Bette Davis

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Ruth Elizabeth Davis (née le à Lowell, Massachusetts, États-Unis et décédée le à Neuilly-sur-Seine, France), plus connue sous le nom de Bette Davis, est une actrice américaine de cinéma, renommée pour sa forte personnalité et son talent artistique exprimé au cours d'une carrière longue de six décennies et composée de plus d'une centaine de films.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bette Davis dans l'un de ses rôles les plus célèbres, La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre (1939).

Fondatrice du Hollywood Canteen et l'une des actrices de cinéma les plus appréciées de l'âge d'or du cinéma, Bette Davis est connue comme un symbole de ténacité féminine, à cause de rôles de femmes impitoyables, caractérielles et hystériques, mais aussi de sa turbulente vie privée, ponctuée d'orageux mariages et de conflits médiatiques avec certaines figures du cinéma.

Alternativement appelée « reine d'Hollywood », « reine des Studios Warner » et « Première Dame du grand écran américain », Bette Davis a longtemps détenu le record du plus grand nombre de nominations aux Oscars en tant que meilleure actrice (10 fois), avant d'être détrônée par Katharine Hepburn (12 fois) puis par Meryl Streep (13 fois).

Elle a obtenu deux Oscars : en 1935 pour L'Intruse de Alfred E. Green et en 1938 pour L'Insoumise de William Wyler mais n'a jamais réussi, malgré ses fréquentes nominations, à en décrocher un troisième, ni pour ce qui est considéré comme le rôle le plus abouti et le plus talentueux de sa carrière : Ève de Joseph L. Mankiewicz, ni pour sa dernière grande interprétation marquante, dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich. De nombreux ouvrages lui ont été consacrés, dont un seul en français (Isabelle Champion, Lherminier, 1986).

Du théâtre au cinéma[modifier | modifier le code]

Bette Davis en 1932 dans Prisons d'enfants.

Ruth Elizabeth Davis grandit dans la banlieue de Boston, élevée avec sa sœur Barbara par leur mère, Ruth, photographe, qui se séparera de son mari en 1915. On dit que les deux prénoms de Ruth Elizabeth Davis ont été remplacés par celui de Bette, en référence au roman « la Cousine Bette » de Balzac[1]. Après le départ de leur père, la vie des Davis oscille entre le Massachusetts, le New Jersey et New York.

Bette fait ses débuts sur les planches dans le personnage d’une fée, pour Le Songe d'une nuit d'été, pendant ses études à la Cushing Academy d’Ashburnham (Massachusetts). Elle prend ensuite des cours de danse avec Martha Graham et suit pendant trois ans les cours de la John Murray Anderson’s Acting Dramatic School à New York.

En 1928, elle fait partie d’une troupe théâtrale dirigée par George Cukor et, sous sa mise en scène, elle monte sur scène dans la pièce « Broadway » à Rochester. Suivront d’autres pièces avec Cukor avant de se produire en 1929 à New York, avec un grand succès, dans « The Earth Between » puis, elle débute enfin officiellement à Broadway dans « Broken Dishes ».

Remarquée au théâtre par un dénicheur de talents d’Universal Pictures, studio de cinéma hollywoodien, elle y tourne son premier film, The Bad Sister (1931). Carl Laemmle, directeur de la firme Universal, s’écria en voyant ce film interprété par Bette Davis : « Comment peut-on tourner un film dans lequel un homme en voit de toutes les couleurs et le terminer en cadrant sur un tel visage ? »[2]. Bette ne tournera plus que deux films à Universal qui ne renouvelle pas son contrat.

Après quelques rôles insignifiants dans d’autres studios (RKO, Columbia…), elle décide de rentrer à New York pour revenir au Théâtre. C’est alors qu’elle reçoit un coup de téléphone de George Arliss, grand acteur populaire de la Warner à l’époque. Il lui propose un premier rôle, auprès de lui, dans le film L'Homme qui jouait à être Dieu (1932), elle accepte. Arliss écrira dans son autobiographie « Je ne m’attendais qu’à une modeste prestation, mais ce petit rôle se transforma en une création vivante, profonde… comme une lueur illuminant un texte banal et lui communiquant émotion et passion. C’était un talent qui ne pouvait rester longtemps dans l’ombre »[2]. Elle épouse en 1932, Harmon O. Nelson, rencontré lors de ses études, et dont elle divorcera six ans plus tard.

