Antoine de Jomini

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Antoine de Jomini
Image illustrative de l'article Antoine de Jomini

Naissance 6 mars 1779
Payerne
Décès 22 mars 1869 (à 90 ans)
Paris 16e (anc. Passy)
Origine Drapeau de la Suisse Suisse
Allégeance Flag of the Helvetic Republic (French).svg République helvétique
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Grade général de brigade
Conflits Guerres napoléoniennes
Guerre russo-turque de 1828-1829
Distinctions Baron de l'Empire
Autres fonctions banquier et historien

Antoine-Henri de Jomini, né le 6 mars 1779 à Payerne en Suisse, mort le 22 mars 1869 à Paris est un banquier, militaire, historien et théoricien de la stratégie militaire, ayant fait partie de l'état-major de Napoléon, puis de celui du tsar Alexandre Ier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît dans le pays de Vaud. Sa famille, d'origine italienne, appartient à la bonne bourgeoisie, et occupe depuis des générations, des fonctions de banneret, ou d'avoyer. Dès ses 12 ans, il est attiré par la carrière militaire et cherche à entrer à l'école militaire du prince de Wurtemberg à Montbéliard. Ce projet sera avorté à la suite du déménagement de l'école à Stuttgart. La chance ne sera toujours pas de son côté : quand, peu de temps après, sa famille voudra lui acheter une charge dans le régiment de Watteville, alors au service de la France, les événements révolutionnaires y feront obstacle.

Plaque commémorative du passage d'Antoine de Jomini, sur une maison du centre d'Aarau (Suisse)

Jomini est alors envoyé à Aarau, pour se préparer à une carrière commerciale dans la « Pension mercantile pour jeunes Messieurs » qu'Emmanuel Haberstock y a fondée. Il travaille effectivement un moment dans une banque.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

En 1798, il est secrétaire du ministre de la Guerre de la République helvétique pour devenir son adjoint en 1800, avec le grade de chef de bataillon. Mais il démissionne dès 1801.

Autodidacte de génie, il est découvert en 1803 par le maréchal Ney qui l’aide à publier ses premières œuvres (Traité de grande tactique). Il débute sa carrière militaire comme volontaire dans l’armée française au camp de Boulogne sous les ordres du maréchal Ney. Il acquiert rapidement une grande renommée pour ses écrits. Napoléon l'appelle à l'État-major de la Grande Armée, avec le grade de général de brigade. Il participe à la campagne d’Allemagne en 1805, à la campagne de Prusse en 1806 (Iéna, Auerstaedt), à la campagne de 1807 en Pologne (Eylau) à la campagne d'Espagne. Il participe aussi à la campagne de Russie comme gouverneur de Vilnius, puis gouverneur de Smolensk. Il découvre le passage de Studianka, sur la Bérézina, qui permet à la Grande Armée d'échapper à Wittgenstein et à une destruction totale. Bien que gravement malade, il parvient à rentrer en France. Pour le remercier de ses services, Napoléon le fait par lettres patentes du 27 juillet 1808, baron de l'Empire.

En 1813, il participe comme chef d’état-major du maréchal Ney, aux batailles de Lützen et de Bautzen. Pour sa contribution au succès de cette journée, le maréchal Ney le place en tête du tableau d’avancement pour une nomination au grade de général de division. La requête est rejetée par le maréchal Berthier pour un motif futile. Ulcéré de cet ultime affront, Jomini profite de l'armistice pour rejoindre l’Armée russe où l'attend depuis des années la promesse d'une carrière brillante.

Il sert dans l'Armée russe d’abord avec le grade de général de division (lieutenant général) et devient aide de camp de l'Empereur Alexandre Ier. À son tour Nicolas Ier se l’attache comme conseiller privé et le nomme Général en Chef en 1826. Il participe comme conseiller du tsar à la campagne de Turquie de 1828. Il est de nouveau consulté lors de la guerre de Crimée en 1854. Le tsar Nicolas Ier le charge d'étudier une réforme de l'enseignement militaire, et de revoir les plans des forteresses de l'Empire. De plus il reçoit la charge de précepteur militaire du tsarévitch Alexandre, qui sera plus tard le tsar Alexandre II, grand réformateur de la Russie. Il pose les bases de l’Académie militaire, et consacre à ce projet beaucoup de temps et d’énergie. Des intrigues l’empêchent de devenir le premier directeur de cette académie.

