Khanat de Kazan

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55° 47′ N 49° 09′ E / 55.783, 49.15 ()

Khanat de Kazan
Казан ханлыгы / قازان خانليغى (tt)

Казанское ханство (ru)

14381552

Description de cette image, également commentée ci-après

Le Khanat de Kazan vers 1500

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Kazan
Religion Islam
Histoire et événements
1438 Indépendance vis-à-vis de la Horde d'or
1487 Protectorat russe
1521 Émancipation du giron russe
Prise de Kazan et chute du khanat
Khans
(1er) 1438-1445 Olug Moxammat
(Der) 1552 Yadegar Moxammat

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Khanat de Kazan (tatar : Казан ханлыгы) fut un État médiéval tatar qui occupait le territoire de l'ancienne Bulgarie de la Volga entre 1438 et 1552, à la confluence de la Kama et de la Volga. Le khanat couvrait le Tatarstan, Mari El, la Tchouvachie, la Mordovie, des parties de l'Oudmourtie et de la Bachkirie. Il fut l'un des États issus du démembrement de la Horde d'or, et il disparut lors de sa conquête par l'Empire russe. Sa capitale était la ville de Kazan.

Géographie et population[modifier | modifier le code]

Carte du Khanat de Kazan vers 1540.

Le khanat comprenait les territoires appartenant originellement aux Bulgares de la Volga : Duchés de Bolğar, Cükätäw, Kazan, Qaşan et autres régions. La Volga, la Kama et la Vyatka sont les principaux fleuves du khanat, ainsi que ses principales voies commerciales. La majorité de la population était des Tatars de Kazan (i.e. des musulmans bulgares ayant adopté la langue tatare). Ils ne s'identifiaient pas forcément comme Tatars; Nombre d'entre eux se considéraient simplement comme « musulmans » (l'islam était la religion d'État) ou « le peuple de Kazan ».

La noblesse féodale locale était composée de bulgares mais la cour et la garde du Khan de Kazan recrutait parmi les tatars des steppes (Kipchaks, et plus tard Nogais) qui vivaient à Kazan. Conformément aux traditions Gengiskhanides, les tribus turques locales étaient aussi appelées Tatars par la noblesse des steppes et, plus tard, par les élites russes. Une partie de la haute noblesse provenait de la Horde d'or, notamment les membres de quatre familles nobles dirigeantes : Arghin, Barin, Qipchaq, et Shirin. (voir sur wikipedia platon CHIRINsky et sur google "famille SCHIRINsky-schikhmatoff pour voir la lignée descendante de cette famille et de Gengis Khan)

Les sujets du Khan incluaient les Tchouvaches, Maris, Mordves, Tatar-Mishar, Oudmourtes, et Bachkirs. Les Permiens et certaines des tribus Komis étaient aussi incorporés au Khanat. Les Mishars sont arrivés durant la période de la Horde d'or et ont graduellement assimilé les résidents Finnois, Mordwes et Burtas. Certains des duchés Moshkas ne furent jamais contrôlés par Kazan mais gravitaient autour du Khanat de Qasim ou de la Moscovie.

L'essentiel des terres du Khanat était couvert de forêts et seule sa partie sud avait un paysage de steppe. La principale population des steppes était les nomades Manghites, aussi connus sous le nom de Nogais, qui parfois reconnaissaient la loi du Khan de Kazan, mais plus souvent faisaient des raids sur les agriculteurs tatars et Tchouvaches, tel qu'ils le faisaient à l'époque de la Horde d'or. Plus tard les Nogais furent déplacés et remplacés par les Kalmouks. Plus récemment, cette zone fut colonisée par les Tatars, les Tchouvaches et les Russes, qui érigèrent des murs défensifs pour garder la frontière sud.

Économie[modifier | modifier le code]

La population urbaine du Khanat produisait de l'argile, du bois et des objets manufacturés en métal, du cuir, des armures, des charrues et des bijoux. Les villes principales étaient Kazan, Arça, Cükätaw, Qasan|Qaşan, Çallı, Alat et Cöri. La population urbaine commerçait aussi avec les peuples d'Asie centrale, du Caucase et de Russie. Au XVIe siècle, la Russie est devenue le principal partenaire commercial de Kazan et le Khanat intègre le système économique de Moscou. Les marchés les plus importants étaient le Bazar Taşayaq à Kazan et le "Markiz Isle fair" sur la Volga. La propriété agricole était basée sur le söyurğal et les états héréditaires.

Société[modifier | modifier le code]

L'État était gouverné par le khan. Ses actions étaient basées sur les décisions et consultations d'un conseil du cabinet ou Divan. La noblesse comprenait les rangs de bäk (beg), ämir (émir) et morza. Les états militaires consistaient en uğlan (uhlan), bahadir, içki). Le clergé musulman jouait aussi un rôle majeur. Ils étaient divisés en säyet, şäyex (cheikh), qazí (cadi) et imams. Les oulémas ou clergé jouaient un rôle judiciaire et maintenaient les madrassas et les maktab (écoles).

