Dimitrie Cantemir

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Dimitrie Cantemir
Dimitrie Cantemir
Dimitrie Cantemir
Titre
Prince de Moldavie
17101711
Biographie
Dynastie Cantemir
Nom de naissance Dimitrie Cantemir
Date de naissance 26 septembre 1673
Lieu de naissance Iași
Date de décès 1723
Lieu de décès Kharkiv, Ukraine Sloboda, Empire russe
Père Constantin Cantemir
Mère Ana Bantăș
Conjoint Cassandra Cantacuzène
Héritier Antioche Cantemir
Le nom de Dimitrie Cantemir sur la façade de la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (colonne de droite)

Dimitrie Cantemir, né le 26 septembre 1673 (ou le 5 novembre, ou encore le 26 octobre) à Silișteni ou à Jassy en Moldavie, et est mort en 1723 dans son domaine de Cantemir en Russie (auj. Kantemirivka, près de Kharkiv en Ukraine) est un encyclopédiste, compositeur, écrivain et souverain moldave qui régna en Moldavie en 1693 et de 1710 à 1711.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du prince Constantin Cantemir, Dimitrie Cantemir se forme à la cour de Iassy où il apprend le grec, le latin et les langues slaves. Très tôt, il est remarqué pour sa mémoire encyclopédique.

A l'âge de quinze ans, il est, comme la plupart des boyards roumains de famille princière, invité comme gage (otage) à Constantinople, où il passe plus de vingt ans après y avoir parachevé ses études, conformément à la tradition. Il y apprend des langues occidentales (français, allemand, italien, espagnol) et orientales (arabe, persan, turc).

La monarchie était élective dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, comme en Pologne voisine. Le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans : pour être nommé, régner et se maintenir, il s'appuyait sur les partis de boyards et fréquemment sur les puissances voisines, habsbourgeoise, russe et surtout turque, car jusqu'en 1859 les deux principautés étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte »[1]. En 1710, élu par les boyards conformément à la constitution moldave, Dimitrie Cantemir est adoubé hospodar de la Moldavie par le sultan ottoman Ahmed III, suzerain de la Principauté de Moldavie. Cantemir, comme beaucoup de ses prédécesseurs, cherche à se dégager de la tutelle turque : il accepte en 1710 les offres que lui fait le tsar Pierre le Grand, alors en guerre avec l'Empire ottoman, et joint ses troupes aux armées russes : d'après le traité moldo-russe, la Moldavie devait être érigée en principauté héréditaire pour la famille Cantemir, sous la protection de la Russie, avec le but d'unir la Moldavie et la Valachie, et en faire une entité indépendante, embryon de la future Roumanie (projet qui ne se réalisera qu'en 1859).

L'armée moldo-russe est défaite l'année suivante sur le Prut par les Ottomans et Dimitrie Cantemir doit s'enfuir en Russie ; son ami Pierre le Grand lui décerne le titre de prince de l'empire russe, avec des domaines considérables en Russie (comme ceux du futur palais de Tsaritsyno) et en Petite Russie (aujourd'hui en Ukraine). Très bien traité par le tsar, Cantemir figure au nombre des fondateurs de l’Académie des arts et des sciences de Saint-Pétersbourg. Il voyage beaucoup en occident où il est connu comme lettré.

Selon un livre récent (" Les Cantemir " par Stefan Lemny ed. Complexe), ce n'est pas lui-même mais son fils Antioh qui aurait voyagé en occident et y aurait fait éditer et connaître les écrits du prince. Dimitrie Cantemir s'éteint à l'âge de 50 ans dans son domaine de Cantemir, laissant plusieurs enfants dont un fils, le prince Antioh Cantemir, poète et écrivain russe, qui étudia avec, entre autres, Bernoulli, Bilfinger, Bayer et Gross à l'Académie des arts et des sciences de Saint-Pétersbourg et fut ambassadeur de Russie à Londres et à Paris, où il rencontra Voltaire.

