Régis Debray

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Régis Debray

Description de l'image  Regis Debray.jpg.
Naissance 2 septembre 1940 (73 ans)
Paris, Seine
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Écrivain, médiologue, philosophe
Formation
Distinctions
Famille

Régis Debray, né le 2 septembre 1940 à Paris, est un écrivain, haut fonctionnaire et universitaire français, promoteur de la médiologie. Il est marié avec Isabelle Ambrosini et est le père d'Antoine et Laurence Debray.

Biographie[modifier | modifier le code]

Régis Jules Debray[1] est le fils d'un grand avocat parisien, Georges Debray et d'une avocate et femme politique, Janine Alexandre-Debray. Il réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1960 fort brillamment : il entre cacique (major, en argot normalien), puis passe l'agrégation de philosophie en 1965, tout en militant à l'Union des étudiants communistes. Il étudie à l'université Paris I Panthéon Sorbonne.

La même année, il part à Cuba puis suit Che Guevara en Bolivie. Il théorise sa participation à la guérilla de l'ELN dans Révolution dans la révolution (1967) où il développe la théorie du foquisme de « foco » (foyer en espagnol) : la multiplication de foyers de guérilla[2].

L'ELN est durement frappé le 20 avril lorsque Régis Debray et Ciro Bustos sont capturés. Tous deux sont torturés par les forces gouvernementales et livrent des informations clefs[3] dont la confirmation de la présence du Che en Bolivie. Irénée Guimarães sera aussi, à cette occasion, arrêté avec eux par la police militaire bolivienne. Les preuves d'un accord de Debray avec la CIA (informations contre arrêt des tortures et promesse d'une peine clémente) ont été découvertes[4] ; d'autres évoquent également des informations et des dessins donnés par Bustos en échange d'un traitement de faveur pour l'identification du groupe. Aucune version n'a pu être confirmée à ce jour, mais il semble vraisemblable qu'un ensemble de renseignements, à la suite de leurs interrogatoires respectifs aient permis de rassembler assez d'éléments pour permettre aux forces boliviennes d'identifier, tracer et intercepter le groupe. Selon Jorge Castañeda, Debray est passé à tabac les premiers jours de sa détention, mais jamais torturé au sens propre. Personne à aucun moment n’a touché un cheveu de Bustos[5],[6],[7]. C’est au bout de trois semaines, après avoir sciemment parlé dans le vide de façon à ne livrer aucune information concrète[8], que Debray admet les évidences, à savoir la présence du Che, déjà reconnue par Bustos, les déserteurs et le guérillero Vasquez Viana, arrêté le 28 avril et victime d’un subterfuge. Même après la rupture politique de Debray avec le régime cubain, Manuel Piñeiro, le chef des Services secrets cubains, reconnaît que ce dernier n’a fait que « confirmer la présence du Che en Bolivie », et qu’« il ne serait pas correct de ma part de rendre Debray responsable de la localisation de la guérilla, et encore moins de la mort du Che. »[9] Quant à Fidel Castro, qui avait déjà évoqué « l’attitude ferme et courageuse » de Debray dans sa préface au Journal du Che (1968), répète dans sa Biographie à deux voix[10] l’avoir envoyé lui-même en mission en Bolivie, et ne lui fait reproche de rien. Debray a lui-même, dans sa Déclaration devant le Conseil de Guerre[11], révélé et stigmatisé la présence de la CIA dans ses interrogatoires et les propositions qui lui furent faites de se renier en échange d’une libération « rapide et discrète »[12].

