Kaaba

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La Kaaba
Image illustrative de l'article Kaaba
Présentation
Nom local kaaba
Culte Islam
Type Mosquée
Géographie
Pays Arabie saoudite
Commune La Mecque
Coordonnées 21° 25′ 21″ N 39° 49′ 34″ E / 21.42251, 39.8262121° 25′ 21″ Nord 39° 49′ 34″ Est / 21.42251, 39.82621  

Géolocalisation sur la carte : Arabie saoudite

(Voir situation sur carte : Arabie saoudite)
La Kaaba

La Kaaba, Ka'ba ou Ka'aba est une grande construction cuboïde au sein de la masjid al-Haram (« La Mosquée sacrée») à La Mecque. Ses noms sont des transcriptions approximatives de l’arabe الكعبة (en transcription scientifique : al ka'ba) qui signifie le cube. C'est avant tout vers elle que les musulmans se tournent pour faire leurs prières quotidiennes (ainsi lorsqu'ils se trouvent à La Mecque les prières se concentrent vers la Ka'ba).
La symbolique de la Kaaba vide signifie qu'il ne peut y avoir d'objet d'adoration pour le croyant. Elle symbolise l'unité des musulmans qui adorent un Dieu unique, et représente le lieu vers lequel se dirige la prière. C'est autour de la Kaaba que les pèlerins effectuent les sept tours du tawaf, également appelé la circumambulation.
Il y aurait selon la tradition deux Kaaba distinctes, l'une terrestre pour les hommes et l'autre céleste pour les anges[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Période pré-islamique[modifier | modifier le code]

La Kaaba primitive apparaissait probablement au départ comme un simple enclos de pierres sans toit, édifié à proximité immédiate d'un point d'eau salvateur au fond d'une vallée sèche et non arborée[2], elle fut édifiée à une époque indéterminée. Rien ne signale La Mekke avant la cartographie de Claude Ptolémée au IIe siècle après J.-C. La consonance sémitique du nom est certaine : « lieu bas ». Il pourrait s'agir d'une fondation araméenne primitive [3]. Les hommes de l'Arabie déserte considéraient le bas-fond comme un lieu symbolique qu'il s'agisse de la sphère profane ou celle du sacré. Dans les creux de terrain se collectaient les eaux pluviales, principe fondamental de vie et de survie. Les clans de la partie basse de la ville, près des puits, constituaient l'assemblée tribale mala'. L'ensemble du territoire mekkois était strictement délimité par des pierres-bornes ansâb fichées en terre et qui existent toujours aujourd'hui[4].

La construction dans ce lieu insolite, la Bakka (autre nom de « La Mecque ») signalait manifestement déjà une intention cultuelle et confirmait son caractère d'espace sacré. « Le Temple béni » (Maison sacrée, Maison sainte, Sainte-Demeure) est l’esplanade entourant la Kaaba. Elle faisait l'objet d'un culte immémorial et du plus important pèlerinage annuel de l'Arabie (Pèlerinage de la "Maison") qui se doublait par la foire de 'Ukâdh, d'après Jean-Luc Monneret.

D'après Alessandro de Maigret[5], La Mecque, la Macoraba de Ptolémée, se trouve à trois jours de marche plus à l’ouest des puits de Bi’r ‘Ân (ou Hâthin) puis ‘Ukâz - bien connue pour avoir été un centre majeur de réunion annuelle pour les tribus préislamiques venues débattre de questions commerciales, politiques ou sociales, mais aussi pour ses joutes de prose et de poésie.

La religion des tribus est le polydémonisme: on adore « dans le désert des pierres, des météorites, des arbres, des sources. Chaque objet sacré est entouré d'un haram, ou lieu de culte, objet de tabous religieux ».

La circumambulation se pratiquait avant l'Islam comme la plupart des rites du pèlerinage. On peut rapprocher ce rite de l'attitude des sept prêtres ayant en main les sept cors faisant pendant sept jours le tour de Jéricho. Voir : Le symbolisme du rite de la circumambulation dans le judaïsme et dans l'islam[6]. Chez les chrétiens, l'évêque fait sept fois le tour de l'autel pour le consacrer, toujours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Debout, incliné, prosterné sont aussi les attitudes que l'on retrouve dans les prières. Les pélerins païens dansaient et sifflaient durant le pèlerinage, (leur prière à la Maison n'était que sifflements et battements de mains - sourate 8, 35) pratiques non reprises par l'Islam. Le jeûne, les offrandes, la tête rasée, l'aumône sont des rites d'expiation qui existaient avant l'Islam. On trouve chez les Hébreux des pratiques identiques dans le naziréat. Les pèlerins arabes idolâtres accomplissaient certainement le rite autour de la Kaaba nus (sourate 7, 26). Les animaux amenés pour être immolés portaient des guirlandes au cou, soulignant ainsi le caractère sacré de ces bêtes (sourate 5, 97)[7].

