Raimu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Raimu
Nom de naissance Jules Auguste Muraire
Naissance
Toulon, Var
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 62 ans)
Neuilly-sur-Seine, Seine
Profession Acteur
Films notables Marius
Fanny
César
La Femme du boulanger
Les Inconnus dans la maison

Jules Muraire, dit Raimu, est un acteur français, né le à Toulon et mort le (à 62 ans) à Neuilly-sur-Seine.

Vedette de music-hall à ses débuts, il devient grâce à Sacha Guitry un des « monstres sacrés » du cinéma français des années 1930 et de la première moitié des années 1940, devenant notamment l'interprète-fétiche de Marcel Pagnol. Raimu est ainsi resté dans les mémoires pour son interprétation du rôle de César, père de Marius, dans la « trilogie marseillaise » (Marius, Fanny et César)[1], et celle du boulanger trompé dans La Femme du boulanger.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Maison natale de Raimu à Toulon

Jules Auguste César Muraire naît en décembre 1883 à Toulon[2], de Joseph Muraire, tapissier, et d'Élisabeth Gouzian, mère sans profession à qui il voue une véritable passion[3]. Peu enclin aux études, il se bagarre au lycée, ce qui lui vaut d'être exclu. Ses parents l'inscrivent dans une institution pour enfants difficiles[4]. Il découvre très jeune le monde du spectacle et est attiré par le métier de comédien mais son père veut qu'il poursuive ses études et reprenne son atelier de tapissier. Ses parents le font embaucher comme marmiton à l'Hôtel du Louvre mais la mort brutale de son père à quinze ans le pousse à vouloir suivre sa vocation d'artiste[5].

Il débute sous le nom d'artiste de « Rallum » le , à 16 ans et demi, dans les cafés-concerts de Provence et les guinguettes à matelots de sa région natale mais sans succès car il chante mal[6]. Engagé par une modeste troupe locale (les Lauri-Lauri), il fait même une courte tournée en Afrique du Nord[7]. Puis il fait des petits boulots : croupier du Casino d'Aix-les-Bains et commerçant.

Il entre en 1908 au théâtre de l'Alhambra de Marseille où il est souffleur, et enchaîne au théâtre de l'Alcazar de Marseille, puis au Palais de cristal. Ayant adopté le pseudonyme de « Raimut » (verlan approximatif de son nom Muraire), il se fait finalement appeler « Raimu »[8], et devient une vedette régionale avec le répertoire de comique-troupier popularisé par Polin, dans lequel se sont essayés d'autres comédiens dont Jean Gabin et Fernandel.

Félix Mayol, immense vedette, chansonnier et directeur de music-hall d'origine toulonnaise, le repère et le fait venir à Paris pour jouer dans les revues qu'il monte dans son propre théâtre, le concert Mayol[9]. Jusqu'en 1914, Raimu se produit dans des nombreux cafés-concerts et music-halls, dont La Cigale, les Folies Bergère et le Casino de Paris.

En août 1914, il est mobilisé à Orange au sein du 15e ETEM ( Escadron du Train des Equipages Militaires ) et part au front. Il monte au front en septembre mais lors d'un de ses premiers contacts, il est enseveli sous une sape[10]. Il en réchappe mais reste marqué, perd du poids et tombe malade, si bien qu'il est réformé en mars 1915[9].

Premiers succès[modifier | modifier le code]

Andrée Spinelly, vedette de l'époque avec laquelle il entretient une liaison, le fait jouer sur scène à ses côtés dans Plus ça change au théâtre Michel en 1915[9], mais c'est Sacha Guitry qui lui confie son premier rôle important dans Faisons un rêve en 1916. On le remarque notamment dans L'École des cocottes (1920) - dont la vedette est Mlle Spinelly, Le Roi de de Flers et Caillavet (1920), Le Blanc et le Noir (1922) de Sacha Guitry.

Il est ensuite engagé par Léon Volterra, propriétaire de plusieurs théâtres dont le Casino de Paris ; il y figure avec succès dans des revues, et est particulièrement remarqué dans le sketch du Forçat, satire des scandales financiers de l'époque[9]. Puis Volterra le fait jouer dans ses autres théâtres, le théâtre de Paris et le Théâtre Marigny, où il interprète, entre autres, des comédies d'Yves Mirande, de Sacha Guitry ou de Flers et Croisset. En 1928, lorsqu'il rencontre l'auteur de Marius, il est un acteur reconnu mais il n'a pas encore interprété un rôle de premier plan.

Vedettariat[modifier | modifier le code]

L'arrivée en Europe du cinéma parlant, en 1928, fait connaître Raimu par son jeu, sa personnalité et sa voix méridionale tonitruante si caractéristique.

