Saïd Bouamama

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Saïd Bouamama, né en 1958 à Roubaix[1], est un sociologue, militant associatif et politique algérien résidant en France[2]. Docteur en socioéconomie, il est membre de l'IFAR, une association loi 1901 où il est chargé de recherche et formateur de travailleurs sociaux.

Il a écrit principalement sur les thèmes liés à l'immigration, comme les discriminations et le racisme. Comptant parmi les fondateurs du mouvement des Indigènes de la République[3], il est également affilié à la CGT[4] et membre de la Coordination communiste[5].

Approche sociologique[modifier | modifier le code]

En tant que sociologue, il développe une sociologie des dominations prenant pour objets les questions liées à l'immigration et la place des personnes issues de l'immigration (qu'elles soient immigrées ou descendantes d'immigrés) dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des dominations de sexe, de "race"[6] et de classe, etc.

Ses écrits[7] concernent:

  • une sociologie des dominations qui touchent les personnes immigrées et issues de l'immigration postcoloniale en France ;
  • une sociologie des jeunesses et de la citoyenneté ;
  • une sociologie de l'« action-recherche ».

Prises de positions et ses engagements politiques[modifier | modifier le code]

Militant politique de gauche (certains, comme Philippe Bernard, journaliste au Monde, le qualifie de « sociologue d'extrême-gauche antinationaliste et militant d'un nouveau rapport aux "différences" »[8]), il a croisé et travaillé avec de nombreuses organisations antiracistes, comme le MRAP, le CSP (« Comité des sans papiers »), la LDH, etc.

Membre du mouvement des Indigènes de la République, il est présenté en 2005 par le journal Libération comme un soutien de l'humoriste Dieudonné controversé pour des propos anti-israéliens [3].

Il a collaboré avec des associations de lutte contre les effets de la prostitution, comme l'association « Nid », des mouvements et des figures féministes tels que le MLF ou Christine Delphy, avec qui il a signé un appel collectif pour des « statistiques sur les discriminations racistes »[9].

Il a participé aux différentes « luttes de l'immigration », dès les années 1970 et milité depuis le début de son engagement pour un « mouvement autonome de l'immigration »[10].

Il se prononce contre la double peine, pour la « citoyenneté des jeunes Français issus de l'immigration », avec le mouvements des sans-papiers, pour le droit de vote des étrangers, contre la « discrimination raciste des jeunes Français issus de l'immigration postcoloniale » et la « stigmatisation des quartiers populaires », etc.

Il a par ailleurs participé à la Marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983 et aux mouvements similaires dans les années qui ont suivi (« Convergence 1984 », « Divergence 1985 ») requalifiées en « marche des Beurs », terme qu'il récuse au fil de ces travaux, tout comme Abdelmalek Sayad avant lui[11].

Il croise les luttes de l'immigration avec celles des autres formes de domination (sexiste, classiste) pour mettre en évidence les similitudes des différentes formes de dominations tout en spécifiant leurs singularités[12].

Il contribue au site controversé oumma.com.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Said Bouamama fait partie des signataires d'une tribune[13] dénonçant le texte d’orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès du 30 mars et du 1er avril 2012 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette tribune critique les références de ce texte au racisme antiblanc, discute la présomption d'existence d'un tel "phénomène".

En 2010, Said Bouamama est le coauteur du livre Nique la France – Devoir d’insolence avec Saïddou membre du groupe de hip-hop Z.E.P. - Zone d'expression populaire[14]. À la suite d'une plainte de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF), Said Bouamama est mis en examen en octobre 2012 pour «injures publiques envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion» [15].

