Taslima Nasreen

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Taslima Nasreen

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Taslima Nasrin au Parlement européen de Strasbourg le 20 novembre 2013 à l’occasion du 25me anniversaire du Prix Sakharov.

Activités Ecrivain
Naissance
Mymensingh
Langue d'écriture bengali
Mouvement féminisme
Distinctions Ananda Literary Award
Prix Sakharov
Prix des Droits de l’homme de la République française - Liberté - Égalité - Fraternité
Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes
docteur honoris causa de l'Université Catholique de Louvain

Taslima Nasreen, ou Taslima Nasrin, née le 15 juillet[1] 1962 à Mymensingh, est une femme de lettres féministe d'origine bangladaise.

Taslima Nasreen a acquis en Occident l'image d'une combattante pour l'émancipation des femmes et la lutte contre ce qu'elle appelle l'obscurantisme religieux de son pays d'origine, le Bangladesh[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Troisième enfant[3]d'une famille paysanne très connue, Taslima Nasreen suit les traces de son père médecin et fait des études de médecine spécialisée en gynécologie[4]. Nasreen commence à écrire de la poésie vers l'âge de 13-14 ans[2]. Quand elle est encore au lycée à Mymensingh, elle publie et édite un magazine littéraire, SeNjuti (Lumière dans les ténèbres), de 1978 à 1983.

Après l'obtention de ses diplômes[Lesquels ?], en 1984[5], elle exerce pendant plusieurs années, tout d'abord dans une clinique de planning familial à Mymensingh, puis à Dhaka à partir de 1990[4],[6].

Elle publie son premier recueil de poèmes en 1986. Son second recueil, Nirbashito Bahire Ontore (Banni à l'intérieur et extérieur) connaît un grand succès. Elle réussit à attirer un plus large public avec ses éditoriaux vers la fin des années 1980, puis avec les romans qu'elle commence à écrire au milieu des années 1990.

Le , une fatwa est prononcée contre elle par des fondamentalistes islamiques. Sa tête est mise à prix pour avoir critiqué l'islam au Bangladesh[réf. souhaitée]. Elle s'enfuit de son pays en 1994 à la suite de la parution de son livre Lajja, dénonçant l'oppression musulmane sur une famille hindoue[7]. Elle passe les dix années suivantes dans diverses villes d'Europe ; en juin 1995, elle choisit d'habiter à Berlin, à Stockholm et enfin à New York (où sa sœur réside).

Elle vient habiter[Quand ?] à Kolkata, la capitale de l'État indien du Bengale-Occidental, où elle tente d'obtenir la nationalité indienne, qui lui est refusée.

Lors d'une conférence en Inde en 2007, Taslima Nasreen est prise à partie par des musulmans indiens[réf. souhaitée]. La conférence dans laquelle intervenait T. Nasreen était organisée par le Center for Inquiry, une organisation américaine qui aujourd'hui héberge le site Web antérieurement créé par Ibn Warraq: Institute for a Secular Islam.[non pertinent] Consécutivement à cette conférence, une prime de 500 000 roupies est offerte par un groupe islamiste pour sa décapitation dès mars 2007[8].

Taslima Nasrin en mars 2010 lors de la Global Atheist Convention (en) à Melbourne, en Australie.

Fin novembre 2007, elle fuit Kolkata à la suite de violentes manifestations contre sa présence. Dans les jours suivants, elle est exfiltrée de ville en ville à la suite de propos jugés blasphématoires contre l'islam[Lesquels ?]. Suivant ces évènements les autorités indiennes ne lui délivrent plus que des visas temporaires[9]. Elle modifie sa biographie Dwikhandito, interdite en Inde sous sa forme originale, pour rendre les autorités indiennes plus compréhensives relativement à ses demandes de séjour dans ce pays[10].

À la mi-février 2008, elle obtient la prolongation de son visa indien pour six mois, jurant que l'Inde était devenue sa seconde patrie et refusant de venir à Paris pour recevoir le Prix Simone de Beauvoir qui venait de lui être décerné. Cependant le , elle se réfugie définitivement en Europe après avoir été accusée de blasphème par des musulmans radicaux en Inde. Elle accuse le gouvernement indien d'avoir tenté de la faire tuer par empoisonnement en lui fournissant des médicaments qui ne lui convenaient pas pour son hypertension après l'avoir fait retirer de l'hôpital où elle était soignée.[réf. nécessaire]

Le , elle reçoit le Prix Simone de Beauvoir des mains de Rama Yade, secrétaire d'État aux Droits de l'Homme, après avoir rencontré la présidente du mouvement Ni putes ni soumises, Sihem Habchi. Devenue citoyenne d'honneur de Paris le [11], elle sollicite la protection de la Mairie de Paris pour parer à sa situation financière précaire[12] et obtient en février 2009 de se voir mettre à disposition par la Ville de Paris un logement dans la résidence d'artistes du couvent des Récollets[13], dont les premiers loyers seront pris en charge[12].

