Musique islamique

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La musique islamique est la musique religieuse musulmane, chantée ou jouée en public ou en privé.

La musique islamique est issue d'une vaste région géographique qui s'étend de l'Asie centrale à l'Atlantique constituent les branches d'une même famille musicale ayant pris naissance dans les foyers culturels du Proche-Orient et du Moyen-Orient[1]. L'Afrique sub-saharienne et les Philippines méridionales possèdent aussi d'importantes communautés musulmanes, mais ces zones ont moins d'influence sur la musique islamique.

Toutes ces régions étaient reliées par le commerce bien avant les conquêtes islamiques du XIe siècle et il est probable que les styles musicaux aient, tout comme les marchandises, traversé les frontières. Comme l'Islam est une religion multiculturelle, l'expression musicale de ses adhérents est différente et variée. Les modèles musicaux indigènes de ces pays ont formé peu à peu une musique dévotionnelle appréciée par les musulmans contemporains.

L'attitude des branches sunnites et chiites diffère à l'égard de la musique. La première affiche une interdiction mais une grande tolérance dans les faits, la seconde au contraire favorise la musique mais l'interdit dans les fait. Cette attitude contradictoire provient de l'influence exercée par les confréries soufies, souvent adeptes de rituels liés à la musique (dhikr et sama')

Certains musulmans pensent que seul le chant est permis/licite (halal), et que les instruments sont interdits (haram). Ainsi, il existe une forte tradition de chant a cappella emprunt de Mélisme.

Il n'y a pas une musique islamique mais plusieurs selon les traditions des pays d'adoption. La musique arabe classique n'est pas identique à la musique islamique car elle est profane. De plus, les Turcs Seldjoukides, une tribu nomade convertie à l'Islam, ayant conquis l'Anatolie (actuelle Turquie), et instauré le Califat (formant ainsi l'Empire ottoman), ont également eu une forte influence sur elle mais la musique ottomane est elle aussi profane. Il en va de même pour la musique persane, par contre, on y retrouve les mêmes modes (Maqâm ou Dastgah). En dépit de ses multiples apparences, cette musique, qui appartient à la tradition orale, présente certaines caractéristiques communes, surtout dans l'art de la musique savante de l’Islam ; cela est moins évident dans les musiques ethniques, où les particularités régionales sont marquées. Cet art revêt des réalités esthétiques voire ethnomusicologiques variées marquée par le thème unificateur de l’Islam, lequel s’est principalement exprimé en langue arabe[2].

Sama'

Cantillation[modifier | modifier le code]

La récitation du Coran se fait sous forme de cantillation ; de même l'appel à la prière est un chant délimité par des règles précises.

Hamd, nasheeds et na't[modifier | modifier le code]

Les hamd, les nasheeds et les na't sont des poèmes dévotionnels de l’Islam officiel. Le na't kwani est un chant a cappella accompagnant la cantillation du Coran ; on y exprime l'amour d'Allah, notamment au sein du hamd-o-sanna accompagné de percussions.

Musique soufie[modifier | modifier le code]

De nombreuses confréries conservent au sein de leurs pratiques des éléments anté ou non islamiques. Les instruments jouent parfois un rôle majeurs comme au Kurdistan turc ou iranien. La musique kurde est aussi en partie dédiée à ces pratiques. Le djem de l'alévisme tourne autour du saz ou tambûr sacré. Le daf est aussi sacré chez les Kurdes.

Chez les soufis, la transe a une grande place dans la recherche spirituelle. Celle-ci s'obtient souvent par la musique et les soufis ont créé des cérémonies associant la musique à leur quête de spiritualité. Une pratique que l'on retrouve dans tout le monde musulman avec des variantes nationales, régionales ou locales.

