surmontée d'une couronne.
Tombe de Christine dans la nécropole du Vatican[note 9].

Elle meurt à Rome en 1689 d'érysipèle, maladie dont elle souffrait depuis plusieurs années[31]. Son corps repose au Vatican dans la crypte de la basilique Saint-Pierre[148].

Portrait physique et moral

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Portrait de trois-quarts, cheveux mi-longs bouclés, collier de perles ras-du-cour, large décolleté montrant le dessus des seins haussés par la rigidité du corsage.
Représentation de Christine de Suède par Wenceslas Hollar.

La reine Christine est de petite taille (environ 1,50 m[1])[3], son visage a des traits irréguliers, mais ses yeux bleus donnent à son regard ce que certains historiens décrivent comme « un éclat métallique qui peut séduire »[154]. Elle ne ressemble pas à sa mère et se décrit comme « laide […] et basanée comme un petit Maure »[155]. Élevée « à la dure », comme un garçon, elle affecte parfois une apparence négligée et s'astreint à gommer sa féminité par sa façon de s'habiller et son comportement. Elle dispose probablement d'un physique peu avantageux, avec un dos fortement déformé depuis son jeune âge et un nez aquilin, en bec d'aigle[1].

Intelligente, elle est dotée d'une grande culture et correspond avec de nombreux savants et hommes de lettres tels Descartes[1],[note 10], Pascal, Gassendi[156], Leibniz ou Spinoza. En 1770, Jean Le Rond d'Alembert écrit des Mémoires et réflexions sur Christine reine de Suède, prouvant qu'elle intrigue même les érudits qui lui succèdent ; il y met en valeur les pensées de Christine[1].

Elle est orgueilleuse, hardie, excentrique, faisant preuve politiquement d'une certaine duplicité. Elle se décrit elle-même comme « méprisante et railleuse […] incrédule et peu dévote […] ambitieuse jusqu'à l'excès »[64]. Elle n’hésite pas à déclarer aux autres souverains européens qu’« être incapable de dissimuler c’est être incapable de vivre »[157]. Son caractère impétueux se confirme par ses propres propos : « J’aime railler, lancer des piques : mais je suis furieuse qu’on me réplique. Je me mets d’ailleurs facilement en colère »[158].

Sur le plan religieux, elle a une attitude tolérante et non dogmatique. Elle est cependant pieuse et déclare peu avant sa mort « avoir dédié sa vie à Dieu »[15].

Foi et doctrine

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L'état spirituel de Christine évolue durant sa vie. Dans sa jeunesse, elle se questionne sur sa foi et son luthérianisme. Elle finit par comprendre que cette religion ne lui correspond pas, parce qu'imposée depuis sa naissance, et la renie. Ses doutes sur sa confession l'amènent à étudier de nombreuses religions. Ses lectures indiquent néanmoins une inclinaison prononcée pour le scepticisme, qui, bien que ne formant pas en soi une religion, l'influence durablement sur sa future conversion. Elle éprouve un intérêt prononcé pour Cicéron et son De natura deorum ou encore pour le controversé Colloquium heptaplomeres de Jean Bodin[159].

Conversion au catholicisme

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Une multitude de gens se battent tant au pied d'immeubles à 3 niveaux qu'à chacun de leurs étages.
Représentation du massacre de la Saint-Barthélemy, événement symbolique des guerres de religion comme apogée des violences entre catholiques et protestants.

La sincérité de sa conversion au catholicisme le est toujours débattue par les historiens, qui en cherchent notamment les raisons, s’affrontant en plusieurs thèses différentes et vraisemblables qui doivent tenir compte du contexte dans lequel Christine évolue. Dès sa jeunesse, elle est confrontée aux tourments des questions religieuses alors que la Chrétienté se divise à travers l’Europe, ouvrant de nouveaux horizons de réflexions, mais aussi de luttes : le XVIe siècle voit l’essor du protestantisme — en 1517, Martin Luther publie ses 95 thèses ; à partir de 1534 les prédications de Jean Calvin prennent une grande ampleur tandis que Henri VIII fonde l’Église anglicane[160] —, aussi Christine nait-elle dans une Europe fracturée religieusement et déchirée par les guerres de Religion. Les changements de pratiques religieuses ne sont pas rares à cette époque, comme en donnent l'exemple des six conversions successives de Henri IV, toutes politiques, dans le but de prendre puis maintenir le pouvoir. Celle de Christine n’est cependant pas comparable car la jeune femme ne devient catholique qu'après avoir renoncé au pouvoir[161]. Mais ses contemporains ont cependant vu dans son acte de l’inconstance et de l’opportunisme (pour accéder au trône de Naples) plutôt qu’un geste spirituel visant la rédemption et la vérité[162].

