Nénètses

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple nénètse. Pour la langue nénètse, voir Nénètse.

Nénètses

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Enfant nénètse

Populations significatives par région
Sibérie et Russie européenne (Drapeau de la Russie Russie) 41 302
Population totale 41 302
Autres
Langues

Nénètse

Religions

Chamanisme, animisme

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Carte de répartition

Les Nénètses (parfois orthographié Nenets) ou Nénéens, Ненцы — Nentsy — en russe, sont un peuple autochtone samoyède de Russie vivant à proximité du cercle polaire. Ils constituent la plus importante des 26 ethnies de la Sibérie. Leur activité traditionnelle est l'élevage de rennes ainsi que la pêche. Très nomades, leurs campements restent rarement une semaine au même endroit. Géographiquement, ils occupent principalement la Péninsule de Iamal ; on les retrouverait aussi dans la toundra de Toukharde (Péninsule de Taïmyr).

Une ethnie nomade, au territoire immense[modifier | modifier le code]

Dans la littérature ethnographique russe du XIXe siècle, les Nénètses étaient également appelés Самоядь, c’est-à-dire « samod », « samoyad », ou « samodijskie », ce qui a été traduit en anglais par « Samodi » et en français par « Samoyède ». Ce nom, qui faisait référence à une présomption erronée de cannibalisme, a rapidement été abandonné au XXe siècle pour être remplacé par le terme Nénètse, qui veut dire « Homme » ou « être humain » en langue nénètse. « Nénètse » est parfois écrit « Nénète » ou « Nenet », mais c'est une erreur car le « s » qui suit le « t » ne marque pas le pluriel.

Les Nénètses peuplent le nord-ouest de la Sibérie et dans le nord-est de la Russie européenne entre la péninsule de Kanin sur la mer Blanche, le delta du Ienisseï, au centre des territoires Samoyèdes et le cours inférieur de l'Oussa, au nord des monts Oural et de Vorkouta. Ils habitent également les îles de l'Océan Arctique et la péninsule de Kola. Administrativement, leur territoire est divisé entre le district de la région de Tioumen et celle d'Arkhangelsk, qui inclut le district autonome de Nenetsie. La superficie totale de ce territoire est d'environ 1 million de km2.

Le pays des Nénètses est celui de la toundra et de la forêt de conifères, une terre de pergélisol, avec de nombreuses rivières et de vastes zones marécageuses. Le long des rives de l'Ob, les colonies nénètses touchent la zone de forêt dense de la taïga sibérienne. Le territoire sur lequel les Nénètses sont répartis est désertique et côtier (mer de Barents) au nord de la Russie. Le chef-lieu, Narian-Mar, est situé sur l'estuaire de la Petchora au centre du territoire. La population est estimée à environ 41 302 individus au dernier recensement de 2002.

La toundra

Le peuple des fils de Noum : origines, croyances et organisation[modifier | modifier le code]

Les Nénètses, surnommés les Princes de la Toundra car ils règnent sur les steppes et forêts sibériennes, seraient originaires des Monts Saïan de la Sibérie occidentale. Ce peuple se serait mélangé aux aborigènes qui, selon des récits traditionnels, vivaient dans des abris souterrains. Dans la classification des peuples autochtones sibériens, les Nénètses font partie des Ouraliques. Au Ier siècle de notre ère, ils seraient remontés vers le nord jusqu'à l'Océan Arctique sous la pression des peuples turcophones.

La religion des Nénètses est basée sur un système de croyances chamaniques et animistes : la Terre et ses ressources, à l’instar des Amérindiens, font l’objet d’un culte. Ainsi, Noum, le dieu du ciel et des grandes tempêtes, est vénéré par les Nénètses. Le chamane, très respecté, est appelé un tadibya (en), c’est le médiateur entre le monde des esprits et le monde terrestre.

La structure sociale de la société nénètse est de type clanique, chacun ayant ses propres zones de pâturage, de chasse et de pêche. Les Nénètses sont scindés en trois groupes distincts basés sur leur économie :

  • les Nénètses de la Toundra ;
  • les Nénètses de la forêt (les Khandeyar (en)) ;
  • les Nénètses Kominisés (ou peuple Yaran) issus de mariages entre Nénètses et la tribu des Izhmash (peuples Komis).

