Sicules (Transylvanie)

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Sicules de Transylvanie

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Un székelykapu, porte sicule, en 1895.

Populations significatives par région
Roumanie Roumanie 665 000
Diaspora 180 000
Population totale 845 000
Autres
Régions d’origine

Oural

Langues

Hongrois (parler sicule)

Religions

Catholicisme, Calvinisme, Unitarisme

Ethnies liées

Magyars, Csángós, Sicules de Bucovine

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Carte de répartition

Les Sicules ou Széklers [seklɛr] (hongrois : székely [ˈseːkɛj], pluriel : székelyek [ˈseːkɛjɛk] ; roumain : Secui) désignent un groupe ethno-linguistique de langue hongroise présent essentiellement en Transylvanie et lié historiquement aux Magyars. Les Sicules habitent originellement le « Pays sicule » (Székelyföld en hongrois, Ţara secuilor en roumain), région montagneuse située à l'Est de la Transylvanie, sur les județe roumains de Harghita, Covasna et la moitié du Mureș, ainsi qu'un arrondissement de celui d'Alba. Leur capitale historique est Odorheiu Secuiesc, en hongrois Székelyudvarhely.

Les Sicules se seraient établis en Transylvanie au XIIe siècle avec pour principale fonction la protection de la frontière orientale du Royaume de Hongrie. Leur singularité ethnographique au sein du royaume est à l'origine d'un forte sentiment identitaire, dont le débat sur leurs origines et leur lien avec les Magyars est encore très disputé. En 1437, ils sont d'ailleurs considérés comme une nation à part entière lorsqu'est conclu le Unio trium nationum avec la noblesse hongroise et la bourgeoisie saxonne signifiant une triple entente pour la domination politique de la Transylvanie. L'intégration symbolique des Sicules à la nation hongroise moderne est très tardive : elle se fait lors de la Révolution hongroise de 1848. Ce sentiment identitaire est désormais dilué dans un fort sentiment régionaliste à l'égard des Roumains d'une part (revendications d'autonomie territoriale) et des autres locuteurs du hongrois en Roumanie d'autre part. Ne bénéficiant pas de reconnaissance spécifique, ils sont d'ailleurs assimilés à la communauté magyare de Roumanie dont ils constituent plus de la moitié des effectifs.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de Székelyföld signifie littéralement « Pays » (föld ) « des Siégeois » (Székely, de Szék, le Siège civil et militaire des garde-frontières). Cette dénomination fait référence au statut et à l'organisation territoriale des Sicules au Moyen Âge.

D'autres étymologies considérées plus probables actuellement sont le nom Eskil d'une tribu des Bulgares de la Volga, supposant une origine turque, ou bien un mot hongrois formé sur szëg/szög « clou, angle » de façon parallèle à szegély « bord », les Sicules étant les habitants des frontières[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Église fortifiée sicule de Mihăileni (Csíkszentmihály) dans le județ de Harghita.

Les origines précises des Sicules sont encore vagues et sujettes à débat entre différentes théories :

  • Une première légende en fait des descendants de Huns magyarisés. Mais les Huns, dont le passage dans la région précède l'arrivée des Magyars de plus de quatre siècles, étaient une confédération de peuples nomades turco-mongols, avec des composantes iraniennes; ils sont cependant repartis vers l'est en 454[2].
  • Certains ethnologues les lient au peuple proto-turc des Avars. La plupart des Avars se sont dispersés et fondus parmi les Slaves après leur défaite devant les Francs en 805, mais on sait que certains ont conservé leur identité dans ce qui est aujourd'hui la Hongrie centrale[3] et il est possible que d'autres se soient réfugiés dans les Carpates : ces derniers figureraient alors parmi les ancêtres des Sicules. Il n'y a cependant à l'heure actuelle pas de preuve archéologique de leur présence dans l'habitat montagneux des Sicules.
  • Une autre théorie les considère comme des Coumans (mentionnés par la chronique d'Anonymus) devenus vassaux des Magyars et venus en Hongrie sous la pression de la Horde d'or.