C’est néanmoins dans ce contexte trouble d’une Europe chrétienne meurtrie qu’intervient la première hypothèse : elle envisage que Christine a souhaité restaurer la paix et l’unité des chrétiens[162] pour opposer l'union face au monde islamique qui pénètre peu à peu l'Europe centrale[163],[note 11]. Pourtant, Christine s’affirme comme désintéressée des questions mêlant politique et religion, écrivant à Frédéric de Hesse-Eschwege : « Je laisse à ceux qui font profession de traiter les controverses, […] les disputes que vos Docteurs ont avec ceux de l’Église romaine. Je suis d’une troisième Religion ayant trouvé la Vérité »[164]. Pour le baron Carl Nils Daniel Bildt, cette conversion est exclusivement motivée par les propres désirs égoïstes de Christine — une vision négative provenant majoritairement de pamphlets de protestants qui n’ont jamais accepté ni pardonné que Christine quitte leur foi. À l’inverse, les Jésuites voient une réelle attirance de la reine pour une « vraie religion », synonyme de liberté et d’ouverture d’esprit[160]. Christine déclare elle-même être dorénavant « heureu[se] de se trouver d’une religion autorisée par des millions de miracles ; et par des millions de martyrs » et certaine de sa foi, croyant « tout ce qu’ont cru tant de grands génies ». Elle déplore également « tous ceux qui ne se rendent pas à ces grandes vérités »[165], démontrant qu’elle ne représente pas une préfiguration d’un « déisme combiné avec la métaphysique néo-platonicienne ». Pourtant, c’est bien cette dernière thèse que soutient la philosophe Susanna Åkerman, suggérant que Christine souhaite se créer une image valorisante suivant une vision universaliste du monde[160]. Après sa conversion et toujours en quête de spiritualité, Christine se rapproche de mouvements mystiques tel celui de la Rose-Croix, ordre secret fondé par Christian Rosenkreutz, personnage légendaire persuadé de devoir accomplir « la réformation générale » du monde[166]. L’intérêt de la reine pour les rosicruciens s’explique notamment par leur vision similaire de la science ; une recherche de l’application de cette discipline à travers l’alchimie en est l’exemple. De plus, certaines valeurs rosicruciennes se retrouvent chez Christine : le célibat et l’abstinence sexuelle notamment[167]. De manière générale, Christine grandit et évolue dans une société où le pansophie et l’ésotérisme détiennent une place prépondérante, influençant largement les idées qui gagnent la cour de Stockholm durant son règne[168].

Tolérance religieuse

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La tolérance religieuse semble très importante pour Christine, qui n’hésite pas à proclamer en 1659 : « Chacun a le droit au libre exercice de sa religion, quelle qu’elle soit ». Ainsi, face à l’édit de Fontainebleau de 1685, elle écrira :

« Je ne suis pas persuadée du succès de cet horrible dessein et je ne saurais m’en réjouir comme une chose fort avantageuse à notre religion. Je prévois, au contraire, le malheur irréparable et inouï qu’un procédé si barbare causera partout. […] Les gens de guerre sont d’étranges Apôtres et je les crois plus propre à voler, violer et massacrer qu’à persuader. […] Le sort des malheureux qu’on abandonne à ces effrénés me fait compassion ; et ces assassins perfides osent encore se dire Chrétiens. […] Oui, je plains amèrement ces malheureux nés dans le sein de l’erreur ; mais il me semble qu’ils sont plus dignes de pitié que de courroux. La France ressemble à un enfant malade que l’on […] saigne. […] Je me lasse de tracer des crimes qui déshonorent le siècle et qui révoltent l’humanité. »[169]

Christine, à travers cette lettre et bien d’autres, prône la tolérance religieuse et dénonce le fanatisme, même à l’intérieur de sa propre Église. Ainsi, la conversion doit provenir d’un cheminement personnel basé sur l’apprentissage — car l’erreur religieuse serait ici synonyme de méconnaissance — et non sur la violence[170].

Relation avec la science et les arts

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Période de règne

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La reine et une autre dame assises à une table où se trouvent encrier, latte, compas et documents sur lesquels un homme debout pointe l'index.
Christine de Suède en conversation avec René Descartes,
peinture de Pierre-Louis Dumesnil.

Sous le règne de Christine, les arts, la culture et la science connaissent un essor important. La reine fait venir à sa cour des érudits de toute l'Europe dans le but de donner à son pays la grâce, l'élégance et la connaissance nécessaires pour devenir une puissance majeure du continent. Dès 1636, est arrivé à Stockholm Antoine de Beaulieu, maître de ballet et danseur français, chargé d'enseigner la danse, les bonnes manières et l'étiquette aux jeunes nobles. Il donne deux ans après le premier ballet de cour représenté en Suède, le Ballet des plaisirs de la vie des enfants sans souci[note 12],[172] et travaillera à la cour pendant près d'une vingtaine d'années.

Buste en marbre d’un homme portant moustache et barbe pointue.
Buste de Gabriel Naudé à l’Institut de France ; polymathe, c’est un proche conseiller de la reine et son bibliothécaire.

