Régis Debray

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Régis Debray

Description de l'image  Regis Debray.jpg.
Naissance 2 septembre 1940 (1940-09-02) (72 ans)
Paris, Seine
Nationalité Drapeau de France France
Profession Écrivain, médiologue, journaliste
Formation École normale supérieure
Distinctions Prix Femina 1977
Prix Novembre 1996

Régis Debray, né le 2 septembre 1940 à Paris, est un écrivain, haut fonctionnaire et universitaire français, promoteur de la médiologie.

Sommaire

Biographie [modifier]

Régis Jules Debray[1] est le fils d'un grand avocat parisien et d'une ancienne résistante, Janine Alexandre-Debray. Il réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure en 1960 fort brillamment : il entre cacique (major, en argot normalien), puis passe l'agrégation de philosophie en 1965, tout en militant à l'Union des étudiants communistes. Il étudie à l'université Paris I Panthéon Sorbonne.

La même année, il part à Cuba puis suit Che Guevara en Bolivie. Il théorise sa participation à la guérilla de l'ELN dans Révolution dans la révolution (1967) où il développe la théorie du foquisme : la multiplication de foyers de guérilla[2].

Il est capturé le 20 avril 1967 puis, torturé par les forces gouvernementales boliviennes. Selon Aleida Guevara et quelques autres, il aurait livré des informations-clés[3],[4],[5]. Régis Debray sera condamné à mort, une peine qui sera commuée en peine de trente ans d'emprisonnement grâce à une campagne internationale en sa faveur lancée par Jean-Paul Sartre ; il sera libéré au bout de quatre ans d'incarcération. À sa libération, il rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda. De la rencontre avec Salvador Allende émergeront le livre Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, ainsi qu'un entretien vidéo : Ce que disait Allende (dont un extrait est disponible sur le site de Régis Debray). Il rentre en France en 1973.

De 1981 à 1985, il est chargé de mission pour les relations internationales auprès du Président de la République française François Mitterrand. Il travaille alors avec Serge et Beate Klarsfeld afin de les aider à organiser l'enlèvement du responsable nazi Klaus Barbie, devenu tortionnaire en Bolivie, afin d'obtenir son jugement en France. Il est ensuite nommé secrétaire Général du Conseil du Pacifique Sud, et enfin maître des Requêtes au Conseil d’État puis mis en disponibilité sans traitement en 1988. Il démissionne en 1992.

En 1991, il est responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville. Il passera une thèse de doctorat[6], à Paris I, intitulé : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de François Dagognet en 1993.

Il analyse alors l'impact des médias, de la communication et fonde les Cahiers de médiologie en 1996.

En 1998, il est directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet, un séminaire sur « Technique et Philosophie ») et est président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB).

C'est en 2002 qu'il est à l'initiative de la création de l’Institut européen en sciences des religions (détachement auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris) dont il sera président.

En 2005, il crée la revue Médium, Transmettre pour innover et devient président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions.

Il est élu en 2011 membre de l'Académie Goncourt[7].

Engagements politiques [modifier]

En 2002, il fait partie des intellectuels qui ont soutenu Jean-Pierre Chevènement.

Après avoir soutenu le NPA à sa création[réf. nécessaire], il s’engage aux côtés du Front de gauche aux élections européennes de 2009[8]. Lors de l’émission Bibliothèque Médicis du 20 mars 2010 sur LCP, il déclare : « Si, au bout de la discussion, on m’oblige à me classer entre droite et gauche, je me dirais gaulliste de gauche, voire, au grand dam de certains, gaulliste d’extrême gauche ! Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à trouver quelque intérêt que ce soit à la politique intérieure de la France d’aujourd’hui. » Dans « Rêverie de gauche », Régis Debray associe République et peuple et prend position sur les enjeux électoraux, en soutenant Jean-Luc Mélenchon à quelques semaines de la présidentielle[9].

Idées [modifier]

Régis Debray s’intéresse au problème du religieux et de la croyance au sein du groupe social. Son postulat de départ est : il n’y a pas de société sans transcendance. De même qu’un État laïc a ses obligations morales, les athées ont des valeurs sacrées. Pour lui, cette transcendance est nécessaire à la cohésion sociale. L’Union soviétique avait Lénine, les États-Unis d'Amérique ont George Washington et les pères fondateurs, la Constitution. Il y en avait aussi autrefois en France avec les héros mythiques de la République, comme Danton ou Leclerc…

Selon Régis Debray, un groupe ne peut se définir que vis-à-vis d'une référence transcendante (qu'elle soit territoriale, doctrinaire ou légendaire) vers laquelle se tourne la croyance des gens. Il appelle cette nécessité de définir le groupe par une entité qui lui est extérieure l'incomplétude, et nomme cette entité le « sacré du collectif », qui est la représentation de ce que le groupe estime être le « meilleur ». C'est cette croyance qui assure la confiance réciproque entre les membres du groupe, et garantit selon R. Debray l'ordre social.