Selon la tradition islamique (Sahih al-Bukhari 64.48.7), à l'avènement de l'islam, la Kaaba contenait déjà plus de 360 idoles (représentant probablement les jours de l'année[8]) dont les représentations de certains prophètes et de Marie ainsi que des pierres ou statues de divinités pré-islamiques. Les plus vénérées et les plus plébiscitées étant Hubbal, al-Lat, al-`Uzza et Manat[9],[10].

Dans ses Dissertations, au IIe siècle, Maxime de Tyr rapporte ses doutes en la matière : « les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l'objet sensible de leurs adorations, je l'ai vu, c'est une pierre quadrangulaire. »[11]

Vers 590, les fondations de la Kaaba furent gravement endommagées par des pluies torrentielles. Menaçant de s'effondrer, le sanctuaire dut être démoli et reconstruit par les Quraychites, la tribu dont est issu Mahomet (qui était alors âgé de 20 ans).

Période islamique[modifier | modifier le code]

La Kaaba remplissait son office en vertu de la tradition ancestrale et semblait tirer sa légitimité d'un autre lieu sacré (verset 1 de la sourate XVII). Rien n'autorise à penser que ce site sacré extérieur ait pu être reconnu comme Jérusalem.

C'est du fait du conflit entre Mahomet et les juifs locaux médinois que la Kaaba mekkoise est alors désignée comme direction de substitution. Dans le Coran II, 142-152, il n'y a aucune mention d'Abraham. Le Coran s'intéresse au pèlerinage mekkois en l'an 6 de l'hégire et pour des raisons politiques. L'abrahamisation de la Kaaba est une dépossession. Les juifs vaincus sont délégitimés au présent et au passé. Le "temple" coranique d'Abraham va donc à la fois annuler et remplacer celui des juifs, et faire disparaître leur "lieu de prosternation" (masdjid, selon Cor. XVII, 7)[12].

En 692, La Mecque est assiégée par Al-Ḥadjdjâdj ben Yûsuf, envoyé du calife omeyyade Abd al-Malik contre `Abdullah ibn az-Zubayr  ; la Kaaba aurait été incendiée ou détruite par catapultes[réf. nécessaire]. Il la reconstruit l'année suivante.

La pierre noire fut enlevée par les Qarmates en 930 et disparut pendant 21 ans.

En l'an 1040 de l’hégire/ 1630 grégorien: La Kaaba fut partiellement détruite par des pluies torrentielles tombées sur la Mecque durant le mois d'avril 1630. Le sultan ottoman Mourad IV a ordonné sa reconstruction sous la forme qui perdure jusqu'à nos jours.[réf. nécessaire]

Signification pour l'islam[modifier | modifier le code]

Période pré-islamique[modifier | modifier le code]

Selon le Coran, la Kaaba a été reconstruite par la main d'Abraham et de son fils Ismaël. D'autres traditions islamiques clament que la Kaaba a été construite la toute première fois par Adam lui-même et qu'il s'agissait du premier temple sur Terre[13].

Pour Tabari (Ta'rikh, I, 193-194), la Kaaba, pourtant situé dans un bas fond, échappe au Déluge (sourate LIV - Cor. VI, 6) ainsi que la pierre noire encastrée : la construction et la pierre noire sont "exhaussées au ciel".

Les musulmans pensent que pendant très longtemps, la Kaaba fut symbole du culte monothéiste d’Abraham dans la Péninsule Arabique, et qu'un jour des populations bédouines vinrent de toute l'Arabie y déposer les statues (asnam) de leurs idoles, auxquelles ils rendaient visite une fois par an lors d'un pèlerinage.

Dans la tradition musulmane[réf. nécessaire], la Kaaba fut détruite et reconstruite dix fois avant l'islam, deux fois ensuite.

Période islamique[modifier | modifier le code]

Prière face à la Kaaba à la Grande Mosquée.
La Kaaba vue de nuit.

Revenant dans sa ville natale en 630 (8 de l'hégire[14]), selon la tradition, Mahomet détruit les idoles de la Ka'ba. Les associateurs, les idolâtres ne peuvent plus accéder aux lieux saints : Dieu interdit le retour au Temple des infidèles qui y pratiquaient leurs dévotions[15].

