Élisabeth Badinter

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Élisabeth Badinter

Nom de naissance Élisabeth Bleustein-Blanchet
Activités Femme de lettres
Philosophe
Féministe
Femme d'affaires
Naissance 5 mars 1944 (70 ans)
Boulogne-Billancourt (France)
Langue d'écriture Français

Compléments

Épouse de Robert Badinter (depuis 1966)
Actionnaire de Publicis Groupe

Élisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet, le 5 mars 1944 à Boulogne-Billancourt, est une femme de lettres, philosophe, féministe et femme d'affaires française.

Élisabeth Badinter est surtout connue pour ses réflexions philosophiques qui interrogent le féminisme et la place des femmes dans la société, en accordant une place particulière aux droits des femmes immigrées. Personnalité éminente du monde intellectuel français, sa grande fortune (elle possède collectivement avec sa famille la 51e fortune de France en 2013[1]) ne va pas sans interroger sur les rapports entre sa place sociale et ses prises de position intellectuelles.

Formation[modifier | modifier le code]

Élisabeth Badinter est une des trois filles du publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet et de Sophie Vaillant, petite-fille d'Édouard Vaillant. Agrégée de philosophie[2], spécialiste du siècle des Lumières[2],[3], elle a été maître de conférences à l'École polytechnique[3].

Fortune et administration de Publicis[modifier | modifier le code]

Son action militante se lie avec sa fonction de présidente du conseil de surveillance de Publicis, fondé par son père, Marcel Bleustein-Blanchet. Depuis 1996, elle est également la deuxième actionnaire du groupe, dont elle détient 10,99 % du capital et 19,92 % des droits de vote. Ce rôle lui vaut des critiques concernant les « représentations sexistes de la femme » dans le domaine publicitaire[4],[5],[6].

Du fait de sa proximité avec le Parti socialiste, elle se trouve au cœur de la polémique concernant le bonus de 16 millions d'euros touché par le patron de Publicis, Maurice Lévy, lors de la campagne présidentielle de 2012[7]. Élisabeth Badinter justifie ce bonus en affirmant à propos de Maurice Lévy: « Aucune entreprise n'a jamais eu un meilleur capitaine. Il est rassurant pour nous tous qu'il soit à la barre. Son expérience est indispensable et nous avons la certitude qu'il saura nous mener à bon port »[8].

En 2011, le magazine Challenges estime sa fortune à 652 millions d'euros, soit la 56e fortune de France[9], puis la 51e l’année suivante[1]. En mars 2012, elle est classée par le magazine américain Forbes 13e personne la plus riche de France, avec une fortune personnelle estimée à 1,1 milliard de dollars[10].

En 2012, sa rémunération fixe pour présider le conseil de surveillance de Publicis s'élevait à 240 000 euros par an[11].

Essais et prises de position[modifier | modifier le code]

Elle développe depuis longtemps sa théorie de la « ressemblance » des sexes : « La ressemblance des sexes est une telle innovation qu'on peut légitimement l'envisager en termes de mutation[12]. » Lors de la parution de Qu'est-ce qu'une femme ?, le journal Le Monde résumait ainsi sa position sur la question dans son édition du 17 mars 1989 : « Élisabeth Badinter pense que l'humanisme rationaliste, l'accent mis sur la ressemblance entre les hommes et les femmes, sont historiquement porteurs du progrès de la condition féminine, alors que toutes les pensées de la différence sont potentiellement porteuses de discrimination et d'inégalité. » Toutefois, ce rejet du différentialisme s'accompagne, dans le même temps, d'une prise de distance avec le « constructivisme à tous crins, qui aboutirait à une déconstruction des genres et des sexes », selon Catherine Rodgers[13]. Dans une lecture (très) critique de XY, De l’identité masculine, Guy Bouchard souligne des contradictions dans le discours de Badinter sur le débat entre constructivistes et différentialistes, dans la quête d'un homme androgyne[14]. Il dénonce la vision, à la limite de la misandrie, et insuffisamment développée, d'un « homme mou [...] favorable à l'égalité de l'homme et de la femme », mais à qui il faut imposer cette égalité alors même qu'elle l'atteindrait dans la construction de sa masculinité[15].

