Île de Clipperton

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Île de Clipperton
Île Clipperton
Clipperton
Île de La Passion
 (fr)
Carte de l'île de Clipperton
Carte de l'île de Clipperton
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 10° 18′ 00″ N 109° 13′ 01″ O / 10.3, -109.217 ()10° 18′ 00″ N 109° 13′ 01″ O / 10.3, -109.217 ()  
Superficie 11 km2
Point culminant Rocher de Clipperton
Géologie Atoll
Administration
Statut Possession française sous l'autorité directe du gouvernement
Démographie
Population Aucun habitant (2006)
Plus grande ville Camp Bougainville
Autres informations
Découverte
Fuseau horaire UTC-8

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Île de Clipperton
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Île de Clipperton
Île de Clipperton
Île de FranceÎle de l'océan Pacifique
Le lagon de l'île de Clipperton.

L’île de Clipperton, aussi appelée île Clipperton[1], Clipperton ou encore île de la Passion, est une possession française composée d'un unique atoll situé dans l'océan Pacifique, à 12 000 kilomètres de la France métropolitaine et 1 280 kilomètres à l'ouest du Mexique.

Son code Insee est 989[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Une possession très isolée[modifier | modifier le code]

L'île de Clipperton — de son nom de baptême français « île de la Passion » — est le plus petit territoire que possède la France aux confins du Pacifique. Il se situe à 1 280 kilomètres de la première côte continentale, Acapulco au Mexique, et à 945 kilomètres de la première terre, celle de la petite île de Socorro de l’archipel mexicain des Revillagigedo au nord, tandis que Nuku Hiva, aux îles Marquises, terre française la plus proche, est à 4 018 kilomètres au sud-ouest. L’archipel d'Hawaii est à 4 930 kilomètres.

L'île de Clipperton vue par le satellite Spot.

Selon le comité français de l'UICN, c'est l'atoll le plus isolé du monde[3].

Un atoll corallien[modifier | modifier le code]

Seul atoll corallien de cette partie de l'océan Pacifique, l'île a une forme sub-circulaire de douze kilomètres de circonférence. La superficie des terres émergées n'est que de 1,7 km2. L'atoll a un diamètre de 2,4 à 3,9 km. Son altitude est au maximum de 4 m pour la partie récifale, mais le point culminant est un rocher volcanique de 29 mètres d’altitude, baptisé le Rocher de Clipperton, qui émerge du lagon au sud-est de l'atoll.

L'atoll encercle totalement un lagon sans communication avec l'océan, d'une superficie d'environ 710 hectares, et qui comprend quelques îlots, notamment les îles aux Œufs. La surface totale de tous les îlots est inférieure à 5 000 mètres carrés.

Le sol de l'atoll est constitué de graviers et sables coralliens souvent cimentés de guano.

La houle importante dans cette région rend périlleux tout débarquement.

Le lagon[modifier | modifier le code]

Un temps ouvert par deux passes (au sud-est et au nord-est), le lagon (7,2 km2) s’est fermé entre 1840 et 1858, probablement du fait de tempêtes et peut-être de travaux. L’isolement des eaux du lagon de l’océan a entraîné la mort de nombreux coraux et une eutrophisation du milieu, qui forme ainsi un écosystème très inhabituel.

L’évaporation des eaux du lagon est inférieure aux précipitations ; l’eau y est donc douce en surface, salée et légèrement acide à partir de 6 mètres de profondeur. Il présente plusieurs fosses de plus de 20 mètres, sa profondeur maximale connue était de 90 mètres au Trou sans fond. Les tentatives d’exploration de ce puits sous-marin (peut-être une ancienne cheminée volcanique) par le commandant Cousteau ont été empêchées par une trop forte concentration d’hydrogène sulfuré. L'expédition scientifique menée plus tard en 2004/2005 et pendant plusieurs mois de séjour consécutifs par Jean-Louis Étienne ramena cette profondeur à 34 mètres après sondage.