La reine de la Warner[modifier | modifier le code]

L'Emprise (1934).

À la suite de ce film, les frères Warner, de la Warner Bros. Pictures, lui font signer un contrat de sept ans. Une période qui durera 16 ans et où l’actrice devra lutter quotidiennement pour obtenir de bons rôles dans une firme spécialisée dans les films de gangsters et qui privilégie essentiellement les personnages masculins.

Pourtant, Bette Davis n’arrête plus de tourner, on la voit dans vingt-cinq films en quatre ans, notamment avec Spencer Tracy dans Vingt mille ans sous les verrous (1933) et avec James Cagney dans Jimmy the Gent (1935), deux films de Michael Curtiz. En 1934, Bette Davis harcèle, pendant des mois, Jack Warner, un des patrons de la Warner, pour obtenir le rôle de Mildred Rogers dans L'Emprise. Il finit par céder et la « prête » à la RKO. Elle racontera : « Mes employeurs considéraient que le fait de me confier le rôle d'une héroïne aussi détestable équivaudrait à un suicide artistique… Ils m'identifaient, je suppose, au personnage, et retenaient que nous étions bien digne l'une de l'autre »[3]. Bette obtint un grand succès critique mais le film fut un échec commercial.

L'Intruse (1935).

Elle fait ensuite une autre composition remarquée de garce dans Ville frontière (1935), avant d’être consacrée dans L'Intruse (1936) pour lequel elle décroche son premier Oscar de la meilleure actrice. Les frères Warner lui refusent pourtant deux rôles auxquels elle tenait : la reine Élisabeth Ire aux côtés de Katharine Hepburn dans Mary Stuart et Alice dans Alice au pays des merveilles. Mais ils lui confient un bon personnage dans La Forêt pétrifiée pour ensuite la reléguer dans deux films médiocres.

Commenceront alors les conflits avec ses producteurs. Insatisfaite de ses scénarios et après avoir refusé de tourner un film, Bette claque la porte de la Warner et quitte Hollywood pour Londres où on lui propose deux films. Un procès s’engage alors entre elle et la Warner. Elle le perd mais Jack Warner, magnanime, lui pardonne et paie les frais du procès. Olivia de Havilland aura plus de succès, elle aussi intentera un procès en 1943 contre la Warner et, le gagnera en 1945. Mais Bette Davis n’est pas complètement perdante car, malgré cette action en justice, la Warner lui confiera des scénarios de meilleure qualité.

Son retour à Hollywood se fera dans l’excellent film Femmes marquées (1937) aux côtés d’Humphrey Bogart qui lui permet de prouver à nouveau ses qualités dramatiques. Elle entame ainsi un nouveau départ à la Warner qui lui propose une série de films dont les scénarios sont écrits tout spécialement pour elle. Suivront Le Dernier combat avec Edward G. Robinson et Humphrey Bogart, Une certaine femme avec Henry Fonda, L'Aventure de minuit avec Leslie Howard et Olivia de Havilland.

Fay Bainter et Bette Davis dans L'Insoumise (1938).

Après lui avoir soumis le rôle de Scarlett O'Hara d’Autant en emporte le vent, elle le refuse, ne voulant pas se retrouver aux côtés d’Errol Flynn (condition de la Warner pour « prêter » Bette Davis à David O. Selznick) qu’elle juge trop médiocre pour le rôle de Rhett Butler.

Jack Warner lui propose alors L'Insoumise (1938), film qui ressemble étrangement à Autant en emporte le vent. Avec un personnage taillé sur mesure, la star va faire une composition des plus remarquables dans ce somptueux mélodrame dirigé de façon magistrale par le perfectionniste William Wyler. Le film connaît un énorme succès. Elle reçoit un deuxième Oscar et là commence la grande carrière de Bette Davis. Une longue série de nominations aux Oscars va également se succéder.

