Pim Fortuyn

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Pim Fortuyn (4 mai 2002)

Wilhelmus Simon Petrus Fortuijn, plus connu sous le nom de Pim Fortuyn (ˈpɪm fɔrˈtœyn), est un homme politique néerlandais, né le à Velsen (Hollande-Septentrionale, Pays-Bas) et assassiné le à Hilversum (même province) par un écologiste radical, qui, comme il l'a déclaré à son procès en 2003, le faisait pour l'empêcher d'« exploiter les musulmans comme boucs émissaires »[1],[2],[3],[4].

Il est inhumé en Italie à San Giorgio della Richinvelda.

Pim Fortuyn avait étudié la sociologie à l'université d'Amsterdam et devint plus tard maître-assistant en sociologie à l'université de Groningue et à l'Université Érasme de Rotterdam.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Pim Fortuyn (par Jean Thomassen)

Le parcours politique de Fortuyn fut relativement atypique. Il fut membre du parti socialiste néerlandais, et tenta en vain d'adhérer au parti communiste néerlandais. À la fin de sa vie, il fonda un mouvement populiste qui est qualifié d'extrême droite par certains, étiquette que lui-même récusait formellement.

Les positions politiques qu'il prit à la fin de sa vie furent marquées par son hostilité à l'islam et à l'immigration non-européenne aux Pays-Bas. Il basait son discours sur l'argument des différences culturelles et de l'absence de volonté d'assimilation de la part de nombreux immigrants, mais il n'a jamais évoqué de critères de race. De ce fait, Pim Fortuyn répéta à de nombreuses reprises qu'il n'avait rien de commun avec des partis habituellement classés à l'extrême droite tels que le FPÖ en Autriche, le Front national en France ou encore le Vlaams Blok (actuel Vlaams Belang) en Flandre[5]. Il consentait tout juste à se reconnaître comme nationaliste.

Son homosexualité affichée contribuait en outre à le tenir éloigné de nombreux partis connus pour leur défense des « valeurs familiales ».

Le , il fut élu lors des élections législatives de 2002, en tant que tête de liste pour le parti Leefbaar Nederland, nouvellement formé.

Le , il déclarait au journal néerlandais De Volkskrant que seize millions d'habitants aux Pays-Bas était un chiffre de population suffisamment élevé, et qu'accepter chaque année l'accueil de 40 000 demandeurs d'asile dans le pays était une politique qui devait cesser. Il dit en outre qu'à ses yeux, l'article 7 de la constitution, qui garantit la liberté de parole, était plus important que l'article premier, qui s'oppose à toute discrimination. Il prit soin, à cette occasion, de prendre ses distances avec les positions exprimées dans les années 1980 par le Centrumpartij, qui prônait alors le départ des étrangers du pays, tandis que lui-même estimait que dès l'instant où ceux-ci étaient suffisamment intégrés, la question de leur présence ne se posait plus.

En dépit de ces précautions oratoires, le Leefbaar Nederland déclara qu'il refuserait désormais de le faire figurer sur ses listes.

Prenant acte de ce rejet, Pim Fortuyn, dès le , fonda son propre parti en vue des élections législatives, la Liste Pim Fortuyn (Lijst Pim Fortuyn, LPF), mouvement que rejoignirent rapidement de nombreux membres et sympathisants du Leefbaar Nederland.

La section de Rotterdam du Leefbaar Nederland fit sécession et garda Pim Fortuyn comme leader. En mars 2002, elle remporta 36 % des sièges à Rotterdam lors d'élections pour le conseil de district, devenant ainsi le premier parti de la ville après trente ans de domination du parti social-démocrate, renvoyant celui-ci dans l'opposition.

Son assassinat[modifier | modifier le code]

Le , neuf jours avant les élections générales, Pim Fortuyn fut assassiné par Volkert van der Graaf, activiste d'extrême gauche, militant de la cause animale, alors qu'il sortait des studios d'une station de radio à laquelle il venait d'accorder un entretien dans le cadre de la campagne électorale. Selon van der Graaf lui-même, il a commis cet assassinat pour « protéger les musulmans », que Fortuyn aurait « désignés comme boucs émissaires » et parce qu'il « visait les groupes les plus vulnérables » pour « en tirer parti »[1],[2],[4].