Histoire[modifier | modifier le code]

Une découverte française[modifier | modifier le code]

L'île fut découverte le Vendredi Saint par les Français Mathieu Martin de Chassiron[4] et Michel Dubocage, commandant respectivement les frégates La Princesse[5] et La Découverte[6], qui en dressèrent la première carte. En souvenir de cette journée, ils la baptisèrent île de la Passion. Bien que n'étant pas chef d'escadre, c'est Dubocage qui a conseillé la route à suivre et qui le premier a découvert l'atoll ne figurant pas sur ses cartes[7][réf. incomplète].

Le nom de l'île de Clipperton lui vient du flibustier et naturaliste anglais John Clipperton (ou Clippington) qui, pour certains, aurait croisé au large de cette île, et, pour d'autres, y aurait même débarqué en 1704 après avoir fait sécession et quitté l'expédition de William Dampier. Bien qu'aucune trace écrite de son passage n'ait été retrouvée, l'histoire retint le nom de l'île de Clipperton sans que l'on sache vraiment pourquoi, peut-être à cause d'une légende de trésor.

Après avoir franchi, au cours de l'automne 1520, le détroit qui porte aujourd'hui son nom, le navigateur portugais Fernand de Magellan travaillant pour le compte de l'Espagne a poursuivi sa route au nord ouest et traversé la grande Mer du Sud trouvée si calme après son difficile passage entre la Patagonie et la Terre de Feu qu'il l'a baptisée « Océan Pacifique ». L'itinéraire de son voyage figure sur le planisphère de Battista Agnese de 1543. À partir des îles Galápagos , il a fait cap à l'ouest en tangentant l'équateur légèrement au nord. Or l'île de Clipperton (ex-île de la Passion) se trouve par 10° 17' N soit à 617 milles (1 143 kilomètres) au nord de l'équateur. Magellan n'a pas pu l'apercevoir. D'ailleurs, ni les portulans ibériques comme celui d'Andreas Homen en 1559 ni le planisphère portugais de 1585 ne mentionnent cette île pas plus que l'atlas du dieppois Jean Guérard en 1634 pourtant très au courant des découvertes espagnoles. De même, ni l'atlas français de Sanson d'Abbeville en 1667, ni la carte de l'Amérique méridionale du Père Feuillée de 1714 ne font mention d'une île de Clipperton dans ces parages. Elle apparaît sous le nom d'île de La Passion sur la carte réduite de la Mer du Sud dessinée en 1753 par Bellin ingénieur de la Marine, hydrographe du Roi, nom repris dans son Hydrographie Française de 1755. L'atlas de Malte-Brun de 1812 confirme cette appellation. C’est en 1835, sur une carte de l'Océanie dressée par le géographe A. R. Fremin pour l'atlas anglais d'Arrowsmith qu'elle apparaît sous le nom d'île de Clipperton, alors qu'Arrowsmith lui-même l'avait indiquée sous le nom d'île de La Passion sur sa carte de l'Amérique Septentrionale datée de 1835 également.

La confusion s'installe a un point tel que, sur son Atlas de 1850, Berthe positionne une île de La Passion dans l'archipel des Revillagigredo au large du Cap Corrientes, une île Cliporton  [sic] plus au Sud et encore plus bas un Rocher de La Passion ex-Isla Medanos découverte en 1527 par le navigateur espagnol Alvaro Saabreda et que les Mexicains confondent aujourd'hui avec l'île de la Passion. Amboise Tardieu en 1850 et Bouillet en 1865 rétablissent la situation en ne mentionnant que la seule île de La Passion. Toujours est-il que la revendication du Mexique, se réclamant de l'héritage espagnol, provoque un différend franco-mexicain ; mais ce pays n'a jamais pu fournir de documents écrits prouvant l'antériorité de la découverte de l'île de Clipperton par les Espagnols pas plus que les Anglais n'ont pu le faire à leur tour. En présence des seules preuves écrites fournies à l'arbitrage international, à savoir les journaux de bord du Havrais Michel Dubocage et du Rochelais Martin de Chassiron contenant le premier relevé de l'île, la souveraineté de la France sur l'île de Clipperton a été officiellement reconnue par l'arbitrage rendu par le roi d'Italie en 1931 au nom de la Cour Internationale de La Haye, cour qui avait été saisie par la France et le Mexique en 1903.

