Document

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Page d'aide sur l'homonymie Pour la revue portant ce titre, voir Documents. Pour le document dans son acception informatique, voir document (informatique).
Exemple de document papier.

Un document renvoie à un ensemble formé par un support et une information, celle-ci enregistrée de manière persistante. Il a une valeur explicative, descriptive ou de preuve. Vecteur matériel de la pensée humaine, il joue un rôle essentiel dans la plupart des sociétés contemporaines, tant pour le fonctionnement de leurs administrations que dans l'élaboration de leurs savoirs. Témoin de son époque pour l'historien, pièce à conviction pour le juge, le document pose toujours le problème de sa véracité, mais plus encore de ce qu'il révèle indépendamment de son énoncé ou de son illustration.

Le document peut se concevoir selon trois perspectives[1] : comme forme, comme signe et comme médium. Autrement dit, il implique une matérialité, un sens et un contexte social qui décide de son statut. Selon une acception assez large, tout objet informatif, même dénué de signes, correspond à un document: ainsi en est-il du silex taillé pour le préhistorien, d'une bactérie pour le biologiste. L'emploi du terme renvoie cependant plus souvent à un objet culturel stockant du texte, de l'image ou du son. Enfin, il constitue un moyen de communication, étant ainsi un vecteur des idées et du pouvoir. Le document numérique bouleverse la conception traditionnelle de la notion par la dissociation du contenant et du contenu.

Perspectives épistémologiques[modifier | modifier le code]

La conservation du signe[modifier | modifier le code]

Tout document se caractérise par une structuration minimum du signifiant, par différence avec une simple juxtaposition d'indices. Robert Escarpit le qualifie d’anti-évènement du fait qu'il cumule des traces au-delà de sa création, dont un sens perdure malgré la décontextualisation de l'information. C'est cependant ce même document par lequel est reconstruit ou raconté un événement[2]. Il sollicite deux propriétés cognitives indissociables : la mémorisation et l'organisation des idées, préalables à la créativité et à la transmission. Le rôle structurant du document se vérifie par excellence avec l'écriture, qui autorise des découpages logiques et des figurations (schémas, plans) propres à ce médium. Néanmoins, un document audio apporte déjà un surplus conceptuel à la fluidité sonore, en capturant la musique et la parole, facilitant ainsi son analyse. Une approche subjective élabore une distinction entre « document par attribution» et « document par intention» : le document est un objet socialement institué mais l'information qu'il apporte dépend de la volonté de celui qui l'observe[3].

Document et archive[modifier | modifier le code]

Parce qu'il conserve une information, fut-elle fausse, le document constitue une trace du passé. Il s'agit du matériau de base pour l'écriture de l'histoire. Sa portée ne s'estime qu'en relation avec les autres documents de l'époque et le savoir de celui qui l'examine. Il ne se résume donc pas aux données qu'il porte : il valide ou infirme des hypothèses. Les questionnements de l'historien construisent un savoir en procédant à un découpage entre les faits supposés et la confrontation des documents[4].

Dans une certaine mesure, le document tient de l'archive par lequel l'historien établit les faits. Il s'inscrit dans la continuité de celle-ci pour rendre compte d'un événement[5]. Néanmoins, les deux concepts ne se recouvrent pas en raison de leur différents rapports au temps[6]. De nombreux documents servent les affaires du présent, transportent des connaissances actuelles, s'utilisent comme vecteurs d’opinions alors que l'archive ne joue, par définition, plus le rôle pour lequel elle a été conçue.

Traitement documentaire[modifier | modifier le code]

Le document numérique bouleverse la conception traditionnelle de la notion par la dissociation du contenant et du contenu. On parle alors de redocumentarisation.

Description et modes de représentation[modifier | modifier le code]

La production en masse de documents nécessite la création de sources tertiaires pour faciliter leur localisation et leur consultation. Les professionnels de la documentation, et en particulier les bibliothécaires et les archivistes, ont peu à peu normalisé la rédaction des notices bibliographiques, afin de représenter le document d'une manière univoque et synthétique, dans leur dimension formelle et thématique[7]. Créés par l'IFLA, l'ISBD et l'UNIMARC constituent par exemple des efforts de normalisation internationale pour unifier le travail des bibliothécaires[8]. La description comporte également des points d'accès aidant au repérage du document, généralement par auteur, titre et sujet. Une notice bibliographique ne traite pas l'exemplaire d'un document, contrairement à une notice catalographique, précisant sa localisation.

Par la compilation de notices, normalisées ou non, sont réalisées plusieurs types de produits documentaires. Le catalogue recense un fonds documentaire et dépend donc d'une collection. La normalisation et l'informatisation permettent notamment un catalogage partagé comme le pratique le réseau universitaire du Sudoc en France. La complexité et la lourdeur du catalogage provoquent un débat récurrent quant à leur utilité[9]. La bibliographie liste différentes références indépendamment d'une collection, selon une logique de recherche ou systématique dans le cas des bibliographies nationales. L'index analytique se compose de notices résumant brièvement un document, relatives à un domaine de connaissances ou un sujet traité. Les centres d'archives produisent également des instruments de recherches (guide, inventaire) visant à donner une vision globale d'un fonds ou détaillant les caractéristiques d'une série de documents.