Par l'alliance scellée avec la France par son père, puis renforcée par elle-même, Christine reçoit à sa cour de nombreux scientifiques français[33]. Entre 1645 et 1649, l'un des plus grands diplomates de Louis XIII, Pierre Chanut, vit à la cour de Suède et décrit la reine comme à la fois passionnée et passionnante, alors qu'elle a à peine vingt ans[33]. René Descartes mène plusieurs voyages à Stockholm[173],[14] et devient même le précepteur de la reine en 1649[174], avant de mourir l'année suivante[175],[176]. Bien que courte, cette période d'apprentissage est cruciale dans la réflexion de Christine. Elle écrit sur la pensée cartésienne, affirmant que le philosophe n'a rien compris aux émotions qui altèrent la sagesse, le préférant sur ses enseignements mathématiques. Descartes, quoique fatigué de la vie suédoise, est intéressé par la reine, dans laquelle il voit une femme curieuse et vive. Ils partagent tous deux un gout prononcé pour le néo-stoïcisme et la musique baroque[177]. La reine tente d'inviter le mathématicien français Pierre Gassendi à sa cour ; débutant une relation épistolière avec elle en décembre 1952, Gassendi annonce à Christine son impossibilité de rejoindre son pays car son état l'en empêche. Néanmoins, leurs échanges restent réguliers et riches pendant quelques années. Gassendi encourage la reine à développer son attrait pour la philosophie grecque et lui présente une nouvelle doctrine : l'atomisme[178]. Il semblerait que la reine ait été conquise par ce courant philosophique car Gottfried Leibniz cite Christine parmi les adeptes de cette théorie[179].

Alors que la France subit la Fronde, des figures du libertinage érudit comme Gabriel Naudé gagnent la cour de Suède. Ils y entretiennent des relations poussées avec Christine alors surnommée la « Minerve du Nord ». Naudé va avoir de grands espoirs dans la construction d'un État moderne sous le règne de Christine, qui « a tout lu, a tout vu, sait tout » ; il l'encourage à forger une politique sécularisée qui s'affranchit des considérations religieuses — et morales — selon le principe d'une « raison d'État », précurseur de la realpolitik du xixe siècle[180].

Mécénat à Rome

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Trois-quarts d'une femme aux cheveux m-longs groupés en masse vaporeuse par un ruban de chaque côté de la tête, habillée en bleu de Prusse et blanc.
La belle comtesse de Sébastien Bourdon, commandé par Christine en 1653 et représentant Ebba Sparre.

Dès son abdication, Christine quitte son royaume pour rencontrer les plus grands artistes d'Occident. Elle peut dorénavant aller directement voir ces illustres personnages qu'elle aime tant, et non se contenter de quelques lettres échangées et de rencontres au bon vouloir de l'intéressé dans l'obligation de rejoindre la Suède pour la rencontrer. À Bruxelles, l'ancienne reine assiste à des représentations d'opéras, de théâtres, de ballets. Lors de son premier séjour à Pesaro, elle rencontre le philosophe et poète Francesco Santinelli, avec qui elle se lie d'amitié. Santinelli est décrit à la fois comme « la figure la plus éminente de l'élite intellectuelle du Pesaro du XVIIe siècle » et ressemblant au David de Michel-Ange ; il combine ainsi attraits physiques et psychiques, caractéristiques qui séduisent la reine. Elle sympathise également avec Giovanni Monaldeschi. Sa vie durant, elle réunit autour d'elle des gens attirants car, pour elle, la beauté est synonyme d'harmonie[181].

À Rome, Christine s’entoure du peintre du siècle d'or néerlandais David Beck, mort prématurément en 1656, et du peintre français Sébastien Bourdon. Ces deux hommes sont ses artistes favoris et la reine leur commandera plusieurs tableaux, pour elle ou ses proches[29]. Après les peintres viennent les musiciens, la musique tenant une place très importante dans la vie de Christine. À Rome, elle est toujours accompagnée de musiciens et chanteuses[182].

Historiographie

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Dès le xviie siècle, alors que la reine est toujours en vie, quelques essais biographiques sont déjà rédigés par des contemporains comme le mémorialiste Gualdo Priorato et le cardinal Sforza Pallavicino, qui l'ont tous deux côtoyée durant une partie de sa vie. Néanmoins, le premier grand travail d'historien réalisé est celui du Finlandais Johan Arckenholtz, qui publie entre 1751 et 1760 quatre ouvrages sur Christine[183], des livres restés inédits et d'une importance capitale car rédigés à l'aide de documents aujourd'hui détruits ou disparus[184]. Durant le reste du xviiie siècle, d'autres historiens (comme Jacques Lacombe et l'historien et philologiste allemand Wilhelm Grauert) écrivent des biographies et mènent des études sur Christine, mais n'apportent rien de nouveau par rapport à Arckenholtz[185].

Au xixe siècle, la recherche sur Christine avance avec les travaux de Gaudenzio Claretta et du baron de Bildt, qui se focalisent sur la seconde partie de la vie de la reine, à Rome[186]. Cette avancée est possible grâce à l'ouverture à la consultation des lettres conservées par la famille Rinuccini du cardinal Azzolino. Une partie en est encore classifiée, d'une part par l'État suédois qui en conserve dans ses Archives nationales et d'autre part par les héritiers d'Azzolino. En même temps, le prêtre français Eugène Michaud publie des archives du ministère des Affaires étrangères de France relatant les lettres échangées entre Paris et la reine[187]. Les nouvelles études sont exclusivement suédoises. L'historien Curt Weibull (en) parvient à démontrer que les mémoires de Chanut furent en partie falsifiés et contrefaits, rendant leur pertinence historique caduque alors que Chanut fut le grand conseiller de la reine durant son règne[188] ; l'auteur parvient à largement éclairer les épisodes de la vie de Christine durant son enfance, puis sa courte période de règne. Il analyse également les pamphlets qui visent la reine après son abdication et apporte une nouvelle vision quant à l'exécution de Monaldeschi. Il invite à comprendre la psychologie de Christine, personnage rebuté par la traitrise après les manigances de sa propre mère[189].