Les historiens hongrois penchent en général pour une migration favorisée par la conquête de la Pannonie à la fin du IXe siècle, par les tribus nomades magyares. Les Sicules auraient alors constitué une première vague migratoire, hors du territoire magyar originel de l'Etelköz (entre le Don et les Carpates, soit l'Ukraine actuelle).

IXe siècle : L'installation des Magyars dans le bassin du moyen-Danube[modifier | modifier le code]

Les Sicules ne sont pas mentionnés durant cette période nommée Honfoglalás.

XIIe et XIIIe siècles : Aux frontières du Royaume de Hongrie[modifier | modifier le code]

Il semble que la description la plus précise faite des mœurs, de l'histoire et des territoires sicules date du XIXe siècle : A Székelyföld leírása (Description du pays des Sicules), rédigée entre 1859 et 1868 par Balázs Orbán.

Les Sicules formaient une population déjà bien distincte des autres Hongrois à partir du Moyen Âge, et obtinrent certains privilèges (exemption d'impôts) de la part des rois hongrois en échange du rôle de garde-frontière qu'ils assumaient aux portes du nouveau royaume magyar (notamment contre les invasions tatares au XIIIe siècle). De fait, la réputation des Sicules au Moyen Âge était celle de farouches guerriers.

XVe siècle : L'Union des Trois nations de Transylvanie[modifier | modifier le code]

En 1437, les Sicules rejoignent l'Union des trois nations (Unio Trium Nationum) en coalition avec la noblesse hongroise et les Saxons (germanophones), contre les Turcs. Pendant la Réforme, une partie de la population sicule se convertit à l'unitarisme, une autre au calvinisme (auquel se convertit également une partie des Hongrois), une autre encore restant catholique[4].

1526-1876 : dans la principauté de Transylvanie[modifier | modifier le code]

La principauté de Transylvanie, jusque-là vassale du Royaume de Hongrie, devient indépendante au début du XVIe siècle, faisant office de Royaume de Hongrie orientale après le partage du reste de la Hongrie entre les Autrichiens et les Turcs suite à la défaite de Mohács. Elle devient après en 1699 vassale de l'Empire d'Autriche, mais perd cette autonomie en 1876, pour devenir partie intégrante de la Hongrie, au sein de l'Autriche-Hongrie, jusqu'en 1918, lorsqu'elle est intégrée à la Roumanie. Pendant toute cette période, les Sicules conservent leurs privilèges, « sièges » et statut de « servientes regi » à ceci près qu'à la place du roi, ils servent les voïvodes de Transylvanie.

1848-1918 : Les Sicules au sein de la nation hongroise[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, les progrès de l'éducation et des voies de communication (routes, voies ferrées) font sortir le pays sicule de son isolement séculaire, et le nationalisme romantique se répand parmi les Sicules, se traduisant par une intégration de plus en plus poussée de leur identité régionale dans l'identité Hongroise. Mais simultanément l'évolution de la législation abolit leur ancien statut et les transforme, au sein de l'Empire Austro-Hongrois, en sujets comme les autres du Royaume de Hongrie.

Après 1918 : Entre nationalisme hongrois et régionalisme sicule[modifier | modifier le code]

Depuis 1921, les Sicules ont un hymne officieux : l'"Hymne des Sicules" ("Székely Himnusz" en hongrois), écrit par Kálmán Mihalik et dont la musique a été composée par György Csanády.

Aujourd'hui les Sicules sont représentés au Parlement roumain par l'UDMR, qui représente également les autres Magyars de Roumanie. Cette organisation politique à caractère ethnique, qui attire entre 5 % et 7 % des voix, joue le rôle de charnière dans diverses coalitions gouvernementales depuis le début des années 1990. En , des hommes politiques sicules ont constitué une organisation politique propre, le Conseil national des Sicules (Székely Nemzeti Tanács).