Selon Aleida Guevara, il aurait livré des informations-clés permettant d'éliminer le Che[13]. Cette imputation, intervenue après la rupture politique de Debray avec le régime cubain en 1989, n'a jamais été reprise par Fidel Castro, et même démentie par le chef des services secrets cubains, Manuel Piñeiro[14],[15], ainsi que par François Maspero[16], Pierre Clostermann, Compagnon de la Libération, après une entrevue avec le général Parrientos[17], l'investigateur cubain Froilán González[18] et par Régis Debray lui-même[19]. Régis Debray sera condamné à la peine maximale de trente ans d'emprisonnement et il s'ensuivra une campagne internationale en sa faveur lancée par Jean-Paul Sartre ; il sera libéré au bout de quatre ans d'incarcération. À sa libération, il rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda. De la rencontre avec Salvador Allende émergeront le livre Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, ainsi qu'un entretien vidéo : Ce que disait Allende (dont un extrait est disponible sur le site de Régis Debray). Il rentre en France en 1973. Ciro Bustos vit quant à lui en exil en Suède.

De 1981 à 1985, il est chargé de mission pour les relations internationales auprès du président de la République François Mitterrand. Il travaille alors avec Serge et Beate Klarsfeld afin de les aider à organiser l'enlèvement du responsable nazi Klaus Barbie, devenu tortionnaire en Bolivie, afin d'obtenir son jugement en France. Il est ensuite nommé secrétaire Général du Conseil du Pacifique Sud, et enfin maître des requêtes au Conseil d’État puis mis en disponibilité sans traitement en 1988. Il démissionne en 1992.

En 1991, il est responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville. Il passera une thèse de doctorat[20], à Paris I, intitulé : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de François Dagognet en 1993.

Il analyse alors l'impact des médias, de la communication et fonde les Cahiers de médiologie en 1996.

En 1998, il est directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet, un séminaire sur « Technique et Philosophie ») et est président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB).

C'est en 2002 qu'il est à l'initiative de la création de l’Institut européen en sciences des religions (détachement auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris) dont il sera président.

En 1996, il crée les Cahiers de médiologie, qui devient en 2005 la revue Médium, Transmettre pour innover et devient président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions.

Il est élu en 2011 membre de l'Académie Goncourt[21].

Engagements politiques[modifier | modifier le code]

En 1981, 1988 et 2002, il fait partie des intellectuels qui soutiennent respectivement François Mitterrand puis Jean-Pierre Chevènement.

Après avoir soutenu le NPA à sa création[réf. nécessaire], il s’engage aux côtés du Front de gauche aux élections européennes de 2009[22]. Lors de l’émission Bibliothèque Médicis du 20 mars 2010 sur LCP, il déclare : « Si, au bout de la discussion, on m’oblige à me classer entre droite et gauche, je me dirais gaulliste de gauche, voire, au grand dam de certains, gaulliste d’extrême gauche ! Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à trouver quelque intérêt que ce soit à la politique intérieure de la France d’aujourd’hui. » Dans « Rêverie de gauche », Régis Debray associe République et peuple et prend position sur les enjeux électoraux, en soutenant Jean-Luc Mélenchon à quelques semaines de la présidentielle[23].

En 2013, Régis Debray se déclare pour la sortie de la France de l'OTAN, organisation qu'il juge « inutile et nuisible »[24][réf. insuffisante].

Idées[modifier | modifier le code]

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Régis Debray s’intéresse au problème du religieux et de la croyance au sein du groupe social. Son postulat de départ est : il n’y a pas de société sans transcendance. De même qu’un État laïc a ses obligations morales, les athées ont des valeurs sacrées. Pour lui, cette transcendance est nécessaire à la cohésion sociale. L’Union soviétique avait Lénine, les États-Unis d'Amérique ont George Washington et les pères fondateurs, la Constitution. Il y en avait aussi autrefois en France avec les héros mythiques de la République, comme Danton ou Leclerc…

Selon Régis Debray, un groupe ne peut se définir que vis-à-vis d'une référence transcendante (qu'elle soit territoriale, doctrinaire ou légendaire) vers laquelle se tourne la croyance des gens. Il appelle cette nécessité de définir le groupe par une entité qui lui est extérieure l'incomplétude, et nomme cette entité le « sacré du collectif », qui est la représentation de ce que le groupe estime être le « meilleur ». C'est cette croyance qui assure la confiance réciproque entre les membres du groupe, et garantit selon R. Debray l'ordre social.