Postérité

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Hypothèses d'intersexuation et de lesbianisme

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En 1965, le squelette de Christine de Suède est exhumé afin d'y détecter d'éventuelles preuves d'intersexuation supposée d'après les témoignages de nombre de ses contemporains, soulignant sa « voix grave », et l'écrit de Christine elle-même, se décrivant « toute velue » alors qu'elle n'est qu'un nourrisson[190]; l'enquête, menée par Carl-Herman Hjortsjö infirme cette hypothèse et montre au contraire que Christine de Suède était dyadique : ses caractéristiques sexuelles correspondent aux définitions typiques de « femelle » selon les normes médicales en vigueur[191]. Cependant, pour la docteure Anne Moretti, toutes ces théories sont nées d'une volonté politique de la reine elle-même : celle de se légitimer en tant que « roi » et souverain d'une grande puissance européenne[192]. Durant son règne, elle réaffirmera même le bien fondé et l'importance de la loi salique[193].

Portrait en buste de trois-quarts : femme en chemise blanche nouée au col par un ruban noir et vêtement de couleur prune.
Reine Christine de Suède, peinture de Sébastien Bourdon de 1653 conservée au Nationalmuseum de Stockholm.

La perception de la relation de Christine de Suède au lesbianisme est ambivalente : si certains lui inventent des relations homosexuelles dans le but de la discréditer politiquement, d'autres voient en elle une icône lesbienne, en particulier en raison de son habillement[191]. Présenter Christine comme lesbienne permet aux pamphlétaires parisiens des années 1660 de discréditer son héritage intellectuel et politique[191]. Cette méthode se retrouve un siècle plus tard : en 1761 paraissent les Lettres secrètes de Christine, Reine de Suède, un ensemble de fausses lettres d'amour qu'elle aurait écrites à plusieurs femmes[191] ; à la même époque est aussi publié à Rome un ouvrage similaire, une Chronique scandaleuse, dans laquelle sont racontées les prétendues débauches sexuelles de la reine[1]. Ces critiques virulentes et négatives apparaissent exclusivement après son abdication, alors qu’elle devient synonyme de transgression. Si durant son règne, ni son âge ni son sexe n’avaient été attaqués, sa masculinité est dénoncée après cet évènement et ses défauts sont exacerbés[194]. En fait, après avoir abdiqué, elle ne dispose plus de la légitimité pour conserver ses attributs dits masculins. En perdant cette « essence royale », cette ambigüité sur son genre, autrefois cruciale pour gouverner, devient dangereuse et synonyme de débauche[195]. Pour Anne Moretti :

« Le plus grand travestissement de Christine ne réside pas dans ses habits. C’est plutôt le costume dont une historiographie mensongère a voulu la parer car elle était trop bien dans la conception du XVIIe siècle pour n'être « qu’une » femme. »[196]

Au fil du temps, Christine devient le portrait des contrevaleurs — ou l’anti-portrait des bonnes valeurs — en incarnant l’argent, le sexe, la débauche, l’homosexualité et le paganisme[197].

Néanmoins, son refus catégorique de se marier et d'avoir une descendance[150], sa relation avec Ebba Sparre et sa manière de se vêtir font de Christine de Suède une icône lesbienne[191]. Dans le portrait que réalise d'elle Sébastien Bourdon en 1653, elle porte une tenue mêlant la mode féminine, avec une robe fort découverte aux épaules, et masculine par sa palette de couleurs presque noire et blanche et la chemise nouée d'un seul ruban ; cette manière de combiner féminité et masculinité est typique de la mode lesbienne[191],[198]. L'historienne Eleanor Medhurst rapproche le style de Christine de Suède de celui des féministes lesbiennes des années 1970 et 1980 : refus des cheveux féminins par la tonte des cheveux et le port d'une perruque d'homme, refus des jupes, et enfin refus des canons de beauté de l'époque[191]. Christine ne se vêt donc pas réellement en homme mais dans une tenue « allégée », incompatible avec les normes de son temps[199]. Cela lui permet de monter à cheval « en amazone », position qui demeure toutefois plutôt féminine[200]. Et en effet, elle sait s’habiller de manière traditionnelle. Christine est régulièrement décrite comme élégante par ses contemporains ; lors de sa rencontre avec Louis XIV en , elle est dépeinte telle une « nymphe », loin des caricatures d’une femme en costume masculin[201] et quelques jours après cet évènement, la Gazette de France insiste sur la magnifique robe que porte Christine pour le grand souper du soir, obligeant plusieurs personnes à porter sa traine[202].