Constituant légèrement plus de la moitié des Magyars de Roumanie, soit près de 850 000 personnes sur 1 434 377 (2002), leur proportion pourrait être moins importante : à l'intérieur de la minorité dite « hongroise », des dizaines de milliers de Roms magyarophones se déclarent « Hongrois » à l'occasion des recensements. Les magyarophones constituent au total 6,6 % de la population du pays (recensement de 2002). Aux derniers recensements de 2002 et 2011 qui donnaient le choix entre identité ethnique hongroise (en hongrois magyar) ou sicule (székely), la quasi-totalité des Sicules se sont déclarés Hongrois en considérant les Sicules comme un sous-groupe des Hongrois, et seules 500 personnes environ se sont déclarées Sicules. Dans les judete de Harghita/Hargita et Covasna/Kovaszna ou Haromszék, la population sicule est très majoritaire (plus de 80%) selon ce recensement, et bien que le roumain soit langue officielle tout comme le magyar, il est impossible de communiquer en roumain dans la sphère publique, car la majorité des habitants se refusent à parler cette langue, selon un processus d'affirmation semblable à celui des Flamands de Belgique. Sur les bâtiments publics plusieurs drapeaux peuvent être arborés : partout l'Europe et celui du Pays sicule, plus rarement ceux de la Roumanie et de la Hongrie (bien que le premier soit obligatoire, et le second théoriquement réservé aux visites officielles de représentants de la Hongrie)[5].

Les Sicules de Transylvanie sont majoritairement calvinistes à l'ouest de la chaîne de Harghita qui divise en deux le judet du même nom, et catholiques à l'est de cette chaîne, entre celle-ci et les Carpates. Ils ont préservé leur dialecte[6] et leurs traditions spécifiques au cours des siècles (parfois au prix de révoltes violentes contre les Habsbourg, comme en 1514, 1562 et 1600, sous les férules hongroise et autrichienne). De nouvelles tensions, apparues après le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie en 1918 et après la chute du communisme, ainsi que la recherche de meilleures conditions de vie, auraient conduit plusieurs milliers d'entre eux à aller s'installer en Hongrie (environ 200 000 personnes en 90 ans). Avec l'adhésion de la Hongrie et de la Roumanie à l'Union européenne, un mouvement de retour a été amorcé.

Traditions et folklore[modifier | modifier le code]

  • Székelykapu : portes d'entrées traditionnelles en bois sculpté des maisons et fermes
  • Kopjafa : poutre de bois sculpté d’une série de formes géométriques bien particulières
  • Kürtőskalács : biscuits caramélisés de forme cylindrique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Le Calloc'h, Les Sicules de Transylvanie, Brest, Éditions Armeline, collection "Peuples en péril", 2006 (ISBN 2-910878-33-3)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (hu) László Klima, « Székelyek az ország szegélyén [Sicules (székely) au bord (szegély) du pays] », dans A kelet-európai steppe és a Kárpát-medence történeti kapcsolatai az 5–12. században, Szeged,‎ 30 septembre 1997 (lire en ligne) [« Liens historiques entre la steppe est-européenne et le bassin des Carpates du 5e au 12e siècle »]
  2. Hans Erich Stier, Grosser Atlas zur Weltgeschischte, ed. Westermann, 1985, ISBN 3-14-10 0919-8, p. 48
  3. Hans Erich Stier, Grosser Atlas zur Weltgeschischte, ed. Westermann, 1985, ISBN 3-14-10 0919-8, p. 54 et 55
  4. Dans le même temps, les germanophones se convertissent au luthéranisme et les Valaques roumanophones restent attachés à l'Église orthodoxe.
  5. Harald Roth (dir.), Die Szekler in Siebenbürgen : von der priviligierten Sondergemeinschaft zur ethnischen Gruppe („Les Sicules en Transylvanie : de la minorité à privilèges au groupe ethnique”), éd. Böhlau & Co, Cologne, 2009, ISBN 978-3-412-20240-8 et „Ici, si on ne parle pas magyar, soit on l'apprend, soit on s'en va”.
  6. Les Sicules parlent un dialecte hongrois influencé par le hongrois standard dans une mesure directement proportionnelle à leur degré d'instruction. Ils ont aussi utilisé, jusqu'aux environs de l'année 1850, parallèlement à l'écriture latine du hongrois, les runes hongroises.