Lors du débat sur la parité en politique, elle s'était opposée à cette loi qui, selon elle, considérait que les femmes étaient incapables d'arriver au pouvoir par elles-mêmes.

Son essai Fausse route, publié en 2003 et qui fustige la misandrie et la « posture victimaire » des féministes françaises contemporaines[16], ainsi que divers écrits critiques quant aux nouvelles lois concernant la parité politique ou le traitement des crimes et délits sexuels, ont suscité une vive polémique, et de nombreuses féministes lui contestent désormais l'épithète de « féministe ». De son côté, elle continue de s'en réclamer, arguant que la vocation du féminisme n'est pas de conduire à une guerre des sexes visant à une revanche contre les hommes. Dans cet ouvrage, elle dénonce aussi les enquêtes statistiques sur la violence conjugale où on n'interroge que les femmes et où on amalgame le subjectif et l'objectif, les pressions psychologiques et les agressions physiques, ce qui a pour effet d'établir une hiérarchie morale entre les sexes : « À vouloir ignorer systématiquement la violence et le pouvoir des femmes, à les proclamer constamment opprimées, donc innocentes, on trace en creux le portrait d'une humanité coupée en deux peu conforme à la vérité. D'un côté, les victimes de l'oppression masculine, de l'autre, les bourreaux tout-puissants[17] ».

Selon Elisabeth Badinter, le combat féministe doit aujourd'hui se concentrer essentiellement sur les populations immigrées ou maghrébines, car selon elle, « depuis longtemps, dans la société française de souche, que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes »[18]. Ce positionnement a été très critiqué[19],[20], notamment par Christine Delphy pour qui ce discours conduit à la fois à légitimer le racisme et à négliger le sexisme existant dans la population non musulmane[21].

En 2013, prenant position dans les discussions concernant le port du voile islamique, en particulier dans l'affaire de la crèche Baby Loup, Élisabeth Badinter estime nécessaire de défendre la laïcité, et incite le gouvernement à voter « une loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires dans le secteur de la petite enfance, comme c’est le cas à l’école ». Elle considère le port du voile comme un « étendard politique et communautaire »[22], mais ses propos faisant l'amalgame entre une employée voilée et Mohammed Merah ont été dénoncés par l'association anti-raciste Les Indivisibles[23].

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Elle a également été nommée membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France en qualité de personnalité qualifiée, en 1998[24] et 2002[25].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Depuis 1966, elle est l'épouse de Robert Badinter, avec qui elle a eu trois enfants[26]. Leur fille Judith est psychologue, et leurs deux fils Simon et Benjamin sont à la tête de Médias et régie Europe, une filiale de Publicis[27] dont Élisabeth Badinter est également présidente du conseil de surveillance[28].

Une école d'Asnières-sur-Seine (Hauts de Seine)[29] et le collège de Quint-Fonsegrives (Haute-Garonne) portent son nom[30].

Le collège de la Couronne (Charente) porte son nom ainsi que celui de son mari[31], tout comme une école située dans le quartier Saint-Nicolas à Laval (Mayenne)[32].