En 1929, il connaît un triomphe au théâtre de Paris avec la pièce Marius de Marcel Pagnol (avec Orane Demazis). Ces deux Provençaux, l'un d'Aubagne, l'autre de Toulon, s'apportent mutuellement la gloire et la célébrité avec ce classique du théâtre. En 1931, il connaît un nouveau triomphe dans l'adaptation de la pièce au cinéma, Marius d'Alexandre Korda premier film de la « trilogie marseillaise » de Pagnol et un des premiers films parlants à succès du cinéma français. Étant fâché avec le directeur du théâtre, Léon Volterra, il ne participe pas à la création sur scène de Fanny de Pagnol (le rôle de César est tenu par Harry Baur), mais il reprend en 1932 ce rôle dans la version filmée de Fanny de Marc Allégret[11].

Pendant les années 1930, il figure dans les adaptations filmées de pièces qu'il a jouées sur scène comme La Petite Chocolatière (1932), L'École des cocottes (1935) et Le Roi (1936).

Il se marie le 28 mars 1936 dans la salle de mariages de la mairie du XVIIIème arrondissement à Paris, avec Ester Honorine Métayer (ex-actrice de cinéma) (née le 21 décembre 1905 à Narbonne, morte en 1977) avec laquelle il a une fille, Paulette (1925-1992)[12]. La même année, il joue une dernière fois le rôle de César dans César, réalisé par Marcel Pagnol. La « trilogie marseillaise » devient un classique du cinéma français. En 1937, il fait partie de la prestigieuse distribution des Perles de la couronne de Sacha Guitry puis tourne dans Un carnet de bal de Julien Duvivier. Il retrouve en 1938 Pagnol qui lui offre le rôle du boulanger cocu dans La Femme du boulanger, puis celui du puisatier dans La Fille du puisatier, tourné au début de l'Occupation. Durant cette période, il est très sollicité par la firme cinématographique allemande Continental-Films. Il tourne un film pour elle, Les Inconnus dans la maison d'Henri Decoin (1942) puis élude les autres propositions prétextant être déjà sous contrat pour une longue durée avec d'autres producteurs, dont Roger Richebé[9].

Consécration[modifier | modifier le code]

Le , il entre comme pensionnaire à la Comédie-Française avant d'en devenir sociétaire l'année suivante. Mais son séjour au Théâtre-Français va tourner court : après deux comédies de Molière dans lesquelles il tient le rôle-titre, Le Bourgeois gentilhomme et Le Malade imaginaire, on ne lui confie qu'un « lever de rideau » en un acte, L'Anglais tel qu'on le parle de Tristan Bernard[9]. Aucun autre projet, parmi lesquels Les affaires sont les affaires et Le Voyage de monsieur Perrichon, ne se concrétise. Pagnol, sarcastique, lui écrit : « J'espère que dans l'ombre des comédiens du Français, tu te trouves au frais et que ta retraite te paraît agréable. »[9]

Parmi ses relations amicales, il compte Paul Chambrillon, « fin connaisseur de Céline et ami d'Arletty » [13].

Il retrouve le cinéma en 1946 avec Les Gueux au paradis de René Le Hénaff et L'Homme au chapeau rond de Pierre Billon, qui sera son dernier film.

Décès[modifier | modifier le code]

Le , Raimu roule en voiture sur la nationale 7, qui était à l'époque l'axe Paris-Méditerranée, pour aller à Monte-Carlo. Aux environs de Mâcon, un accident survient et Raimu se retrouve avec de multiples fractures. Retour en ambulance à Paris, où il est opéré à la clinique Lyautey. Il sort de clinique, le dimanche 6 mai 1946, au bout de 54 très longues journées. Mais il doit retourner à l'Hôpital américain de Paris pour une nouvelle opération chirurgicale, en apparence bénigne, dans le but de soigner les complications de la fracture du tibia provoquée dans cet accident de la route en mars 1946. Il meurt au bloc opératoire le d'une crise cardiaque (probablement une syncope blanche provoquée par une allergie à un produit anesthésiant)[14].

Il avait prévu de quitter la Comédie-Française mais ne s'était pas résolu à envoyer sa lettre de démission, « écrite en avril 1946, alors qu'il était cloué sur son lit à la clinique Lyautey[15] ».

Sépulture de Raimu à Toulon

Des funérailles grandioses sont organisées en l'église Saint-Philippe-du-Roule, devant des milliers de personnes puis il est inhumé au cimetière de Toulon. Le poète Maurice Rostand lui rend hommage en composant ces vers :

Quand s'éteint cette voix
Fameuse et familière
Pagnol pleure ici-bas
Là-haut pleure Molière[16].