Napoléon III le consulte pour la campagne d'Italie en 1859.

Jomini historien[modifier | modifier le code]

Le général Jomini est l'auteur d'une très importante œuvre d'historien et de critique militaire. Il est l'auteur en particulier du Traité des grandes opérations militaires, contenant l'histoire critique des campagnes de Frédéric II qui lui permit de mettre sur pied une approche profondément originale de l’art militaire et de forger ses propres convictions en matière de stratégie. Puis entre 1820 et 1824 il publia une Histoire des Guerres de la Révolutions en 15 volumes, à laquelle se réfèrent de nombreux historiens (Thiers lui fait de nombreux emprunts). Il publia en 1827, après la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, une passionnante Vie politique et militaire de Napoléon en 4 volumes écrite à la première personne, et si crédible, que cela lui valut le surnom de « devin de Napoléon ». Cet ouvrage fut traduit aux États-Unis par le Général américain de la guerre de Sécession, Henry Wager Halleck et publié en 1864.

D’autres œuvres historiques qui s’inspirent des « Souvenirs » du général Jomini, ont été publiées après sa mort. C’est le cas du Précis politique et militaire des campagnes de 1812 à 1814 publié par Ferdinand Lecomte en 1886, et de Guerre d’Espagne publié en 1892.

Principes tactiques et stratégiques[modifier | modifier le code]

Antoine de Jomini.jpg

Avant d'aller plus loin, il est important de préciser que les tactiques ne survivent pas aux changements d'époque ; seules la stratégie et la base des opérations restent les mêmes.

Les principes énoncés par Jomini sont tirés de l'observation de multiples campagnes militaires, tant d'Alexandre le Grand, que de César, Frédéric le Grand, Napoléon Bonaparte et celles de la Grande Armée :

Dans un premier temps :

  • précisément localiser les fronts droit, centre et gauche de l'ennemi ;
  • comparer les forces réciproques entre ces fronts et les siens propres ;
  • attaquer énergiquement sur celui qui vous semble le plus faible.

Ensuite :

  • poursuivre l'ennemi avec énergie ;
  • en montagne, couvrir le front avec de petits détachements, pour repérer l'ennemi, avant de l'attaquer avec le gros de ses troupes, avant qu'il ne soit rassemblé.
  • toujours manœuvrer de manière à couper l'ennemi de ses bases.

Certains principes ont été repris dans la théorie de la guerre de blindés en général, alors que Carl von Clausewitz disparaissait peu à peu des pensées :

  • prendre l'initiative des mouvements ;
  • attaquer le point le plus faible ;
  • combiner force et mobilité dans l'offensive ;
  • disperser l'ennemi par de fausses attaques ;
  • des trois alternatives, défensive, offensive, ou une combinaison des deux, choisir soit la deuxième soit la troisième ;
  • si la supériorité d'une armée face à une autre est vraiment forte, elle aura tout intérêt à ne pas concentrer ses forces, mais à attaquer en deux points, comme les deux ailes.

En fait, d'autres principes extrêmement importants de Jomini ne peuvent pas être simplifiés en une ligne. Mais on peut rajouter :

  • Ne jamais conduire une offensive par le littoral, sauf si le ravitaillement provient de la mer.

D'autre part, une des grandes idées de Jomini est la différenciation des théâtres d'opération avec les zones et les lignes d'opération et des lignes de communication et de ravitaillement. La simple compréhension de ces différenciations fait déjà beaucoup pour comprendre les idées opérationnelles générales de Jomini.