Médiologie[modifier | modifier le code]

Debray affirme que ce sacré serait déterminé par la technologie de la transmission d'information, et baptise l'étude de celle-ci la médiologie. Ce néologisme désigne l’étude des supports de transmission de message, qui selon lui ont transformé les mœurs, les rapports au pouvoir, au savoir…

Régis Debray s'intéresse à trois exemples en particulier :

  • Le premier est ce qu’il appelle le codex, c’est-à-dire le premier livre relié, la Bible chrétienne, qui facilite la communication du Dieu unique. Cette « invention » du christianisme va transformer l’ordre social.
  • La deuxième révolution, deuxième évolution du sacré, est l’invention de l’imprimerie. Cette diffusion des livres, du savoir, générera l’École, la République et la laïcité.
  • La troisième grande technologie est la révolution informatique avec le développement du Web. Sur cette toile géante, il n’y a plus de frontières, plus d’État. À quelle forme de « sacré » cela mène-t-il ?

La médiologie sera le deuxième temps du travail de Régis Debray. Comment une idée abstraite devient une force matérielle ? Qu’est ce que la force des idées ? Comment l’idée d’un Dieu unique, total, universel a-t-elle acquis autant de force et comment s’est-elle traduite par des rites ? Comment l’idée d’un Dieu totalement abstrait incarné dans un être a-t-elle fait exploser la société romaine ? Comment peu à peu y a-t-il eu une conversion dans cette croyance incongrue ? Debray va se pencher sur toutes ces questions en étudiant les moyens de transmission. Pour lui le messager conditionne le message. Sa thèse est : « l’invention de l’écriture alphabétique jointe à une nouvelle technique de partage (le codex) dans un milieu nomade mais sédentarisé a été la condition de naissance de Dieu comme universel ». Sans cela, l’idée d’un Dieu universel n’aurait pas été possible et le Dieu juif aurait été un dieu mort. Le transport s’est réalisé par l’écriture et le partage d’un Dieu transcendant. Debray va alors constituer une histoire des « médiasphères », c’est-à-dire les techniques de transport qui ont impliqué des changements de croyance et donc des changements d’ordre social.

Croyances[modifier | modifier le code]

Debray affirme que l'on a cru pouvoir éliminer la religion par le siècle des Lumières, mais que l'on n'a pas pu éliminer la croyance. Selon lui, la crise actuelle en France est une crise de la symbolique républicaine, due à un manque de sacré. Pour Régis Debray, le dernier grand homme à la symbolique républicaine était François Mitterrand. Les États-Unis auraient ainsi su échapper à cette crise du sacré, par leur civisme et leur patriotisme, même s'ils se sont mis au service de mauvaises causes. L’effigie du dollar des États-Unis en est un exemple : « In God We Trust ». C’est cette symbolique patriotique qui ferait la force des États-Unis. Debray prétend appliquer le théorème d'incomplétude de Gödel à l'ordre social pour « démontrer » sa théorie.

Régis Debray affirme que quand s’épuise le sens du symbolique reviennent les autorités religieuses. Plus la puissance symbolique est dématérialisée (la religion), plus l’ordre symbolique est fort et plus la puissance symbolique est historicisée (personnages), plus l’ordre symbolique est fragile. Une humanité sans croyance est donc, selon lui, réduite à l’animalité.

Critiques[modifier | modifier le code]

Il a été vivement critiqué pour l'utilisation du théorème d'incomplétude de Gödel par Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures intellectuelles, utilisation qu'ils jugent sans fondement.