Cependant, elle développe pour les femmes, dans sa jeunesse, une certaine aversion qui nuance cette vision[203]. À cause des conspirations de sa mère en 1644, elle se convainc que les femmes ne sont pas fiables car soumises à leurs « passions ». Elle déclare dans ses mémoires « aimer les hommes non pas parce qu'ils sont hommes, mais parce qu'ils ne sont pas femmes »[44]. Si ses manières ont, parfois, pu faire penser à celles d'un homme, c'est parce qu'elle a été éduquée indépendamment de son sexe, non pas pour devenir une femme, ni même un homme, mais bien un souverain et parce que les qualités d'un souverain sont alors associées à la masculinité[204]. En sus, le choix de Christine de ne jamais devenir ni mère ni épouse peut s'expliquer par son éducation masculine : elle n'a pas reçu la même formation durant son enfance que les jeunes filles de son époque, les préparant à la maternité et à la vie de couple. Christine elle-même le pense, déclarant dans ses mémoires que « le tempérament et l’éducation font toute la différence qui se remarque entre les sexes »[203]. En fait, elle n'a pas reçu d'éducation destinée à révéler sa féminité et s'est entourée exclusivement d'hommes, en tout cas pendant la première partie de sa vie[205].

Sa première rencontre marquante avec des personnes homosexuelles a lieu en novembre 1655 à Pesaro, peu après sa conversion et son abdication. Durant les nombreuses fêtes auxquelles elle participe, elle est charmée par les danseurs Francesco et Ludovic Santinelli ainsi que par Giovanni Monaldeschi qui sont décrits comme des « dépravés » et dont on raconte qu’ils s’adonnent « ardemment à la sodomie ». Il est également raconté que ces « spectacles intimes » étaient menés « sous les yeux de Christine » de telle sorte qu’« il est à peu près certain (sic) que la jeune femme put enfin voir ce dont, jusque-là, elle n’avait qu’une connaissance bien abstraite »[95]. Ces histoires, combinées aux récits de nombreuses aventures qu'auraient eu la reine[note 13], ont fait dire que Christine serait en fait bisexuelle[206]. Cette théorie s'appuie cependant sur tous les pamphlets crapuleux, rumeurs désobligeantes, ragots discréditant, insinuations malveillantes, récits tendancieux et affirmations invérifiées qui pullulent au sujet de la reine. Dans une certaine mesure, cette hypothèse de bisexualité confirme ces imputations infamantes[207] mais la relation qu'entretient Christine avec Ebba Spare n'est pas si ambiguë que certains voudraient le faire croire[208]. Cette comtesse suédoise, mariée à Jacob De la Gardie, est en fait considérée par la reine comme une membre de sa famille avec qui elle entretient donc une relation parfois plus qu'amicale. Les quelques récits qui attestent que les deux femmes aient partagé le même lit ne peuvent prouver une attirance charnelle entre elles : à cette époque, il n'est pas rare que plusieurs femmes ou plusieurs hommes dorment ensemble lorsqu'ils sont loin de chez eux ou en transit. Après l'abdication de Christine, alors qu'Ebba est alors veuve, les deux femmes se séparent et ne communiqueront plus que par l'intermédiaire de courriers[209]. Enfin, dans une lettre destinée à Charlotte de Chazan à propos des premiers plaisirs charnels de Louis XIV, Christine écrit :

« Si j'étais Roi de France, je vous croirais plutôt propre à toute autre chose que gouverner et je ferais avec vous certaines petites et agréables bagatelles qui ne vous déplairaient pas. »

Dans cette phrase qui vise à amuser sa correspondante, il faut noter que Christine se place en tant qu'homme (« si j'étais Roi »), supposant qu'elle ne conçoit possible qu'une relation hétérosexuelle[210]. Pour l'historien Sven Stolpe, Christine n'avait simplement pas de relations sexuelles, que ce soit avec un homme ou une femme[note 14].

Christine peut être considérée comme une pionnière du féminisme à plusieurs égards[212]. Elle s'interroge en effet sur la condition féminine à l'occasion de ses réflexions sur sa propre liberté, déclarant ne pas être « née pour s'assujettir » aux bienséances de son sexe[64]. De plus, elle fréquente des figures du féminisme de son temps comme Anne-Marie de Schurman, première femme universitaire d’Europe[213] et responsable de débats sur l’accès au savoir des femmes[214]. Néanmoins, elle fait part dans ses mémoires de déclarations ambivalentes sur la gente féminine, n’hésitant pas à assurer les « faiblesses de son sexe »[47] qui, au passage, ne la concernent pas, tout en dénonçant sa « condamnation au sexe [le] plus faible ». Cependant, ces affirmations doivent être comprises dans le sens où l’homme comme la femme disposent de « toutes les faiblesses et toutes les vertus » réservées à leur sexe. Christine peut donc être perçue comme une pionnière du féminisme dans la mesure où elle semble souhaiter l’émancipation de la femme et son accès à l’éducation[155].