La "demeure" sacrée mekkoise avait toujours été le lieu cultuel primordial. Abraham, prophète du nouvel âge, après le Déluge de Noé, fut l'initiateur du culte premier et cela sur ordre divin. "Abraham était donc musulman. Même si ce n'est pas dit aussi clairement, car le discours se focalise sur Abraham, tous les "prophètes" postérieurs doivent eux aussi, selon la même optique, avoir été musulmans avant qu'ils ne tombent dans la déviation et la perversion." [16]

Le calcul de la qibla, le mur qui, dans la salle de prière d'une mosquée, est placé perpendiculairement à la direction de La Mecque, stimula les géographes musulmans.

Eschatologie[modifier | modifier le code]

Mahomet a annoncé la destruction définitive de la Kaaba comme signe majeur de la fin des temps[réf. nécessaire]. Plusieurs hadiths confirmés en parlent :

« Abou Hourayra (ra) a dit que le Messager d'Allah a dit: "La Kaaba sera détruite par un abyssinien du nom de Dhou As-Souwayquatayn". »

— Al-Boukhari, n°1519

"L’éthiopien aux jambes courtes ruinera la Ka'ba". (Al-Boukhâri, Mouslim). Et dans une autre version : "Il me semble le voir, noir, les genoux cagneux, en train de la démolir pierre par pierre". (Al-Boukhâri, Mouslim)

« Le Prophète a dit : "Laissez les Abyssiniens en paix tant qu'ils en feront de même pour vous; seul l’Abyssinien aux jambes courtes extraira le trésor de la Ka'ba" »

— Abou Dâwoûd

Cette destruction définitive de la Kaaba, rendant le pèlerinage impossible et faisant partie des signes majeurs de la fin des temps fait consensus[réf. nécessaire] chez tous les grands oulémas musulmans.

Description[modifier | modifier le code]

La Ka'aba est un bâtiment de granite dont le matériau fut extrait des collines avoisinantes. La construction est de forme approximativement cubique avec ses 13,1 mètres de hauteur, tandis que ses côtés sont respectivement de 11,03 mètres et 12,86 mètres.
On ne peut y accéder que par une porte en bois à deux battants, plaquée de 280 kg d'or pur, haute de 3,10 mètres et large de 2 mètres située sur le côté du mur Est, dont le seuil se trouve à 2,25 mètres au-dessus de la base de la Kaaba. Celle-ci est ouverte trois fois par an pour permettre de laver le plancher avec de l’eau puisée à la source de Zamzam (celle qui est supposée avoir été découverte par Agar lorsqu'elle cherchait désespérément de l'eau pour son fils Ismaël pendant leur exil dans le désert).

À l’intérieur, la pièce est vide. Le faux-plafond est supporté par trois piliers, le tout étant en teck.
Les murs sont recouverts de plaques de marbre blanc dont huit d'entre elles portent des inscriptions : le nom des souverains qui ordonnèrent les travaux de rénovation de la Kaaba et les années durant lesquelles ceux-ci eurent lieu.
Dans l'angle Nord-Est de la pièce, une cage d'escalier étroite permet d’accéder à la terrasse se trouvant 1,20 mètres au dessus du faux-plafond. On l’emprunte une fois par an pour changer la kiswa, le brocart noir, brodé de versets coraniques recouvrant la construction et qui est fixé par des cordes au parapet qui cerne la terrasse.

Au XIXe siècle, la Kaaba était curieusement entourée de petits bâtiments et de palissades de facture extrême orientale (genre pagode).

Kaaba.png

1 - La Pierre noire (angle Sud-est) (arabe : الحَجَر الأَسْوَد [al-hajar al-aswad]). En 684, la Kaaba est endommagée par un incendie, la pierre noire éclate à cause de la chaleur. En 930, celle-ci est prise par les Qarmates, et restituée en 950. Elle est enchâssée dans un cadre en argent.

2 - La porte de la Kaaba (mur Est).

3 - Gouttière (en or) pour évacuer les éventuelles eaux de pluie (mur Nord) (arabe : ميزاب [mīzab], gouttière). En 1626 une inondation fait écrouler trois des quatre murs de la Kaaba. Elle a été reconstruite en 1627. C'est alors qu'on installe cette gouttière et le châdharwân qui protège le soubassement des eaux de ruissellement.

4 - Le châdharwân est une partie du soubassement de la Kaaba (arabe : الشاذَروان [al-šāḏarwān])

5 - La zone appelée hatîm (الحَطيم, [al-haṭīm], partie effondrée ?) est délimitée par le muret appelé pierre d'Ismaël, selon d'autres sources le mot hatîm désigne aussi le muret. Cela correspond à une partie de la Kaaba originelle sous laquelle serait enterrée Agar, la mère d'Ismaël (arabe : حجر إسماعيل [hijar ismā`īl]).