Postérité[modifier | modifier le code]

Les idées de Clausewitz furent jugées plus profondes à la fin du XIXe siècle, en raison notamment de leur approche apparemment plus philosophique et globale de la guerre et surtout de l'influence de l'école germano-prussienne de stratégie. Elles commencent au contraire à marquer leur âge. Les guerres d'extermination, très coûteuses en vies humaines, ont marqué la première moitié du XXe siècle. Celles de la fin du siècle ont été remportées en appliquant des principes stratégiques plus efficaces exprimés clairement par Jomini : « Porter, par des combinaisons stratégiques, le gros des forces d’une armée, successivement sur les points décisifs d’un théâtre de guerre, et autant que possible sur les communications de l’ennemi sans compromettre les siennes ».

L’approche stratégique américaine, est avant tout d'essence jominienne. Il n’est pas dans la philosophie du peuple américain de laisser une trop large place au hasard ; les « frictions » de Clausewitz ne sont pas pour séduire leur esprit pragmatique. En mettant en œuvre des moyens logistiques, et en limitant au maximum la part des impondérables, ils ont remporté des victoires sur presque tous leurs théâtres d’opération.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Traité de grande tactique, 1805
  • Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution, 1810
  • Traité des grandes opérations militaires (1811)
  • Vie politique et militaire de Napoléon, 1827
  • Précis de l'art de la guerre, 1838

Rééditions :

  • Précis de l’art de la guerre, cartes et plans hors texte, volume relié, éditions Ivrea / fonds Champ Libre, 1994 ;
  • The art of War, London Greenhill Books, 1996 ;
  • Les guerres de la Révolution, Hachette, 1998, 2010 ;
  • Précis de l’Art de la Guerre, éditions Ivrea / fonds Champ Libre, 1994 ; édition abrégée présentée par Bruno Colson, Perrin, 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie sommaire[modifier | modifier le code]

  • Ferdinand Lecomte, Le général Jomini, sa vie ses écrits : esquisse biographique et stratégique Lausanne 1860
  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, Le général Jomini, étude Paris 1869
  • Lucien Poirier, Les voix de la stratégie. Généalogie de la stratégie militaire Guibert, Jomini, Fayard, 1985 ;
  • C. Brinton, G.A. Craig, F. Gilbert, « Jomini », in Les maîtres de la stratégie, s.dir. E. M. Earle, vol. I, Flammarion, coll. « Champs », 1987 ;
  • Bruno Colson, La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini., Economica, Bibliothèque stratégique, 1993 ;
  • Baqué Jean-François, L'homme qui devinait Napoléon...Jomini, Perrin, Paris 1994.
  • Jean-Jacques Langendorf, Faire la guerre : Antoine-Henri Jomini, t.I : Chronique, situation, caractère, Georg, Genève, 2001 ;
  • Ami-Jacques Rapin, Jomini et la stratégie. Une approche historique de l’œuvre, Payot, Lausanne 2002.
  • Ami-Jacques Rapin, Guerre, politique, stratégie et tactique chez Jomini, CreateSpace, 2014.
  • Jean-Jacques Langendorf, Faire la guerre: Antoine-Henri Jomini, T.II : Le penseur politique, l'historien militaire, le stratégiste Georg, Genève, 2004;
  • Andreï Merzalov, Liudmila Merzalova, Antoine-Henri Jomini : Der Begründer der wissenschaftlichen Militärtheorie, Eine Bewertung aus russicher Sicht VDF 2004 Zürich
  • Général Antoine-Henri Jomini, Recueil de souvenirs pour mes enfants Volume 1, Société Suisse d'Études Napoléoniennes, Alain Chardonnens, Payerne 2007 (ISBN 978-2-88464-883-7)
  • Alain Chardonnens, Les batailles de Iéna (1806) et d'Eylau(1807) racontées par le général Antoine-Henri Jomini Société suisse d'études napoléoniennes, Paris Genève 2007
  • Jacques Forgeas, Le jumeau de l'empereur, Robert Laffont, Paris, 2009. Il s'agit d'un roman s'inspirant de la vie d'Antoine Henri de Jomini.

Liens externes[modifier | modifier le code]