Depuis le mois de novembre 2012, plus d'une dizaine de comités locaux à travers toute la France se sont mobilisés dans le cadre de la Campagne Devoir d'insolence Anti-raciste [16] en soutien à Saïd Bouamama et Saiddou [17] de Zone d'Expression Populaire contre les accusations de "racisme", pour dénoncer l'usage de la notion de "racisme anti-Blanc" par l'extrême droite, et enfin pour lancer une mobilisation nationale anti-raciste pour empêcher les violences racistes, physiques ou institutionnelles, contre les immigrés des anciennes colonies françaises, les Roms, etc.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations, des femmes de Blanc-Mesnil avec Saïd Bouamama & Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013.
  • Dictionnaire des dominations de sexe, de race, de classe, Collectif Manouchian : Saïd Bouamama, Jessy Cormont, Yvon Fotia, Édition Syllepse, 2012.
  • Les luttes du comité des sans papiers 59 : analyse de sa littérature militante. Tome 2 : 2001-2005, Saïd Bouamama (dir.), Laurène Bricout, Jessy Cormont, Yvon Fotia, Saïd Kebouchi, Dominique Lambert, Eva Lumanisha, Nadia Malmi, Rabah Moussouni, Armand Nwatshock, Béatrice Thellier, Brigitte Vandeweghe, Élodie Vandeweghe, le CSP 59, IDM, le Collectif Afrique, Darna Édition, Roubaix, 2011.
  • Les discriminations racistes : une arme de division massive, Préface de Christine Delphy, Paris, L'Harmattan, 2010.
  • Histoire de l’Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais. De la tête baissée à la conquête de la dignité, Saïd Bouamama et Jessy Cormont, Dechy, Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais (A.M.M.N.), 2010.
  • « Les quartiers populaires de type grand ensemble : des gentils “beurs” à la méchante “racaille” », dans Culture et Société, no 15, Banlieue, quartier, ghetto, zone, cité…, juillet 2010.
  • Les luttes du comité des sans-papiers 59 : analyse de sa littérature militante. Tome 1 : 1996-2000, Saïd Bouamama (dir.) et Laurène Bricout, Jessy Cormont, Adramé Diagne, Yvon Fotia, Saïd Kebouchi, Dominique Lambert, Eva Lumanisha, Nadia Malmi, Rabah Moussouni, Vincent Musungu, Armand Nwatshock, Albert Nyanguile, Jacques Tetka, Béatrice Thellier, Brigitte Vandeweghe, Élodie Vandeweghe, le CSP 59, IDM, le Collectif Afrique, Roubaix, Darna Édition, septembre 2010.
  • Les discriminations multifactorielles, genre/« race »/classe. Repères pour comprendre et agir, Saïd Bouamama, Jessy Cormont et Yvon Fotia, Paris, Acsé, juin 2010.
  • Nique la France. Devoir d’insolence, avec ZEP, Textes du livre-album de ZEP (Zone d’Expression Populaire), Roubaix, Darna Éditions, juin 2010.
  • Les classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination, Paris, Éditions du Cygne, Collection recto-verso, 2009.
  • Lutter contre les discriminations liées à l’origine. Une boîte à agir pour les centres sociaux, Saïd Bouamama et Jessy Cormont, Lille, IFAR, UR Centre sociaux NPdC, ACSE, juin 2009.
  • Du bled aux corons, un rêve trahi. Logement et mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais, Saïd Bouamama et Jessy Cormont, Dechy, Association des mineurs marocains du Nord-Pas-de-Calais, 2008.
  • La république à l'école des sans papiers. Trajectoires et devenir des sans-papiers régularisés, Saïd Bouamama (dir.), Violaine Bouyer, Fatiha Chalali, Jessy Cormont, Adrame Diagne, Yvon Fotia, Dominique Lambert-Tilmont, Eva Lumanisha, Roseline Sestacq, Béatrice Thellier, pour le Comité des sans-papiers du Nord (CSP 59), Immigration et Droits des Migrants (IDM), et le Collectif Afrique (CA), Paris, L’Harmattan, 2008.
  • La France. Autopsie d’un mythe national, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2008.
  • L’éducation populaire à l’épreuve de la jeunesse, Saïd Bouamama, Jessy Cormont et Yvon Fotia, FRMJC NPC, IFAR, Lille, Le Geai Bleu, 2008.
  • Prostitution et Mondialisation. Mondialisation des origines, hétérogénéité des parcours et processus identitaires, Saïd Bouamama (dir.), Jessy Cormont, et Yvon Fotia, IFAR, Amicale du Nid, Altair, RAIH, Paris, Amicale du Nid, 2007.
  • L’accès au droit des étrangers dans le département du Nord, analyse et préconisation, Saïd Bouamama (dir.), Jessy Cormont, Yvon Fotia, Olivier Gaignard, et Mickaël Plumecoq, Lille, IFAR, Comité départemental de l’accès au droit du Nord et le tribunal de grande instance de Lille et l'ACSÉ Nord-Pas-de-Calais, 2007.
  • Les Centres Sociaux à l’épreuve de l’égalité. « Mémoire d’une expérience de lutte contre les discriminations racistes », Saïd Bouamama (dir.), Jessy Cormont, Yvon Fotia et Olivier Gaignard, IFAR, Lille, Fédération des CS du Nord, 2007.