Commissaire et commissions[modifier | modifier le code]

Selon l'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, Régis Debray est venu en 2004 à Port-au-Prince lui demander de démissionner avant la fin de son mandat constitutionnel[25].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Dates[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Régis Debray dans Le Grand Entretien sur France Inter le 9 avril 2013.
  2. Pierre Lepape, Les révolutions du XXe siècle, Collection « Le point de la question », SGPP, 1970, p. 210 et sq., Debray : le castrisme théorisé.
  3. Anderson,p. 669
  4. (es) Pacho O'Donnell, Che, la vida por un mundo mejor, random house mandatori, 2003, pages 353-357.
  5. Jorge Castañeda, Compañero, p. 397.
  6. Pierre Kalfon, Che, Le Seuil, p. 514-515.
  7. Régis Debray, Loués soient nos Seigneurs, Gallimard, 1996, p. 213.
  8. Préface de François Maspero au Journal de Bolivie de Che Guevara, La Découverte, 1995, p. 43.
  9. Luís Suarez Salazar, Barbarroja, Selección de testimonios y discursos del Comandante Manuel Piñeiro Losada, La Havane, Ediciones Tricontinental, 1999, p. 85 et 120.
  10. Ignacio Ramonet, Fidel Castro, Biographie à deux voix, Fayard, 2007 pour la traduction française, p. 275 et 276.
  11. Régis Debray, Déclaration devant le conseil de guerre, Camiri, Bolivia, Instituto del Libro, La Havane, 1968. (Voir la 4e de couverture.)
  12. Le procès Régis Debray, Cahiers libres no 111, Maspero, 1968, p. 67-71. (Voir la 4e de couverture.)
  13. Aleida Guevara, l'un des cinq enfants d'Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l'origine de la mort de son père pour avoir « parlé plus que nécessaire ». Régis Debray s'était refusé à commenter cette accusation : « Aleida Guevara agit en service commandé et la cochonnerie stalinienne ne m'inspire plus qu'une ironie triste », estimant qu'il n'avait pas à revenir sur ces épisodes de la guérilla bolivienne « chaque fois qu'il sied à La Havane de cracher sur ses anciens amis.(…) »
  14. Ignacio Ramonet, Fidel Castro, Biographie à deux voix, Fayard, 2007, traduit de l'espagnol, p. 276, 484-486.
  15. Manuel Barbarroja Piñeiro, Che Guevara and the Latin American Revolution, Ocean Press, Melbourne/New York, 2001, p. 280-281. Version espagnole : Barbarroja : Seleccion de testimonios y discursos del Comandante Manuel Piñeiro Losada, Ediciones Tricontinental, La Havane, 1999, p. 120 : "No seria etico de mi parte, sin elementos probatorios, responsabilizar a Debray con la localizacion de la guerrilla, ni mucho menos con la muerte del Che."
  16. Maspero, « Regis Debray, admirable en Bolivie », Libération, 3 février 2001.
  17. Entretien de Pierre Clostermann avec Rémi Kauffer pour Historia no 613, janvier 1998, et aussi L'Histoire vécue : un demi-siècle de secrets d'État, p. 210-220 : "Les Américains avaient mis un tel paquet pour localiser le Che qu'ils disposaient d'une foule de renseignements. Debray a peut-être été imprudent, mais il n'a pas parlé."
  18. Adys Cupull et Froilán González, La CIA contre le Che, éditions EPO, 1993, p. 83-84.
  19. Régis Debray, Déclaration devant le conseil de guerre, Camiri, Bolivia, Maspero, 1968.
  20. http://www.regisdebray.com/biographie
  21. « Régis Debray élu à l'Académie Goncourt », Le Figaro, 11 janvier 2011.
  22. S. Z., « Le soutien des intellectuels divise la gauche de la gauche », Le Monde du 4 juin 2009, p. 11.
  23. http://www.placeaupeuple2012.fr/regis-debray-mes-sympathies-vont-a-jean-luc-melenchon/
  24. Lettre ouverte à Hubert Védrine, « La France doit quitter l’OTAN », Le Monde diplomatique, mars 2013.
  25. Jean-Bertrand Aristide, un an après

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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