6 - Al-Multazam (مُلْتَزَم [multazam], lié par un engagement) désigne le pan de mur entre la porte de la Kaaba et la pierre noire.

7 - La station d'Ibrahim (arabe : مقام إبراهيم [maqām ibrāhīm], station d'Ibrahim) : lors de la construction de la Kaaba par Abraham et son fils Ismaël, celle-ci prenant de la hauteur, le prophète aurait été contraint de monter sur cette pierre, tout en y laissant l'empreinte de ses pieds.

8 - Angle de la Pierre noire (Sud-est).

9 - Angle du Yémen (Sud-ouest). Une grande pierre placée verticalement forme cet angle du bâtiment. La coutume est de caresser ou saluer cette pierre.

10 - Angle de la Syrie (Cham) (Nord-ouest).

11 - Angle de l'Irak (Nord-est).

12 - Kiswa (arabe : كِسْوة [kiswa], vêtement; habit; draperie) Voile brodé d'or, recouvrant la Kaaba (autre nom en arabe : سِتار الكعبة [sitār al-ka`aba], voile / tenture de la Kaaba).

13 - Bande de marbre marquant le début et la fin des tours.

14 - Cet emplacement est parfois appelé la station de Gabriel (arabe : مقام جبريل [maqām jibrīl], station de Gabriel).

Autres Ka'aba[modifier | modifier le code]

De nombreux autres bétyles, parfois nommés également Kaaba, ont été adorés par les Arabes pré-islamiques. Ainsi, faisant allusion à la pierre noire de Dusares à Petra, Clément d'Alexandrie mentionnait vers 190 « que les Arabes adorent des pierres ».

La Mecque était aussi avant l'Islam une ville cultuelle pour les tribus de cette région. Le culte (celui notamment de demande de pluie) qui y était rendu par les sédentaires de la région depuis une époque indéterminée (nabatéenne ? araméenne ?) était local et de type bétylique (la Ka'ba. Selon toute vraisemblance, dans cette partie de l'Arabie, se pratiquait le culte des pierres sacrées, les bétyles ou « demeures de Dieu », brutes et non sculptées. Il s'agissait de pierres lisses, très dures et de dimension maniable (basaltes ou quartz présents sur place d'origine volcanique). Elles auraient été considérées comme étant des réceptacles de la puissance des protecteurs surnaturels des tribus[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Malek, Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Edition albin Michel, p.232
  2. Le Coran décrypté - Jacqueline Chabbi - pages 47/48 La Mekke et son espace de vie.
  3. Christoph Luxenberg - Die syro-aramaïsche Lesart des Koran - page 300
  4. Jacqueline Chabbi - Le Coran décrypté - page 132
  5. Alessandro de Maigret « La route caravanière de l’encens dans l’Arabie préislamique », Chroniques yéménites [En ligne], 11 | 2003, mis en ligne le 30 août 2007, Consulté le 25 mars 2013. URL : http://cy.revues.org/160
  6. Paul B. Fenton lien Revue de l'histoire des religions lien Année 1996 lien Volume 213 lien Numéro 213-2 lien pp. 161-189
  7. Les Grands Thèmes du Coran - Jean-Luc Monneret - Éd. Dervy - chapitre E5 Le Pèlerinage
  8. Karen Armstrong FRSL (born 14 November 1944) auteur et commentateur britannique connue pour son livre : A History of God: The 4,000-Year Quest of Judaism, Christianity and Islam
  9. « Allah, dieu lune ? » de Paul Sabau
  10. MONNERET Jean-Luc, Les grands thèmes du Coran, Livre saint de l’Islâm, classement thématique, Paris, Dervy, L’essence du sacré, 2003, 724 p. page 354
  11. Maxime de Tyr, Dissertations, VIII.
  12. "le Coran décrypté" - Jacqueline Chabbi - page 380, 381, 382
  13. Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Edition Albin Michel, page 21, lire en ligne.
  14. Muhammad Hamidullah, "Le Prophète de l'Islam",Tome 1, éd. El Najah, 1998, p.249
  15. Jean-Luc Monneret - "Les Grands Thèmes du Coran" page 205
  16. Le Coran décrypté - Jacqueline Chabbi - Éléments du contexte médinois - page 382
  17. Le Coran décrypté - Figures bibliques en Arabie, Jacqueline Chabbi (introduction) ISBN 978-2-213-63528-6

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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