En février 2010, on lui attribue la publication d'un article dans le Kannada Daily qui provoque des émeutes et entraîne la mort de deux hommes à Karnataka, en Inde[14]. « Anéantie » par cette nouvelle[15], Nasreen nie être l'auteur de la publication qui s'avère être une traduction grossière dans une langue locale (le kannada) d'un texte paru en janvier 2007 dans l’hebdomadaire Outlook India dans lequel elle contestait la thèse selon laquelle le Coran et les hadiths seraient silencieux sur l'obligation pour les femmes du port du voile[15]. Elle y affirmait notamment que les musulmanes devaient « brûler leurs burqas »[15].

En 2011, elle participe au festival littéraire Metropolis bleu à Montréal.

Pensée[modifier | modifier le code]

L'expérience de violences sexuelles lors de son adolescence et son travail comme gynécologue ont développé chez Taslima Nasreen une vision critique du traitement de la femme dans les pays musulmans. Ses écrits sont caractérisés par deux éléments : son combat pour la laïcité et sa philosophie féministe[N 1],[16],[N 2],[17].

Elle est influencée par Virginia Woolf, Simone de Beauvoir et Rokeya Sakhawat Hussain, qui vécut du temps du Bangladesh unifié. Elle est également influencée par le poète Humayun Azad. Ses derniers écrits témoignent de sa proximité avec le Bangladesh et l'Inde.

Le 30 avril 2010, dans un entretien publié par Le Figaro Madame, elle expose trois de ses idées maîtresses[18] :

  • Elle reproche aux fondamentalistes leur misogynie et leur haine de la liberté d'expression. L'intégrisme est aussi une réaction aux avancées des droits des femmes dans de nombreux pays.
  • Elle estime que les écrits religieux sont oppressifs envers les femmes car les droits des femmes, au même titre que ceux des hommes sont universels, c'est une question d'humanisme. Les personnes peuvent évoluer, pas les dogmes religieux, car ils s'appuient sur des textes sacrés censés porter la parole de Dieu.
  • Le conflit idéologique n'est pas entre le christianisme et l'islam, mais entre le fondamentalisme et la laïcité, entre les croyances irrationnelles, aveugles, obscurantistes, et la raison, entre le passé et le futur.

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon une étude de Sabine Schiffer, le « phénomène Nasreen » en Occident résulte surtout d'un processus de construction d'une image médiatique qui consiste en une sélection partisane des informations et d'un montage délibéré[19]. « Pour présenter Taslima Nasreen comme victime, [un journaliste] ne néglige pas seulement les lignes de séparation entre action légitime de l'État (par exemple contre le blasphème, fait délictueux également dans certains pays européens) et action illégitime d'une populace excitée par quelques prêcheurs démagogiques, [il] passe sous silence le fait que certaines organisations progressistes au Bangladesh ont aussi refusé et réfuté les propos de Taslima Nasreen. »[19].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Taslima Nasreen a écrit en tout plus de trente livres de poésie, essais, romans, nouvelles et mémoires, et ses œuvres ont été traduites dans plus de 20 langues différentes.

  • Libres de le dire avec Caroline Fourest chez Flammarion
  • Lajjā : La Honte (selon les éditions), roman. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1994. 286 p. Traduit du bengali par C. B. Sultan, d'après Lajjā.
  • Lieux et non-lieux de l'imaginaire, choix de poèmes. Coédition, Arles : Actes Sud, coll. « Babel » 119 ; Paris : Maison des cultures du monde, coll. « Internationale de l'imaginaire. Nouvelle série », n° 2, 1994. 131 p.
  • Femmes, manifestez-vous !. Paris : Des femmes, 1994. 105 p. Traduit du bengali par Shishir Bhattacharja et Thérèse Réveillé, d'après Nirbachito column.
  • Une autre vie : poèmes. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1995. 143 p. Traduits du bengali et adaptés par France Bhattacharya et André Velter.
  • Un retour ; suivi de Scènes de mariage, récits. Paris : le Grand livre du mois, 1995. 341 p. Traduits du bengali par Pralay Dutta Gupta et Paul Ray, d'après Fera.
  • l'Alternative ; suivi de Un destin de femme : récits. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1997. 263 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Aparpaksha et Bhramar kaiyo giya
  • Enfance, au féminin. Paris : Stock, coll. « Nouveau cabinet cosmopolite », 1998. 457 p. Traduit du bengali par Philippe Benoît, d'après Amar meebela.
  • Femmes : poèmes d'amour et de combat. Paris : Librio, n° 514, 2002. 94 p. Traduits de l'anglais par Pascale Haas, d'après All about women ; avec une préface de Danielle Charest.
  • Vent en rafales, récit. Paris : P. Rey, 2003. 379 p. trad. du bengali par Philippe Daron, d'après Utal hawa.