Classification et indexation[modifier | modifier le code]

Regrouper des documents par catégories améliore la cohérence et la lisibilité d'une collection. La classification par sujet organise des entités d'un point de vue conceptuel, par différence avec le classement qui range des éléments dans l'espace. Plusieurs critères, seuls ou combinés, servent à cette catégorisation : la forme, l'auditoire potentiel, le contenu, la valeur accordée au document. Une classification thématique, plus courante que les autres, situe un document dans une structuration du savoir et de la culture, parfois encyclopédique, comme dans le cas de la Classification Décimale Universelle de Paul Otlet ou la celle de Melvil Dewey. Une classification n'est jamais entièrement neutre et traduit des préférences dans le découpage des connaissances, y compris pour le modèle encyclopédique[10].

L'indexation indique aussi le contenu d'un document, non à partir d'indices, par différence avec la classification, mais avec un vocabulaire en langage naturel ou contrôlés par une liste de descripteurs prédéfinis, relative à un langage documentaire (thésaurus, classification à facettes, assemblage de vedettes-matières comme Rameau[11]). Cette opération joue un rôle essentiel dans la recherche d'information car elle facilite grandement les recherches par sujet. Les langages documentaires possèdent l'avantage sur les mots ordinaires de tenir compte des ambiguïtés et de la polysémie du langage ordinaire. L'indexation automatique, utilisée dans les moteurs de recherches, se distingue de l'analyse humaine, car elle évacue l'attention portée au sens au profit d'une approche statistique. Néanmoins, l'étude des relations sémantiques et l'apport du Traitement automatique des langues tentent de combler cet écart[12].

L'expertise en écritures[modifier | modifier le code]

Document de question[modifier | modifier le code]

Dans l'expertise en écritures, il s'agit d'un document litigieux, soumis à question, c'est-à-dire voué à subir l'épreuve de la comparaison contradictoirement avec un document comparable (de provenance semblable), réputé authentique.

Document de comparaison[modifier | modifier le code]

Dans l'expertise en écritures, il s'agit d'un document réputé authentique, puisque obtenu sur ordre de l'autorité judiciaire, par saisie judiciaire, ou (par exemple : le suspect, établit sous l'observation visuelle d'enquêteurs assermentés, le dit document, dans des termes proches du document dit « de question »), et donc : destiné à permettre la comparaison entre le (ou les) document(s) litigieux dit(s) « de question » et lui-même.

Il peut, dans certains cas s'avérer nécessaire à la justice de disposer de plusieurs documents de comparaison, afin d'obtenir expertise d'un ou de plusieurs documents « de question », d'aspect différents, ou suspects d'émaner de provenances diverses, et/ou douteuses.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon la tripartition proposée par le réseau scientifique Roger T.Pédauque. Roger T. Pédauque, Le document à la lumière du numérique, C&F éditions, 2006, p.32
  2. Cité par Pascal Robert, L'impensé informatique. Critique du mode d'existence idéologique des technologies de l'information et de la communication. Les années 1970-1980, Éditions des archives contemporaines, 2012,(ISBN 978-2-8130-0074-3), p. 44.
  3. Jean Meyriat, « De l'écrit à l'information : la notion de document et la méthodologie de l'analyse documentaire », Infocom 78, 1er Congrès SFSIC, Compiègne, 1978, p. 23-32
  4. Antoine Prost, Douze Leçons sur l'Histoire, Seuil, Paris, 1996
  5. Paul Ricoeur, La mémoire, l'histoire, l'oubli, Le Seuil, 2000. « Avec le témoignage s'ouvre un procès épistémologique qui part de la mémoire déclarée, passe par l'archive et les documents, et s'achève sur la preuve documentaire. »
  6. Jean-Paul Metzger, « Temps, mémoire et document », dans Fabrice Papy (dir.), Problématiques émergentes dans les sciences de l'information, Paris, Lavoisier,‎ 2008
  7. Witt, Maria, « La normalisation et le bibliothécaire », BBF, 1993, n° 5, p. 37-39
  8. http://www.bnf.fr/fr/professionnels/catalogage_indexation.html
  9. Revelli, Carlo, « L'assassinat des catalogueurs », BBF, 2005, n° 4, p. 13-19 http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2005-04-0013-002#note-48
  10. Béthery, Annie, « Liberté bien ordonnée... », BBF, 1988, n° 6, p. 450-455
  11. http://rameau.bnf.fr/
  12. Lyne Da Sylva « Relations sémantiques pour l'indexation automatique », Document numérique 3/2004 (Vol. 8), p. 135-155.