Qibla

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Qibla
Vue du mihrab (niche de prière) de la Grande Mosquée de Kairouan ; cette niche, située au milieu du mur de la qibla de la salle de prière, indique la direction (qibla) vers laquelle se tournent les fidèles lors de l'accomplissement de la prière.

Qibla, kibla[1], kiblat ou kiblet[2] en arabe qibla (قبلة: direction ; sud) est la direction vers laquelle doit se tourner le fidèle pour effectuer le rite de la salat. En islam contemporain, il s'agit de l'orthodromie qui joint le lieu de prière à la Kaaba (en arabe: الكعبة ), dans la cité de La Mecque. Dans les mosquées, cette orientation est indiquée par le mihrab, une niche souvent encadrée de deux colonnes supportant une arcature.

En Islam[modifier | modifier le code]

Selon la Bible[3],[4],[5], les juifs doivent se tourner vers Jérusalem.

Selon les hadiths constituant la sunna, le prophète de l'islam Mahomet aurait au début recommandé de même de diriger la prière vers Jérusalem, jusqu'à ce qu'en l'an 2 de l'Hégire il reçoive la révélation de se tourner dorénavant vers la Kaaba (en arabe: الكعبة ) de La Mecque. La Kaaba devint la direction de la prière, c'est-à-dire la qibla. Une sourate du Coran vint confirmer cette obligation  : « Tourne donc ta face dans la direction de la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez votre face dans sa direction » (« La Vache », II, 144). Toutefois, l'ignorance de la direction de la qibla n'annule pas la prière. En effet, le Coran précise que la prière est valide dès que le croyant « tourne son visage vers Dieu ». En effet, la précision de La Mecque est toute relative  : à une distance de 1 000 km, la mesure angulaire de la Kaaba est de moins d'un millième de degré. Par conséquent, seule l'intention du musulman détermine la validité de la prière.

La nécessité de se diriger vers La Mecque est rendue difficile dès que celle-ci est hors de vue. Il a fallu donc inventer des outils permettant de calculer sa direction. Cela a probablement stimulé les géographes, astronomes et mathématiciens musulmans dans la recherche d'outils mathématiques et d'instruments aussi précis que possible.

Origine de la qibla[modifier | modifier le code]

Dans les premiers temps de la révélation de l'islam à Mahomet, la direction de la qibla était le temple de Salomon à Jérusalem.

Or, c'est à la période où le Prophète et ses compagnons étaient installés à Médine depuis un peu plus de 17 mois, que pendant la prière de Midi (Zhur), Mahomet reçut la révélation de se tourner dorénavant vers la Kaaba lors de la prière [6].

La mosquée Al-Qiblatein, ou mosquée des deux Qiblas, construite en 623 de l'ère chrétienne dans les environs de Médine[7] témoigne de cet événement. En effet, la mosquée présente la caractéristique unique d'avoir deux mihrabs, l'un en direction de Jérusalem, l'autre en direction de La Mecque.

Formule de calcul de la Qibla[modifier | modifier le code]

Données[modifier | modifier le code]

  • A = Différence de longitudes entre La Mecque et le lieu de la prière ;
  • B = Latitude du lieu de la prière ;
  • C = Latitude de la Kaaba.
    • La latitude doit être comptée positive au nord et négative au sud.
    • La longitude doit être comptée positive à l'est et négative à l'ouest

Calcul[modifier | modifier le code]

  • Avec une calculatrice:
Q = \arctan \left[ {\sin(A) \over {\cos(B).\tan(C)} - \sin(B).\cos(A)} \right]
    • Si le dénominateur est négatif :
      • Ajouter 180° à Q si le numérateur est positif
      • Retranchez 180° à Q si le numérateur est négatif
  • Avec un langage de programmation ayant une fonction atan2
Q = \operatorname{atan2}(\cos(B).\tan(C) - \sin(B).\cos(A), \sin(A))
On obtient le bon résultat directement
Qibla.png

Résultat[modifier | modifier le code]

Q = Direction de la qibla

  • Q > 0 angle partant de la direction du nord et compté dans le sens rétrograde (sens des aiguilles d'une montre).
  • Q < 0 angle partant de la direction du nord et compté dans le sens direct (sens inverse des aiguilles d'une montre, sens trigonométrique).

Controverses sur la formule employée[modifier | modifier le code]

Les musulmans d'Amérique du Nord, avaient tout d'abord orienté leurs mosquées vers le sud-est. Mais lorsque plus tard on fit les calculs basés sur le calcul du grand cercle, donnant une direction orientée vers le nord-est, une polémique s'ensuivit, le résultat heurtant le sens commun à cause de la représentation du monde par planisphère, et plus particulièrement par la projection de Mercator, due au géographe et mathématicien flamand Gerardus Kremer. En effet cette projection repose sur une représentation cylindrique du monde dans laquelle les méridiens sont parallèles au lieu d'être convergents. Sur les cartes mercatoriennes une ligne qui coupe chaque méridien suivant un angle fixe est représentée par une ligne droite. Or sur la sphère cette même ligne se traduit par une courbe, la loxodromie. C'est cette confusion qui a fait dire à certains que le calcul par la loxodromie était le seul valable et, comme tel, l'avaient suggéré aux autorités religieuses.

