Hannon (navigateur)

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Hannon
Fonctions
Suffète de Carthage
480440
Prédécesseur Hamilcar Ier
Successeur Himilcon Ier
explorateur carthaginois
-500-480
Biographie
Dynastie Magonides

Hannon est un navigateur et explorateur carthaginois qui a exploré une partie des côtes africaines à une date incertaine, entre -630 et -530, voire -425[1].

Histoire de l'exploration[modifier | modifier le code]

Carte du périple de Hannon.

Vers 500 av. J.-C., le suffète (archonte) Hannon[2] est chargé par Carthage de franchir les Colonnes d'Hercule avec une flotte de soixante navires de cinquante rameurs chacun et 30 000 personnes à bord ; il doit débarquer à chaque étape pour y fonder des colonies ou peupler des comptoirs déjà existants et, une fois atteint le dernier comptoir, poursuivre sa route pour une expédition d'exploration[3].

Son périple a été transcrit sur une stèle déposée dans le temple de Ba'al-Hammon à Carthage. L'original punique n'a pas été retrouvé, mais il existe une version grecque intitulée Récit du voyage du roi des Carthaginois Hannon autour des contrées qui sont au-delà des Colonnes d'Hercule, gravée sur des plaques suspendues dans le temple de Kronos.

Selon ce récit, le périple se décompose en cinq étapes étudiées par Jérôme Carcopino :

  1. De Gadès (Cadix) à Thymatérion (embouchure de l’oued Sebou, près de l'actuelle Kénitra).
  2. De Thymatérion au Soloeis (cap Cantin, le cap Beddouza actuel, proche de Safi) et au Mur Carrien (Safi), puis retour par étape vers Gytté et Melitta (anciennes colonies de Cotté et Melissa, vers Tanger) et enfin un long arrêt à Lixus (Larache, sur l’actuel oued Loukkos).
  3. De Lixus à l’île de Cerné (baie de Rio de Oro).
  4. Expédition de reconnaissance de Cerné jusqu'à l’intérieur du delta du fleuve Sénégal et retour à Cerné.
  5. De Cerné au fond du golfe de Guinée, sur les rivages de l'actuel Cameroun.

Il y avait déjà sept colonies fondées sur le littoral de l'actuel Maroc, immédiatement après Tanger, correspondant aux actuelles Larache, El-Jadida (ancienne Mazagan), Safi et Cerné près de Villa Cisneros (Dakhla) désigné sous le nom d'« île d'Hern » sur les anciennes cartes marines, à 1 800 kilomètres au sud de Gadès (Cadix). Jusqu'à Cerné, l'amiral carthaginois n'a pas voyagé au hasard ; il connaissait à l'évidence la route et Cerné devait être un avant-poste qui avait déjà été fondé, et où il laisse les derniers colons dont il avait la charge. L'expédition part de cette base aux marches du monde punique. Le but de cette exploration était vraisemblablement de repérer les côtes plus au sud pour y fonder ultérieurement de nouveaux comptoirs. De ce point de vue, le périple illustre bien la façon de procéder des Carthaginois et des Phéniciens avant eux. Le fleuve Chrétès correspond sans doute au fleuve Sénégal et Hannon, qui était revenu à Cerné sans avoir rien trouvé de concluant, ravitaille son navire et décide de continuer plus avant. Il double un contrefort boisé, sans doute le cap Vert, puis longe le littoral dominé par le volcan Kakoulima avant d'arriver à la « Corne d'Occident » qu'est la baie du Bénin. Il aperçoit au loin le « Char des Dieux », le mont Cameroun, pour arriver à la « Corne du sud », sans doute la baie de Biafra.

Pour avoir pu prendre des interprètes parmi les nomades à Lixus, ce comptoir devait exister depuis déjà un certain temps pour que certains soient devenus bilingues. C’étaient en outre autant de guides connaissant les contrées que les Phéniciens embarquaient avec eux, capables de les renseigner sur les populations rencontrées.

Enfin, il paraît impossible qu'avec des comptoirs situés pratiquement en face des îles Canaries — qu'on peut parfois voir à l’œil nu depuis la côte —, Phéniciens ou Carthaginois ne s'y soient jamais rendus, même si nous ne possédons aucune trace directe de leur éventuel passage. En revanche, des pièces de monnaie puniques datant du IIIe siècle av. J.-C. ont été retrouvées dans l'île de Corvo aux Açores, plus distantes, qui, si elles y ont été apportées à l'époque, montreraient qu'existait un trafic entre cet archipel et la population des comptoirs les plus proches de la côte africaine.

Transmission[modifier | modifier le code]

Le Périple d'Hannon se matérialise sous la forme d'un bref texte grec, présenté comme la traduction d'une inscription en phénicien dans le temple de Baal à Carthage. La tradition passe par un manuscrit unique, le Palatinus græcus 398, manuscrit byzantin du dernier quart du IXe siècle (texte de 101 lignes, fol. 55r-56r). Le Vatopedinus 655 (conservé à la British Library, Add. 19391), du XIVe siècle, contient aussi le texte, mais c'est une copie du précédent. L'editio princeps est due à Sigismund Gelenius (Bâle, 1533). Une traduction française est donnée dans un volume intitulé Historiale description de l'Afrique, tierce partie du monde..., publié à Lyon en 1556 par l'imprimeur Jean Temporal. Une traduction latine se trouve dans une édition du De totius Africæ descriptione de Léon l'Africain publiée à Zurich en 1559.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jehan Desanges, Recherches sur l'activité des méditerranéens aux confins de l'Afrique : VIe siècle av. J.-C. - IVe siècle après J.-C., Rome, 1978, p. 392-403 (Collection de l'École française de Rome, 38).
  • François Decret, Carthage ou l'empire de la mer, 1977, éditions du Seuil, Paris.
  • Stéphane Gsell, Histoire de l'Afrique du Nord, 1913-1920 (4 tomes), Paris.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Voir sur Wikisource en grec :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Decret, Carthage ou l'empire de la mer, Paris, Seuil, coll. « Points / Histoire »,‎ 1977
  2. Maurice Euzennat, « Le périple d'Hannon », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 138, no 2,‎ 1994, p. 559-580 (lire en ligne)
  3. (en) Alfred J. Church, The Story of Carthage, Biblo & Tannen,‎ 1998, p. 95-96