Naxi

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Femmes Naxi (en noir et bleu) précédées par une femme bai (en blanc et rouge), portant leurs tuniques traditionnelles (Lijiang, 2002)

Le peuple Naxi[1] (chinois simplifié : 纳西族 ; chinois traditionnel : 納西族 ; pinyin : nàxī zú) est l'une des nombreuses minorités ethniques de la Chine, qui vit dans le Yunnan, principalement dans la préfecture de Lijiang et la préfecture autonome tibétaine de Dêqên.

Jadis, ce peuple utilisait plusieurs appellations pour s'autodésigner[n 1] : Naxi 纳西, Nari 纳日, Naheng 纳罕 ou Nahan 纳罕. En langue Naxi[2], Na signifie « grand » ou « noir » et Xi (ou ri, heng, han) « peuple, gens ».

Traditionnellement, les lettrés chinois désignaient ces populations non-han de la périphérie de l'empire par les termes de Mosha yi 摩沙夷, Moxie man 磨些蛮 et de Mosuo 摩梭, avant que l'administration chinoise ne décide en 1954 d'adopter le nom unifié de Naxi et de remplacer les génériques dépréciatifs de « barbares[n 2]  » (yi 夷 et man 蛮). par le terme de « nationalité, ethnie » zu 族.

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Le peuple Naxi est issu des proto-Qiang, peuple de pasteurs nomades des confins du Tibet, qui habitait au nord-ouest de la Chine la vallée du Fleuve jaune (entre les actuels Gansu et Shaanxi). Selon une source chinoise[n 3], durant la dynastie impériale des Han orientaux (+25, +221), les "barbares" Mosha (Mosha yi 摩沙夷), les ancêtres des Naxi, ont migré au nord-ouest du Yunnan, dans l'actuelle région frontalière du Sichuan[n 4], Gansu et Qinghai. Ils n'auraient rejoint la plaine de Lijiang et la vallée du cours supérieur du Yangzi (nommé là Jinsha jiang) que bien plus tard, sous la Tang[3] (+618, +907). Suivant les chroniques locales Yunnan Zhi et Hua Yang Guo Zhi, les Moxie man 磨些蛮 fondent le royaume de Moxiezhao, également appelé Yuezhezhao, dans la région de Lijiang[4]. Incorporée dans le royaume de Nanzhao en 732, la région connaît un grand développement. Pendant plusieurs siècles, les Naxi se trouvèrent au point de friction des trois puissants empires des Tang, des Nanzhao et des Tubo. Les influences culturelles de ces royaumes se retrouvent dans la culture Dongba 东巴 propre au Naxi qui prend alors son essor au XIe siècle lorsque Lijiang devient un centre économique, politique et culturel important.
  • Au XIIIe siècle, les armées mongoles de Kubilai Khan renversent le Royaume de Dali et prennent le contrôle des différentes chefferies Mosuo des environs. Durant la dynastie mongole Yuan, la responsabilité de l'administration locale est laissée aux chefferies indigènes. Les chefs traditionnels, nommés tusi 土司, pouvaient continuer à maintenir leur pouvoir et leurs titres héréditaires, à condition toutefois de fournir des troupes, de maintenir l'ordre et de payer tribut à l'empereur. Ils se chargeaient de prélever les taxes qu'ils faisaient parvenir à la cour impériale sous forme d'argent et de grains.
Sous la dynastie suivante des Ming (+1368, +1644), les familles de tusi reçurent le nom chinois de Mu 木. Et c'est sous ce nom que ce clan formera une lignée dynastique continue de rois de Lijiang, jusqu'au XXe siècle.
Le clan Mu des tusi mettent sur pied une armée pour protéger les populations locales. Ils tentent aussi à plusieurs reprises de s'emparer de terres au Sichuan et jusqu'à la frontière birmane. Mais les troupes devaient toujours être déployées sur ordre du gouvernement central chinois. Au XIVe et XVe siècle, les rois de Lijiang s'efforcèrent de contenir la pression des armées tibétaines qui cherchaient à s'emparer du Yunnan. Durant l'époque de l'empereur Wanli, ils vainquirent les Tibétains et annexèrent le district de Weixi. Ils devinrent les protecteurs laïcs du maître spirituel Karmapa, de l'école Karma-kagyu dominants dans la région[5]. Le clan Mu a ainsi constamment manifesté sa loyauté à l'empereur[2].
