Jean-Pierre Le Goff (sociologue)

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Jean-Pierre Le Goff

France

Époque contemporaine

Naissance 1949
Nationalité française

Jean-Pierre Le Goff né en 1949 est philosophe de formation, écrivain et sociologue français rattaché au laboratoire Georges Friedmann (IDHE CNRS Paris I). Ses travaux portent sur l'évolution de la société, et notamment sur les paradoxes de Mai 68, sur la formation, sur les illusions du discours managérial en entreprise, sur le stress et la souffrance au travail. Il privilégie l'analyse d'un certain « air du temps » qui ne se réduit pas pour lui à des « modes », mais qui lui semble significatif de mutations plus structurelles des idées, des modes de représentation, et des valeurs.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Le Goff a fait des études de philosophie et de sociologie à Caen et fait partie de cette génération qui s’est engagée dans le mouvement contestataire de Mai 68[1]. À Caen, il rencontre Alain Caillé, alors jeune maître assistant, et surtout Marcel Gauchet[2] et Paul Yonnet[3], avec lesquels il constitue un petit cercle d'étudiants critiques marqué à la fois par l'anarcho-situationnisme et l'enseignement de Claude Lefort[2]. Il participe au mouvement étudiant de Caen qui au lendemain de mai 68, connaît une flambée de grèves et de manifestations, puis rejoint un groupe maoïste avant d'abandonner ses études et de partir dans la région Nord-Pas-de-Calais[1]. Dans son livre La gauche à l'épreuve (1968-2011), il écrit : « Pour ceux qui, comme moi, se sont engagés sans demi-mesure dans l'activisme groupusculaire de l'extrême gauche après mai 68, la fin des illusions et la critique du totalitarisme ont constitué une sérieuse leçon de réalisme et d'humilité. À l'époque, la lecture des ouvrages de Claude Lefort, qui avait été l'un de mes professeurs à l'université, m'a beaucoup aidé : elle m'a amené à m'interroger sur les raisons d'un aveuglement, sur les mécanismes idéologiques et les modes de fonctionnement auxquels j'ai moi-même participé ; elle m'a mis en garde contre ceux qui prétendent faire advenir « le meilleur des mondes » en étant persuadés d'en détenir les clés. ».

Il commence sa carrière dans le Nord-Pas-de-Calais comme formateur d’adultes en reconversion, puis, de retour à Paris, comme formateur de jeunes dans la banlieue nord. Intégré au CNAM de Paris (Conservatoire national des arts et métiers) en 1984, il a mené un travail d’enquêtes et d’études sur les évolutions du travail dans le secteur du bâtiment et de l’industrie, sur l'insertion des jeunes dans le bâtiment, les formations aux nouvelles technologies dans l'industrie, les évolutions du métier d’ingénieur et du management[1].

Habilité à diriger des recherches en sociologie et qualifié au poste de professeur des universités, il est entré au CNRS en 2002. Thèmes principaux de recherche : modernisation et management ; étude des nouveaux mouvements sociaux ; évolution des idées et des mœurs dans les sociétés démocratiques. Il est notamment l'auteur d'ouvrages sur la modernisation des organisations, le management, mais aussi sur les transformations culturelles et politiques qui traversent nos sociétés, tout particulièrement Mai 68 et ses effets sociétaux[4].

Il a également contribué à la revue Le Débat. Il a été membre de la Commission Sciences Humaines du Centre national du livre (CNL) de 2006 à 2008 et a participé au jury du prix Sophie Barluet qui récompense un ouvrage de sciences humaines[5]. Il préside le club Politique Autrement qui explore les conditions d'un renouveau de la démocratie dans les sociétés développées.

Apports[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Le Goff a voulu apporter une interprétation critique des paradoxes de Mai 68, des illusions du discours managérial, du stress au travail, de la formation, et, de façon plus générale, des mutations de la société[6]. Son interprétation des phénomènes sociaux entend mettre en lumière les idées, les croyances, les représentations qui imprègnent plus ou moins consciemment la société et les acteurs sociaux et politiques. Dans ses écrits, les évolutions culturelles ne sont pas considérées comme une « superstructure » des réalités économiques et sociales, mais prises en compte comme ayant une consistance et une signification propres. Il veut se démarquer tout autant d'une sociologie réduite à l'expertise et à l'audit qui réduit les contenus de signification à des paramètres à prendre en considération afin de corriger les dysfonctionnements, que d'un type de « sociologie critique » qui réduit les évolutions à des phénomènes de domination, d'inégalité ou de discrimination. En dehors de ces deux grands courants, il privilégie l'étude de l'arrière-fond culturel des sociétés, qui déterminent un certain « air du temps »[7]. Ce dernier ne se réduit pas pour lui à des « modes », mais serait significatif de mutations plus structurelles. Sa démarche se veut une conception de la sociologie ouverte à l'anthropologie et à l'interrogation philosophique dans l'interprétation des phénomènes sociaux.