Monument à l'effigie de Pim Fortuyn à Rotterdam

Cet assassinat causa une vive émotion dans les Pays-Bas tout entier, la reine Beatrix elle-même faisant part de sa consternation. Peut-être partiellement influencé par l'émotion causée par cet assassinat, le peuple néerlandais accorda 1 614 801 voix à la LPF, ce qui permit l'élection de vingt-six députés à la chambre basse du Parlement (soit 17 % des cent cinquante sièges de l'assemblée). La LPF devint ainsi le second parti néerlandais[6].

Bien qu'intégrée à la coalition gouvernementale de Jan Peter Balkenende, le nouveau Premier ministre chrétien-démocrate, la Liste Pim Fortuyn, privée de son chef, entra rapidement dans une période de turbulences qui aboutit quelques mois plus tard à la dissolution de la chambre basse. Lors des élections de janvier 2003, le parti subit un fort reflux électoral et ne recueillit plus que 549 975 voix (5,7 %) et huit sièges, passant de la deuxième à la cinquième place, et rejoignant ainsi l'opposition[7]. Sa chute électorale continua, lors des élections de novembre 2006, avec plus aucun député élu à la 2e chambre du parlement. Au mois d'août 2007, a été prise la décision de liquider la LPF à la fin de l'année 2007.

En 2007 est sorti un livre d'Ine Veen, Meurtre au nom de la couronne, faisant état d'un rapport de police évoquant un second tireur lors de l'assassinat. L'auteur souligne le rôle des services spéciaux néerlandais et désigne le commanditaire : la famille royale néerlandaise[8].

Publications en langue néerlandaise[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Culture Shock, James Graaf/Rotterdam, Time Magazine, 13-5-2002 (lu le 6-12-8):
    A principled vegan who once told an interviewer he couldn't abide the cruelty of baiting a fishhook
  2. a et b (en) Fortuyn killed 'to protect Muslims', The Daily Telegraph, 28-3-2003 (lu le 6-12-8):
    [van der Graaf] said his goal was to stop Mr Fortuyn exploiting Muslims as "scapegoats" and targeting "the weak parts of society to score points" to try to gain political power.
  3. (en) Fortuyn killer 'acted for Muslims', CNN, 27-3-2003 (lu le 6-12-8):
    Van der Graaf, 33, said during his first court appearance in Amsterdam on Thursday that Fortuyn was using "the weakest parts of society to score points" and gain political power.
  4. a et b (en) Jihad Vegan, Dr Janet Parker, New Criminologist, 20-6-2005 (lu le 6-12-8)
    The recent brutal murders of a prominent Dutch politician who was destined to be Prime Minister (Pim Fortyun) and a controversial film director (Van Gogh), have led the Dutch Intelligence Service to consider the tortuous connections between the Radical Animal Rights Movement, Radical Islamic Terrorists and Organized Crime.
  5. (en) Sommaire du BBC, lu le 12-7-7 (news.bbc.co.uk)
  6. Elections Législatives 2002 Fondation Robert Schuman (www.robert-schuman.eu)
  7. Elections Législatives 2003 Fondation Robert Schuman, lu le 12-7-7
  8. * Veen, Ine, Moord namens de 'Kroon' [meurtre au nom de la couronne] Het ultieme leven van Pim Fortuyn, Aspekt, 2007, (ISBN 9789059115545).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pels, Dick, De geest van Pim, Het gedachtegoed van een politieke dandy (Amsterdam 2003).
  • Wansink, Hans, De erfenis van Pim Fortuyn. De Nederlandse democratie na de opstand van de kiezers (Amsterdam 2004).
  • Herwaarden, Clemens van, Fortuyn, Chaos en Charisma (Amsterdam 2005) over Fortuyn als charismatisch politicus
  • Veen, Ine, Moord namens de 'Kroon' [meurtre au nom de la couronne] Het ultieme leven van Pim Fortuyn, Aspekt, 2007, (ISBN 9789059115545).

Liens externes néerlandais[modifier | modifier le code]