En outre, elle affirme elle-même que « les femmes ne devraient jamais régner. […] Leur ignorance, la faiblesse de leur âme, de leur corps, de leur esprit les rendent incapables ». Les exemples d’allégations dégradantes envers les femmes sont fleuves dans ses écrits : assurant parfois qu’elle « ne trouve rien de plus sot, ni de plus ridicule, que la République des Amazones. Cette fable est mal inventée », ou encore que « le sexe féminin est d’un grand embarras, et d’un grand obstacle à la vertu et au mérite ». Cependant, Christine semble surtout critiquer la condition féminine (vouée à l’asservissement, au mariage, à la grossesse) et assure plutôt la prédominance de l’esprit par-dessus tout : « l’âme n’a point de sexe »[155]. Cette maxime influencera François Poullain de La Barre, contemporain de Christine, dans sa rédaction d’un traité féministe révolutionnaire : De l’égalité des deux sexes[215]. Bien qu'elle se soit déclarée critique à l'égard de la philosophie de Descartes, l'influence de l'enseignement du philosophe apparait dans la conception féministe de la reine. La distinction cartésienne entre l'âme et le corps se retrouve dans l'idée défendue par Christine selon laquelle le sexe n'exerce aucune influence sur les productions de l'esprit[216].

alt=Texte noir en différentes polices de caractères. sur papier de couleur crème.
Couverture de son ouvrage Lettres choisies de Christine, reine de Suède, édition de 1759.

Christine laisse de nombreuses lettres, des recueils de sentences, et quelques autres écrits dont ses mémoires qu'elle n'acheva pas[217] :

  • Mémoires ou Autobiographie dédiée à Dieu
  • Lettres choisies de Christine, reine de Suède, Hardi Filocrate, (lire en ligne)
  • Pensées de Christine, reine de Suède, Paris, Antoine-Augustin Renouard,
  • L’ouvrage du loisir
  • Les sentiments

À Rome, elle rédige également plusieurs essais historiques[155] :

  • Réflexions sur la vie et les actions du grand Alexandre
  • Réflexions sur la vie et les actions de César

La reine Christine de Suède et son chancelier Axel Oxenstierna ont lancé en 1645 le journal Post- och Inrikes Tidningar destiné à permettre aux dirigeants de justifier les levées de fonds alloués au financement de la guerre de Trente Ans contre la maison catholique de Habsbourg et ses alliés. Il s'agit du plus vieux journal du monde ; depuis le , il est exclusivement publié sur internet[218].

Christine et la littérature française

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Christine entretient une relation particulière avec la culture française, surtout avec sa langue et sa littérature[155]. Elle en commence très jeune l’apprentissage et, dès lors, écrit couramment en français[219]. Cette appétence pour la rédaction l’amène à le maitriser rapidement ; elle le parlera comme une seconde langue maternelle[34]. De manière générale, l’époque de vie de Christine correspond à l’essor du français dans les relations internationales. En effet, si autrefois, le latin était préféré par les intellectuels et l’allemand par les diplomates, le XVIIe siècle voit l’influence de langues comme le français et l’italien grandir dans les hautes sphères sociétales. Christine, néanmoins, joue une place centrale dans l’apprentissage du français par les élites suédoises. Par l’ouverture d’un cours de langues romanes à l’université d'Uppsala dès 1647, mais aussi par la venue de personnalités d’élite francophones dans le pays, à l’image de Descartes ou Naudé et bien d’autres, Christine permet en quelque sorte la « modernisation » de l'élite suédoise[155].

De manière plus personnelle, Christine entretient durant sa vie de nombreuses relations épistolières en français. Il en reste des lettres échangées avec Louis XIV et Mazarin. De plus, les traces conservées des échanges entretenus entre Descartes et Christine témoignent à elles seules de la sagacité de la réflexion de la reine et de la pertinence d’introduire Christine parmi les grands érudits francophones de son siècle. Ce sont cependant les textes rédigés après son abdication qui l’ont fait rentrer dans l’histoire de la littérature française. Tout d’abord par ses mémoires, puis ses recueils de maximes (L’ouvrage du loisir et Les sentiments) et enfin ses essais historiques. Ces écrits ont valu à Christine plusieurs critiques, dont l’une réalisée par l’universitaire Jean-François de Raymond qui livre une analyse du ton, du style et du contenu introduit par Christine : pour lui, les mémoires de Christine sont « originales » par leur « absence d’affèteries » et leur « liberté » dans l’expression, caractéristiques correspondant bien à la personnalité de la reine ; sur le fond, elles permettent de mieux saisir les réflexions politiques de Christine et ses choix parfois paradoxaux, bien que leur pertinence historique demeure incertaine[155].

Dans ses recueils de maximes, regroupant près de 1 400 points, de nombreuses sentences exaltent la gloire, la puissance. Pour le philosophe Ernst Cassirer, c’est le reflet de l’influence du héros cornélien couplé à une « réminiscence de la philosophie cartésienne », c’est-à-dire l’assurance de se maitriser soi-même, liée au culte de sa volonté dans l’acceptation ou le renoncement[155].