Un intérêt colonial assez tardif[modifier | modifier le code]

Intéressée non pas par le phosphate de l'île mais par sa position stratégique dans le Pacifique face à l'isthme de Panama dans la perspective d'un percement futur, la France en prit possession le officiellement par publication dans divers journaux, sans qu'aucun État ne vienne contester cette possession à cette époque. Le projet était de faire de l'île un port de relâche pour les bateaux à vapeur, la construction d'un phare sur le « Rocher » (point culminant de l'île) qui serait visible à 30 milles nautiques, le percement de la passe près du « Rocher ».

L'annexion par le Mexique[modifier | modifier le code]

Les survivants de Clipperton

La découverte d'une grande quantité de guano sur l'île incita le Mexique, plus proche, à revendiquer l'île de la Passion et à l'occuper dès 1897. L'exploitation du guano fut concédée à la Pacific Islands Company. On a aussi parlé, en 1895-1896, d'une occupation de l'île par les États-Unis mais sans suite[précision nécessaire]. Par suite de la révolution mexicaine, les bateaux chargés d'approvisionner l'île tous les deux mois ne vinrent plus.

En 1914, le gouvernement du Mexique oublia la garnison de soldats avec femmes et enfants installés sur place depuis 1906. Ils y moururent du scorbut et de naufrages, à l'exception de trois femmes, une adolescente et sept enfants qui furent sauvés par le navire américain Yorktown le . C'est l'histoire des célèbres « Oubliés de Clipperton ». On retrouva sur l'île le gardien du phare, mort la veille, assassiné par les femmes dont il avait abusé pendant plus de deux ans, selon les dires des survivantes. Certaines encyclopédies ont longtemps indiqué que l'île de Clipperton avait une cinquantaine d'habitants, restant à ce chiffre de 1914.

La souveraineté française reconnue[modifier | modifier le code]

Bâtiment de débarquement de chars USS LST-563 (en) échoué sur l’ile de la Passion en 1944

Bien que l'îlot n'ait jamais eu de population française, la souveraineté française fut reconnue le par l'arbitrage de la Cour internationale et du roi Victor-Emmanuel III d'Italie[8]. La Cour reconnaît le caractère de terra nullius du territoire lors de la prise de possession française, et l'effectivité de celle-ci. Les seuls documents écrits prouvant l'antériorité de la découverte ayant été les journaux de bord de Martin de Chassiron et de Michel Dubocage.

Le Mexique reconnaît définitivement la souveraineté française sur l'île en 1959[9].

En 1944, les États-Unis occupèrent l'île d'autorité. Ils ouvrirent une passe dans la couronne (qu'ils refermèrent en partant) et nivelèrent une piste d'aviation toujours praticable. Suite à une protestation de la France, qui venait d'être libérée, par le ministre français des Affaires étrangères Georges Bidault en janvier 1945, les États-Unis rétrocédèrent le territoire à la France le .

L'époque des expéditions scientifiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Clipperton.

Administration[modifier | modifier le code]

La zone économique exclusive française autour de l'île de Clipperton

Depuis l'adoption en 1982 de la Convention internationale sur le droit de la mer, l'îlot confère à la France le droit de contrôler et d'exploiter tout autour de l'île une zone économique exclusive (ZEE) de 435 612 km2 (c'est-à-dire, sensiblement, un cercle de 200 milles nautiques de rayon). L'Académie des sciences d'outre-mer, dès 1981, a recommandé la mise en place sur l'atoll d'une base de pêche, avec réouverture du lagon et réhabilitation et extension de la piste aérienne existante.

Après avoir été sous la juridiction des Établissements français d'Océanie dès 1936 puis de la Polynésie française jusqu'au , l'île relève aujourd'hui du domaine public et est inscrite au tableau des propriétés domaniales de l'État. Elle est, à ce titre, sous l'autorité du ministre chargé de l'Outre-mer, autorité qu'il délègue au Haut-commissaire de la République en Polynésie française, représentant de l'État, à qui il appartenait d'accorder des autorisations aux particuliers désirant aborder l'atoll ou y obtenir des concessions d'exploitation.

Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 complétant la révision du 28 mars 2003, l'île est explicitement mentionnée au dernier alinéa de l'article 72-3 de la Constitution de la République française : « La loi détermine le régime législatif et l'organisation particulière des Terres australes et antarctiques françaises et de Clipperton ».

De fait, cette possession française ne faisait pas formellement partie des anciens territoires d'outre-mer (TOM), ni des collectivités d'outre-mer (COM) qui leur ont succédé : elle n'est pas un département d'outre-mer, ni un territoire d'outre-mer, ni une collectivité territoriale à statut particulier. Depuis février 2007, l'île de Clipperton est directement administrée par le Haut-Commissaire de la Polynésie française sous l'égide du ministre de l'Outre-mer. Depuis la loi no 2007-224 du 21 février 2007 portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l'outre-mer, l'île de Clipperton est soumise au titre II de la loi no 55-1052 du 6 août 1955 portant statut des Terres australes et antarctiques françaises et de l'île de Clipperton.

La situation juridique de l'île (l'étendue des lois applicables et les compétences des tribunaux) n'a pas toujours été claire. Cependant, la loi de 2007 a considérablement simplifié ces questions en plaçant l'île sous le principe de l'identité législative (et paradoxalement, cette loi rapproche donc cette possession française du régime juridique applicable aux DOM, même si l'île n'a pas de collectivité territoriale compétente, faute de représentant local, sa représentation étant collective par le parlement de la République tout entier devant lequel est responsable le gouvernement qui y en a l'autorité) : la loi indique clairement que les lois et règlements de la République s'y appliquent de plein droit (au contraire des anciens TOM et des COM actuels et autres territoires à statut particulier sui generis, où l'élaboration des lois et règlements se fait en concertation avec les collectivités territoriales locales dotées de compétences législatives spécifiques, à l'exception des questions de souveraineté[13]. L'effet de ce texte, qui a été validé au plan constitutionnel, a également pour effet d'inclure l'île de Clipperton dans le champ d'application des traités internationaux engageant la France (sauf en cas d'exclusion explicite dans les instruments de ratification de ces traités). Dès lors, « les juridictions de l'ordre judiciaire ayant leur siège à Paris » sont « territorialement compétentes » (selon les principes de la loi du 6 août 1955, et le décret du 24 janvier 1979).

Ce texte affirme enfin de façon claire que l'île ne fait pas partie de la Polynésie française (puisque cette dernière est administrée selon le principe de spécialité législative qui avait cours en tant que TOM et confirmé dans son nouveau statut actuel de COM), même si le ministre chargé de l'outre-mer délègue encore, pour des raisons pratiques, l'administration de l'île au Haut-commissaire (délégué substituant un préfet) représentant l'État en Polynésie française, notamment pour les autorisations d'accès et l'octroi des droits de pêche dans la zone économique exclusive autour de l'île de Clipperton[14].

Par cette même loi, l'île reste donc sous l'autorité directe du gouvernement. Elle n'est pas dotée d'une administration locale propre au plan exécutif, ni d'une réelle autonomie financière, mais seulement d'une ligne budgétaire dans les comptes publics du gouvernement, qui tient lieu de collectivité locale administrative pour ce territoire, le chef de gouvernement tenant lieu de préfet représentant l'État. Le code officiel géographique (COG) de l'Insee référençait ce territoire sous le code 98799 (correspondant à l'ancien rattachement à la Polynésie française, codée 987, comme s'il s'agissait d'une commune séparée) jusqu'au 31 décembre 2007, mais depuis le 1er janvier 2008, ce rattachement artificiel a été supprimé et le territoire est dorénavant codé 989 (ou 98901 pour les applications comptables ou statistiques nécessitant un découpage au niveau communal avec un code à cinq chiffres)[15].

