Îles Marquises

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Îles Marquises
Carte des îles Marquises.
Carte des îles Marquises.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Îles Marquises
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 9° 30′ S 140° 00′ O / -9.5, -140 ()9° 30′ S 140° 00′ O / -9.5, -140 ()  
Superficie 997 km2
Nombre d'îles 14
Île(s) principale(s) Nuku Hiva, Ua Pou, Ua Huka, Hiva Oa, Tahuata, Fatu Hiva
Point culminant Mont Oave (1 230 m sur Ua Pou)
Administration
Statut Forme un district.

Collectivité d'outre-mer Polynésie française
Démographie
Population 9 264 hab. (2012)
Densité 9,29 hab./km2
Gentilé Marquisiens/Marquisiennes
Autres informations
Fuseau horaire UTC-9:30

Géolocalisation sur la carte : Polynésie française

(Voir situation sur carte : Polynésie française)
Îles Marquises
Îles Marquises
Archipels de France

Les îles Marquises (de l'espagnol Marquesas) forment un des cinq archipels de la Polynésie française.

Elles furent ainsi nommées par l'Espagnol Álvaro de Mendaña qui les approcha en 1595. Il leur donna ce nom en l'honneur de son protecteur, le vice-roi du Pérou, García Hurtado de Mendoza, marquis de Cañete. Mendaña a d'abord visité Fatu Hiva puis Tahuata avant de rejoindre les îles Salomon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Photo d'une statue de tiki en pierre de deux mètres cinquante de haut. Le bras gauche est manquant.
Tiki représentant le chef Taka'i'i, sur le site archéologique du Mea'e Te l'Ipona, près du village de Puamau, ile de Hiva Oa
Drapeau avec des bandes jaune en haut et rouge en bas, et un triangle blanc à gauche où se trouve le dessin d'un masque.
Drapeau non officiel des îles Marquises[1]

Selon l'archéologue américain Robert Suggs, les Marquises sont habitées par des Polynésiens dès 150 av. J.-C. à 100 ap. J.-C[2]. Les observations ethnologiques et les liens de parenté linguistiques laissent à penser qu’ils venaient de Samoa.

Chaque vallée était le territoire d’une tribu avec un système social propre, une aristocratie et un clergé. D’interminables guerres tribales opposaient les Marquisiens qui pratiquaient le cannibalisme rituel avec les prisonniers de guerre.

Le premier Européen qui les découvrit fut l'Espagnol Álvaro de Mendaña en 1595. Au cours de son voyage du Pérou aux îles Salomon, il rencontra les îles du sud : Magdalena (Fatu Hiva), Dominica (Hiva Oa), Santa Cristina (Tahuata) et San Pedro (Moho Tani). Deux siècles passèrent avant qu’un autre Européen, James Cook, ne revienne et y reste plus d’un mois pour se reposer de son exploration de l’Antarctique.

En juin 1791, l’Américain Joseph Ingraham reconnut les îles du groupe nord : Federal (Ua Huka), Washington (Nuku Hiva) et Adams (Ua Pou). Il les appela « les îles Washington »[3]. Deux mois plus tard, ce fut le tour du Français Étienne Marchand. Il prit possession de l’archipel au nom de la France et le nomma « îles de la Révolution ». Les îles reçurent son nom et celui de ses seconds : Marchand (Ua Pou), Masse (Eiao) et Chanal (Hatutu), de ses commanditaires Baux (Nuku Hiva) et d'une particularité géomorphologique, Deux Frères (Motu Iti)[4].

Krusenstern, capitaine de la marine impériale russe, visita en 1804 les îles Marquises lors de son voyage de circumnavigation (1803-1806). Il découvrit sur la côte sud-occidentale de Nuku Hiva une baie (actuelle baie d'Hakaui) pouvant faire un excellent port, à laquelle il donna le nom de Tchitchagov, nom du ministre de la Marine russe, Pavel Tchitchagov .

En 1813, au cours de la guerre anglo-américaine, l’Américain David Porter établit une base navale aux îles Madison. Mais après la guerre, les États-Unis ne ratifièrent pas cette possession.