En 1927, pour célébrer le 25e anniversaire de l'alliance française en Suède, l'académicien Henry Bordeaux prononce à Stockholm un discours qui met en lumière cette relation nouée entre Christine et la culture française, particulièrement à travers l'Académie française. Christine devient alors est une souveraine « aimante des lettres, des arts et des sciences » et qui contribue à la diffusion du « goût français » en Europe. Elle entretient durant sa vie un rapport direct avec l'Académie. En 1654 par exemple, peu après son abdication, Christine envoie à la Compagnie son portrait accompagné d'une lettre dans laquelle elle avoue avoir « toujours eu pour vous [l'Académie française] une estime particulière parce que j’en ais toujours eu pour la vertu, et je ne doute point que vous ne m’aimiez dans la solitude comme vous m’avez aimée sur le thrône »[220]. Le , accueillie dans les locaux de l'Académie à Paris, Christine s'inquiète de n'y pas trouver l'écrivain et philologue Gilles Ménage, persuadée qu'il est membre de l'institution[221] ; elle s'entretient ensuite avec seize académiciens tandis que d'autres, comme Jean Chapelain et Pierre Corneille, décident de ne pas assister à la réunion en raison de l'exécution de Giovanni Monaldeschi[222].

Entre légende dorée et légende noire

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Vêtue d'une robe chamarrée, portant de nombreux bijoux, une fillette debout pose la main sur un globe crucifère posé près d'un sceptre et d'une couronne.
La reine Christine enfant de Jacob Elbfas.

Par sa vie exceptionnelle, Christine ne laisse pas indifférent. Ses contemporains comme ceux qui lui ont succédé ont toujours été intrigués par sa personnalité et un mythe s’est bâti autour d’elle. Mais la Christine mythique se décline entre légende dorée et légende noire[196].

La légende dorée de Christine surgit dès sa naissance, avec le pouvoir et la gloire de son titre. L’art tient une place importante dans la construction de son apparence. Dès l’âge de six ans, sa mère commande un portrait d’elle représentée telle une reine, dotée d’une robe ornée de perles et d’une petite couronne, tenant en main un éventail de plumes, « objet féminin par excellence et marque de distinction raffinée ». À la mort de son père, elle est à nouveau représentée en peinture par Michel Leblon dans un portrait qui accentue volontairement la ressemblance de l'enfant avec Gustave-Adolphe dont elle est dorénavant la successeure. Ainsi, Christine, d’un air endeuillé et croisant les mains, présente un large front et de grands yeux, disposant des traits principaux qui faisaient les caractéristiques de son père. Le peintre Jacob Elbfas (en), déjà portraitiste d’Élisabeth Ire d’Angleterre, s’occupe de la réalisation d’une autre œuvre où Christine est représentée l'air grave et disposant des attributs d’un souverain : elle pose la main sur un orbe crucigère, repris aussi sur la couronne posée sur une table près d'un sceptre[25]. L’art renforce ainsi la puissance de Christine et démontre sa glorieuse lignée[223].

À partir de 1652, Sébastien Bourdon réalise plusieurs autres portraits où son caractère féminin est moins présent et où les attributs royaux disparaissent. La reine est représentée dans des habits allégés et le souhait d’abdication de Christine se témoigne à travers la peinture. La sobriété du style se rapproche de la représentation faite de Descartes. En fait, la reine souhaite plutôt mettre en évidence sa sagesse et son érudition[224].

La légende dorée de Christine, glorieuse, philosophe, érudite et catholique se transforme en légende noire ― scandaleuse ― dans le monde protestant et s'impose, pendant un temps, sans contradicteur dans l'histoire[225]. Outre les premiers pamphlets rédigés alors qu'elle est encore en vie, les récits discréditant la reine naissent après sa mort en 1689. Ainsi en 1697, un témoignage anonyme intitulé Histoire des intrigues galantes de la reine Christine de Suède se popularise en Europe. Une version farfelue de la mort de la souveraine y est racontée[226] : elle aurait survécu à sa maladie pour finalement succomber en défendant une chanteuse recluse pour débauche et avec qui elle aurait entretenu une relation amoureuse. Un grand nombre de ces histoires basées sur des mensonges ou une version romancée de sa vie participent à forger la légende noire de Christine[227].

Place dans la culture

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Photo noir et blanc d'un homme légèrement penché vers une femme qui lui fait face, tous deux souriants.
John Gilbert et Greta Garbo dans La Reine Christine, 1933.

Christine de Suède est représentée, dès la fin de son règne, dans l'art et la culture populaire de toute l'Europe. Alexandre Dumas père écrit, au XIXe siècle, Christine, ou Stockholm, Fontainebleau et Rome, pièce de théâtre qui sera représentée le [227] au théâtre de l'Odéon à Paris comme une version romancée de la vie de Christine de Suède, qui s'inscrit dans le courant du théâtre romantique[228],[121]. Dumas y contrefait de la vérité historique au profit d'un drame amoureux ; Christine est alors impliquée dans un triangle sentimental avec Monaldeschi et une certaine Paula. Cette histoire influence largement les interprétations artistiques postérieures comme celle d'August Strindberg dans sa pièce dramatique Christine en 1903, et aussi le film La Reine Christine de 1933, avec Greta Garbo[229].

À côté des titres, gros plan d'un visage très sévère qui cache une partie du corps de la reine en arrière plan.
Affiche du film La Reine Christine de 1933.

Ce film raconte comment Christine tente de faire régner la paix sur son royaume en tant que femme. Elle rencontre Don Antonio de la Prada, l'ambassadeur du roi d'Espagne ; très vite, elle succombe à son charme et abdique pour vivre avec lui[230],[231].