Régulièrement, au moins une fois par an, un bâtiment de la Marine nationale française visite l'île pour remplacer la plaque commémorative et le drapeau national très souvent saccagés par les contrebandiers, les pêcheurs et les chercheurs de trésors. Ceci s'avère nécessaire en vertu du droit international relatif au statut de la mer et le maintien de la ZEE française, qui permet notamment à la France d'être partie à plusieurs traités internationaux concernant cette zone de l'océan Pacifique, notamment pour les ressources halieutiques (l'île se situe dans une importante zone de ressources pour la pêche au thon), mais exige que la souveraineté soit justifiée par une occupation régulière[16].

Écosystèmes[modifier | modifier le code]

Atoll formé à partir d'une île volcanique aujourd'hui en grande partie disparue, Clipperton n'a jamais été en contact avec le continent américain ni avec aucune autre terre. Sa faune et sa flore sont donc entièrement importées, soit naturellement, soit par l'action de l'homme.

Une cocoteraie sur l'île de Clipperton.

Le lagon (de 5 mètres de fond en moyenne, 92 mètres au maximum (profondeur mesurée à hauteur du « Trou sans fond »[17]), eau de surface faiblement salée) est clos (ni passe ni hoa).

L'eau marine y entre par les vagues qui franchissent le cordon lors des tempêtes, mais il se dégrade : nombreux récifs et coraux morts au sud (sur 14 espèces de coraux encore présentes en 1958, il n'en restait que 8 en 1994, dominées par 3 espèces Pocillopora, Pavona et Porites).

On a aussi assisté à une dégradation de l’herbier à Ruppia maritima (phanérogames) qui couvrait 45 % du lagon, eutrophisation exacerbée par un apport de guano estimé à 650 t/an, par des nombreux oiseaux marins qui y trouvent une escale, puisque l’île est la seule terre émergée entre le continent et les plus proches archipels polynésiens (la présence de ces nombreux oiseaux rend délicate l'utilisation de la piste d’atterrissage sur l'île, ou les transbordements par hélicoptère depuis un navire). Et le nombre de cocotiers est en diminution.

Le paysage terrestre uniforme n’offre qu’un petit nombre d’habitats. À la suite d'un naufrage daté de l'an 2000, des rats ont été introduits dans cet écosystème fragile qui s'en est trouvé profondément bouleversé. La flore est très rare, consistant essentiellement en quelques bouquets de cocotiers poussant sur un sol exposé à une forte insolation, et aux cyclones sur un substrat pauvre et peu diversifié (sables et graviers coralliens) qui — dans la région nord-ouest de l’île — a été dégradé par l'exploitation du limon phosphaté (de 1892 à 1917).

Faune[modifier | modifier le code]

Malgré des ressources limitées la faune comprend de nombreux individus vivant cependant sur l’île :

  • crustacés : des crabes : 11 millions de crabes orange de la famille des Gecarcinidae (selon l'UICN, 2008) ;
  • oiseaux : l'île est le seul lieu de ponte possible au milieu d'une surface d'océan de plusieurs millions de kilomètres carrés. Elle abrite la plus grande colonie de fous masqués au monde (110 000 individus dénombrés en 1997 et 2001 par C. Jost, confirmé en 2005).
    Au moins 11 espèces vivaient autrefois sur l'île, dont 10 oiseaux marins. En 1980, 6 espèces étaient encore présentes dont les fous (principalement Sula leucogaster et Sula dactylatra) constituant plus de 95 % des populations. Leur nombre a augmenté suite à l'éradication des porcs en 1958, introduits en 1897 par les exploitants de phosphate (D’autres porcs introduits en 1966 furent tués par une mission française en 1968).
    Fulica americana, la seule espèce nicheuse terrestre avait déjà disparu en 1980. Sur 11 espèces, 5 avaient disparu en 1980 et deux régressaient.
  • reptiles : Un lézard (Emoia cyanura) est répertorié, et un gecko (Gehyra mutilata) y est peut-être présent, selon l'IUCN. En 1825, des tortues vertes venaient pondre sur l'île. Elles n'ont pas été signalées depuis[18]. Le serpent marin Pelamis platurus est encore présent.
  • poissons : Au moins deux espèces de poissons étaient jadis présentes dans le lagon (disparues en 1980), mais 112 espèces sont répertoriées hors du lagon, dont 5 ou 6 endémiques. Les requins abondent dans les eaux voisines.
  • mammifères : Les dauphins sont fréquents autour de l'atoll, dont Stenella longirostris, Stenella attenuata, mais aussi Tursiops truncatus, Stenella coeruleaolaba et Delphinus delphis. Les mammifères introduits sont à l'origine de graves atteintes à l'avifaune nicheuse. Des porcs domestiques furent introduits accidentellement en 1897 probablement lors du naufrage du navire britannique Kinkora. La présence de l'espèce est mentionnée par le naturaliste américain Kenneth Stager en 1958, qui souligne que quelques centaines d'oiseaux sont visibles (contre des centaines de milliers d'après les témoignages du XIXe siècle). Avec son équipe, il procède à leur éradication totale. Grâce à cette intervention, l'effectif de Fous masqués et de Fous bruns de Clipperton passe de 150 individus pour la première espèce, à 112 000 en 2003, et de 500 pour la seconde, à 25 000 en 1980. Une seconde introduction accidentelle eut lieu ultérieurement et donna lieu à une seconde éradication en 1968. Les rats (Rat noir) auraient été introduits en 1998 ou 1999, suite à deux naufrages. L'espèce est un prédateur pour la faune locale et son éradication est à l'étude[19].