En 1842, le Français Aubert du Petit-Thouars prit possession de l’archipel, qui fut intégré aux Établissements français de l'Océanie. Dès cette époque, Du Petit-Thouars, ainsi que Guizot, envisagent de créer là un lieu accueillant les condamnés à la peine de déportation, prévue pour les crimes politiques mais pas encore appliquée à cette date. C'est en 1849 que les premières condamnations à cette peine sont prononcées par la Haute Cour de justice de Bourges, qui condamne Armand Barbès, l'ouvrier Albert et Louis Blanc. Peu de temps après, la loi du 8 juin 1850 détermine l'île de Nuku Hiva, la plus grande de l'archipel, comme lieu de déportation. C'est finalement en 1852 qu'ont lieu les premières, et uniques, déportations aux Marquises : Louis Langomazino, Alphonse Gent et Albert Ode, des opposants au coup d'État du 2 décembre 1851, sont condamnés et seront exilés avec leurs familles. Mais l'établissement de Taiohae, très isolé, sera abandonné en 1854 et transféré en Nouvelle-Calédonie[5].

Les îles Marquises sont incorporées au territoire d'outre-mer de la Polynésie française en 1958, après la victoire du « oui » au référendum.

Géographie[modifier | modifier le code]

Photo montrant les montagnes et la jungle du centre de l'île.
Forêt tropicale, sur l'île de Fatu Iva.

Îles[modifier | modifier le code]

D'une superficie totale de 997 km2, elles sont parmi les archipels les plus étendus de la Polynésie française.

Elles se situent entre 600 et 1 000 km de l'équateur à environ 1 600 km de Tahiti. Elles sont réparties en deux groupes d'îles distincts :

  • le groupe septentrional, centré autour de la grande île de Nuku Hiva, les deux plus petites îles d’Ua Pou au sud, et Ua Huka à l’est, et au nord les petites îles situées sur le même massif corallien d'Eiao, Hatutaa et Motu One ;
  • le groupe méridional, centré autour de l’île principale de Hiva Oa, et les plus petites îles très proches de Tahuata et Moho Tani (ou Molopu), et plus au sud l’île de Fatu Hiva et le rocher Motu Nao.

Géologie[modifier | modifier le code]

Photo aérienne montrant la cascade de Hakaui.
La cascade de Hakaui, descendant du haut plateau de Nuku Hiva.

Toutes les îles des Marquises sont d’origine volcanique à l’exception de Motu One, et ont été formées par le point chaud des Marquises. Elles ont un relief escarpé et ne sont pas protégées par un récif de corail (sauf Fatu Hiva et quelques vallées comme Anaho à Nuku-Hiva). Les sommets peuvent atteindre les 1 100 mètres d’altitude. Les falaises plongent dans la mer jusque dans les fonds marins et sont constamment érodées par les courants du Pacifique-Sud. Les côtes ont l’aspect d’une muraille coupée de profondes crevasses et de quelques plages. Quelques vallées profondes et isolées barrent les chaînes de montagnes.

Les paysages volcaniques sont à l’origine de nombreux noms de lieux[6]: Hiva Oa, La Grande Crête ; Nuku Hiva, La Crête des Falaises ; Fatu Hiva, Les Neuf Roches ou la Neuvième Île ; Fatu Huku, Morceau de Pierre ; Ua Pou, Les Deux Piliers, sans oublier la surprenante « Baie des Verges » que les missionnaires changèrent en « Baie des Vierges ».

Climat[modifier | modifier le code]

La pluviosité est très variable d’une île à l’autre et d’une année sur l’autre. La température est modérée par les alizés. Les côtes sur le vent sont beaucoup plus arrosées que les côtes sous le vent, plus sèches et plus inhospitalières.

Environnement[modifier | modifier le code]

Forêts humides tropicales
des Marquises
Écorégion terrestre - Code OC0108[7]

Description de cette image, également commentée ci-après

Flore tropicale à Fatu Hiva.

Classification
Écozone : Océanien
Biome : Forêts de feuillus humides tropicales et subtropicales
Global 200[8] : Forêts des îles du Pacifique Sud
Écologie
Espèces végétales[9] :
318
Oiseaux[10] :
23
Mammifères[10] :
0
Squamates[10] :
20
Espèces endémiques[10] :
11
Conservation
Statut[10] :
Critique / En danger
Espèces menacées[11] :
7
Ressources web :
Site du WWF

Localisation

Description de l'image  Map of Oceanian Ecoregions.svg.

L'archipel constitue une écorégion terrestre dans la classification du Fonds mondial pour la nature sous le nom de « forêts humides tropicales des Marquises ». Elle appartient au biome des forêts de feuillus humides tropicales et subtropicales de l'écozone océanienne.