La suite est des plus glorieuses, vient l’ère des grands mélodrames où l’actrice va donner le meilleur d’elle-même.

Le ton est donné avec le bouleversant drame Victoire sur la nuit (1939), elle est nommée pour la troisième fois aux Oscars. Viennent ensuite deux films historiques en 1939, Juarez et La vie privée d'Elizabeth d'Angleterre, et d’autres mélos comme La Vieille Fille (1939), L'Étrangère (1940), Le Grand Mensonge (1941) qui lui donnent la place enviée de l’une des dix vedettes d’Hollywood en tête du box-office

Le sommet de cette période est sa collaboration avec William Wyler qui sera des plus réussies. Après L'Insoumise, elle s’illustre dans les rôles de garces : dans La Lettre (1940), elle incarne une meurtrière et dans La Vipère (1941) elle interprète une femme monstrueuse, cupide et manipulatrice (elle aura une nomination aux Oscars pour chacun de ces deux films), ce qui la consacre actrice populaire et reine de la Warner. Malheureusement des conflits éclatent entre le réalisateur et l’actrice et William Wyler, malgré ces chefs-d’œuvre tournés ensemble, ne tournera plus avec Bette Davis.

Un film parachèvera cette période, modèle du genre, Une femme cherche son destin (1942) qui lui vaudra sa sixième nomination.

Elle aura encore une septième nomination pour Femme aimée est toujours jolie (1944). En 1942, elle fonde et dirige Hollywood Canteen, un organisme d’aide aux combattants de la seconde guerre mondiale et paraîtra dans le film du même nom.

Elle crée également sa propre maison de production la « B.D. Incorpored » en 1946. La Voleuse (A Stolen Life) avec Glenn Ford est le seul film produit par la firme de Bette Davis.

Après quelques films mineurs, Bette Davis tourne son dernier film à la Warner La Garce (1949) de King Vidor. Le tournage se passe mal avec le réalisateur, au point qu’elle demande un compromis à Jack Warner : elle finira le film à condition qu’il la libère de son contrat avec la Warner Bros. Lassé de ses exigences, le patron de la Warner finit par accepter.

Un renouveau[modifier | modifier le code]

Ève (1950).

Libérée de toute contrainte, la star se remet au travail et pendant le tournage de L’Ambitieuse en 1949 (film qui sortira bien après), on lui propose un rôle magnifique : celui de Margo Channing dans Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz. Muni d'un scénario cynique et subtil reconstituant l'univers des théâtres et la concurrence effrénée entre les artistes, le film est un chef-d'œuvre porté par des dialogues caustiques et savoureux, la justesse de ses notations psychologiques, la remarquable interprétation de tous ses acteurs (d'ailleurs 5 sur 14 des nominations aux Oscars pour le film iront à ses interprètes) puis l'élégante mise en scène d'un cinéaste en état de grâce, véritable cheville ouvrière du projet. Ève est sans doute le plus parfait des films de Bette Davis qui y donne une prestation inoubliable unanimement saluée par la critique et couronnée par une pluie de récompenses dont le Prix d'interprétation féminine à Cannes. Après son immense succès en salles, Ève reçoit quatorze nominations aux Oscars en 1950. Il remporte 6 statuettes dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Pour sa huitième nomination, Bette Davis se retrouve en compétition avec sa partenaire à l'écran : Anne Baxter. Mais toutes deux seront battues par Judy Holliday pour son interprétation dans Born yesterday.

Malgré un tel sommet, la carrière de Bette s’effrite au fil des ans et hormis La Star pour qui elle aura sa neuvième nomination, il lui faudra attendre les années soixante pour connaître un renouveau.

Entre-temps elle a épousé Arthur Farnsworth en 1940 (il meurt en 1943) et William Grant Sherry en 1945 (naissance de son premier enfant Barbara en 1947, et divorce en 1949), elle se remarie en 1950, une quatrième et dernière fois, avec son partenaire d’Eve, Gary Merrill, avec qui elle adoptera deux enfants Margot (1952) et Michael (1953). Elle divorcera en 1960.