Décorations[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Les 500 plus grandes fortunes françaises », Challenges, consulté le 15 juillet 2013.
  2. a et b Élisabeth Badinter, Empreintes, France 5
  3. a et b Élisabeth Badinter,TV5 Monde
  4. « Élisabeth Badinter contre le féminisme : affaires de pub ? », Acrimed, 8 décembre 2003
  5. « Élisabeth Badinter, contre le terrorisme des couches lavables », Arrêt sur images, 11 février 2010.
  6. « Élisabeth Badinter, actionnaire féministe d'un Publicis sexiste ? », Rue89, 11 février 2010.
  7. Bonus de Maurice Levy : Sarkozy attaque Élisabeth Badinter, France Soir, 28 mars 2012.
  8. Le patron de Publicis défend sa rémunération, Le Figaro, 29 mai 2012.
  9. Challenges.fr, l'économie en temps réel, actualités, Challenges, 2010.
  10. Forbes.com, The World's Billionaires List, Forbes, mars 2012.
  11. Les actionnaires de Publicis votent sur le mode de rémunération des patrons, Libération, 29 mai 2013.
  12. L'Un est l'Autre, Éditions Odile Jacob, p. 249.
  13. Catherine Rodgers, Le deuxième sexe de Simone Beauvoir : un héritage admiré et contesté, Bibliothèque du féminisme, Éditions L'Harmattan, 1998, (ISBN 2738472613, 9782738472618[à vérifier : isbn invalide]), p. 52
  14. Guy Bouchard, « L’homme en quête de lui-même. À propos du livre d’Élisabeth Badinter : XY. De l’identité masculine Laval théologique et philosophique, vol. 51, no 1, 1995, p. 159-181. p. 164 ;
  15. Bouchard, 1995, p. 175
  16. « Le J'accuse d'Élisabeth Badinter », sur L'Express.fr,‎ 24 avril 2003 (consulté le 17 juin 2013)
  17. Fausse route, Éditions Odile Jacob, p. 113.
  18. Élisabeth Badinter, La victimisation est aujourd’hui un outil politique et idéologique, Propos recueillis par Véronique Helft-Malz et Paule-Henriette Lévy, L’Arche nº549-550, Novembre-Décembre 2003.
  19. Sylvie Tissot, Bilan d’un féminisme d’État, Plein droit, no 75, décembre 2007.
  20. Thomas Lancelot, Elisabeth Badinter fait fausse route, Le Monde, 11 mars 2010.
  21. La construction de l’Autre. Entretien avec Christine Delphy, texte initialement paru dans Migrations et sociétés, janvier-février 2011.
  22. Élisabeth Badinter : « Il faut d’urgence une loi sur le voile pour la petite enfance », Isabelle Duriez, elle.fr, 20 mars 2013
  23. Y'a bon awards 2013 : la banane dorée a récompensé Copé et Genest, Huffington Post, 11 juin 2013.
  24. Arrêté du 2 juillet 1998 portant nomination au conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France, JORF no 158 du 10 juillet 1998, p. 10634, NOR MCCD9800483A, sur Légifrance.
  25. Arrêté du 11 janvier 2002 portant nomination au conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France, JORF no 18 du 22 janvier 2002, p. 1462, texte no 56, NOR MCCB0200003A, sur Légifrance.
  26. Justine Francioli, Robert Badinter, biographie d’un modèle républicain, nonfiction.fr, 13 octobre 2009
  27. Les petits soucis d’ISF des Badinter, Capital, 4 mars 2014.
  28. Benjamin Badinter est nomme president du directoire de Medias & Régies Europe (MRE), Boursereflex.com, 8 février 2011.
  29. L’école Bords de Seine porte le nom d'Élisabeth Badinter Ville d'Asnières-Sur-Seine, 17 décembre 2010
  30. Le collège Élisabeth Badinter à Quint-Fonsegrives Site de la municipalité de Quint-Fonsegrives
  31. La Couronne : la philosophe Badinter met le collège en émoi
  32. L'école Elisabeth et Robert Badinter inaugurée à Laval, Site officiel de la mairie de Laval.
  33. Ordonnance Souveraine no 3.540 du 18 novembre 2011 portant promotions ou nominations dans l'Ordre du Mérite Culturel

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le 23 octobre 2009, dans le cadre de la collection Empreintes, France 5 diffuse Élisabeth Badinter, à contre-courant, un documentaire réalisé par Olivier Peyon.

Articles connexes[modifier | modifier le code]