Les Naxi qui ont été longtemps des éleveurs deviennent une fois fixés dans la région de Lijiang, pour l'essentiel des agriculteurs. La transition de l'élevage a l'agriculture se serait faite entre le Xe et le XIIIe siècle. Ils profitent aussi de la position centrale de Lijiang entre le Tibet, le sud de la Chine et le Sichuan, pour faire de cette cité un grand centre commercial. Les populations Han, Bai et Yi viennent y échanger leurs produits contre des marchandises naxi, comme les tissus, des tapis, de l'or, du talc ou des chevaux[4]. La ville est un marché important sur la Route du thé et des chevaux, menant du sud Yunnan au Tibet Central. Les muletiers Naxi et Tibétains conduisaient des caravannes de centaines d'animaux de bât chargés de thé du sud Yunnan, par les pistes de montagnes escarpées, jusqu'au Tibet Central. Dans le voyage de retour, ils ramenaient du cuir, du musc, des matières médicinales et des chevaux.
  • Le roi de Li Jiang (actuellement appelé Lijiang et précédemment intégré au royaume de Nanzhao) et dans le Yunnan ayant entendu parler des enseignements du 8e Karmapa, Mikyö Dorje, a invité le jeune Karmapa à visiter son pays. Le troisième jour du quatrième mois de l'année de rat de feu 1516 Karmapa rencontra le roi du Jiang qui vint à sa rencontre à la frontière du Tibet.
Le 10e Karmapa, Chöying Dorje, fut lui aussi reçu par le roi du Li Jiang an 1645. Le 10e Karmapa voyagea beaucoup à travers le Népal, la Birmanie, jusqu'au nord du Yunnan et il construisit plusieurs monastères dans les régions qu'il traversa. Ainsi, par exemple, Ogmin Namling à Lashiba, fut le premier monastère bouddhiste construit dans cette région du Yunnan peuplé de Naxi. Ce monastère fut fondé par le 10e Karmapa, Chöying Dorje. Les pierres religieuses de Mani peuvent être aussi trouvées dans certains foyers Naxi, surtout parmi le sous-groupe Mosuo[6].
  • Durant la dynastie Qing des Mandchous, l'administration indirecte par les tusi fut maintenue jusqu'à l'empereur Yongzheng qui demanda en 1723 qu'on mette fin au système tusi héréditaire et qu'une gestion directe soit instaurée par l'intermédiaire de fonctionnaires mobiles[n 5]. Les nouveaux responsables diminuent les impôts, libèrent plus de 500 esclaves, établissent une bibliothèque et encouragent à étudier et à se débarrasser des anciennes coutumes.
Au milieu du XIXe siècle, en raison d'une forte animosité entre la communauté Han faite d'immigrés récents et celle des musulmans Hui bien intégrés aux populations tibéto-birmanes du Yunnan du sud-ouest, les milices Han, appuyées plus ou moins ouvertement par l'administration, organisent des massacres systématiques de Hui[7]. En réponse les Hui, se soulèvent et s'emparent de Dali où ils créent un sultanat indépendant, anti-Mandchou mais pas anti-han, de 1856 à 1873. Les Naxi, tout comme les peuples Yi 彝, Lisu 傈僳, Dai 傣 et Bai 白, participent à l'insurrection Hui, jusqu'à l'anéantissement complet du mouvement par les armées mandchoues en 1892.
Durant la Révolution culturelle, les pratiques religieuses Naxi furent interdites.

Répartition[modifier | modifier le code]

La population officiellement classée Naxi zu 纳西族 « nationalité naxi » se rassemble principalement dans les régions montagneuses à la jonction des provinces du Yunnan, du Sichuan et de la région autonome du Tibet :

  1. dans le sud-ouest du Yunnan : dans la vieille ville de Lijiang, le xian autonome naxi de Yulong[n 6], Weixi 维西, Zhongdian[n 7] (Xianggelila), les xian de Ninglang et de Yongsheng[n 8] 永胜,
  2. dans le Sichuan[n 9] : Yanbian 盐边, Muli 木里
  3. au Tibet : Mangkang 芒康.

D'après le recensement de 2000, la population naxi s'élève à 308 839 personnes[8]. La majorité se trouve dans la région de Lijiang où se trouvent 201 066 Naxi (soit 58 % de la population du district autonome[n 10]). Le reste de la population est éparpillée dans diverses régions comme au Sichuan, où sont répertoriés 8 725 Naxi et au Tibet où on trouve 1 223 Naxi.

