Pascale Ogier

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Pascale Ogier
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Pascale Ogier à la Mostra de Venise 1984.

Nom de naissance Pascale Marguerite Cécile Claude Colette Nicolas
Naissance [nb 1]
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Décès (à 25 ans)
Paris, France
Profession Actrice
Films notables Les Nuits de la pleine lune

Pascale Nicolas, dite Pascale Ogier, est une actrice française. Vedette rohmérienne[′ 1] disparue en pleine jeunesse qui hante depuis la scène artistique[′ 2], elle demeure l'icône növo[′ 3], la figure mélancolique[′ 4] d'une époque, les années 80, qui avait confiance dans l'aventure de l'an 2000[≈ 1].

Biographie[modifier | modifier le code]

L'écume de la Nouvelle Vague (1958-1977)[modifier | modifier le code]

Fille de Marie-France Thielland, la future actrice Bulle Ogier, et du musicien Gilles Nicolas[1], Pascale Ogier, fruit d'un amour de vacances, a deux ans quand son père divorce[′ 5]. Sa mère a alors vingt et un ans et devient majeure. Elle a huit ans quand celle là passe du théâtre au cinématographe. A dix ans, elle découvre de l'intérieur les plateaux en servant de figurante dans un film que sa mère tourne sous la direction d'André Téchiné, Paulina s'en va.

A l'adolescence, le second mari de sa mère, Barbet Schroeder, qui est, à travers la société Les Films du Losange, le producteur d'Éric Rohmer, l'initie à l'univers délétère de Charles Bukowski[′ 3]. Étudiante en littérature et cinéma à Censier, elle interrompt son cursus contre l'avis de sa mère pour se lancer à son tour dans le métier d'actrice[′ 6].

Le parrainage du Losange (1978-1980)[modifier | modifier le code]

Elle obtient en 1978 son premier rôle dans le deuxième long métrage de Jean-Claude Brisseau, un cinéaste méconnu que soutient Éric Rohmer. C'est celui d'une des collègues de l'héroïne, laquelle est une jeune fille reléguée dans ses difficultés familiales, économiques et psychologiques par la société[≈ 2] de l'après choc pétrolier, tant au travail, où le harcèlement est la règle, qu'à la maison, qui est une banlieue abandonnée à la violence.

Éric Rohmer, voisin de l'appartement du dessous qui l'a vue grandir[′ 3], lui offre son second rôle, le rôle mineur d'une brunette au côté de la blonde Arielle Dombasle, dans une rare aventure artistique totale, l'adaptation littérale du Perceval en octosyllabes de Chrétien de Troyes. Comme tous les autres acteurs du film, elle apporte sa voix au chœur qui accompagnent les instrumentistes médiévaux sollicités pour illustrer les différentes scènes[≈ 3].

Elle rencontre au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal Jim Jarmusch, avec lequel elle noue une relation intime, mais c'est avec le directeur artistique de celui-ci, Benjamin Baltimore[nb 2], qu'elle fonde l'année suivante un couple après l'avoir aidé dans la réalisation d'un projet de décoration, sans pour autant que ce triangle amoureux ne trouve sa solution[′ 3]. C'est l'époque insouciante et toxicomaniaque où le sida n'a pas encore freiné la liberté sexuelle et où elle a l'habitude avec sa bande b.c.b.g., Jim Jarmusch, Eva Ionesco, Christian Louboutin, Thierry Ardisson, Alain Pacadis, Pauline Lafont et la mère de celle ci, Bernadette, Pascal Greggory, de retrouver, tout comme Elli Medeiros ou Virginie Thévenet, Roland Barthes au foyer underground du Palace[′ 7], dans un Montmartre postmoderne.

En 1979, Éric Rohmer la met en scène au théâtre des Amandiers dans une nouvelle traduction française qu'il a faite lui même de La Petite Catherine de Heilbronn. Elle assure le rôle principal aux cotés de Marie Rivière, Arielle Dombasle et Rosette, qui remplace Béatrice Romand, une autre des nymphettes que Rohmer réunira dans ses créations futures[′ 8]. En 1980, la version télévisée de la pièce la ramène à l'écran après cette parenthèse théâtrale.