Legs artistique et culturel[modifier | modifier le code]

Timbre de l'Union soviétique, Dimitrie Cantemir, 1973 (Michel 4175, Scott 4132)

Cantemir pratiquait onze langues, tant anciennes que modernes. Mathématicien, musicien, compositeur, architecte, historien, cartographe, philosophe et romancier, c'est l’une des personnalités de la culture européenne, aujourd'hui oublié en raison de ses origines (les personnalités issues de petits pays sont peu présentes dans la mémoire collective occidentale). Dans son dernier ouvrage, L’historique de l’ancienneté des Roumano-moldo-valaques, il montre la latinité des Roumains et le rôle que les principautés roumaines (dites "danubiennes") ont joué dans la défense de l'Europe face aux Tatars d'abord (la famille Cantemir est elle-même d'origine tatare : son patronyme vient d'un Khan Temir ("fer", cf. turc moderne demir) christianisé), et face à la civilisation ottomane ensuite.

Les œuvres musicales de Dimitrie Cantemir reflètent à la perfection le style oriental. Interprète musical reconnu en son temps, il a également transcrit plus de 350 œuvres instrumentales des XVIe siècle et XVIIe siècle, selon un système alphabétique personnel de notation.

Dimitrie Cantemir est aussi l'auteur d'ouvrages sur l'histoire ottomane et moldave, sur l'Islam et sur la langue arabe. Son œuvre d'homme de plume se concentre entre 1711 et 1719. Humaniste reconnu, il est nommé à l'Académie de Berlin en 1714. C'est cette dernière qui lui commande sa Descriptio Moldaviae, qu'il rédige en latin en 1714 et qui reste l'un de ses ouvrages les plus connus.

Il a aussi réalisé, à la main, une grande carte géographique détaillée de la Moldavie.

Cantemir élargit la sphère de la littérature historique dans la direction de la métaphysique et de la littérature de fiction. Il est, entre autres, l’auteur d’un dialogue philosophique en roumain intitulé Divan ou la Dispute du sage avec le monde ou le Jugement de l’âme avec le corps, publié à Iassy en 1698. C’est un petit traité d’éthique.

Cantemir est un philosophe stoïcien et ses « pleurs » anticipent les lamentos préromantiques.

Il est l'auteur aussi du premier roman en roumain, L’Histoire hiéroglyphique, rédigé à Constantinople en 1705, roman fabuleux et pamphlet politique, véritable Roman de Renart roumain.

Il est enfin l'auteur, en turc, du Livre de la science de la musique, dans lequel il développe un système de notation de la musique ottomane et dans lequel figurent ses propres compositions. Jordi Savall en a édité une compilation intitulée Istanbul.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Oeuvres de Cantemir[modifier | modifier le code]

Classées sommairement selon leur date de rédaction, la majorité n'ayant pas connu d'éditions.

Ecrits à Constantinople et en Moldavie:

  • Les essais philosophiques: oeuvre de jeunesse
  • Divanul sau Gâlceava Înţeleptului cu lumea sau Giudeţul sufletului cu trupul (Jassy, 1698), écrit en roumain, et traduit en grec et en arabe. En français: Le divan ou la dispute du sage avec le monde ou le jugement de l'âme avec le corps. La troisième partie du travail représente une traduction d'après un livre – Stimuli virtutum froena paccatorum – d'un auteur unitarien d'origine lituanienne, Andra Wissowatius (1608-1678), adepte de l'interprétation rationaliste de la Bible »
  • Kitab-i ilm-i musiki ("Le Livre de la science musicale") (en turc)
  • Sacrosantae scientiae indepingibilis imago ou Imaginea ştiinţei sacre, care nu se poate zugrăvi ("L'Indescriptible Image de la Science sacrée"): traité inachevé (Constantinople, 1700)
  • L’Histoire hiéroglyphique (1705)
  • Compendiolum universae logices institutionis

Ecrits en Russie:

