Abdelwahab Meddeb
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| Abdelwahab Meddeb | |
| Activité(s) | romancier, poète, essayiste, traducteur, universitaire |
|---|---|
| Naissance | 1946 Tunis, Tunisie |
| Langue d'écriture | français |
| Distinctions | Prix François Mauriac (2002) Prix Max Jacob (2007) |
Abdelwahab Meddeb, né en 1946 à Tunis, est un écrivain, poète et animateur de radio franco-tunisien.
Directeur de la revue internationale Dédale, il enseigne la littérature comparée à l'Université Paris X. Il est aussi professeur invité dans de nombreuses universités (dont Yale et Genève). Il anime l'émission Cultures d'islam sur France Culture.
Sommaire |
[modifier] Biographie
Sa généalogie associe du côté de sa mère une lignée patricienne — son grand-père Belhaj est d'origine tripolitaine et sa grand-mère Lasram d'origine yéménite — et du côté de son père une famille active dans les souks de Tunis et dans la grande mosquée et université de la Zitouna (fondée au milieu du IXe siècle). D'origine morisque, comptant parmi les musulmans expulsés d'Espagne en 1609, la famille paternelle trouve d'abord refuge au Maroc puis y séjourne plus d'un siècle avant de s'établir à Tunis dans le dernier quart du XVIIIe siècle. Son grand-père, le cheïkh Mokhtar Meddeb, a été professeur (mudarris) des lectures coraniques (’ilm al-qira’ât) à la Zitouna et son père, le cheïkh Mustapha Meddeb, l'a été en principes du droit (uçûl al-fiqh) mais participa aussi dans les années 1930 au monde littéraire de Tunis en composant des poèmes inspirés par le lyrisme du groupe cairote Apollo.
Abdelwahab Meddeb grandit donc dans une famille traditionnelle, conservatrice et profondément pieuse. Il commence à apprendre le Coran sous l'autorité de son père dès l'âge de cinq ans puis entre à l'école franco-arabe à l'âge de six ans (annexe du fameux Collège Sadiki). Dès l'âge de 14 ans, il se passionne pour les lettres françaises en lisant ses grands classiques. Après trois années à l'Université de Tunis, il entame des études d'histoire de l'art à la Sorbonne. Il s'établit à Paris en octobre 1967 où il vit depuis. En 1970-1972, il collabore au dictionnaire du Petit Robert des noms propres (concernant l'islam et l'histoire de l'art). De 1974 à 1987, il devient conseiller littéraire aux éditions Sindbad et contribue à faire connaître les auteurs classiques des littératures de langue arabe et persane ainsi que les grandes voix du soufisme. De 1987 à 1995, il devient professeur invité aux universités de Genève et de Yale. À partir de 1995, il enseigne la littérature comparée (Europe et monde islamique) à l'Université Paris-X.
Parmi ses premières publications datant du milieu des années 1970 figurent des essais (parus notamment dans Les Cahiers du cinéma et Les Temps modernes) et des poèmes (édités par la revue Change). Entre 1992 et 1994, il co-dirige la revue Intersignes et fonde en 1995 sa propre revue baptisée Dédale. À la demande de Patrice Gélinet, alors directeur de la station radiophonique France Culture, il crée en octobre 1997 l'émission hebdomadaire Cultures d'islam.
[modifier] Œuvre
Dans son œuvre polymorphe et transgénérique (allant du poème à l'essai en passant par le roman), il s'attache à honorer ce qu'il appelle sa « double généalogie », européenne et islamique, française et arabe. Son œuvre, transfrontalière, agit sur le lecteur selon une poétique et une esthétique de l'interstitiel, en quête de ce qui interfère entre les langues et les cultures, entre les credos et les imaginaires. Sa visée tend à concilier la découverte de l'inouï en maintenant l'entretien avec les Anciens, quelle que soit leur origine : cette conversation avec les morts mêle les voix des présocratiques à celles des soufis, celles des poètes arabes et persans à celles des poètes médiévaux appartenant aux diverses traditions romanes auxquels il convient d'ajouter ce qui nous parvient des maîtres de la Chine et du Japon classiques. Cependant, Meddeb accorde une place privilégiée aux échos qui résonnent entre les textes d'Ibn Arabî et ceux de Dante à travers lesquels il perçoit les ancêtres de son croisement culturel. Ses derniers essais confirment un engagement tranché et radical contre l'exclusivisme belliqueux de l'intégrisme qu'il diagnostique comme étant la « maladie de l'islam ». Son œuvre, quels qu'en soient le support et les enjeux, traduite dans une vingtaine de langues, reste ouverte sur l'horizon cosmopolitique d'une weltliteratur toujours à venir, qu'il enrichit par le désenclavement des références arabes et islamiques.
[modifier] Islam et modernité
Lors du débat qu'il tient face à Tariq Ramadan, pendant l'émission Ce soir (ou jamais !) du 30 janvier 2008[1], Meddeb explicite la condition pour concilier l'islam avec la modernité. Pour lui, seule l'avancée vers la laïcité peut dégager l'islam des archaïsmes qui l'entravent. Il appelle donc au dépassement de la charia et à l'abrogation du jihad (fût-il défensif) par l'islam officiel, c'est-à-dire celui des États. Il explique aussi que l'accès à la modernité exige une rupture avec sa propre origine qui engendre un « travail du deuil » dans la « douleur de la scission » (Hegel). Ainsi sauve-t-il de l'islam sa dimension spirituelle et l'éthique de la nuance théorisée et vécue par les maîtres du soufisme. Un tel legs spirituel s'accommoderait parfaitement avec la condition moderne et participerait même à son enrichissement. Meddeb appelle donc les musulmans à élaborer une « transmutation des valeurs » (Nietzsche) qui devrait les amener à cesser de juger les actes et les paroles sur le seul critère dichotomique du châtiment et de la récompense, de l'Enfer et du Paradis. Les recours à de telles références élémentaires appauvrissent à ses yeux le champ de l'expérience intérieure et la réduisent à un « marchandage de bazar » tout en renforçant la censure sociale et la police des mœurs : ce sont là pour lui des tentations intégristes attentatoires à la liberté individuelle et à l'intégrité du corps, lesquelles constituent les deux acquis précieux de la modernité dont l'islam ne peut éluder ni différer l'adoption.
[modifier] Prix littéraires
En 2002, il reçoit le Prix François Mauriac pour La maladie de l'islam et le Prix Max Jacob pour son recueil de poésies Matière des oiseaux. En 2007, il reçoit le Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane pour Contre-prêches.
[modifier] Publications
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[modifier] Notes et références
[modifier] Liens externes
- (fr) Site de l'émission Culture d'islam sur France Culture
- (fr) Abdelwahab Meddeb, Chemins de contrebande, 2004
- (fr) Christophe Héry, « Abdelwahab Meddeb et Libération au secours du pape », Objections, n°7, novembre 2006
- (fr) Habib Salha, « Abdelwahab Meddeb », La littérature maghrébine de langue française, éd. EDICEF/AUPELF, Paris, 1996
- (fr) Jean-Luc Nancy, « Penser loin de l'un », Le Monde des livres, 2 mai 2002
- (fr) Entretien avec Abdelwahab Meddeb lors du 11e Salon international du livre de Tanger
- (fr) « L'étranger en face », poème d'Abdelwahab Meddeb, avec une traduction en anglais par Charlotte Mandell, dans Cerise Press, juillet 2009

