Salman Rushdie

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Salman Rushdie

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Salman Rushdie lors d'un déjeuner en l'honneur d'Amos Oz à Manhattan, en 2008

Nom de naissance Ahmed Salman Rushdie
Activités Écrivain
Naissance 19 juin 1947 (67 ans)
Bombay, Maharashtra, Drapeau de l'Inde Inde
Langue d'écriture Anglais britannique
Genres Roman
Distinctions Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres

Œuvres principales

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d'origine indienne, né à Bombay le 19 juin 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique. Objet d'une fatwa de l'ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l'ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d'expression et contre l'obscurantisme religieux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Salman Fredich Rushdie quitte son pays à l'âge de quatorze ans pour vivre au Royaume-Uni. Il y étudie à la Rugby School puis à King's College. Sa langue maternelle est l'ourdou mais la majeure partie de son œuvre est écrite en anglais.

Sa carrière d'écrivain débute avec Grimus (en), un conte fantastique, en partie de science-fiction qui passera inaperçu de la critique littéraire.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight's Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années.

Après ce succès, Rushdie écrit un roman, La Honte (Shame), dans lequel il décrit l'agitation politique au Pakistan et dont les personnages sont inspirés de Zulfikar Alî Bhutto et du général Muhammad Zia-ul-Haq.

En 1988, la publication des Versets sataniques soulève une vague d'émotion dans le monde musulman.

En novembre 1993, à la suite d'une vague d'assassinats d'écrivains en Algérie, il fait partie des fondateurs du Parlement international des écrivains (International Parliament of Writers), une organisation consacrée à la protection de la liberté d'expression des écrivains dans le monde. L'organisation est dissoute en 2003 et remplacée par l'International Cities of Refuge (ICORN).

En 2004, il se marie (pour la quatrième fois) avec le mannequin et actrice indienne Padma Lakshmi. Trois ans plus tard, Salman Rushdie et Padma Lakshmi divorcent.

Salman Rushdie s'oppose au projet du gouvernement britannique d'introduire en droit le crime de haine raciale et religieuse, ce qu'il a exposé dans sa contribution La libre expression n'est pas une offense, un recueil d'essais publié par Penguin en novembre 2005.

En juin 2010, il figure, avec Isabelle Adjani, Paul Auster, Isabelle Huppert, Milan Kundera, Mathilde Seigner, Jean-Pierre Thiollet, Danièle Thompson et Henri Tisot, parmi les signataires de la pétition en soutien à Roman Polanski lancée au lendemain de l'arrestation du cinéaste en Suisse[1].


Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Rushdie est très influencé par la littérature moderne. Les Enfants de minuit emprunte des thèmes du roman Le Tambour de Günter Grass, dont Rushdie déclare qu'il a inspiré sa volonté de devenir écrivain. Le roman Les Versets sataniques est aussi clairement influencé par le roman classique russe Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.

L'Inde et le Pakistan sont les thèmes respectivement des Enfants de minuit et de La Honte. Dans ses œuvres suivantes, Rushdie s'est tourné vers le monde occidental avec Le Dernier Soupir du Maure (en) (The Moor's Last Sigh), explorant les liens culturels et commerciaux entre l'Inde et la péninsule Ibérique, et La Terre sous ses pieds (en) (The Ground Beneath Her Feet), œuvre dans laquelle est décrite l'influence du rock 'n' roll américain sur l'Inde.

L'affaire des Versets sataniques[modifier | modifier le code]

Salman Rushdie (3 octobre 2006)

La publication des Versets sataniques en septembre 1988 déclenche immédiatement une vive réaction dans la communauté musulmane en raison de sa description jugée irrévérencieuse du prophète de l'islam Mahomet. Le livre décrit un prophète de Dieu nommé « Mahound » qui mélange des « vers sataniques avec le divin ». L’Inde bannit le livre dès le 5 octobre, imitée par l’Afrique du Sud le 24 novembre, puis par le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Somalie, le Bangladesh, le Soudan, la Tunisie, la Malaisie, l’Indonésie et le Qatar les semaines suivantes. Le 14 janvier 1989 le roman est l'objet d’un autodafé à Bradford au Royaume-Uni. Le 12 février, cinq personnes sont tuées par la police pendant une manifestation à Islamabad contre l'ouvrage.