Culture[modifier | modifier le code]

Culture Dongba[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dongba.
Panneau en écriture dongba, sinogrammes et anglais demandant de protéger les ressources en eau dans les rues de Lijiang

Comme cette ancienne culture se fondait sur la religion et que les prêtres étaient appelés « Dongba », elle prit le nom de « culture Dongba » et sa religion celui de « religion Dongba ». Le culte de la nature, et plus particulièrement celui des eaux et des montagnes, est un des fondements de la religion dongba ; c'est une variante du Bön, religion qui précéda le bouddhisme au Tibet.

Suivant les légendes dongba, Cong s'est marié avec la déesse Cheng, ils sont tous deux les ancêtres des Bai, des Naxi et des Tibétains (ethnie majoritaire du plateau du Tibet).

Comme toute culture minoritaire, la culture dongba tend à se disperser et à disparaître lentement. Il ne reste plus que quelques maîtres capables de lire les écrits de cette culture.

C'est pour ces raisons, afin de sauvegarder ce patrimoine rare et non reproductible de l’humanité, que la collection des derniers « manuscrits littéraires Dongba » des Naxi, rescapés des autodafés de la grande révolution culturelle de 1966, a été inscrite sur la « Liste Mémoire du monde » de l'Unesco, en 2003, lors de la 6e réunion de l'IAC (International Advisory Committes) pour le Programme Mémoire du monde de cette organisation, qui s'est tenue à Gdańsk, en Pologne.

Aujourd'hui, l'Institut de recherche sur la culture dongba de Lijiang est chargé de faire des recherches et de conserver les traces de cette culture. Près de Lijiang, un village naxi est protégé, utilisé par les Naxi et servant à conserver et montrer la culture Naxi (religion et rituels, tissage, fabrication de papier, d'alcool, etc.). On peut également voir dans les vieux quartier de Lijiang, des maisons artisanales utilisant les méthodes traditionnelles naxi. He Pinzheng (和品正), un chercheur de cet institut, d’ethnie Naxi, a notamment compilé un dictionnaire de l'écriture et la langue dongba naxi (voir Bibliographie pour les références).

Les panneaux indicateurs de Lijiang sont à la fois en écriture dongba, en chinois, et souvent en anglais.

Une écriture naxi[modifier | modifier le code]

Les Naxi sont une minorité chinoise possédant leur propre écriture (écriture dongba, variante de l'écriture daba dont l'autre est celle des Moso). Les ancêtres des Naxi on su créer un système d’écriture de plus de deux mille caractères, en utilisant des pictogrammes spéciaux pour exprimer leurs coutumes et transcrire leurs écrits. L'écriture naxi est considérée comme la seule écriture pictographique encore en usage dans le monde. Chaque caractère équivaut à un mot, et le dessin représente le mot de façon graphique et non abstraite. La plupart des mots représentés sont en rapport avec le mode de vie ancestral des Naxi et concernent l'agriculture, la nature, la religion ou la guerre. Si l'écriture chinoise a évolué pendant des millénaires, à partir de pictogrammes et d'idéogrammes originels, pour devenir un système d'idéo-phonogrammes complexe, dont il est parfois très difficile de deviner l'origine, l'écriture naxi, qui à environ mille ans, est restée originelle. Elle utilise un système de représentation simple, permettant de deviner le sens de nombre de pictogrammes sans trop d'efforts, car ils sont purement descriptifs : si comme dans le chinois, le caractère « arbre » ressemble à un arbre, le caractère « homme » à un homme, des détails graphiques sont également ajoutés pour préciser l'objet représenté. Cela peut être la forme du chapeau ayant une représentation de la fonction du personnage, des tâches sur un animal le distinguant d'une espèce proche, le nombre de pétales sur une fleur, etc.

Écriture naxi sur de vieux manuscrits conservés à Lijiang

Les Naxi de Lijiang (丽江) ont une écriture pictographique servant à noter les récits mythologiques de la religion traditionnelle Dongba, qui est une survivance de la religion prébouddhiste Bonpo du Tibet. La religion Dongba est une sorte de paganisme lamaïsé, une forme d'animisme chamanique, dans laquelle la foi tire son nom de ses prêtres, que l'on appelle précisément « Dongba ». La culture naxi est en effet influencée à la fois par les cultures tibétaine et chinoise.

Les Naxi parlent une série de dialectes probablement plus proches des langues qianguiques ou lolo-birmanes que des autres branches de la famille tibéto-birmane. Le naxi est une langue isolante à quatre tons.