Rivette Rohmer (1981-1984)[modifier | modifier le code]

En 1981, elle cosigne le scénario du film Le Pont du Nord, réalisé par Jacques Rivette, qui est le cinéaste qui a en 1967 évincé Éric Rohmer de la direction de la rédaction des Cahiers du cinéma pour cause de néoclassicisme réactionnaire et catholique[2]. Pascale Ogier y interprète l'un des deux principaux rôles aux côtés de sa mère, également coscénariste. Elle y incarne une jeune fille aux manières de voyou, garçon manqué bien plus proche du karateka à « l'esprit d'un criminel intellectuel »[′ 9] qu'elle restera à la ville que de l'image girly qu'elle donnera par la suite[′ 3]. Sa prestation lui vaut d'être reconnue aux États-Unis comme un espoir du cinématographe[′ 10]. Elle pose l'année suivante devant l'objectif de son compagnon Benjamin Baltimore en Marianne dénudée pour l'affiche de la revue Perspectives du cinéma français du Festival de Cannes, Marianne manque d'air, mais Marianne ne manque pas d'air.

En 1983, Ken Mac Mullen (en), se confrontant au style de Jacques Rivette et de Jean-Luc Godard, lui confie un des deux principaux rôles de Danse fantomatique (en), moyen métrage expérimental tiré d'une Traumdeutung et une psychanalyse jungienne réinventées par Jacques Derrida[≈ 4], qui y joue face à une Pascale Ogier spectrale[3] son propre personnage pérorant sur la dématérialisation de la voix et de la communication : « le cinéma est une fantomachie (...) un art de laisser revenir les fantômes (...) Cinéma plus psychanalyse égale science du fantôme. » Elle même, ex étudiante marquée par la lecture de Rose poussière de son ami[′ 11] Jean-Jacques Schuhl[′ 3], est férue d'écriture cinématographique avantgardiste. A vingt quatre ans, elle maîtrise la diction apprise de Marguerite Duras, celle là même que sa mère imitait[′ 5] à l'instar d'Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour.

En 1984, Éric Rohmer, qui a eu le loisir de l'inviter souvent avec d'autres adolescents et d'étudier[′ 3] cette jeunesse affranchie tant de la morale que des idéologies, promise à un avenir sans difficultés sinon sentimentales, lui confie le rôle principal d'un film existentialiste[≈ 5] sur l'éternelle histoire d'amour et de mort que l'impossible désir pour l'autre[′ 12] fait rejouer à la génération növo[′ 3] (post punk) des années 80, Les Nuits de la pleine lune. Comme le réalisateur représente, tel Watteau, la comédie que les enfants de la bourgeoisie contemporaine se jouent à eux mêmes et la manière qu'a une jeune femme de se mettre en scène dans sa vraie vie, il confie à l'actrice elle même le soin de choisir ses tenues dans sa propre garde robe et les accessoires du décor dans son environnement. Par une mise en abyme imperceptible, il fait de son personnage une décoratrice. C'est également Pascale Ogier qui fait découvrir à Éric Rohmer les performances monmartroises des 120 Nuits[′ 12] et le disque Rectangle d'Elli et Jacno, dont les chansons électroniques, légères et justes à la fois, serviront d'illustration sonore[′ 13].

Le personnage à la voix fragile et si singulière qu'elle interprète, Louise, partage sa vie entre deux hommes, le jour dans une ville nouvelle de la banlieue avec un compagnon, interprété par Tchéky Karyo, dont elle s'éloigne inexorablement jusqu'à ce qu'il se résigne à la quitter, et la nuit à Paris même avec un confident chaste tenu au rôle d'ami et accompagnateur, qu'incarne Fabrice Luchini. A la dernière scène, l'héroïne disparaît seule dans la nuit parisienne. Le film fait près de six cent mil entrées et Pascale Ogier devient une actrice reconnue, par le public et la profession. En septembre, son interprétation, dans laquelle elle semble jouer la femme qu'elle est à la ville, lui vaut la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise[≈ 6]. Le prix lui est remis par le cinéaste qu'elle révère[′ 3] lui même, Michelangelo Antonioni[≈ 7].