Marcel Pagnol prononce son oraison funèbre : « on ne peut faire un discours sur la tombe d'un père, d'un frère ou d'un fils, et tu étais les trois à la fois[17]».

Orson Welles estima qu'il était « le plus grand acteur au monde » [11]. Pagnol raconta qu'il a vu arriver Orson Welles dans son bureau, lui demandant « je veux voir monsieur Raimu ». Marcel Pagnol lui répondit que Raimu venait juste de mourir et vit alors Orson Welles fondre en larmes : « C'était le meilleur de nous tous ! » dit-il[11].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Films muets
Films parlants

Hommages[modifier | modifier le code]

Musée Raimu[modifier | modifier le code]

Sa petite-fille, Isabelle Nohain-Raimu (dont la mère Paulette, fille de Raimu, s'est mariée avec un des fils de Jean Nohain), avait fondé le Musée-Espace Raimu à Cogolin, à 10 km de Saint-Tropez. Ce musée-espace ayant fermé, elle a ouvert, en 2014, un Musée Raimu à Marignane, au 27 cours Mirabeau[21] réalisé par l'architecte Nicolas Masson (agence NJMH Architectes) et le muséographe Jean-Louis Mylonas.

Maison de Raimu à Bandol[modifier | modifier le code]

En 1933, Raimu achète à Bandol (Var) une villa qu'il rebaptise « Ker-Mocotte »[22] en l'honneur de celle qui deviendra son épouse, Esther.

De nos jours, la villa est redevenue une propriété privée après avoir été un hôtel-restaurant sis au 103 de la rue Raimu, mais le nom de Ker-Mocotte a été conservé.

Prix Raimu[modifier | modifier le code]

En hommage à son grand-père, Isabelle Nohain-Raimu a créé en 2006 les prix Raimu de la comédie, récompensant des personnalités du théâtre et du cinéma pour des pièces ou des films comiques sortis dans l'année[23]. Il y eut trois cérémonies, de 2006 à 2008. Le trophée « Raimu » remis était une œuvre de Cyril de La Patellière dont l'original se trouve au musée Raimu de Marignane.

Philatélie[modifier | modifier le code]

Un timbre postal, d'une valeur de 0,50 franc et le représentant dans le rôle de César, a été émis le 12 juin 1961 avec une oblitération premier jour le 10 juin à Toulon[24], dans le cadre d'une série sur les grands acteurs français. Il y côtoie La Champmeslé, Rachel, Talma et Gérard Philippe.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La scène de la « partie de cartes » au Bar de la marine, sur le vieux port de Marseille, fait partie du patrimoine du cinéma français et de la culture marseillaise. César, interprété par Raimu, y prononce la réplique célèbre, alors qu'il triche à la manille : « Tu me fends le cœur ! »
  2. Plaque commémorative à Toulon
  3. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 10.
  4. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 19.
  5. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 20.
  6. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 29
  7. Daniel Lacotte, Raimu, Éditions Ramsay, 1988
  8. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 32.
  9. a, b, c, d, e, f et g Paul Olivier, Raimu ou l'Épopée de César, éditions France-Empire, 1977.
  10. Il ramène du champ de bataille un souvenir qu'il gardera sur lui toute sa vie comme un talisman (ironie du sort, il ne l'a pas sur lui le jour de sa mort), un morceau de bois de l'étai qui soutenait la tranchée, et auquel, dit-il, il doit la vie. Cf. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 52.
  11. a, b et c Marcel Pagnol, Confidences, Éditions de Fallois, 1990
  12. Raymond Castans, L'impossible Monsieur Raimu, Fallois, , p. 126.
  13. « Le cahier bleu de Boudard », Marie-Béatrice Baudet, Le Monde, 5 août 2016
  14. Daniel Lacotte, Raimu, éditions Ramsay, 1988, p.248.
  15. Daniel Lacotte, Raimu, op. cit., p.243.
  16. Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir et blanc : 250 acteurs du cinéma français (1930-1960), Flammarion, 2000
  17. Raymond Castans, Marcel Pagnol, Éditions de Fallois, 1995, p. 268
  18. Jean Le Seyeux sur data.bnf.fr
  19. Cf. Trilogie marseillaise de Marcel Pagnol
  20. Film tourné en 1940.
  21. Musée Raimu, ouvert tous les jours, sauf le dimanche matin et le mardi hors périodes de vacances scolaires
  22. Site « Raimu »
  23. Site officiel des prix Raimu
  24. Photo du timbre

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]