Flore[modifier | modifier le code]

  • 54 espèces d'algues sont répertoriées sur l'atoll. Les herbiers aquatiques se dégradent.
  • La flore de graminées et de vivaces est dominée par 4 espèces.
    Elle était en 2007 composée de 26 phanérogames, 3 mousses, quelques lichens et champignons identifiés, pour l'essentiel probablement introduits par l'homme. Le tapis d'Ipomoea pes-caprae encore présent en 1958 était déjà relictuel en 1980 (suite à un excès d’apport azoté par les oiseaux ?). Quelques vasières, mares et fossés abritent près du lagon des Cypéracées (en régression). Une espèce de cocotier a été introduite par l’homme, actuellement en expansion sous forme de quelques bosquets.
  • La flore est extrêmement sensible aux aléas climatiques : la faible altitude de l'île la rend au moins partiellement submersible lors des très grandes tempêtes, ce qui a pour effet la suppression de la végétation dans les zones touchées par la mer.

Pollution[modifier | modifier le code]

Les écosystèmes de l'île de Clipperton (bosquets, sols dénudés, lagon et fonds marins proches) sont également régulièrement recouverts par des déchets dérivants, qui forment une pollution inquiétante.

Il reste, éparpillées sur l’île, des munitions vides et de nombreuses carcasses de moteurs laissées après l'occupation américaine de 1944 et par l'ancienne exploitation du guano au début du XXe siècle. Les anciennes baraques sont en état de délabrement. Toutefois ces déchets constituent des abris artificiels pour les populations de crustacés aux heures les plus chaudes.

L’île a été recommandée par l’Oceania Program de l’Asian Wetland Bureau pour inscription en Zone humide Ramsar en 1994. Elle est toujours sur la liste des sites susceptibles d’être désignés au titre de la Convention de Ramsar.

Le , le chimiquier Sichem Osprey de la compagnie norvégienne Eitzen s'échoue sur les récifs entourant l'île avec dans sa cale notamment 10 000 tonnes de xylène et des huiles animales et végétales. Des opérations de pompage doivent être mises en place pour prévenir d'éventuelles fuites de xylène (le navire est toutefois à double coque) et alléger le navire qui trois semaines plus tard est toujours échoué[20]. Le navire est remis à flot le 5 mars 2010 sans qu'il y ait eu de pollution à déplorer[21].

Des ressources intérieures inexistantes[modifier | modifier le code]

Le phosphate a été exploité de 1898 à 1917. Les ressources de guano sont également épuisées. Aujourd'hui inhabité, l'îlot n'abrite même plus de station météorologique.

Une ZEE très vaste[modifier | modifier le code]

L'intérêt actuel réside dans la zone économique exclusive française de 435 612 km2 qui l'entoure (ce qui représente un disque de 201 milles de rayon, soit à 200 milles d'un atoll qui fait sensiblement un mille de rayon), permettant à la France d'être membre de l'ITTC (Inter Tropical Tuna Fish Commissions) du Pacifique nord et de pouvoir pêcher le thon.