Cette dernière proposition qui ne correspond ni à la géographie de la sphère, ni aux versets coraniques et notamment celui qui demande aux musulmans de prier face à la Kaaba, semble avoir été abandonnée. Seule une minorité défend encore cette solution. Le bon sens ayant repris ses droits, c'est le calcul de la qibla par l'orthodromie qui prévaut aujourd'hui pour la plupart des mosquées nouvellement construites, en Amérique du Nord comme ailleurs[8].

Autres religions[modifier | modifier le code]

Qibla bahá’íe[modifier | modifier le code]

Article connexe : Translittération baha'ie.
Entrée du mausolée de Bahá'u'lláh à Bahjí (Acre, Israël), qui est la Qiblih du monde bahá’í

Le bahaïsme utilise aussi le concept de Qiblih. Pour effectuer leurs prières "obligatoires" quotidiennes (ṣalát), les baha'is du monde entier doivent se tourner vers le manoir de Bahjí (près de Saint-Jean-d'Acre, au nord d'Israël), où est inhumé Bahá'u'lláh.

Dans son Kitāb-i Aqdas, le livre le plus saint pour les baha'is, Bahá'u'lláh écrit :

« Nous vous avons prescrit la prière obligatoire de neuf rak‘ahs qui, à midi, le matin et le soir, doit être offerte à Dieu, le Révélateur des versets. Nous vous en avons dispensé d'un plus grand nombre par un commandement dans le Livre de Dieu. Il est, en vérité, Celui qui ordonne, l'Omnipotent, Celui qui est sans limites. Lorsque vous voulez accomplir cette prière, tournez-vous vers la cour de ma très sainte présence, ce lieu sacré dont Dieu fit le centre autour duquel circule l'assemblée céleste et qu'Il a décrété être le point d'adoration pour les habitants des cités de l'éternité, la source du commandement pour tous ceux qui sont au ciel et sur la terre. Et lorsque le Soleil de vérité et de la parole se couchera, tournez vos visages vers ce lieu que Nous vous avons ordonné. Il est, en vérité, le Tout-Puissant et l'Omniscient. »

— Kitáb-i-Aqdas, verset 6

« Ô peuple du Bayán ! Craignez l'Infiniment Miséricordieux et considérez ce qu'Il révéla dans un autre passage. Il a dit : "La Qiblih est, en vérité, "Celui que Dieu rendra manifeste"; quand il se déplace, la Qiblih se déplace, jusqu'à ce qu'il se fixe." Ainsi en décida le Suprême Ordonnateur lorsqu'Il désira mentionner cette très Grande Beauté. Méditez sur ceci, ô peuple, et ne soyez pas de ceux qui errent perdus dans le désert de l'erreur. Si vos vaines imaginations vous poussent à le rejeter, où est donc la Qiblih vers laquelle vous vous tournerez, ô assemblée de négligents. Pensez à ce verset et, devant Dieu, jugez avec équité, afin que vous puissiez peut-être, glaner les perles des mystères de l'océan qui surgit en mon nom, le Très-Glorieux, le Très-Haut. »

— Kitáb-i-Aqdas, verset 137

Si la Qiblih est physiquement un lieu vers lequel les baha'is doivent se tourner pour accomplir leurs prières rituelles "obligatoires" (ṣalát), elle est aussi pour eux le rappel qu'afin de trouver conseils et explications ils doivent se tourner spirituellement vers les paroles issues du "Temple Humain" (Haykal), où se manifestent les "qualités" divines (Mazhar-i-iláhí) : Bahá'u'lláh pour les baha'is.

Si se tourner vers la Qiblih est requis pour les prières rituelles "obligatoires" (ṣalát) et la répétition (dhíkr) du "Plus Grand Nom"[9], cela n'est pas exigé pour la "Prière des morts"[10] ni pour les autres prières "non-obligatoires"[11]

Le "Gardien de la Cause de Dieu" (Valí Amr'ulláh) Shoghi Effendi (1897-1957) ajoute cependant à propos de funérailles baha'ies que :

« Les morts devraient être inhumés avec le visage tourné vers la Qiblih. Ceci est aussi en accord avec les pratiques de l'Islam. Il y a aussi une prière en congrégation à réciter. »

— Lettre écrite à un baha'i de la part de Shoghi Effendi le 6 juillet 1935

Références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographe adoptée par le Dictionnaire TLFi
  2. Orthographes attestée par le Dictionnaire Littré
  3. Premier Livre des Rois, 8/29-30 et 44
  4. Second Livre des Chroniques, 6/21
  5. Livre de Daniel, 6/10
  6. Islam de France Origne de la Qibla [1]
  7. Site internet "trouve ta mosquée" Les 10 plus anciennes mosquées du monde [2]
  8. The Correct Qibla, S. Kamal Abdali, P.O. Box 65207, Washington, D.C. 20035 [3]
  9. Au verset 18 du Kitáb-i-Aqdas, il est demandé aux baha'is de s'assoir quotidiennement face à la "Qiblih" après les ablutions rituelles et de répéter 95 fois le "Plus Grand Nom" : Alláh'u'Abhá ("Dieu le Très-Glorieux")
  10. Kitáb-i-Aqdas, question 85
  11. Kitáb-i-Aqdas, question 14

Liens externes[modifier | modifier le code]