La grande distance qui sépare les îles du continent est à l’origine des principales caractéristiques de l’écosystème. Celui-ci a souffert des activités humaines et de l’introduction d’espèces étrangères. La faune marine est riche, la faune terrestre est nettement plus pauvre : oiseaux, insectes (papillons, araignées, mille-pattes). L’homme a également introduit des chiens, des chevaux, des chèvres, des ovins ainsi que les rats, les moustiques et les scorpions. La flore est variée et originale. On cultive l’arbre à pain, le cocotier, le tabac, la vanille et même le coton.

Communes et circonscription électorale[modifier | modifier le code]

L'archipel comptait 9 264 habitants en 2012[12] Au nord, se trouvent les communes les plus peuplées :

  • Nuku Hiva : 2 966 habitants. C'est l’île principale du groupe septentrional, et le siège dans le village de Taiohae du chef-lieu des Marquises ;
  • Ua Pou : 2 173 habitants ;
  • Ua Huka : 621 habitants.

Et au sud les communes de :

  • Hiva Oa : 2 190 habitants (l’île principale du groupe méridional, et la plus célèbre) ;
  • Tahuata : 703 habitants ;
  • Fatu Hiva : 611 habitants.

La circonscription électorale pour l'Assemblée de la Polynésie française comprend les communes de Fatu-Hiva, Hiva-Oa, Nuku-Hiva, Tahuata, Ua-Huka et Ua-Pou. Elle élit trois représentants à l'Assemblée de la Polynésie française. Elle fait partie de la circonscription Est pour les législatives françaises.

Démographie[modifier | modifier le code]

La rencontre des explorateurs avec les Marquisiens eut pour effet de les exposer à des maladies contre lesquelles ils n'avaient aucune immunité. Cela entraîna une forte chute de la population. On estime qu’au XVIe siècle la population s’élevait à 100 000 habitants, au début du XXe elle n’était plus que de 2 000 Marquisiens. Elle est remontée aujourd’hui à 8 712.

Économie[modifier | modifier le code]

Transports et communications[modifier | modifier le code]

  • Avion : il y a quatre aéroports aux Marquises. Ils sont sur les îles de Nuku Hiva, Ua Pu, Ua Huka et Hiva Oa. Ils sont desservis par la compagnie Air Tahiti.
  • Bateau : bateau de la compagnie Aranui, bateau communal, speed boat...
  • Taxis.
  • Chevaux.

Culture[modifier | modifier le code]

Photo de tapas accrochés au mur d'une boutique.
Tapas marquisiens.
Photo de statuettes de tikis en bois et d'autres objets artisanaux.
Artisanat marquisien.

Les îles Marquises étaient autrefois un centre important de la civilisation polynésienne orientale (les Hawaï ont vraisemblablement été peuplées à partir des Marquises, comme le démontre la parenté de la langue avec le marquisien).

Langue[modifier | modifier le code]

Le marquisien est officiellement reconnu comme langue régionale de France. Il se subdivise en deux dialectes qui correspondent aux deux groupes d'îles (certains linguistes considèrent qu'il s'agit de deux langues distinctes). Le marquisien est défendu par l'Académie marquisienne, créée en 2000 par l'Assemblée de la Polynésie française.

Tatouage[modifier | modifier le code]

Bien que la pratique du tatouage soit présente dans l’ensemble de la Polynésie, cet art a atteint son sommet aux Marquises. Les hommes se tatouaient totalement de la tête aux pieds, essentiellement dans un but guerrier. Les motifs typiquement marquisiens sont aujourd’hui recopiés dans le monde entier.

Arts et lettres[modifier | modifier le code]