Au début du XXe siècle, un linguiste et botaniste autrichien, Joseph Rock, a rédigé le premier dictionnaire naxi, contribuant beaucoup en cela à la préservation et à la diffusion de la culture naxi, notamment à travers le magazine National Geographic.

Aujourd'hui un institut spécialisé sur la culture Dongba, sous l'égide de la République populaire de Chine et de l'UNESCO répertorie toutes les spécificités de la culture et publie un dictionnaire trilingue dongba (pictogrammes et prononciation), hanzi, anglais.

Société matriarcale[modifier | modifier le code]

Les Naxi du nord (région de Yongning 永宁) sont connus pour avoir une société matriarcale et matrilinéaire[réf. nécessaire] (voir bibliographie). Les femmes vivent avec leurs frères, et n'ont pas de maris stables. Les hommes rendent visite aux femmes chez elles, la nuit, et les relations sont libres. Les enfants ne connaissent donc que rarement leurs pères, ce qui fait de leur système familial un système matrilinéaire. Pour les Naxi, les caractères héréditaires sont contenus dans les os, et sont transmis par les femmes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. attention, la transcription en caractère chinois donne une étymologie trompeuse
  2. les termes yi 夷 et man 蛮, « barbares », étaient utilisés par l'administration chinoise pour désigner les populations de culture non-han de la périphérie du sud et de l'est de la Chine
  3. Chroniques de Huayang huayang guozhi 华阳国志
  4. vallées de la Dadu 大渡河 et du Yalong 雅砻江
  5. cette politique est nommée gai tu gui liu 改土归流
  6. Yunnan sheng Lijiang shi Yulong Naxizu zizhi xian, 云南省丽江市玉龙纳西族自治县
  7. 云南省迪庆州香格里拉县三坝纳西族乡
  8. 云南省丽江市永胜县大安彝族纳西族乡
  9. 四川省凉山州木里藏族自治县俄亚纳西族乡, 西藏昌都地区芒康县盐井纳西民族乡
  10. 丽江纳西族自治县 xian autonome Naxi de Lijiang

Références[modifier | modifier le code]

  1. prononcer Nashi
  2. a et b (en) Haibo Yu, Identity and schooling among the Naxi: becoming Chinese with Naxi identity, Lanham, Md., Lexington Books,‎ 2010 (ISBN 9780739132906 et 0739132903)
  3. (en) Mette Halskov Hansen, Lessons in being Chinese: minority education and ethnic identity in Southwest China, Seattle, University of Washington Press,‎ 1999 (ISBN 0295978090 et 9780295978093)
  4. a et b (en) Françoise Grenot-Wang, La mosaïque des minorités: Chine du Sud, Paris, les Indes savantes,‎ 2005 (ISBN 2846540934 et 9782846540933)
  5. Christian Daniels, « Upland Peoples in the Making of History in Northern Continental Southeast Asia », Southeast Asian Studies, vol. 2, no 1,‎ 2013, p. 7-27
  6. en:Nakhi
  7. (en) David G Atwill, The Chinese sultanate: Islam, ethnicity, and the Panthay Rebellion in southwest China, 1856-1873, Stanford, Calif., Stanford University Press,‎ 2005 (ISBN 0804751595 et 9780804751599)
  8. gov.cn et China Statistical Yearbook 2003, p. 48

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cai Hua, Une société sans père ni mari : les Na de Chine, PUF, 1997 et 2000
  • Alexis Michaud, Three extreme cases of neutralisation : nasality, retroflexion and lip-rounding in Naxi, Cahiers de Linguistique - Asie Orientale 35:1, 2006, p. 23–55. (et références citées)
  • Annie Reffet, Chine inconnue — Peuples Naxi du Yunnan, 196 p., Éditions Soline, 2006 - ISBN 2-87677-519-0
  • Jean Dif, Un voyage au Yunnan, 203 p., Éditions Le Manuscrit, 2006 - ISBN 2-7481-7980-3
  • Christine Mathieu, A History and Anthropological Study of the Ancient kingdoms of Southwest China: Naxi and Mosuo, Edwin Mellen Press, 2003.
  • Michael Oppitz and Elizabeth Hsü (eds.), Naxi and Mosuo Ethnography, Völkerkundermuseum, Zürich, 1998.
  • Naiqun Weng, « La femme comme mère, l'homme comme fils. Le genre et la notion de personne chez les Nazé du Sud-Ouest de la Chine » dans Nicole-Claude Mathieu (dir.), Une maison sans fille est une maison morte. La personne et le genre en sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales, Maison des sciences de l'homme, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]