En 1944 est joué au théâtre Édouard-VII Le Roi Christine de Marcelle Maurette, pièce dramatique en trois parties et huit tableaux dans une mise en scène de Georges Douking[232].

En 2012, un documentaire-fiction, intitulé Christine de Suède, reine des scandales, sort dans le cadre de l'émission Secrets d'Histoire[196], présentée par Stéphane Bern. Il retrace son parcours : ses débuts au palais royal de Stockholm, son couronnement à l’âge de six ans, sa lassitude du pouvoir, son abdication à vingt-huit ans, sa conversion au catholicisme, sa vie amoureuse mouvementée ainsi que son séjour au Vatican[233].

La même année, deux autres pièces de théâtre voient le jour : Dissection d'une chute de neige, fiction proche du rêve, librement inspirée de l’histoire de Christine de Suède écrite par Sara Stridsberg[206] et Christine, la reine-garçon, écrite par Michel Marc Bouchard, produite au théâtre du Nouveau Monde à Montréal dans une mise en scène de Serge Denoncourt[234],[235]. Cette dernière œuvre inspirera une bande dessinée : Kristina, la reine-garçon, scénarisée par Jean-Luc Cornette et dessinée par Flore Balthazar, sortie chez Futuropolis en 2022. En 2023, une collaboration entre Michel Marc Bouchard et le compositeur Julien Bilodeau permettra l'adaptation de la pièce de théâtre en opéra.

En 2015, sort un film finlandais éponyme, qui présente l'enfance, le règne et l'abdication de Christine[236],[237].

Christine de Suède apparait comme dirigeante des Suédois dans le jeu Civilization VI: Gathering Storm[238].

Notes et références

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  1. Catherine est la sœur de Gustave Adolphe et la mère de Charles Gustave, que Christine désignera comme son successeur. À la mort de celle-ci en 1638, Christine fut très touchée ; Oxenstierna déclara même : « Maintenant, elle a perdu sa véritable mère »[27].
  2. Toutefois, cette affirmation semble fausse compte tenue des récentes analyses qui semblent dire que jamais on ne lui apprit un art martial[31].
  3. Le spectacle avait été initialement présenté dans un théâtre amovible construit selon les plans de l’architecte Léonard Van Heel et les décors de trois artistes flamands, François Coppens, Philippe Van der Baerlen et Jan van den Hoecke dans la grande salle du palais du Coudenberg.
  4. Aisément traduisible en français par : « la plus grande pute du monde » ou dans des termes moins vulgaires : « la plus universelle des courtisanes ».
  5. L'Italie est, en 1658, toujours marqué par la grande peste de Naples qui se propage à Rome dans le courant de l'année.
  6. Littéralement « liberté de conscience » ; c’est en fait une demande d’exercer sa religion catholique, bien que divergente du culte officiel.
  7. Ce dernier mourra en 1673, à 33 ans. Son règne fut marqué par l’invasion ottomane de son pays.
  8. Sa tolérance envers les courants religieux et son intérêt profond pour le mysticisme la fait s’entourer d’hérétiques. Elle protège Miguel de Molinos jusqu'à son arrestation et sa condamnation en 1685, ce qui lui vaut d'être accusée de quiétisme par l'ambassadeur de France.
  9. Sur la plaque en bronze sont gravés les mots : Corpus Christinae Alexandrae Gothorum Suecorum Vandalorumque Reginae. Obiit Die XIX Aprilis MDCLXXXIXfrançais : Le corps de Christine Alexandra, reine des Goths, des Suédois et des Vandales. Elle mourut le 19 avril 1689.
  10. Certaines de ces correspondances sont conservées dans la bibliothèque du château de Rosendael aux Pays-Bas.
  11. En 1683, les troupes ottomanes se présentent aux portes de Vienne.
  12. En ancien français : Ballet du Plaisir des Enfans sans Soucy[171].
  13. Du côté masculin, Chanut, Pimentel, Vossius, Monaldeschi sont largement cités tandis que du côté féminin, Sparre est reconnue par certains comme son amante.
  14. Stolpe ne va pas non plus jusqu'à dire que Christine fut une pucelle toute sa vie, mais qu'elle n'avait pas un goût démesuré pour les plaisirs charnels, bien au contraire : elle en était en réalité désintéressée[211].

Références

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles ou études spécialisées

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Paroles rapportées

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  • Jean Le Rond d'Alembert, Dialogue de la reine Christine et de Descartes, Paris,
  • Johan Arckenholtz (trad. Johann Friedrich Reiffenstein), Mémoires concernant Christine reine de Suède, pour servir d’éclaircissement à l’histoire de son règne et principalement de sa vie privée, et aux événements de l’histoire de son tems civile et littéraire, suivis de deux ouvrages de cette savante princesse, qui n’ont jamais été imprimé, Amsterdam,
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Biographies généralistes

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  • Daniel des Brosses, Christine de Suède : La fascinante et scandaleuse reine du Nord, AKR, (ISBN 978-2913451353)
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  • Marion Lemaignan, Christine de Suède : Une souveraine européenne, Perrin, , 352 p. (ISBN 978-2-262-10408-5)
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  • Bernard Quilliet, Christine de Suède, Fayard, (ISBN 221361542X)

Articles connexes

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Liens externes

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