Son dernier livre La fin du village. Une histoire française (éditions Gallimard 2012) se présente comme un roman sociologique et historique qui s’attache à décrire la mentalité et le style de vie des habitants d’une collectivité villageoise (Cadenet dans le département de Vaucluse) en soulignant les mutations et les bouleversements que cette collectivité a subis depuis la dernière guerre jusqu’aux années 2000.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Une de ses conférences à l'université de tous les savoirs a été éditée sous forme d'un film documentaire Management et imaginaire social produit par Agnès de Warenghien et distribué par le Service du film de recherche scientifique (Vanves) en 2000 et réédité en 2001.

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Du gauchisme culturel et de ses avatars », Le Débat, no 173, septembre-octobre 2013
  • « Fiasco des élites soixante-huitardes », Le Monde, 25 mai 2013 »
  • « Mariage pour tous : pourquoi tant de crispation ? », Le Figaro, 20-21 avril 2013
  • « L'important est de savoir ce que l'on veut transmettre », Le Figaro, 7-8 avril 2012
  • « Le syndrome du Front national. Genèse d’une ascension », Le Débat, no 166, septembre-octobre 2011
  • « Les folles ambitions des écolos futuristes », Le Débat, no 164, mars-avril 2011
  • « Ultraviolence, en finir avec l’angélisme éducatif », Marianne, 9 septembre 2010
  • « La société comporte nombre d’adultes « mal finis », de bébés narcissiques », Libération, 1er juillet 2010
  • « Au nom du développement durable », Le Débat, no 156, septembre-octobre 2009
  • « La naissance du bobo rousseauiste », Marianne, 12 juin 2009
  • « Le fil rompu des générations », Études, février 2009
  • « Mai 68. La France entre deux mondes », Le Débat, no 149, mars-avril 2008
  • « Stress et harcèlement : sortir de la psychologie » , revue CFDT Cadres, mars 2008.
  • « L’éthique au risque de l’entreprise », Études, mars 2008
  • « Catharsis pour un changement d’époque », Le Débat, no 146, sept.-oct. 2007
  • « Le gauchisme est-il soluble dans la philosophie ? », Le Débat, no 142, nov.-déc., 2006
  • « Le nouveau « fossé des générations ». De Mai 68 au mouvement anti-CPE », Le Débat, no 141, sept.-oct. 2006
  • « Évaluation, l’intériorisation des normes », Projet n°291, CERAS, mars 2006
  • « Le malaise français dans le miroir de l’Europe », Le Débat, no 136, septembre-octobre 2005
  • « Naissance et développement de la société post-totalitaire », Revue du Mauss, no 25, premier semestre 2005
  • « La difficile réconciliation du socialisme et de la démocratie », Le Débat, no 131, septembre-octobre 2004
  • « Permanence et métamorphoses du trotskisme », Études, janvier 2004
  • « Ingénierie ; peut-on en finir avec la confusion ? », Éducation permanente, no 157, décembre 2003
  • « Hypothèses pour comprendre le chaos ambiant », Le Débat, no 126, septembre-octobre 2003
  • « Où va la gauche française ? II », Le Débat, no 126, septembre-octobre 2003
  • « Que veut dire le harcèlement moral ? II. Vers une nouvel imaginaire des rapports sociaux », Le Débat, no 124, mars-avril 2003
  • « Que veut dire le harcèlement moral ? I. Genèse d'un syndrome », Le Débat, no 123, janvier-février 2003
  • « Autorité et management en entreprise », Études, juin 2002
  • « Modernisation et barbarie douce », Diogène, no 195, juillet-septembre 2001
  • « Note sur l’interprétation arendtienne du totalitarisme et sa démarcation de toute approche utilitariste », Revue du Mauss, no 16, 2e semestre 2000
  • « Mai 68, trente ans après ; anniversaires et autocélébrations », Le Débat, no 111, septembre-octobre 2000
  • « La modernisation manquée », Le Débat, no 110, mai-août 2000
  • « Emploi. Les heures solidaires. Jean-Pierre Le Goff, sociologue : « Une façon de contourner les syndicats ». », Libération, 26 avril 1999
  • « L’érosion des idéaux de l’Éducation permanente », Éducation permanente, no 129, 1996
  • « La difficile réconciliation de l’entreprise moderne et de la démocratie », Raison présente, no 11, juillet 1994
  • « La culture sauvage de l’entreprise. Sur quelques séminaires pour ingénieurs et cadres », Éducation permanente, no 103, juillet 1990
  • « Le sacre de l’entreprise », Esprit, septembre 1990
  • « Quel rapport des salariés à la formation en entreprise ? », revue Travail, no 13, mai 1987

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c La Procure 2012
  2. a et b Éric Aeschimann, « Marcel Gauchet, invité spécial de Libération ce mardi 28 avril », sur Libération,‎ 2012
  3. Marcel Jaeger, « Paul Yonnet : la mort d’un sociologue en short », Libération,‎ 29 août 2011 (lire en ligne)
  4. Université Paris1 2011
  5. Nicolas Guégan, « François Azouvi reçoit le Prix Sophie Barluet », Le Nouvel Observateur,‎ 11 décembre 2012 (lire en ligne)
  6. Le Figaro 10 octobre 2012
  7. « Le « nouvel air du temps » par Le Goff », Le Figaro,‎ 13 avril 1993 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]