Tchouktches

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple tchouktche. Pour la langue tchouktche, voir tchouktche.

Tchouktches

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Une famille tchouktche au début du XXe siècle

Populations significatives par région
Sibérie (Russie) 15 000
Population totale 15 000
Autres
Langues

Tchouktche

Religions

Chamanisme, animisme

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Carte de répartition

Les Tchouktches (en russe : чукчи, tchouktchi, au pluriel et чукча, tchouktcha, au singulier) sont un peuple paléo-sibérien habitant le nord de l'Extrême-Orient russe, sur les rives de l'océan Arctique et de la mer de Béring. Ils parlent le tchouktche. Originellement, ils vivaient sur la rive nord de la mer d'Okhotsk.

C'est le peuple tchouktche qui est à l'origine du husky sibérien.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Dans leur langue, les Tchouktches se nomment eux-mêmes Lygoravetlat[1] (tchouktche : Ԓыгъоравэтԓьэт), c'est-à-dire « le vrai peuple ». Le nom « Tchouktche » est celui utilisé par les Russes pour les décrire. Il dérive d'un terme de la langue tchouktche, chauchu, qui signifie « abondant en rennes ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Au début des années 1920, le nouveau pouvoir soviétique peine à s'imposer dans les régions extrêmes. L'interdiction de la religion, la réorganisation du mode de production économique en collectivités, les tentatives de sédentarisation forcées et l'interdiction du tchouktche mécontentent les populations arctiques. Vers la fin de la décennie les protestations tchouktches se taisent. Les autorités mettent en place 28 sovkhozes en Tchoukotka basés sur l'exploitation des troupeaux de rennes et la chasse aux mammifères marins. Les Tchouktches sont scolarisés et apprennent le russe.

Dans les années 1950, les terres tchouktches sont utilisées pour des projets d'exploitation minière, pétrolifère et gazière menaçant durablement le mode de vie des Tchouktches.

Après la chute de l'Union soviétique, les sovkhozes sont privatisés et l'économie rurale traditionnelle des Tchouktches s'effondre. Depuis, les Tchouktches vivant de cette économie ainsi que les Russes de la région ne survivent que grâce à l'aide humanitaire.

Dans les années 1960, leur troupeau de rennes comptait 600 000 têtes. Le déclin de la renniculture a profondément modifié la structure sociale et économique des Tchouktches qui l'ont souvent mal supporté, entraînant alcoolisme et suicides. Dans les années 2000, un politique publique de soutien à l'élevage a redynamisé le secteur qui compte en 2008 environ 200 000 rennes[2].

Les Tchouktches sont souvent pris pour cible des blagues russes à cause de leur naïveté et de la simplicité de leur mode de vie.

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

La majorité des Tchouktches vivent dans le district autonome de Tchoukotka, mais certains vivent aussi dans la république de Sakha-Iakoutie, dans l'oblast de Magadan et dans le district autonome des Koriaks (incorporé au kraï du Kamtchatka). Quelques Tchouktches se sont aussi installés dans les villes occidentales de Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg…) ainsi qu'en Europe et en Amérique du Nord. On estime le nombre de Tchouktches de par le monde à 15 000.

Subdivisions[modifier | modifier le code]

Les Tchouktches sont traditionnellement divisés en deux branches.

  • Les Anqallyt ou Ankalyn (« les gens de la Mer ») vivent sur les côtes, en contact avec les Inuits, et sont des chasseurs, principalement de mammifères marins et pêcheurs. La nourriture de cette population est constituée à plus de 50 % de cétacés (baleine grise, baleine boréale et cachalot, notamment). La pêche est une activité économique importante. Les conventions de la Commission baleinière internationale autorisent la pêche de 140 baleines grises par années.
  • Les Tchouktches chavchu vivent en nomades dans la toundra avec leurs troupeaux de rennes. Les Tchouktches traditionnels vivent dans des yaranga, sortes de yourtes couvertes de peau. Les rennes leur fournissent du lait, de la viande et des vêtements.

Religion et culture[modifier | modifier le code]

Des danseurs tchouktches pendant le Festival de Confolens

La religion tchouktche est empreinte de chamanisme et d'animisme. Chaque objet a une âme qui peut être soit malveillante, soit bienveillante. Lors de la période soviétique, la religion tchouktche était interdite comme toute autre religion.

Selon une ancienne coutume tchouktche, si un homme vient demander l'hospitalité pour la nuit, l'hôte doit lui prêter sa femme.[réf. nécessaire]

La culture tchouktche a été popularisée récemment suite au succès de l'écrivain tchouktche Iouri Rytkheou (1930-2008).

Acculturation chez les Tchouktches[modifier | modifier le code]

La sédentarisation et les difficultés de la renniculture ont bouleversé la culture tchouktche[2]. L'acculturation des Tchouktches résulte dans un premier temps de la modernisation menée par les autorités soviétiques (urbanisation et industrialisation) et dans un second temps de l'avènement brutal de la loi du marché et les difficultés matérielles en résultant en Russie dans les 1990. Cette acculturation et les problèmes sanitaires et sociaux l'accompagnant est si forte qu'elle peut apparaître comme une extinction culturelle, un ethnocide (vymiranie), mais elle a aussi pu être surévaluée par des militants culturels et politiques tchouktches ainsi que par les observateurs extérieurs, exaltant un passé idéalisé où ce peuple était indépendant dans une sorte d'ethnostalgie[3].

L'alcoolisation[modifier | modifier le code]

L'alcoolodépendance est le principal problème du peuple tchouktche. Auteur du reportage Les Seigneurs de Behring qui lui valut le Prix Albert-Londres en 1996, Frédéric Tonolli tourne pendant dix ans un film intitulé La Mort d'un peuple, qui est diffusé sur France 3 en 2009 dans le magazine Thalassa. Il montre l'évolution de vie des Tchouktches, les méfaits de l'alcool, tant d'un point de vue pécuniaire que sanitaire. L'importance des suicides, qui « touchent toutes les familles », est également relevée. « L'espérance de vie des hommes ne dépasse pas 45 ans », et les Tchouktches pourraient être menacés d'extinction [4],[5],[6].

Notes et référence[modifier | modifier le code]

  1. Découverte du monde des Lygoravetlat (Tchouktches) à travers la tradition orale, par Charles Weinstein.
  2. a et b « Les peuples autochtones du Grand Nord », Le Courrier des pays de l'Est, no 1066,‎ 2008, p. 20-34 (lire en ligne)
  3. Petra Rethmann, « Politique et imaginaire à Tchoukotka, aux confins orientaux de la Russie », Anthropologie et Sociétés, vol. 28, no 1,‎ 2004, p. 45-65 (lire en ligne)
  4. Augustin Scalbert, « La lente agonie du peuple de Béring sur Thalassa », sur http://rue89.nouvelobs.com,‎ 1er mai 2008 (consulté le 9 juin 2014)
  5. « Pitié pour les Tchouktches ! », L'Humanité,‎ 18 novembre 1994 (consulté le 9 juin 2014)
  6. Christian Bosseno, Télévision française La saison 2010. Une analyse des programmes du 1er septembre 2008 au 31 août 2009, Editions L'Harmattan, 2010. (compte rendu de l'émission Thalassa et du documentaire de Frédéric Tonolli

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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