Histoire[modifier | modifier le code]

Trois mille ans avant Jésus-Christ, les Nénètses se seraient détachés du groupe linguistique finno-ougrien. Ils migrèrent progressivement à l’est au contact des peuples turcophones et altaïques, vers 200 avant Jésus-Christ. Une autre hypothèse considère qu’ils seraient partis probablement du sud de la Sibérie pour s’installer au nord de la Russie actuelle au XIIe siècle entre les péninsules de Kanin et de Taïmyr, autour des fleuves Ob et Ienisseï. Certains s’installèrent et formèrent de petites communautés agricoles. Les autres continuèrent à chasser et à élever des rennes, traversant de grandes distances au-delà de la péninsule de Kanin.

Lors de l'invasion mongole, les Nénètses, ainsi que d'autres tribus du nord-ouest de la Sibérie, payaient des impôts au khanat sibérien de Koutchoum khan. En 1585, les Russes annexèrent ces tribus et imposèrent leurs propres impôts en fourrures.

L’influence russe sur les Nénètses débute aux XIIIe et XIVe siècles et sera totale au XVIIe siècle. Avec la Révolution russe de 1917, les Nénètses subissent une politique d’assimilation et de collectivisation forcée. Ils sont contraints de renoncer à leur vie nomade en se sédentarisant dans des exploitations agricoles collectives d’État, les kolkhozes. Les enfants sont envoyés à l’école pour apprendre le russe, ce qui a eu pour conséquence la perte de leur langue et la disparition de leur mode vie traditionnel. L’industrialisation sur leur terre a causé de graves dommages environnementaux.

Aujourd'hui, les éleveurs nénètses ont le choix entre la sédentarisation dans une ferme collective et le retour à la vie nomade dans la toundra. Dans le premier cas, ils sont salariés, le troupeau de rennes ne leur appartenant pas. Dans le second cas, ils sont libres et possèdent leur propre troupeau. Ils vivent souvent en communauté composée d'une dizaine de brigades (terme hérité de l'époque soviétique). Chaque brigade comprend 5 à 6 tentes abritant 15 à 20 personnes, souvent d'une même famille, 80 traîneaux, un troupeau de 2 000 rennes, une quinzaine de chiens de berger utilisés pour rassembler les bêtes.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Alimentation[modifier | modifier le code]

La viande de rennes (crue, gelée, bouillie ou grillée) est la base principale de leur alimentation. Les abats sont des mets de choix. De nos jours, au contact de la civilisation, les Nénètses achètent des produits de première nécessité au village (sucre, sel, beurre, pâtes, pain et alcool). Selon les saisons, ils mangent également des baies, champignons, poisson, caviar, œufs d'oies. Certains ustensiles de cuisines, des fusils et même des fours font désormais partie du quotidien des Nénètses.

Habitation[modifier | modifier le code]

L'habitation traditionnelle des Nénètses est le tchoum : une tente conique en peau de renne à l'image du tipi amérindien. Mais ils utilisent aujourd'hui beaucoup de tentes à armatures préfabriquées surmontées d'une toile. Le sol est recouvert d'un plancher et de peaux de rennes. On éclaire l'intérieur avec une lampe à pétrole.

Outils et vêtements[modifier | modifier le code]

Les peaux de rennes permettent de confectionner des vêtements et des chaussures chaudes, ainsi que des tentes (mýa). Avec le cuir, ils font des lassos ou des harnais, mais aussi des chaussures pour l'été tandis que les bois sont utilisées pour la fabrication d'outils et ustensiles. En hiver, ils sont habillés d'une longue tunique en peau de renne avec mitaines et capuchon intégré : la malitsa. Chaque éleveur possède deux ou trois paires de longues cuissardes en peau de renne (toboguis).

Éducation[modifier | modifier le code]

Les enfants jusqu'à l'âge de 7 ans nomadisent avec leurs parents. Ensuite ils sont scolarisés en internat au village. Fin mai, ils retournent au campement pour leurs vacances d'été. La séparation entre parents et enfants est donc longue et ces derniers ressentent une rupture par rapport à la vie du campement.

Langue[modifier | modifier le code]

Les Nénètses ont leur propre langue : le nénètse qui est considéré comme faisant partie des langues samoyèdes (sous-famille des langues ouraliennes) au même titre que celles des peuples Énètses, Selkups et Nganassans (langue nganassane). Pendant l'époque soviétique, tous les Nénètses ont été russifiés et une génération a oublié sa langue natale. Bien que la langue russe reste prépondérante, le nénètse est réapparu : on l'enseigne dans les écoles et les éleveurs l'utilisent de nouveau. Selon l'édition 2009 (16e édition) de « Ethnologue : Languages of the World », 80 % de la population, de tous âges, utilise le Nenets dans leur vie quotidienne. L'attitude de la population envers leur langue est jugée positive par ce même ouvrage.