  • Les clients de la prostitution, l’enquête, avec Claudine Legardinier, Paris, Presses de la Renaissance, 2006.
  • L’affaire du foulard islamique : production d’un racisme respectable, Roubaix, Le Geai bleu, 2004.
  • Algérie, les racines de l’intégrisme, Bruxelles, EPO, 2000.
  • J’y suis, j’y vote. La lutte pour les droits politiques aux résidents étrangers, Paris, Esprit Frappeur, 2000.
  • Contribution à la mémoire des banlieues, Paris, Édition du Volga, 1994.
  • Dix ans de marche des beurs, chronique d’un mouvement avorté, Paris, Desclée de Brouwer, 1994.
  • De la galère à la citoyenneté. Les jeunes, la cité, la société, Paris, Desclée de Brouwer, 1993.
  • La citoyenneté dans tous ses états, de l’immigration à la nouvelle citoyenneté, avec Albano Cordeiro et Michel Roux, Paris, L’Harmattan, 1992.
  • Vers une nouvelle citoyenneté. Crise de la pensée laïque, Lille, La Boîte de Pandore, 1991.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Alcide Carton, « Saïd Bouamama – Bibliographie », Citoyenneté et immigration. AD-PEP-62, 30 mars 2009.
  2. (présentation en ligne)
  3. a et b « La nébuleuse Dieudonné », Libération, 10 novembre 2005.
  4. « Oui au foulard à l'école laïque », Libération, 20 mai 2003.
  5. « La stigmatisation des quartiers populaires empêche toute critique sociale », Rouge Midi, 5 octobre 2009.
  6. Pour lui, bien que la "race" n'existe pas scientifiquement, elle est socialement construite par le système de discrimination raciste. Cf. l'article "Race" dans : Collectif Manouchian, « Glossaire critique des notions liées aux discriminations racistes », in, Les Figures de la Domination [En ligne], mis en ligne le : 01/03/2010, URL : http://lesfiguresdeladomination.org/index.php?id=288.
  7. Cf. sa bibliographie ci-dessous.
  8. cf. La crème des Beurs : de l'immigration à l'intégration, Seuil, 2004, p.303. Lui récuse les deux qualificatifs puisque, d'une part, il fait référence dans ses travaux à la théorie marxiste comme à d'autres théories sociologiques. Le marxiste étant le ferment de l'émergence du parti communiste dans notre pays, qui est considéré en France comme un parti de gauche : cf. l'article de Wikipédia Parti communiste français. L'étiquette d'extrême-gauche étant d'abord et avant tout une tentative de disqualification des postures d'opposition à gauche en France (en témoigne par exemple la machine médiatique montée par la droite française à travers l'épisode de l'"affaire de Tarnac" et "l'utra-gauche" : cf. l'article du médiologue François-Bernard Huyghe sur [1]. D'autre part, puisque le nationalisme est un concept intégré dans l'approche marxiste, il ne s'oppose pas lui-même au nationalisme et n'est donc pas ce qu’on peut appeler un « anti-nationaliste ». Mais il s'oppose par contre au chauvinisme qui est pour lui une perversion du nationalisme, et un des marqueurs du racisme systémique à la française. Cf. l'article Nationalisme dans : Collectif Manouchian, « Glossaire critique des notions liées aux discriminations racistes », in, Les Figures de la Domination [En ligne], mis en ligne le : 01/03/2010, URL : [travail inédit ?] [2]
  9. Le Monde, 13 mars 2007 ; pétition nommée : « Statistiques contre discriminations. Pour combattre les inégalités “ethniques”, les chercheurs ont besoin d’instruments de mesure fiables »
  10. Cf. l'interview qu'il donne à la revue Contresens en 2007 et également l'ouvrage Dix ans de marche des beurs, chronique d’un mouvement avorté, Paris, Desclée de Brouwer, 1994. Il a ainsi contribué à la création des associations Mémoire fertile, Texture, Mouvement autonome de l'Immigration, etc.
  11. Cf. Abdelmalek Sayad, « Le mode de génération des générations immigrées », Migrants-formation, no 98, septembre 1994, p. 11 et 12 et Saïd Bouamama, « De la visibilisation à la suspicion : la fabrique républicaine d’une politisation », dans Les Figures de l'immigration, mars 2010.
  12. Voir par exemple La France. Autopsie d'un mythe national, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2008 ou encore Les discriminations racistes. Production systémique et masques idéologiques, Paris, L'Harmattan, à paraître en 2011.
  13. tribune contre le texte du Mrap
  14. [3]
  15. Saïd Bouamama, mis en examen pour racisme anti-blanc : « pourquoi Michel peut-il dire qu’il n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ? », Daily Nord, 17 octobre 2012.
  16. [4]
  17. [5]

Liens externes[modifier | modifier le code]