Tableau de Gauguin montrant des cavaliers et cavalières marquisiens, sur une plage de couleur rose.
Paul Gauguin : Cavaliers sur la plage, (1902)
  • Les Marquises inspirèrent le romancier américain Herman Melville, dont les expériences aventureuses dans les îles formèrent la base des romans autobiographiques Taïpi et Omoo. Ces deux livres décrivent notamment en détail les conditions de vie des tribus indigènes durant la première moitié du XIXe siècle, avant la colonisation française. Celle-ci est évoquée de façon marginale, mais non sans une certaine ironie : « C'était sans doute un vaillant, mais non moins prudent guerrier que ce vice-amiral Dupetit-Thouars susnommé. Quatre lourdes frégates armées à couple et trois corvettes pour soumettre par intimidation quelques païens tout nus ! Soixante-huit canons pour abattre des huttes en rameaux de cocotiers, et des fusées de Congreve pour mettre le feu à quelques abris à pirogue ! »[13].
  • Le chercheur et aventurier Thor Heyerdahl écrivit son livre Fatu Hiva après être resté plus d’un an sur cette île. Il est le point de départ de ses recherches sur les migrations marines préhistoriques.
  • Le chanteur Jacques Brel résida aux Marquises à partir de 1974. Il y composa son dernier disque : Les Marquises, et y fut enterré.
  • Le peintre Paul Gauguin a également résidé sur cet archipel à partir de 1901. Il profita de son séjour pour défendre les droits des indigènes. Influencé par l'environnement tropical et la culture polynésienne, il réalise des sculptures sur bois et peint de nombreux tableaux. Il est enterré dans le cimetière d'Atuona. La tombe de Jacques Brel côtoie la sienne. Il y a d'ailleurs écrit une référence dans sa chanson de l'album éponyme Les Marquises[14].
  • Aujourd’hui la culture marquisienne est un mélange de culture originelle, tahitienne et française.
  • Nuku Hiva servit en 2001 de tournage à l'émission américaine de télé réalité Survivor (bien que la population marquisienne ne fût pas consultée).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le drapeau de l'archipel des Marquises, sur Les Marquises - Blog LeMonde.fr
  2. Robert C. Suggs (1961). Archaeology of Nuku Hiva, Marquesas Islands, French Polynesia, Anthropological Papers of the American Museum of Natural History, New York
  3. « Documents de Joseph Ingraham, 1790-1792: Journal du voyage de la brigantine "Hope" de Boston à la côte nord-ouest de l'Amérique », sur World Digital Library,‎ 1790-1800 (consulté le 2013-06-08)
  4. Joseph Boniface, « Le premier tour du monde par le Drapeau tricolore », Provence historique, no 3, volume 1, 1951, p. 162-178.
  5. Aristide Frézard,Stanislas Frézard, « Chronique forestière », dans la Revue des eaux et forêts ; Annales forestières, Année 1868, Volume 7 (voir p. 181)
  6. Traduction provenant de l'article similaire en espagnol
  7. (en) D. M. Olson, E. Dinerstein, E. D. Wikramanayake, N. D. Burgess, G. V. N. Powell, E. C. Underwood, J. A. D'Amico, I. Itoua, H. E. Strand, J. C. Morrison, C. J. Loucks, T. F. Allnutt, T. H. Ricketts, Y. Kura, J. F. Lamoreux, W. W. Wettengel, P. Hedao et K. R. Kassem, « Terrestrial Ecoregions of the World: A New Map of Life on Earth », BioScience, vol. 51, no 11,‎ 2001, p. 935-938.
  8. (en) D. M. Olson, E. Dinerstein, R. Abell, T. Allnutt, C. Carpenter, L. McClenachan, J. D’Amico, P. Hurley, K. Kassem, H. Strand, M. Taye et M. Thieme, The Global 200 : A representation approach to conserving the earth's distinctive ecoregions, Washington DC, Conservation Science Program, World Wildlife Fund-US,‎ 2000 (lire en ligne)
  9. (en) G. Kier, J. Mutke, E. Dinerstein, T. H. Ricketts, W. Küper, H. Kreft et W. Barthlott, « Global patterns of plant diversity and floristic knowledge », Journal of Biogeography, vol. 32,‎ 2005, p. 1107–1116 (DOI 10.1111/j.1365-2699.2005.01272.x, lire en ligne), données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.
  10. a, b, c, d et e (en)World Wildlife Fund, « WildFinder: Online database of species distributions »,‎ janvier 2006, données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.
  11. (en) J. M. Hoekstra, J. L.  Molnar, M. Jennings, C. Revenga, M. D. Spalding, T. M. Boucher, J. C. Robertson, T. J. Heibel et K. Ellison, The Atlas of Global Conservation : Changes, Challenges, and Opportunities to Make a Difference, Berkeley, University of California Press,‎ 2010 (lire en ligne), données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.
  12. La population légale au 22 août 2012, Institut de la statistique de la Polynésie française.
  13. Herman Melville, Taïpi, Omou, Mardi, Œuvres, I, notice de Philippe Jaworski (p. 1203-1238), Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1996 (ISBN 2-07-010681-0).
  14. Jacques Brel - Les Marquises, 1977 : " Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Guauguin ".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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