Chahada

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Version audio en arabe.
La chahada, inscription arabe calligraphiée en faïence à la mosquée de Wazir-Khan à Lahore, Pakistan.
Le drapeau de l'Arabie saoudite arbore la chahada.

La chahada ou shahada (chahâda ou shahâda) (arabe : شهادة [šahādaʰ] Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, « attestation » ou « témoignage de foi ») est la profession de foi de l'islam, dont elle constitue le premier des cinq piliers. Elle est directement liée au principe de l'unicité de Dieu (tawhid).

Elle est très brève  : أشهد أن لآ إلَـهَ اِلا الله وأشهد أن محمدا رسول الله (ašhadu an lâ ilâha illa-llâh, wa-ašhadu anna muḥammadan rasûlu-llâh), pouvant se traduire par « J'atteste qu'il n'y a de divinité digne d'adoration qu'Allah et j'atteste que Mouhammad est le messager d'Allah »

Effectivement, attester « qu'il n'y a pas de divinité digne d'être adorée si ce n'est Allah » implique que l'acte doit être accompli sincèrement pour Allah seul, en ne dédiant aucun type d'adoration pour autre que Lui, car il incombe que toute adoration doit être accomplie sincèrement pour désiré sa face.

Description[modifier | modifier le code]

Elle consiste pour le musulman, en toute connaissance de cause et non sous la contrainte, à accepter et proclamer deux choses : tout acte d'adoration ne doit être dirigé que vers Dieu seul ; et Mahomet est le serviteur et messager de Dieu, et doit pour cela être suivi. De même, l'attestation « que Mahomet est le serviteur et messager de Dieu » implique le suivi absolu du messager de Dieu. En somme, tout acte doit être effectué sincèrement pour Dieu, autant qu'il doit être en conformité et en concordance avec les enseignements de Mahomet.

La formule arabe Lâ ilâha illa-llâh contient un sous-entendu. Le mot ilâh veut dire une divinité à laquelle on voue un culte (du verbe alaha, « adorer »). Le mot s'applique à une divinité qui est considérée être adorée à tort ou à raison ainsi le Coran parle de Âlihah (pluriel de ilâh) pour désigner les divinités des polythéistes. On ne peut donc penser que Lâ ilâha illa-llâh affirme l'inexistence d'autre âlihah, mais plutôt l'illégitimité du culte qui leur est voué.[réf. nécessaire]

Ainsi, comme l'ont souligné plusieurs oulémas[évasif], Lâ ilâha illa-llâh signifie Lâ ma'bûda bih'aqqin illa-llâh : « nul n'est légitimement adoré à part Dieu ».

Habituellement, cette formule est récitée à l'oreille droite des nouveau-nés. Elle accompagne ensuite tout musulman durant sa vie, et enfin est prononcée une dernière fois au chevet des mourants. Un hadîth[Lequel ?] considèrerait même une personne dont la dernière parole est la profession de foi (en appliquant ses conditions) comme promise au paradis.

Dans le cadre d'une initiation à l'islam, il faut apprendre la chahada, d'abord dans sa langue natale puis en arabe, ainsi que l'ablution (tahara) nécessaire pour la prononcer. Puis, réciter en arabe la profession de foi avec l'intention d'embrasser l'islam, en comprenant et en acceptant le sens de cette religion et de ce qu'elle implique.

Proclamer que Dieu est unique fut une réaction aux nombreux cultes polythéistes que connaissait La Mecque au VIIe siècle, mais aussi contre le concept de la Trinité des chrétiens de l'empire byzantin. À la suite des chrétiens hérétiques ariens et nestoriens qui considéraient que Jésus n'était pas Dieu, Mahomet considérait la Trinité comme un polythéisme déguisé (shirk)[1].

« Croyez donc en Dieu et en Ses messagers.
Et ne dites pas : « Trois » ;
Cessez ! Ce sera mieux pour vous.
Allah n'est qu'un Dieu unique.
Il est trop glorieux pour avoir un enfant. »

— Coran (IV ; 171)

La réciter sincèrement ne suffit cependant pas à y conduire le croyant au terme de sa vie. Elle ne fait que le sortir de sa condition de réprouvé, c'est-à-dire de pécheur exclu par Dieu du nombre des élus.

Pour gagner le paradis, le musulman doit aussi respecter les quatre autres piliers ou obligations canoniques que prescrit le Coran. Cependant, Dieu peut pardonner à ceux qui abandonnent certains piliers (hormis selon certains avis la salât ou la zakât) pourvu que ces personnes reconnaissent l'obligation de ceux-ci.[réf. nécessaire]

Le mot chahada est à rapprocher du mot arabe chahîd qui signifie « témoin »[2], comme le mot grec μαρτυρος [marturos].