Médiologie [modifier]

Debray affirme que ce sacré serait déterminé par la technologie de la transmission d'information, et baptise l'étude de celle-ci la médiologie. Ce néologisme désigne l’étude des supports de transmission de message, qui selon lui ont transformé les mœurs, les rapports au pouvoir, au savoir…

Régis Debray s'intéresse à trois exemples en particulier :

  • Le premier est ce qu’il appelle le codex, c’est-à-dire le premier livre relié, la Bible chrétienne, qui facilite la communication du Dieu unique. Cette « invention » du christianisme va transformer l’ordre social.
  • La deuxième révolution, deuxième évolution du sacré, est l’invention de l’imprimerie. Cette diffusion des livres, du savoir, générera l’École, la République et la laïcité.
  • La troisième grande technologie est la révolution informatique avec le développement du Web. Sur cette toile géante, il n’y a plus de frontières, plus d’État. À quelle forme de « sacré » cela mène-t-il ?

La médiologie sera le deuxième temps du travail de Régis Debray. Comment une idée abstraite devient une force matérielle ? Qu’est ce que la force des idées ? Comment l’idée d’un Dieu unique, total, universel a-t-elle acquis autant de force et comment s’est-elle traduite par des rites ? Comment l’idée d’un Dieu totalement abstrait incarné dans un être a-t-elle fait exploser la société romaine ? Comment peu à peu y a-t-il eu une conversion dans cette croyance incongrue ? Debray va se pencher sur toutes ces questions en étudiant les moyens de transmission. Pour lui le messager conditionne le message. Sa thèse est : « l’invention de l’écriture alphabétique jointe à une nouvelle technique de partage (le codex) dans un milieu nomade mais sédentarisé a été la condition de naissance de Dieu comme universel ». Sans cela, l’idée d’un Dieu universel n’aurait pas été possible et le Dieu juif aurait été un dieu mort. Le transport s’est réalisé par l’écriture et le partage d’un Dieu transcendant. Debray va alors constituer une histoire des « médiasphères », c’est-à-dire les techniques de transport qui ont impliqué des changements de croyance et donc des changements d’ordre social.

Croyances [modifier]

Par le siècle des Lumières, on a cru pouvoir éliminer la religion, mais Debray nous dit qu’on n’a pas pu éliminer la croyance. Il nous dit que la crise actuelle en France est véritablement une crise de la symbolique républicaine, due à un manque de sacré. Pour Régis Debray, le dernier grand homme à la symbolique républicaine était François Mitterrand. Les États-Unis ont su échapper à cette crise du sacré, par leur civisme et leur patriotisme, même s'ils se sont mis au service de mauvaises causes. L’effigie du dollar des États-Unis en est un exemple : « In God We Trust ». C’est cette symbolique patriotique qui fait la force des États-Unis. L’Europe est en crise car il n’y a pas de puissance symbolique. Debray prétend appliquer le théorème d'incomplétude de Gödel à l'ordre social pour « démontrer » sa théorie.

Régis Debray établit que quand s’épuise le sens du symbolique reviennent les autorités religieuses. Plus la puissance symbolique est dématérialisée (la religion), plus l’ordre symbolique est fort et plus la puissance symbolique est historicisée (personnages), plus l’ordre symbolique est fragile. Une humanité sans croyance est réduite à l’animalité. Comment alors faire vivre une sacralité non religieuse, tout en lui gardant une symbolique ?

Critiques [modifier]

Il a été vivement critiqué pour l'utilisation de ce résultat mathématique (le théorème d'incomplétude de Gödel) par Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures intellectuelles, utilisation qu'ils jugent sans fondement.

Commissaire et commissions [modifier]

Selon l'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, Régis Debray est venu en 2004 à Port-au-Prince lui demander de démissionner avant la fin de son mandat constitutionnel[10].

Œuvrages [modifier]

Cinéma [modifier]

Dates [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Régis Debray dans Le Grand Entretien sur France Inter le 9 avril 2013.
  2. Pierre Lepape, Les révolutions du XXe siècle, Collection « Le point de la question », SGPP, 1970, p. 210 et sq., Debray : le castrisme théorisé.
  3. John Lee Anderson - Che Guevara, A Revolutionary Life, 1996, p. 669
  4. Aleida Guevara, l'un des cinq enfants d'Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l'origine de la mort de son père pour avoir « parlé plus que nécessaire ». Régis Debray s'était refusé à commenter cette accusation : « Aleida Guevara agit en service commandé et la cochonnerie stalinienne ne m'inspire plus qu'une ironie triste », estimant qu'il n'avait pas à revenir sur ces épisodes de la guérilla bolivienne « chaque fois qu'il sied à La Havane de cracher sur ses anciens amis.(…) »
  5. (es) Pacho O'Donnell, « Che, la vida por un mundo mejor », Random house mandatori, 2003, pages 353-357
  6. http://www.regisdebray.com/content.php?pgid=bio
  7. « Régis Debray élu à l'Académie Goncourt », Le Figaro, 11 janvier 2011.
  8. S. Z., « Le soutien des intellectuels divise la gauche de la gauche », Le Monde du 4 juin 2009, p. 11.
  9. http://www.placeaupeuple2012.fr/regis-debray-mes-sympathies-vont-a-jean-luc-melenchon/
  10. Jean-Bertrand Aristide, un an après

Annexes [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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