La mission océanographique mexicano-française Surpaclip a aussi découvert en 1997 la présence de nodules polymétalliques riches en nickel et en cuivre.

Il y a toutefois un conflit quant aux droits de la France sur cette zone qui pourrait se limiter à 12 milles seulement[22]

Par ailleurs, dans le cadre de son programme Extraplac, la France n'aurait pas voulu en 2009 faire valoir auprès de l'ONU ses droits de possession à Clipperton[23] en relation avec une zone de 40 000 km2 de plateau continental, perdant ses droits de manière définitive[24],[25].

Philatélie[modifier | modifier le code]

Un timbre-poste a été émis en 2011, par la Poste française, pour commémorer la découverte de l'île. D'une valeur faciale de 1 euro, il a été dessiné par Marie-Noëlle Goffin. L'émission de ce timbre est à l'initiative d'Alain Duchauchoy, vice président chargé de la communication et des relations publiques de l'association Clipperton, projets d'Outre-Mer et responsable de l'expédition scientifique et radioamateur de 2008. D'un point de vue officiel, les timbres de Polynésie Française sont censés être utilisés, mais il n'y a ni bureau de poste, ni courrier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Commission nationale de toponymie et Conseil national de l'information géographique, Pays indépendants et capitales du monde : Entités géopolitiques dépendantes au 01.09.2007,‎ 16 septembre 2007, 10 p. (lire en ligne), p. 4
  2. Ou 98901 en cas de besoin de codage sur 5 positions. Insee, code officiel géographique des collectivités d'outre-mer (COM)
  3. [PDF] Synthèse : biodiversité et conservation outre-mer, partie sur l'île de Clipperton (UICN, 2008)
  4. Bibliographie de l’île de Clipperton - Île de La Passion (1711-2005) par Christian Jost, site internet de la Société des Océanistes
  5. Revue historique de l'armée, ministère des Armées, 1965, p. 151, [lire en ligne], consulté le 1er novembre 2008.
  6. Annales de l'Institut océanographique de Monaco, vol. 40, 1963, page 6, [lire en ligne] consulté le 1er novembre 2008.
  7. Archives Nationales Marine 4 jj 47 Voir le récit de son voyage sur Internet en demandant passion.clipperton
  8. Affaire de l’île de Clipperton (Mexique contre France) Recueil des sentences arbitrales, Volume II, pp. 1105-1111 28 janvier 1931
  9. Rapport du Sénat : mission effectuée au Mexique du 20 au 28 février 1999.
  10. (en) Robert Evans Snodgrass et Edmund Heller, The birds of Clipperton and Cocos islands, Proceedings of the Washington academy of sciences, vol. 4, 1902, pp. 501-520, [lire en ligne]
  11. Christian H. Jost, « Clipperton - Île de la Passion : Une aire française du Pacifique à protéger ! », dans Jean-Michel Lebigre (dir.) et Pierre-Marie Decoudras (dir.), Les aires protégées insulaires et tropicales, Pessac, Centre de recherches sur les espaces tropicaux (CRET), coll. « Îles et archipels » (no 32),‎ 2003, 304 p. (ISBN 2-905081-45-7, lire en ligne), p. 226 (colloque de Nouméa, 30-31 octobre 2001).
  12. Jean-Louis Étienne : cap sur Clipperton, Fabrice Nodé-Langlois, Le Figaro, 13 novembre 2004
  13. La loi no 2007-224 du 21 février 2007 décide que le nouvel article 9 ajouté à la loi statutaire du 6 août 1955 - actualisée et rebaptisée « Loi portant statut des Terres australes et antarctiques françaises et de l'île de Clipperton » comportera un alinéa 3 qui précise « Les lois et règlements sont applicables de plein droit dans l'île de Clipperton. »
  14. La Législation applicable au récif de Clipperton, par André Oraison, professeur de droit public à l'université de La Réunion (université française et européenne de l'Océan Indien)
  15. Définition et méthodes de nomenclature dans le code géographique officiel de l'Insee.
  16. Question écrite no 9607 de Christian Cointat (sénateur des Français établis hors de France), sur le site du Sénat.
  17. (fr) « Le "trou sans fond" », jeanlouisetienne.com (consulté le 9 avril 2013)
  18. Morrell, B. 1832. A Narrative of Four Voyages to the South Sea, North and South, Pacific Ocean, Chinese Sea, Ethiopic and Southern Atlantic Ocean, Indian and Antarctic Ocean from the Years 1822 to 1831. J. & J. Harper, New York, 492 pp.
  19. in O.Lorvelec, D. Fourcy, M.Pascal, L'île de Clipperton : un paradis pour les oiseaux, menacé par les introductions de mammifères, Ornithos 19-4, juillet-août 2012, pp 251-264;
  20. Échouage du Sichem Osprey à Clipperton : Aucune pollution à ce jour dans Tahiti presse du 26 février 2010.
  21. Clipperton : Déséchouement du navire chimiquier Sichem Osprey, Agence Tahitienne de Presse
  22. L’Île de Clipperton, ou comment un atoll de 6 km2 est devenu l’un des dossiers sensibles des relations bilatérales entre la France et le Mexique… l’île de Clipperton, qui n’a pas d’administration à proprement dit, où personne n’habite, et donc, au niveau du droit international maritime, on lui reconnaît seulement 12 milles marins de mer territoriale (et non les 200 milles marins de zone économique exclusive)
  23. Programme français d'extension du plateau continental. La ZEE de Clipperton s’étend partout jusqu’à la haute mer. Les côtes du Mexique sont situées à un peu moins de 700 milles au Nord-Est.
  24. Le Programme français d'extension du plateau continental : une action structurée En 2004, l’Ifremer a constitué une liste des zones d’extensions pouvant représenter un intérêt, 24 zones sont concernées, dont 11 partagées avec un autre État… Pour y prétendre il faut déposer, avant le 13 mai 2009, un dossier technique et juridique devant la Commission des Limites du Plateau Continental qui implique de nombreuses campagnes océanographiques.
  25. Florence Cassez a-t-elle fait perdre les fonds autour de Clipperton à la France ?

Annexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Île de Clipperton.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Jost, Risques environnementaux et enjeux à Clipperton, in Cybergéo, revue européenne de géographie
  • H. Juet, Clipperton, l'île Passion, Éditions Thélès, Paris, 258 p., 2004
  • Jean-Hugues Lime, Le Roi de Clipperton, roman, Le Cherche-Midi éditeur, 2002 ; (ISBN 2-86274-947-8) pour la 1re édition.
  • André Rossfelder, Tropique du crabe - Clipperton, l'île tragique, roman, éd. Albin Michel, 1976 ; (ISBN 2-226-00284-7) ;
  • (es) Laura Restrepo, La isla de la pasíon, roman ; (ISBN 968-406-317-2) ;
  • Claude et Jacqueline Briot, Dubocage de Bléville, découvreur de Clipperton Recueil de l'Association des Amis du Vieux Havre no 48 - 1989
  • (de) Ivo Mansmann, Clipperton, Schicksale auf einer vergessenen Insel, Roman ; (ISBN 3-354-00709-5)
  • Michel Dubocage, Journal de Navigation fait par le capitaine Dubocage commandant la frégate La Découverte présenté, transcrit et annoté par Claude et Jacqueline Briot, Books on Demand, avril 2010. Sous titré par les transcripteurs Voyage à la Chine par le Cap-Horn. Découverte de Clipperton 1707-1716
  • Collectif, Dubocage de Bléville, Clipperton et la Chine, Cahiers Havrais de Recherche Historique. Numéro spécial hors série 2011 en quadrichomie, Actes du colloque du même nom à l'occasion du tricentenaire de la découverte de l'île de La Passion. Textes recueillis et mis en page par Claude Briot. CHRH Le Havre décembre 2011.

Presse[modifier | modifier le code]

Le journaliste Gabriel Macé a souvent parlé de l'île de Clipperton dans Le Canard enchaîné et est devenu un spécialiste de l'îlot.