Nomadisme[modifier | modifier le code]

Chaque brigade déplace son troupeau le long d'un couloir de migration selon un itinéraire de 500 km entre la forêt du sud et la toundra du nord. Les déplacements sont rythmés par les saisons. En été, les rennes sont protégés des moustiques et de la chaleur dans les vastes étendues de la toundra du nord. L'hiver est rude. Il n'est pas rare que le thermomètre atteigne -40 °C. C'est pourquoi avec l'arrivée de l'automne, les éleveurs quittent la toundra et descendent vers le sud où ils pourront trouver du bois, mais aussi se rapprocher de localités pour la scolarisation des enfants et faire de nouvelles réserves de provisions. Arrivant près du village, une partie des bêtes est abattue et vendue pour acheter les produits nécessaires : vivres, vêtements, toile pour les tentes, essence, quelques médicaments, etc. Mais bientôt la marche vers le sud continue. Quelques brigades seulement préfèrent rester à la limite de la forêt, les autres installent leurs campements dans la taïga de fin décembre, jusqu'à début avril environ. Le printemps est la période la plus difficile. Les Nénètses reprennent leur marche vers le nord avec des traîneaux chargés de 6 mois de vivres et parfois du bois de chauffage. Il faut avancer vite afin que les rennes femelles arrivent à temps sur leur lieux de leur mise bas habituelle. Les déplacements, été comme hiver, pour le matériel comme pour les hommes, s'effectuent en traîneau attelés de 2 à 4 rennes. Lors des déplacements du campement ou des grandes migrations, les traîneaux sont attachés les uns aux autres en file indienne, des trains constitués de plus de dix traîneaux.

L'avenir des Nénètses[modifier | modifier le code]

Le principal danger menaçant les Nénètses n'est pas celui de l'extinction, puisque leur population va croissant, mais celui de l'assimilation et de la perte de leur identité culturelle. Beaucoup de Nénètses ne veulent plus ainsi vivre dans la toundra et reprendre une vie de nomade, trop dure.

La règlementation soviétique et post-soviétique ne leur permet pas de vivre selon leurs us et coutumes : en 1957, un décret a contraint les Nénètses à rester dans des pensionnats d'état de la naissance à la fin de leur scolarité. Ces enfants ont alors grandi hors de leurs racines. Les règlementations sont également trop restrictives en matière d'établissement.

Les Nénètses, comme les autres ethnies minoritaires, bénéficient des aides accordées par l'État russe aux minorités. Ces aides les incitent à la sédentarisation.

Les Nénètses font face également à des problèmes quotidiens tels que l'insuffisance d'approvisionnement et de ressources financières et ceux liés à l'alcoolisme et à l'éducation. Ils sont touchés de plein fouet par la crise économique et sociale russe.

Les Nénètses souhaitent une approche différente des problèmes écologiques et des besoins de la population. L'activité industrielle se fait souvent au détriment de l'élevage du renne, de la chasse et de la pêche sans aucune compensation. Cela est dû au manque de lois qui défendent les droits des peuples autochtones. La pollution industrielle (notamment nucléaire) se transmet aux Nénètses via les lichens que mangent les rennes.

Reste le problème lié à l'exploitation non contrôlée du gaz et du pétrole sur le territoire ancestral des Nénètses. Ce peuple est désormais menacé car vivant sur les plus grands champs pétrolifères mondiaux, enjeux de multiples convoitises.

Tous ces facteurs économiques, socio-culturels (mariages mixtes, sédentarisation, scolarisation russe, ...) favorisent cette perte d'identité culturelle nénètse. Une association du peuple autochtone nénètse a ainsi été créée. Elle défend leurs droits au sein de la Fédération des Petits Peuples de Russie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane de Kermoal, Les Nenets prennent leurs quartiers d'été, GEO no 308, octobre 2004.
  • Franck Desplanques et Jean-Pierre Thibau, Nénètses de Sibérie, les Hommes debout, Éditions du Chêne, France, 2005, (ISBN 2-84277-622-4)
  • Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés, Éditions Verdier, 2008, (ISBN 978-2-86432-443-0)
  • Anne Bouin, Petite feuille Nénètse, édition école des Loisirs, coll. « Médium », 2009, (ISBN 978-2-211-09579-2)
  • Astrid Wendlandt, Au bord du monde : une voyageuse dans le grand Nord sibérien, éditions Robert Laffont, 2010.
  • Anne Bouin, Un été sibérissime, édition école des Loisirs, coll. « Médium », 2011, (ISBN 978-2-211-20351-7)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]