Les conditions de la chahada[modifier | modifier le code]

La profession de foi, pour qu'elle soit acceptée, exige certaines conditions fondamentales :

  • la connaissance de sa signification ;
  • la sincérité dans sa prononciation et dans son application ;
  • la certitude en elle ;
  • l'acceptation de cette phrase ;
  • la soumission totale à ce qu'elle implique ;
  • le rejet et l'abandon de toute forme de shirk ;
  • l'amour de cette attestation ;
  • la mécréance en toutes croyances, actes ou paroles annulant cette dernière.

La chahada dans le Coran[modifier | modifier le code]

La chahada n'est pas formalisée comme telle dans le Coran. Plusieurs versets exposent son contenu. Son commencement l'est clairement à la sourate 37, verset 35 qui signifie :

« Quand on leur disait : « Point de divinité à part Dieu », ils se gonflaient d'orgueil, etc. »

On peut ajouter le chapitre 4, verset 136 qui signifie :

« Croyez en Dieu et en son Prophète, au Livre qu'Il a révélé à son Prophète, au Livre qu'Il a révélé auparavant. Quiconque ne croit pas en Dieu, à ses Anges, à ses Livres, à ses prophètes et au Jour dernier, se trouve dans un profond égarement. »

S'ajoutent d'autres versets, par exemple :

  • Chapitre 49, verset 15 qui signifie :

« Les vrais croyants sont seulement ceux qui croient en Dieu et en Son messager, qui par la suite ne doutent point … »

  • Chapitre 7 verset 158 qui signifie :

« Dis (ô Mahomet) : « Ô hommes ! Je suis pour vous tous le Messager de Dieu, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. Pas de divinité à part lui. Il donne la vie et il donne la mort. Croyez donc en Dieu, en son messager, le Prophète illettré qui croit en Dieu et en ses paroles. Et suivez-le afin que vous soyez bien guidés. » »

  • Chapitre 3 verset 18 :

« Dieu atteste, et aussi les anges et les doués de science, qu'il n'y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage ! »

Relevons que le serment de la femme croyante dans le Coran est beaucoup plus exigeant et précis que la chahada (chapitre 60, verset 12) :

« Ô Prophète ! Quand les croyantes viennent te prêter serment d'allégeance [et en jurent] qu'elles n'associeront rien à Dieu, qu'elles ne voleront pas, qu'elles ne se livreront pas à l'adultère, qu'elles ne tueront pas leurs propres enfants, qu'elles ne commettront aucune infamie ni avec leurs mains ni avec leurs pieds et qu'elles ne désobéiront pas en ce qui est convenable, alors reçoit leur serment d'allégeance, et implore le pardon d'Allah pour elles. »

Approche islamologique de la chahada[modifier | modifier le code]

À partir des inscriptions sur l'extérieur et l'intérieur des murs du Dôme du Rocher à Jérusalem, des islamologues tentent de retrouver l'origine et l'évolution de la chahada dans les premiers temps de l'islam. Ces inscriptions sont les suivantes. À l'extérieur, « Il n'y a de dieu que Dieu. Il n'a pas d'associé. Il est l'unique, l'éternel, il n'engendre pas et n'est pas engendré, nul n'est son égal. Mahomet est le messager de Dieu ». À l'intérieur, face Sud, « Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager », face Nord, « Ô Dieu, penche-toi sur ton messager et ton serviteur Jésus, fils de Marie », et face Est, « Le Messie, Jésus, fils de Marie, est seulement le Prophète de Dieu ». Par ailleurs, on a pu reconstituer des premières épigraphes arabes sur la pierre, qui indiquent : « Je témoigne qu'il n'y a de dieu que Dieu, pas d'associé à lui. »

De ces éléments, certains islamologues concluent qu'une première chahada a existé, sans mention de Mahomet, puis une chahada à trois termes se terminant par l'évocation de Mahomet, puis enfin la suppression du second terme pour adopter un rythme binaire ou symétrique[3].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Balta, Islam, civilisation et sociétés, Paris, éd. du Rocher, 1991 (ISBN 2-268-01078-3), p. 41
  2. Antoine Moussali (préf. Roger Arnaldez), Judaïsme, christianisme et islam : Étude comparée, Paris, Éditions de Paris,‎ 2000 (ISBN 2-85162-020-7), p. 374.
  3. « L'attestation de foi musulmane : la chahada », sur le site Capucins.net.

Voir aussi[modifier | modifier le code]