La majorité de la population était des qara xalıq (hommes noirs): une population de musulmans libre[1]. Les terres féodales étaient le plus souvent colonisées par des çura (serfs). Les prisonniers de guerre étaient habituellement vendus en Turquie ou en Asie centrale. Occasionnellement ils étaient vendus à l'intérieur du Khanat comme esclaves (qol) ou parfois installés sur les terres féodales pour y devenir çura plus tard. La population non-musulmane du khanat devait payer le yasaq.

Administration et armée[modifier | modifier le code]

Soldats tatars.

Le Khanat était divisé en 5 daruğa (direction) : Alat, Arça, Gäreç, Cöri et Nuğay. Ils remplacèrent les « duchés » desquels le Khanat tirait son origine. Certains seigneurs féodaux déclarèrent sporadiquement leur indépendance de Kazan mais de telles tentatives seront promptement réprimées.

L'armée du Khanat était constituée de l'armement et des hommes des darughas et des états vassaux, des gardes du khan et des troupes de la noblesse. Le nombre de soldats ne fut jamais constant, variant de 20 000 à 60 000. Le plus souvent des troupes de Nogay, du Khanat de Crimée et de Russie servaient aussi les Khans de Kazan. Des armes à feux (arquebuses) ont été utilisées pour la défense des murs de Kazan.

Culture[modifier | modifier le code]

La tour Söyembikä à Kazan présente des caractéristiques communes avec l'architecture médiévale de Kazan.

En général, la culture du khanat de Kazan descendait de celle de la Bulgarie de la Volga. Des éléments culturels de la Horde d'or étaient aussi présents dans les cercles nobles.

Une large fraction de la population urbaine était alphabétisée. De grandes librairies étaient présentes dans les mosquées et les madrassas. Kazan devint un centre de science et de théologie.

Bien que l'influence islamique soit prédominante, la littérature laïque se développe. Les poètes les plus importants furent Möxämmädyar, Ömmi Kamal, Möxämmädämin, Ğärifbäk et Qolşärif. Möxämmädyar rénova la poésie traditionnelle de Kazan et ses vers étaient très populaires.

Suite à l'émergence de Kazan comme centre économique majeur dans les années 1430, la ville de Bolgar conserva seulement sa fonction de lieu sacré.

L'architecture du khanat est caractérisée par des pierres blanches et des bois sculptés.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les anciens territoires de la Bulgarie de la Volga (uhlan Kazan ou duché de Kazan) peuvent avoir regagné une certaine indépendance lors de la désintégration de la Horde d'or au tournant du XVe siècle. La principauté était indépendante et maintint une dynastie de dirigeants Bolgars. Quel qu'ait été le statut de ce proto-État, le fondateur du Khanat fut Olug Moxammat. C'est en 1437 ou 1438 qu'il assuma le titre de Khan et usurpa le trône de Kazan avec l'aide de quelques nobles locaux. Il a été suggéré que le transfert de pouvoir de la dynastie locale bolgar à Moxammat ne sera finalisée que par son fils Maxmud in 1445.

Tout au long de son histoire, le Khanat fut en proie aux troubles civils et aux luttes pour le trône. Les khans furent remplacés 19 fois en 115 ans. Il y eut au total 15 khans régnants, certains accédant au trône plusieurs fois. Le khan était souvent élu parmi la descendance de Genghis Khan par la noblesse vernaculaire et parfois les citoyens eux-mêmes.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Durant le règne d'Olug Mohammat et de son fils Mahmud, les forces de Kazan lancèrent de nombreux raids sur la Moscovie et ses vassaux. Vassili II de Russie, engagé dans la grande guerre féodale contre son cousin, fut défait dans une bataille près de Suzdal et fut obligé de payer rançon au khan de Kazan.

En juillet 1487, le grand-duc Ivan III de Moscou occupa Kazan et installa un dirigeant fantoche, Möhämmädämin, sur le trône de Kazan. À partir de ce moment, le Khanat de Kazan devint un protectorat de Moscou, et les marchands Russes furent autorisés à commercer librement à travers tout le territoire. Les supporters d'une union avec l'Empire ottoman et le Khanat de Crimée tentèrent d'exploiter les griefs de la population pour provoquer des révoltes en 1496, 1500 et 1505, sans grand résultat.

En 1521, Kazan sortit de la domination de Moscou, concluant un traité d'assistance mutuelle avec le Khanat d'Astrakhan, le Khanat de Crimée et la Horde Nogaï. Les forces du khan Muhamed Giray et de ses alliés de Crimée attaquèrent la Moscovie et capturèrent plus de 150 000 esclaves. Les chroniques russes enregistrent environ quarante attaques des Khans de Kazan sur le territoire russe (principalement sur les régions de Nijni Novgorod, Mourom, Kirov, Vladimir, Kostroma, Galitch) au cours de la première moitié du XVIe siècle.

