Enrico Berlinguer

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Enrico Berlinguer (API [berliŋ'gwɛr]) (né le 25 mai 1922 à Sassari, en Sardaigne - mort le 11 juin 1984 à Padoue, en Vénétie) était un homme politique italien, secrétaire général du Parti communiste italien de 1972 à sa mort.

Sommaire

Biographie [modifier]

Un début prometteur [modifier]

Né dans une famille de petite noblesse sarde, de tradition républicaine, il adhère au PCI et participe à la Résistance anti-fasciste à partir de 1943 ce qui lui vaut d'être emprisonné pendant 3 mois. Il est élu au Comité Central dès 1948 et au Secrétariat l'année suivante. En 1949, Palmiro Togliatti le nomme responsable des jeunesses communistes italiennes. Il supprima en 1957 l'obligation pour les membres du parti de se rendre en Union soviétique à la suite de l'intervention militaire soviétique en Hongrie en 1956. Ses rivaux disent de lui, à cause de sa fulgurante promotion : « Enrico s'est inscrit très jeune ... à la direction du Parti ! ». Élu député en 1968, il se distingua l'année suivante en critiquant lors d'un congrès à Moscou l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques lors du printemps de Prague.

Secrétaire général du PCI [modifier]

Berlinguer remplace Luigi Longo comme secrétaire général en 1969 et s'affirma comme le dirigeant communiste européen le plus indépendant vis-à-vis de l'URSS. Artisan du recentrage du PC italien qui remporte plus de 30 % des suffrages aux élections de 1976, Berlinguer échoua cependant dans sa stratégie du « compromis historique », qui aurait vu le parti intégrer un gouvernement de coalition avec le centre-droit. En effet, Berlinguer tire de la chute du gouvernement Allende au Chili en 1973 l'analyse que l'union des forces de gauche, PCI et PSI est insuffisante pour se maintenir durablement au pouvoir. Un compromis historique est donc nécessaire avec la Démocratie chrétienne qui domine, avec l'aide de l'Église Catholique, la vie politique et la société civile en Italie. L'opposition déterminée du pape Paul VI, leader de fait de la Démocratie chrétienne, à toute alliance avec le PCI, et celle des États-Unis, malgré la promesse de Berlinguer de maintenir l'Italie dans l'OTAN, restent insurmontables; la tension politique née de l'assassinat d'Aldo Moro, partisan du compromis historique, en mai 1978, par les terroristes des Brigades rouges rendit caduques la plupart des ouvertures politiques du PCI. Berlinguer fut partisan, durant cette crise, d'une extrême fermeté, excluant tout dialogue du monde politique avec les terroristes.

La rupture avec l'Union soviétique [modifier]

D'après le juge Rosario Priore, des agents soviétiques auraient tenté de l’assassiner en 1973 lors d’un voyage en Bulgarie[1].

En 1975, il propose une politique d'autonomie vis-à-vis de l'URSS aux PC français et espagnol ; c'est l'Eurocommunisme, au nom duquel les trois Partis Communistes critiquent la politique intérieure des pays socialistes et de l'Union soviétique. En 1976, devant les délégués du XXVe congrès du PCUS, à Moscou, Berlinguer réclame un « système pluraliste » de socialisme, qui sera traduit en russe par « système multiforme ». En 1981, il déclare au cours d'un interview : « la force progressiste issue de la Révolution d'Octobre est définitivement épuisée ».

Cependant, l'alignement total du PCF sur la politique étrangère soviétique et l'éclatement du PCE après le retrait de Santiago Carillo désagrègent cette union. Le soutien logistique de l'URSS aux Brigades rouges accentue la rupture du PCI avec les pays socialistes car Berlinguer y voit la main de Moscou pour contrer sa stratégie d'accès au pouvoir. Il condamnera fermement l'invasion de l'Afghanistan par l'Armée rouge en décembre 1979, l'état de siège en Pologne de décembre 1981 et soutiendra le gouvernement italien dans la Crise des euromissiles dans les années 1980. En novembre 1982, il se rend aux obsèques de Léonid Brejnev, mais n'est pas reçu par son successeur, Iouri Andropov qui entend ainsi lui exprimer son mécontentement.

Une mort tragique suivie par l'éclatement du PCI [modifier]

Enrico Berlinguer est mort brusquement d'une attaque cérébrale, survenue au cours d'une assemblée électorale, trois jours avant le scrutin des élections européennes de 1984, élections que son parti remporta par la marge de 0,3 % sur la Démocratie-Chrétienne (33,3 % pour le PCI contre 33 % pour la DC).

Enrico Berlinguer a compris dès la fin des années 60 que le modèle soviétique n'était plus adapté à l'Occident ; l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, et de l'Afghanistan en 1979 le convaincront que l'Union soviétique ferait toujours passer ses intérêts géopolitiques avant la cause du socialisme et l'épisode des Brigades Rouges le renforceront dans cette analyse. La disparition du personnage entraînera une succession difficile qui verra l'éclatement du PCI et la déformation de ses idées par certains membres qui créeront la Gauche Démocrate ; laquelle deviendra ensuite le Parti Démocrate en passant de la gauche au centre gauche puis au centre. Si la stratégie eurocommuniste de Berlinger de compromis historique avec la démocratie chrétienne s'est montrée électoralement payante, elle n'a jamais pu, à l'inverse du PCF, déboucher sur une participation à un gouvernement. La gauche communiste qui défend encore les véritables idées du PCI se répartit actuellement entre le Parti de la Refondation Communiste (PRC) et le Parti des Communistes Italiens (PdCI).

Quelle place dans l'Histoire ? [modifier]

Enrico Berlinguer occupe une place particulière au sein du mouvement communiste. Comparé à de nombreuses personnalités communistes, Berlinguer est certainement hors du commun par l'indépendance vis-à-vis de l'idéologie et des intérêts de l'Union soviétique qu'il sut manifester dès les années 70. Il reste aujourd'hui un personnage politique important dans l'histoire politique Italienne. Nul doute qu'actuellement les tentatives de récupération de la part des héritiers de l'appareil politique du PCI que sont les démocrates l'auraient profondément révolté, lui qui a toujours su briller par son indépendance et son attachement à l'idéologie communiste.

Notes et références [modifier]

  1. Eric Jozsef, « Les dessous secrets de l’amitié entre l’Italie et Kadhafi », sur Le Temps, 15 juin 2010. Consulté le 21 mars 2012

Liens externes [modifier]