Le dikr (littéralement : évocation) est une prière où le nom d'Allah est répété inlassablement jusqu'à prendre possession du corps et de l'esprit, amenant la plupart des présents à l'assemblée dans un état de transe totale sous la direction d'un maître spirituel auquel s'adjoignent les chanteurs. Dans les zaouïas du Sud-Ouest algérien, les mouridines de la tariqa (voie) kerzazia, s'adonnent jusqu'à ce jour à la pratique de ce rituel, destiné à l'origine à l'apprentissage par cœur du Coran et des hadiths. Lors des séances de dikr, les prières sont chantées et reprises en chœur par les participants, avant de se voir accompagnée très vite par un mouvement du buste d'avant en arrière. Ce mouvement introductif en balancier amène une scansion dans le chant jusqu'à susciter l'état de transe.

Qawwali[modifier | modifier le code]

Qawwali

Le qawwali (ourdou: قوٌالی) est la musique dévotionnelle de la confrérie soufie des Chishtis en Inde et au Pakistan. Remontant au XIIIe siècle, cette tradition se rencontre autour des sanctuaires du soufisme depuis sa réforme par Amir Khusrau. C'est une musique de transe (wajad) joyeuse en quête d'union divine exécutée avec des percussions et des harmoniums. Il ne s'agit pas d'une simple musique à écouter, mais d'un évènement mystique auquel on participe en prenant part au mehfil-e-sama (« concert spirituel »), qui est son nom complet reprenant la tradition soufie de Rumi (sama').

Qâl[modifier | modifier le code]

Le qâl ou qâul (« parole » qui a donné qawwali) est un genre poétique mystique basé sur un tarânâ et servant souvent d'introduction. C'est Amir Khusrau qui l'a formulé. Il fait office de profession de foi au Pakistan.

Derviches

Sama'[modifier | modifier le code]

Le sama' est un concert spirituel de l'ordre des Mevlevis turcs. C'est une cérémonie de prière avec musique et des danses mystiques en présence d'un petit orchestre. Les adeptes accèdent à l'état d'extase grâce aux sons de la musique pratiquée au moyen d'une flûte oblique et d'un tambour. Durant le sama, la séance est dirigée par un maître spirituel qui est le cheikh des adeptes. Les présents, qui écoutent la musique, les psalmodies et les chants, se laissent peu à peu envahir par la transe.

Cem et deyiş[modifier | modifier le code]

Le cem est un rituel lié à l'alévisme turc faisant usage notamment du luth saz lors des chants deyiş.

Sûfyâna kâlam[modifier | modifier le code]

Le sûfyâna kâlam ou arifâna kâlam est un genre de musique dévotionnelle soufie accompagné de cordophones. Arrivé d’Iran au XVe siècle, c'est un genre assez populaire désormais au Cachemire. Il use volontiers de tarânâ, un type de chant inspiré des syllabes mnémotechniques (bols) utilisées dans les percussions.

Kâfi[modifier | modifier le code]

Les kâfi sont des chants religieux chishtis basés sur des mélodies populaires et non des râgas. C'est une composante folklorique du Pakistan et de l'Inde.

Mappila Pattu[modifier | modifier le code]

Les mappila pattu sont des chants dévotionnels de la communauté malabare du Kerala, en Inde du sud.

Lila[modifier | modifier le code]

Le lila (aussi appelé derdebba, hadra et sadaqa) est une cérémonie de transe des confréries soufies Aïssaouas et Gnaouas du Maroc où la musique joue un rôle estimable. Ce rituel porte divers noms : stambali (Tunisie), zâr (Égypte, Yémen), diwane (Algérie).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. beaucoup de régions culturelles ont quasiment des identités propres, eu égard des origines ethniques et tribales des communautés qui les peuplent : Mongols, arabes, grecs, slaves, ...en Turquie ; Indiens, ariens, turcs, chinois, russes, arabes... en Iran ; Turcs, Persans, Espagnols, Noir africains, Berbères,...
  2. La musique arabe, PUF (collection Que sais-je), 1971 ; extrait de l’introduction.