Le 14 février 1989, une fatwa réclamant l’exécution de Rushdie est émise sur Radio Téhéran par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, guide de la révolution de l’Iran dénonçant le livre comme « blasphématoire » envers l’islam. Comme le roman suggère que Rushdie ne croit plus en l’islam, Khomeini le condamne aussi pour apostasie, ce qui, selon l'interprétation actuelle majoritaire d'un hadith, est passible de mort. Khomeini précise que c’est désormais la responsabilité de tout musulman d’exécuter Rushdie et ses éditeurs :

« Au nom de Dieu tout puissant. Il n'y a qu'un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l'auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l'Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l'ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J'appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu'ils les trouvent, afin que personne n'insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C'est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l'auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l'exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu'il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. »

— Rouhollah Musavi Khomeini

À la suite de cette déclaration, une récompense est offerte pour la mort de Rushdie, qui est contraint de vivre dès lors sous une protection financée par les autorités britanniques. En 1998, le gouvernement iranien déclare qu'il n'entreprendrait rien pour faire appliquer la fatwa, mais qu'elle ne pouvait être annulée selon la loi islamique[2].

Le 24 février, cinq personnes ont été tuées par la police lors d'une manifestation devant le consulat britannique à Bombay. Plusieurs autres personnes sont mortes en Égypte et ailleurs. Des communautés musulmanes organisèrent des autodafés publics.

Des violences ont été commises à travers le monde :

  • attentats contre des librairies à l’université de Californie à Berkeley qui proposait le roman et contre les bureaux de Riverdale Press, un hebdomadaire du Bronx, en réponse à un éditorial qui défendait le droit de lire le livre.
  • Le 11 juillet 1991, le traducteur japonais de Rushdie Hitoshi Igarashi est poignardé à mort à l'université de Tsukuba, province d'Ibaraki, où il enseignait ; son traducteur italien a été poignardé à Milan quelques jours plus tôt.
  • En 1993, à Oslo, l'éditeur norvégien de Rushdie, William Nygaard, survécut de justesse à plusieurs coups de feu.
  • Trente-sept personnes sont mortes lorsque leur hôtel à Sivas en Turquie a été incendié par des manifestants contre Aziz Nesin, le traducteur turc de Rushdie.

Le musicien pop Yussuf Islam (Cat Stevens) déclara être lui-même opposé aux écrits de l'écrivain et ne montrer aucune opposition à la fatwa. La controverse soulevée par cette déclaration le poussa à préciser dans un communiqué qu'il n'encourageait pas personnellement l'application de la fatwa (appelant à l'assassinat de Salman Rushdie).

Après la mort de Khomeini en 1989, Rushdie a publié un essai en 1990, De bonne foi en signe d’apaisement et a publié des excuses dans lesquelles il a réaffirmé son respect pour l’islam.

En 1999, l'État iranien a annoncé qu'il renonçait à appliquer la fatwa, ce qui n'empêche pas l'ayatollah Hassan Saneii, à la tête de la fondation du 15 de Khordad (bonyad-e punzdah-e khordad, soumise à l'autorité du guide de la révolution de l'Iran), de lancer régulièrement des annonces de primes pour la mort de Rushdie. Ainsi, déclare-t-il en 2003 qu'il augmentait la récompense de 2,8 millions de dollars US à 3 millions de dollars US[2]. Le même groupe déclare le 14 février 2006 par communiqué de presse que « La fatwa de l'imam Khomeiny à propos de l'apostasie de Salman Rushdie restera en vigueur éternellement ». En septembre 2012, Il porte la récompense pour le meurtre de Salman Rushdie à 3,3 millions de dollars US[3].

En juin 2007, Salman Rushdie a reçu le titre de chevalier par la reine d'Angleterre. Cette distinction a provoqué la colère du Pakistan. Une résolution a été votée par le Parlement pakistanais exigeant le retrait de ce titre. Le ministre des Affaires étrangères, Ijaz Ul-Haq, estime que cette décoration pourrait justifier des attentats-suicide. Ces protestations officielles ont été accompagnées de manifestations au Pakistan où des effigies de la reine Élisabeth II et de Salman Rushdie ont été brûlées. L'Iran a également condamné cette distinction et des voix politiques et religieuses ont rappelé que la fatwa contre l'écrivain était toujours en vigueur. D'autres réactions ont eu lieu en Égypte, en Malaisie, en Afghanistan et en Inde.

Réactions[modifier | modifier le code]

L'attaque contre la liberté de l'artiste d'une part, et contre la liberté d'expression d'autre part, ont suscité une émotion considérable dans le monde, dans les pays laïcs en particulier, et nombre de personnalités et d'auteurs, tels que Milan Kundera[4] ont pris la défense de l'écrivain et du libre-penseur.