  • Descriptio Moldaviae (1714): oeuvre de vulgarisation, du point de vue du gouvernant.
  • Historia moldo-valchica – Histoire moldo-valaque (ébauche en latin, 1714-1716) ou Chronique de l’Antiquité des Romano-Moldo-Valaques (en roumain, 1717-mort) : œuvre d’historien
  • Histoire des maisons Brancovan et Cantacuzène, 1795
  • La Vie de Constantin Cantemir dit le Vieux, prince de Moldavie, en latin
  • Incrementa atque decrementa aulae othomanicae (1714-1716)en latin, trad. en anglais par Nicolas Tindal, Londres, 1734, et en français, sur la version anglaise, par de Jonquières sous le titre Histoire de l'agrandissement et de la décadence de l'empire ottoman, Paris, 1743. C'est l'oeuvre la plus connue en Europe.
  • Système de la religion mahométane, Saint-Pétersbourg, 1722: première oeuvre entièrement consacrée à l'Islam écrite en russe.
  • Monarchiarum physica examinatio ("Recherche sur la nature des monarchies")
  • Passages incertains du catéchisme, écrit en latin, puis russe, non publié. Pamphlet contre le catéchisme de Théophane Prokopovitch, Le Premier enseignement des enfants.
  • Collectanea orientalis: manuscrit rassemblant ses recherches lors de l'expédition du Caucase de 1721.

Sources[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Biographie en français
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Dimitrie Cantemir » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)
  • Alexandru Dimitrie Xenopol Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés. E Leroux Paris (1896)
  • Nicolas Iorga Histoire des Roumains et de la romanité orientale. (1920)
  • (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume III (depuis 1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1977.
  • Mihail Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, M.-D. Sturdza, Paris, chez l'auteur, 1983 (ASIN B0000EA1ET).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0)
  • Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman, L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621).
  • Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler (2004), (ISBN 2-9520012-1-9).
  • Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin (2008).
  • Stefan Lemny, Les Cantemir : l'aventure européenne d'une famille princière au XVIIIe siècle, Ed. Complexe (2009).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le candidat au trône devait ensuite "amortir ses investissements" par sa part sur les taxes et impôts, verser en outre le tribut aux Ottomans, payer ses mercenaires et s'enrichir néanmoins. Pour cela, un règne d'un semestre au moins était nécessaire, mais la "concurrence" était rude, certains princes ne parvenaient pas à se maintenir assez longtemps sur le trône, et devaient ré-essayer. Cela explique le "jeu des chaises musicales" sur les trônes, la brièveté de beaucoup de règnes, les règnes interrompus et repris, et parfois les règnes à plusieurs (co-princes). Quant au gouvernement, il était assuré par les ministres et par le Sfat domnesc (conseil des boyards).
    Concernant le tribut aux Turcs, la vassalité des principautés roumaines envers l'Empire ottoman ne signifie pas, comme le montrent par erreur beaucoup de cartes historiques, qu'elles soient devenues des provinces turques et des pays musulmans. Seuls quelques petits territoires moldaves et valaques sont devenus ottomans : en 1422 la Dobrogée au sud des bouches du Danube, en 1484 la Bessarabie alors dénommée Boudjak, au nord des bouches du Danube (ce nom ne désignait alors que les rives du Danube et de la mer Noire), en 1538 les rayas de Brăila alors dénommée Ibrahil et de Tighina alors dénommée Bender, et en 1713 la raya de Hotin. Le reste des principautés de Valachie et Moldavie (y compris la Moldavie entre Dniestr et Prut qui sera appelée Bessarabie en 1812, lors de l'annexion russe) ont conservé leurs propres lois, leur religion orthodoxe, leurs boyards, princes, ministres, armées et autonomie politique (au point de se dresser plus d'une fois contre le Sultan ottoman). Les erreurs cartographiques et historiques sont dues à l'ignorance ou à des simplifications réductrices. Voir Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987.

Liens externes[modifier | modifier le code]