La dernière décennie[modifier | modifier le code]

Le renforcement de la Crimée déplut aux élément pro-moscovites du Khanat de Kazan, et certains de ces nobles provoquèrent une révolte en 1545, qui déposa Safâ Giray. Un partisan de Moscou, Şahğäli, occupa le trône. Les années suivantes, Moscou organisa plusieurs campagnes pour prendre le contrôle de Kazan, mais sans succès.

Avec l'aide des Nogays, Safâ Giray remonta sur le trône. Il exécuta soixante-quinze nobles, et le reste de l'opposition s'échappa en Russie. En 1549, il mourut, et son fils de trois ans Ütämeşgäräy fut reconnu comme khan. Sa régente, et dirigeante de facto du Khanat, fut sa mère Söyembikä. L'administration de l'Uhlan Qoşçaq gagna en indépendance sous sa direction.

À ce moment, les proches de Safâ Giray (dont Devlet Ier Giray) étaient en Crimée. Sous le gouvernement Qoşçaq, les relations avec la Russie continuaient d'empirer. Au début de 1551 un groupe de nobles en disgrâce invita un partisan du tsar Ivan le Terrible, Şahğäli, pour la seconde fois.

Au même moment, les terres à l'est de la Volga (Taw yağı) furent cédées à la Russie. Ütämeşgäräy, accompagné de sa mère, fut envoyé dans une prison moscovite. Şahğäli occupa le trône de Kazan jusqu'en février 1552. Des éléments anti-Moscou du gouvernement de Kazan exilèrent Şahğäli et invitèrent le prince d'Astrakhan Yadegar Mohammad, en compagnie des Nogays, pour les aider.

Chute[modifier | modifier le code]

Le , Ivan IV se dirigea avec une armée russe d'environ 150 000 hommes de Moscou vers Kolomna. Ils mirent en déroute les Tatars de Crimée près de Toula, avant de se tourner vers l'Est. Les forces russes comportèrent des Streltsy, de la cavalerie et de l'artillerie, notamment cent cinquante canons avec des tours de siège, et des sapeurs, tant russes qu'étrangers. Ils s'opposèrent à une garnison tatare de 10 000 cavaliers provenant de la Horde Nogaï, dirigée par le khan de Kazan, et des troupes extérieures venues briser le siège, avec environ 20 000 hommes.

Kazan fut assiégée par les forces d'Ivan IV opérant depuis le château russe de Sviyazhsk. En août 1552, les Russes défirent les troupes tatares locales, brûlèrent Archa et quelques châteaux. Après deux mois de siège, la coupure d'approvisionnement en eau de la ville par le travail des sapeurs et la destruction des murs de la citadelle, le 3 octobre, les Russes entrèrent dans la ville. Certains défenseurs arrivèrent à s'échapper mais la plupart furent passés par l'épée. Yadegar Mohammad fut emprisonné, la population fut réduite à l'esclavage et les fortifications furent rasées. Les Chroniques de Kazan (sujettes à caution) rapportent près de 110 000 morts, civils et militaires, et la libération de 60 000 à 100 000 Russes captifs du Khanat.

Après la chute de Kazan, des territoires tels que l'Oudmourtie et la Bachkirie rejoignirent la Russie, sans conflit. L'administration du Khanat fut détruite ; les nobles neutres et pro-Moscou gardèrent leurs terres, mais les autres furent exécutés. Les Tatars furent ensuite réimplantés loin des rivières et des routes, et surtout loin de Kazan. Les terres libres furent colonisées par des Russes et parfois des Tatars pro-russes. Des prêtres orthodoxes tels que Hermogènes forcèrent de nombreux Tatars à la conversion.

Résistance[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1556, une partie de la population continua de résister à l'ordre russe. Les gouvernements rebelles se formèrent à Chalem et Mishatamaq (des forteresses tatares construites durant les guerres russo-tatares). Tandis que les Nogays, sous Ğäli Äkräm, « raidaient » la population agricole, la coalition fut ruinée. Après une brutale répression contre les rebelles, leurs commandants furent exécutés.

Selon certaines estimations, la population de l'ancien Khanat se réduisit de plusieurs milliers durant les guerres. L'administration coloniale entreprit la russification et la christianisation des Tatars et autres peuples. Le terme Tsardom de Kazan fut utilisé jusqu'en 1708, quand le Gouvernorat de Kazan fut créé.

Le Khanat de Kazan aurait été restauré durant le Temps des Troubles avec l'aide de populations russes, mais les forces du tsar dirigées par Kuzma Minin auraient maté la rébellion.

Liste des Khans[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme "noir" dans la culture turque fait référence aux « gens du commun » et ne doit être compris comme une caractéristique raciale; sur ce point voyez aussi les Khazars

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]