International Gorillay[modifier | modifier le code]

En 1990, peu après la parution de ses Versets sataniques, sort un film pakistanais intitulé International Gorillay, dans lequel Rushdie est dépeint comme un comploteur désireux de causer la chute du Pakistan en ouvrant une chaîne de casinos et de boîtes de nuit dans le pays. Le film fut populaire auprès des spectateurs pakistanais, et il « présente Rushdie comme une sorte de Rambo poursuivi par quatre guerilleros pakistanais »[5]. La British Board of Film Classification refusa de délivrer au film un certificat[6], entraînant de fait une interdiction du film en Grande-Bretagne. Cependant, deux mois plus tard, Rushdie écrivit lui-même à l'organisme, déclarant que bien qu'il pense que le film soit « une bêtise incompétente et fausse », il ne porterait pas plainte si celui-ci sortait[6]. Il déclara par la suite que « si le film avait été interdit, il serait devenu la dernière vidéo à la mode en ville : tout le monde l'aurait vu[6]. ». Bien que le film ait été un succès au Pakistan, il passa inaperçu en Occident[6]. Rushdie déclara qu'il y avait une partie du film réellement drôle, celle où son personnage torture un combattant pakistanais en lui lisant des extraits de son livre Les Versets sataniques.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Salman Rushdie a reçu de nombreuses distinctions dont le prix littéraire de l'Union européenne. Il est aussi membre de la Royal Society of Literature et commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres. Rushdie est président du PEN American Center. Son livre Shalimar le Clown, publié en septembre 2005, a été finaliste pour le Whitbread Book Awards.

Le 24 septembre 1999, il a reçu les insignes de docteur honoris causa de l'Université de Liège[7].

Il a été anobli le 16 juin 2007 par la reine du Royaume-Uni, Élisabeth II.

En 2013, il reçoit le prix du meilleur scénario adapté pour Midnight's Children aux Prix Écrans canadiens.

Filmographie[modifier | modifier le code]

En tant qu'acteur[modifier | modifier le code]

En tant que scénariste[modifier | modifier le code]

En tant que producteur[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Polanski : la pétition - La règle du jeu
  2. a et b (en) James Hamilton, « Revived fatwa puts $3m bounty on Rushdie », Sunday Herald, 16/02/2003
  3. « La prime iranienne pour tuer Salman Rushdie portée à 3,3 millions de dollars », sur lemonde.fr,‎ 16 septembre 2012 (consulté le 18 septembre 2012)
  4. « Le jour où Panurge ne fera plus rire », revue L’infini, Gallimard.
  5. (en) Joseph Bernard Tamney, The Resilience of Conservative Religion: The Case of Popular, Conservative Protestant Congregations, The Press Syndicate of the University of Cambridge, Cambridge, 2002.
  6. a, b, c et d International Guerrillas and Criminal Libel, Screenonline.
  7. http://www.ulg.ac.be/cms/c_30009/fr/ra1999-seance-de-rentree-academique-1999-2000

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Grimus (science-fiction) (1975)
  • Les Enfants de minuit (Midnight's Children) (1977, Booker Prize)
  • La Honte (Shame) (1983)
  • Le Sourire du Jaguar (essai) (The Jaguar Smile: A Nicaraguan Journey) (1987)
  • Les Versets sataniques (The Satanic Verses) (1988)
  • Haroun et la mer des Histoires (Haroun and the Sea of Stories) (1991)
  • Patries imaginaires (recueil de critiques) (Imaginary Homelands: Essays and Criticism, 1981-1991) (1992)
  • Est, Ouest (recueil de nouvelles) (East, West) (1994)
  • Le Dernier Soupir du Maure (The Moor's Last Sigh) (1995)
  • La Terre sous ses pieds (The Ground Beneath Her Feet) (1999), Plon, réédition Pocket, 2001
  • Furie (Fury) (2001)
  • Franchissez la ligne (Step Across This Line: Collected Nonfiction 1992-2002) (2002)
  • Shalimar le Clown (Shalimar the Clown) (2005)
  • The prophet's hair, nouvelle.
  • L'Enchanteresse de Florence (The Enchantress of Florence) (2008, éditions Plon)
  • Lukas et le feu de la vie (Luka and the Fire of Life) (2010, éditions Plon)
  • Joseph Anton (le 20 septembre 2012, éditions Plon) (ISBN 2-259-21485-1)

À son propos[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]