Gnaouas

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Gnaoui d'Alger avec son guembri (vers 1906), par Jean Geiser (1848-1923).

Les Gnaouas ou Gnawas sont à l'origine des descendants d'anciens esclaves noirs issus de populations d'origine d'Afrique noire (Sénégal, Soudan, Ghana, Guinée...) du Maghreb.

Origines sacrées[modifier | modifier le code]

La musique et les rituels gnaouas auraient pour origine les cultes d'adorcisme(possession acceptée et cultivée) sahéliens réadaptés par les descendants de musulmans Sanhadja Subsahariens au Maghreb. Ces pratiques d'origines Haoussa, Barma, Bozo, Bambara ont dû se métamorphoser pour survivre et adopter l'Islam comme religion afin d'assurer leur continuité(de même pour les Vaudous d'Haïti, la Santeria de Cuba ou le Candomblé du Brésil qui ont dû adopter le christianisme en Amérique).

Les gnaouas sont, dès la fin du XIXe siècle, identifiés comme une confrérie religieuse populaire dont les pratiques thérapeutiques seraient l'héritage de cultes mystiques Subsahariens transmis par des générations de Subsahariens Musulmans installés au Maghreb.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En effet, les travaux sur le culte des saints maghrébins ont tenté d'identifier la provenance de cette communauté Amazigh, d'hommes libres et de ses pratiques rituelles en explorant l'origine du mot gnaoua. L'explication fournie par Maurice Delafosse en 1924, est restée pendant longtemps l'unique référence étymologique du mot et fut adoptée par des générations de chercheurs. Selon Delafosse, l'expression berbère akal-n-iguinaouen qui signifie pays des Noirs, aurait donné naissance aux mots Guinée et Ghana et par la suite au mot gnaoua par ressemblance phonétique. Gnaoua, signifierait donc, par extension, homme noir ou venant du pays des hommes noirs, c'est-à-dire l'Afrique subsaharienne.

Il y a une autre parenté phonétique qui est beaucoup plus probable : Gnaoui vient de la langue arabe Ghnaoui qui veut dire un homme riche (Ghani) et aussi un Habitant du Ghana (Pays de l'or donc de la richesse).

D'autres confréries religieuses apparentées aux gnaouas du Maghreb, existent bel et bien mais sous des noms différents dans divers pays d'Afrique du Nord.

Musique[modifier | modifier le code]

Gnaouas du Maroc 1920

On parle de musique Gnaoui (masculin singulier) Gnaouiya (féminin singulier) ou tagnaouite (autre appellation berbéro-arabe).Gnaoui veut dire ce qui vient du Ghana et de Guinée et qui est riche (Ghani)

Avec le tourisme important et les échanges artistiques entre le Maroc et l'Occident, la musique gnawa s'internationalise grâce des influences extérieures au Maghreb tels que Bill Laswell, Adam Rudolph, et Randy Weston, qui font souvent appel à des musiciens gnawas dans leurs compositions.

Les rituels gnaoua portent une part de mystère et les entrées aux soirées thérapeutiques sont confidentielles. Au Maroc, le premier enregistrement de musique gnaoua sera réalisé sur cassettes audio en 1975.

Cette musique Gnawa enrichit les autres musiques au Maroc (dont le Rap marocain), dans le monde (fusion Jazz-gnawa, blues-gnawa, reggae-gnawa, etc.) et dans le Maghreb celle produite par des artistes franco-maghrébins (comme Gnawa Diffusion ou l'orchestre national de Barbès).Ainsi de grands standards de la musique Gnawa comme " Allah Allah Moulana " se retrouvent dans de nombreuses compositions.

L'étude comparée des structures des compositions musicales des Gnawas et des musiques du Golfe de Guinée montre des similitudes intéressantes. Au niveau rythmique, certaines compositions Gnaouas sont polyrythmiques binaire et ternaire (rythmes ternaires superposés sur une structure binaire de fond), et on retrouve la même structure dans les musiques du Golfe de Guinée. Les compositions d'Ali Farka Touré, notamment le titre Sega dans l'album Talking Timbuktu, en donnent un bel exemple. C'est là un indice de plus, sinon de l'origine "Guinéenne" des Gnaouas, du moins de la fécondation réciproque des cultures entre les deux rives du Sahara. Cette part africaine de la culture des pays du Maghreb est progressivement retrouvée par les sociétés maghrébines.

Pour des raisons d'opportunité financière, ces Gnawa du Maroc (qui ne sont pas tous des maalems c'est-à-dire des maitres musiciens ou de cérémonie) sortiront du rituel pour présenter leur musique à un public marocain plus large, s'inspirant en partie des troupes d'acrobates (auxquelles les marocains prêtent des pouvoirs) que l'on peut voir en particulier place Jemmaa el Fna de Marrakech ou dans les Moussem (pèlerinages auprès des marabouts). Ils vont aussi développer et inventer des acrobaties (qui ne font pas partie du rituel) et enrichir leur tenue vestimentaire (habits chatoyants et coiffe avec un long pompon sur lesquels sont cousus des cauris).