Arrêt du cœur[modifier | modifier le code]

Elle commence le tournage d'Elsa, Elsa, film de Didier Haudepin dont elle incarne le personnage principal[′ 14]. Le 17 octobre, elle prend part à une réception officielle à l'Élysée en l'honneur de l'industrie de la mode, en présence du président Mitterrand, de grands couturiers et de d'artistes célèbres[≈ 8]. Sept jours plus tard, est diffusée une interview filmée au début du mois pour l'émission Cinéma, Cinémas[≈ 9] où elle évoque avec pudeur une sexualité sombre faites de « choses physiques aussi, beaucoup... Je rêve beaucoup de ça. (...) les histoires d'amour (...) C'est ma fatalité, je crois... Pour toujours. »[′ 15]

Le lendemain à l'aube, deux mois et demi après la sortie des Nuits de la pleine lune, elle est prise d'une crise d'angor, comme cela lui était déjà arrivé[′ 3], au sortir d'une soirée au Palace[′ 13] chez un ancien partenaire d'excès adolescents[′ 3]. Celui ci ignore qu'elle souffre d'un souffle au cœur[′ 16], trace d'une malformation cardiaque[′ 17] congénitale, et tarde à alerter les secours[′ 3]. Elle meurt sur place[′ 18] des conséquences d'une ischémie myocardique dégénérée en hypoxie générale[′ 3] à la veille de son 26e anniversaire, quatre jours après François Truffaut. Le soir même[nb 3] a lieu l'avant première de son dernier long métrage, Ave Maria, dont elle ne connaitra pas le destin scandaleux. Ce n'est que des années plus tard que les médias français évoqueront une overdose[′ 19],[′ 20] qui aura décompensé sa cardiopathie[4].

Marguerite Duras, amie de sa mère, rend hommage à l'image de grâce laurencine qu'elle aura porté à l'écran et à la ville : « On mesure chaque jour davantage à quelle profondeur la mort est allée chercher sa proie. Mais cependant qu'elle frappe, la grâce de la jeune fille se répand encore dans la ville. »[′ 21] Lio la remplace dans le tournage d'Elsa, Elsa[′ 14]. En février, lors de la Nuit des César, elle est citée à titre posthume, honneur qui n'avait jamais été rendu qu'à Romy Schneider, au rang des meilleures actrices, le prix étant remporté par Sabine Azéma[≈ 10]. La poétesse Huguette Champroux[nb 4] fait lire par Michael Lonsdale un Chant pour Pascale sur France Culture. Le chanteur Renaud dans son album Mistral gagnant lui consacre une chanson où, sans la nommer, il l'appelle affectueusement « P'tite conne » tout en fustigeant la drogue et « ces charognes de dealers »[′ 22], et Jim Jarmusch, qui avait le projet de tourner avec elle, lui dédie son film Down by Law[′ 23].

Célébrée dès le lendemain de sa mort par le critique Alain Pacadis, la comparant à ce que fut Anouk Aimée dans les années soixante pour une Nouvelle Vague finissante, comme l'icône növo des années quatre vingt[′ 4], elle est devenue, trente ans plus tard, une figure de roman[5].

Sa tombe, située dans la division 52 du cimetière du Père-Lachaise[6], est régulièrement fleurie[′ 11].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Télévision
Petits rôles
Court métrages
Rôles secondaires
Rôles principaux

Théâtre[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Remarque[modifier | modifier le code]

  1. Certaines notices d'autorité indiquent à tort 1960 comme année de naissance.
  2. Benjamin Baltimore a réalisé un grand nombre d'affiches pour les réalisateurs d'un certain cinéma écrit, depuis François Truffaut jusqu'à Peter Greenaway.
  3. Sa mère, en tournée en province, est informée quelques heures avant d'entrer sur la scène de Savannah Bay, pièce dans laquelle Madeleine Renaud incarne une comédienne qui ne se produit plus depuis qu'elle a perdu sa fille.
  4. 1931-2003. Cf. Poezibao.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de naissance n° 16/2304/1958.
  2. A. de Baecque & N. Herpe, Eric Rohmer, Stock, Paris, 2014, 604 p.
  3. J.Derrida, in B. Stiegler, Échographies de la télévision, pp. 133-135, Galilée-INA, Paris, 1996,
    cité in C. Wolfe (en), What is Posthumanism?, pp. 92-93, UMP (en), Université du Minnesota, Minneapolis, 2010.
  4. Acte de décès n° 9/451/1984.
  5. F. Jonquet, Les Vrais Paradis, Sabine Wespieser, Paris, mars 2014 (ISBN 978-2-84805-162-8).
  6. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ (ISBN 978-2914611480), p. 609

Sources presse[modifier | modifier le code]