En 1961, deux films viendront redorer son blason. Frank Capra, tout d’abord, lui offre Milliardaire pour un jour où elle est drôle, émouvante, grandiose en vieille clocharde au temps de la prohibition et surtout Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich où elle compose, aux côtés d’un autre monstre sacré de la grande époque Joan Crawford, un personnage grand-guignolesque qui lui vaudra un immense succès dans le monde entier. Elle est nommée une dixième et dernière fois aux Oscars.

Bette Davis et Elizabeth Taylor en 1981.

« Mère de trois enfants âgés de 10, 11 et 15 ans, divorcée, de nationalité américaine, 30 ans d’expérience dans le domaine cinématographique, encore alerte et plus aimable que ne le prétend la rumeur publique, cherche emploi stable à Hollywood. Connaît Broadway. Bette Davis. Références à l’appui. » C’est cette annonce que l’actrice fait paraître, par manque de travail, dans un hebdomadaire en septembre 1962. À la suite de ce message, Jack Warner la contacte pour tourner La mort frappe trois fois (1964) avec son ami Paul Henreid, qui fut un de ses partenaires à l’écran, comme réalisateur. Elle fera un deuxième film avec Aldrich Chut... chut, chère Charlotte (1964) dans la même veine du précédent mais sans Joan Crawford qui déclare forfait et sera remplacée sur les conseils de Bette Davis, par son amie et complice de toujours, Olivia de Havilland. Elle sera encore admirable dans L'Argent de la vieille (1972) de Luigi Comencini et dans Les Baleines du mois d'août (1987) aux côtés d’une gloire du muet, Lillian Gish.

La fin de sa carrière sera moins brillante. Elle tourne dans beaucoup de films mineurs mais fait de nombreuses incursions au théâtre et à la télévision. Bette Davis décède le 6 octobre 1989 à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, à l'âge de 81 ans ; elle repose au cimetière du Forest Lawn Memorial Park des collines d'Hollywood à Los Angeles en Californie.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Selon Gena Rowlands qui est passionnée par Bette Davis : « Elle était dure, elle adorait les conflits, ils lui donnaient son énergie. »
  • Bette Davis à propos de William Wyler : « Mon histoire favorite sur la direction d’acteurs concerne Monsieur Wyler. Il ne disait jamais rien. Ça me rendait folle. L’acteur a besoin de savoir s’il plaît à son metteur en scène. Au bout d’une semaine de tournage, je suis allée le voir et je lui ai dit : « Monsieur Wyler, j’aimerais vraiment savoir si je joue comme vous le désirez. » « Ah je vois ! » a-t-il répondu. Et le lendemain, après chaque prise, il applaudissait frénétiquement en criant : « c’est merveilleux, c’est merveilleux ! » Je lui ai demandé ensuite de revenir à sa « première manière », car celle-là ne me convenait pas du tout ! (rires) Il ne donnait aucune indication de jeu. »[1]

Hommages[modifier | modifier le code]

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Son rôle préférée fut celui de Judith Traherne, dans Victoire sur la nuit.
  • Elle fut la rivale de Miriam Hopkins qui lui en voulut pour avoir repris le rôle de Julie Marsden au cinéma alors qu'elle l'interprétait au théâtre. Elles ont néanmoins jouées toutes deux dans deux films.
  • Elle pensait obtenir un Oscar pour le rôle de Baby Jane mais fut battue par Anne Bancroft. Elle insinua d'ailleurs que ce fut de la faute de Joan Crawford si elle n'avait pas gagné la statuette car cette-dernière, jalouse, aurait suppliée les organisateurs de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences de ne pas lui attribuer le prix.
  • Elle essaya de gagner un troisième oscar mais n'y parvint pas.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Actrice[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bette Davis (1987)

Télévision[modifier | modifier le code]

En tant que productrice[modifier | modifier le code]

« B.D. Incorporated »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Doublage français[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bette Davis Sa carrière. Ses films. Isabelle Champion, Éditions Pierre Lherminier. Paris 1986 (ISBN 2-86244-049-3).
  2. a et b Le Cinéma Grande histoire illustrée du 7e art. Volume 2. Éditions Atlas
  3. The Lonely Life Bette Davis. Autobiographie

Liens externes[modifier | modifier le code]

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