Écrites ou traduites en anglais[modifier | modifier le code]

  • Meyebela (My Bengali Girlhood - A Memoir of Growing Up Female in a Muslim World)
  • The Game in Reverse (Poèmes)

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Je suis victime d’un État dont le Premier ministre est une femme. Et parce je suis allée un cran trop loin dans la dénonciation de la religion et de l’oppression des femmes, j’ai dû quitter mon pays.
    Des femmes se sont opposées à moi quand j’ai parlé des droits humains. Selon elles, Dieu ne reconnaît pas tant de droits à la femme. Mais j’ai rencontré dans mon pays des hommes qui réfutent ce que disent les textes religieux et qui croient à l’égalité. Cela ne dépend pas du sexe, mais de la conscience de chacun. Bien évidemment, on ne pourra pas compter sur les musulmanes qui sont contentes de porter le voile et de glorifier leur soumission pour améliorer le sort des opprimées. Tant qu’une société sera basée sur la religion, tant que la loi ne reconnaîtra pas l’égalité des sexes, la politique ne pourra pas faire avancer la cause des femmes. »
  2. « S’il y avait égalité des hommes et des femmes devant la loi, on pourrait punir les intégristes lorsqu’ils commettent des crimes contre les femmes. Mais aujourd’hui les choses sont compliquées car le droit de la famille est fondé sur la religion, et comme la religion officielle est l’Islam, les intégristes prônent l’application de ce qui est écrit dans le Coran. Le gouvernement ne prend aucune mesure contre eux car cela reviendrait à s’attaquer à l’Islam. Si au lieu d’un droit islamique, on avait un droit séculier avec séparation entre État et religion, il serait plus facile de mettre ces criminels en prison et d’établir en pratique l’égalité entre hommes et femmes. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vent en rafales, p. 432
  2. a et b Lisa-Marie Gervais, « L'entrevue - Taslima Nasreen refuse toujours de se taire », Le Devoir,‎ 2 mai 2011
  3. Taslima Nasreen : my combat for women’s equality, conférence donnée le 30 novembre 2011 à l'Université Paris-Diderot
  4. a et b (en) « Nasrin Sahak, Taslima: Bangladeshi author », Encyclopedia Britannica,‎ 2011
  5. (en) « Taslima Nasrin », sur English.emory.edu,‎ 2011
  6. Tirthankar Chanda, « Taslima Nasreen reçoit le prix Simone de Beauvoir », rfi,‎ 21 mai 2008 (consulté le 20 juin 2010)
  7. (en) Khaleej times, Taslima Nasreen Gets ‘Last’ Indian Visa, article.
  8. (en) « Indian Muslim group calls for beheading of writer », Khaleej Times online / AFP,
  9. (en) Khaleej Times, Taslima Nasreen Gets ‘Last’ Indian Visa, article.
  10. (en) Khaleej Times, Freedom comes with responsibility, article.
  11. « Conseil municipal – Séance des lundi 7 et mardi 8 juillet 2008 », sur paris.fr, Direction de l'information et de la communication, Mairie de Paris,‎ 3 janvier 2009 (consulté le 29 avril 2012)
  12. a et b « Taslima Nasreen bientôt parisienne », sur liberation.fr, Libération,‎ 3 janvier 2009 (consulté le 29 avril 2012)
  13. « Taslima Nasreen bientôt logée par la Mairie de Paris », sur lefigaro.fr, Le Figaro,‎ 3 janvier 2009 (consulté le 29 avril 2012)
  14. Khaleej Times, Taslima Denies Writing Any Article for Kannada Daily, article.
  15. a, b et c Frédéric Bobin, « Taslima Nasreen, la recluse », Le Monde, Le Monde,‎ 9 mars 2010, p. 3
  16. Taslima Nasreen, La laïcité, loi suprême
  17. Taslima Nasreen, Taslima Nasreen ou la force de la plume
  18. « Dialogue contre l'intégrisme », entretien publié dans Le Figaro Madame du 30 avril 2010.
  19. a et b (de) Sabine Schiffer, Die Darstellung des Islams in der Presse. Sprache, Bilder, Suggestionen. Eine Auswahl von Techniken und Beispielen, Würzburg, Egon Verlag, coll. « Bibliotheca Academica, Reihe Orientalistik » (10), 2005.
  20. Communiqué de l'ambassade de France à New Delhi 7 décembre 2007, consulté le 17 février 2008
  21. « Tim Jackson, Taslima Nasreen et J.B. Schramm mis à l’honneur », sur uclouvain.be, Université Catholique de Louvain,‎ 24 décembre 2010 (consulté le 29 avril 2012)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ali Riaz, Voice & silence : contextualizing Taslima Nasreen, Ankur Prakashani, Dhaka, 1995, 87 p. (ISBN 984-464019-9)
  • (en) Dina M. Siddiqi, « Taslima Nasreen and others: the contest over gender in Bangladesh », in Herbert L. Bodman et Nayereh Tohidi (dir.), Women in Muslim societies : diversity within unity, Lynne Rienner Publishers, Boulder, Colo., 1998, 311 p. (ISBN 1-555-87578-5)
  • Chère Taslima Nasreen, Stock, Paris ; Montpellier, Reporters sans frontières, 1994, 92 p. (ISBN 2-234-04423-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]