  1. V. Canby (en), « Eric Romer's "Full Moon In Paris" Opens. », in New York Times - Weekend Desk, p. 5, col. 1, New York, 7 septembre 1984.
  2. M. Lesauvage, Entretien avec Dorothée Smith, photographe de « fantômes »., Exponaute, Paris, 1er octobre 2013.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Ph. Azoury, « Pascale Ogier, fantôme de la pleine lune. », in Obsession - Le Cahier des tendances de l'Obs, n° 21, Le Nouvel Obs, Paris, 25 octobre 2014.
  4. a et b A. de Baecque, « La grâce de Pascale Ogier, vingt ans après. », in Libération, n° 7295, p. 37, Paris, 25 octobre 2004.
  5. a et b A. Diatkine, « La vague absolue », in Libération, Paris, 4 janvier 1999.
  6. L. van Gelder (en), « At The Movies. », in New York Times - Weekend Desk, p. 6, col. 5, New York, 7 septembre 1984.
  7. P. Greggory, « Hommage à Wim », in Numéro Homme, Paris, septembre 2011.
  8. G. Couteau, « Les Rohmeriennes », in Filmdeculte.com, Paris, [s. d.].
  9. J. Jarmusch, cité in Azoury, op. cité.
  10. V. Canby (en), « Rivette's "Le Pont Du Nord". », in New York Times - Cultural Desk, p. 26, col. 1, New York, 7 octobre 1981.
  11. a et b N. Kaprièlian, « Les fantômes de Jean-Jacques Schuhl », in Les Inrockuptibles, Paris, 5 janvier 2010.
  12. a et b F. Moury, « Les nuits de la pleine lune d'Éric Rohmer», in Stalker, Paris, 18 février 2010 (ISSN 2425-8784).
  13. a et b J.-M. Pottier, « Les Nuits de la pleine lune, étoile filante de la pop française », in Slate.fr, Paris, 29 juin 2011
  14. a et b W. M. Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos, citée in « La face B de Lio », in Le Parisien, Paris, 4 août 2010.
  15. P. Ogier, citée in Azoury, op. cité.
  16. L. Arbona, « Les nuits de la pleine lune », in Les Inrockuptibles, Paris, 1er janvier 1985.
  17. Journal de l'année : 1er janvier - 31 décembre 1984, p. 1053, Larousse, Paris, 1985.
  18. « Pascale Ogier, Actress, 24;Won Venice Festival Award. », in The New York Times, New York, 29 octobre 1984.
  19. Ex-stars des eighties, L'Express, 7 aoput 2008
  20. Jim Jarmusch, de la déambulation à la quête : 20 ans de cinéma, Chronicart, 1er janvier 1999
  21. M. Duras, « Pascale », in Libération, Paris, 30 novembre 1984.
  22. S. Pons, « Nuits de la Pleine Lune (Les) », in yozone.fr, [s. l.], 17 février 2009.
  23. Intégrale Jim Jarmusch, Les Inrockuptibles, 1998.

Documents audiovisuels[modifier | modifier le code]

  1. P. Ogier, citée in C. Ventura, « Les petits papiers de Pascale O. », in Cinéma, Cinémas, Antenne 2, Paris, 3 octobre 1984.
  2. J. C. Brisseau, La Vie comme ça., INA, Bry, 1978.
  3. G. Robert, Perceval le gallois d'après des airs des XIIe et XIIIe siècles., ref. 14015, Adès, Paris, 1978, 33 t.
  4. M. El Hadj, « Jacques Derrida », in Le bon plaisir, France Culture, Paris, 22 mars 1986.
  5. C. J. Philippe, « Eric Rohmer : "Les Nuits de la pleine lune". », in Le cinéma des cinéastes, France Culture, Paris, 9 septembre 1984.
  6. P. Li, « Hier au soir Pascale OGIER a recule prix de la meilleur actrice a la Mostra de Venise pour son rôle dans le film d'Eric ROHMER, "Les nuits de pleine lune". », in Journal de 20 H., Antenne 2, Paris, 8 septembre 1984.
  7. Biennale del cinema di Venezia - Serata finale., Rai 1, Rome, 7 septembre 1984.
  8. « Couturiers à l'Élysée », Antenne 2, Paris, 17 octobre 1984, 2'36.
  9. Extrait C. Ventura, « Les petits papiers de Pascale O. », in Cinéma, Cinémas, Antenne 2, Paris, 3 octobre 1984.
  10. 10ème nuit des César du cinéma, Antenne 2, Paris, 3 février 1985.

Voir[modifier | modifier le code]

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