Grâce en particulier au groupe Nass el Ghiwan dans les années 1970-1980, puis au Festival de Musique Gnawa d'Essaoiura La notoriété musicale de la musique Gnawa du Maroc (voir musique marocaine) sort de l'ombre son équivalente algérienne (la musique Diwane dite Gnawa d'Algérie) qui connaît depuis peu un regain d'intérêt (voir musique algérienne). Avec les années, l'évènement s'essouffle et est accusé par beaucoup de précipiter la décadence de la pratique musicale gnawa et sa transformation en pur divertissement.

Gnaoui de Marrakech

En Tunisie, cet art Stambali semble bien porté par la population alors qu'en Égypte, la musique Zar semble mourir. Il semble qu'il existe aussi en Libye une tradition proche du « stambali » tunisien et du Zar égyptien.

En acceptant l'existence de ce genre musical, les pays du Maghreb reconnaissent enfin la part africaine de leur culture et ouvrent la porte d'un passé esclavagiste avec tous les sujets tabous qui l'accompagne.

Les puristes marocains du genre musical craignent une dénaturation du style due à des objectifs commerciaux excessifs, d'autres applaudissent cet intérêt des artistes internationaux pour ce genre musical qui sort des frontières du Maghreb offrant ainsi aux artistes gnaouas une notoriété et une reconnaissance internationale ainsi que de meilleures perspectives financières.

Rituel[modifier | modifier le code]

Les rituels s'apparentant aux Gnawa du Maroc existent aussi en Tunisie (appelés Stambali), en Égypte (appelés Zar), et en Algérie (appelés Diwan ou Bori Haoussa) se ressemblent sur certains points (attestant ainsi une origine commune) et divergent sur d'autres points du fait des parcours spécifiques que ces groupes rencontreront dans les sociétés d'accueil au cours des siècles. En Libye, ce genre musical existerait dans le Fezzan sous le nom de "Stambali".

Ainsi, ces rencontres et déplacements entre l'Afrique Subsaharienne et l'Afrique du Nord ne se limitent pas aux échanges commerciaux mais préparent aussi progressivement l'émergence de confréries telles que les Gnawa au Maroc, les Diwan en Algérie ou les Stambali en Tunisie et leurs autres homologues de Libye et d'Égypte.

De même que les ressemblances certaines entre les pratiques rituelles des Gnawa et celles des confréries soufis maghrebines prouvent une véritable parenté spirituelle qui exclut la thèse d'un syncrétisme où une religion extérieure se serait simplement accommodée à une religion dominante. Il s'agit de la constitution complexe et progressive d'une communauté et d'une pratique religieuse, sur une longue période, par « strates diverses et par apports semblables »[1]. Il est plus judicieux de parler ici, pour répondre à la question des origines de cette communauté et de ses pratiques, d'une « synthèse »[2], plutôt que d'une forme d'accommodation, de métissage ou de syncrétisme.

La constitution en confréries des gnaouas à travers le Maghreb s'articule autour de maîtres musiciens(les mâallems) et/ou de rituel, d'instrumentistes(quasi exclusivement les qraqeb (ou qrâqech) – sorte de crotales – et le guembri) et de simples adeptes. Ils pratiquent ensemble un rite d'adorcisme syncrétique(appelé lila au Maroc) où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères et pendant lequel des adeptes s'adonnent à la pratique de la transe à des fins thérapeutiques. Au Maroc, durant les rituels gnaouas sont présents les voyantes (chouaafa), les médiums et les sorcières auxquels ont leur sacrifie un agneau pour qu'ils puissent nourrir les djinns des gens malades.

Maîtres ou mâalems, maison et troupes gnaouas[modifier | modifier le code]

Deux gnaouas jouant du guembri dans les rues d'Oran.

En Algérie[modifier | modifier le code]

Alger[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Benaissa surnommée Mâalem El Hadj d'Alger
  • Mâalem Abdelkader, oncle de Mâalem Benaissa
  • Diwan el Bahdja

Aïn Sefra[modifier | modifier le code]

  • RAHMANI HAMOU

Aïn Témouchent[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Billel Bouhadjar

Annaba[modifier | modifier le code]

  • Dar Hawsa
  • Dar Merzoug

Béchar[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Hakem
  • Maâlem Medjbar
  • Hasna El Becharia, seule femme a jouer du guembri parmi tous les gnaouas.
  • Nora Gnawa, première femme à être à la tête d'une troupe gnaoui.
  • Diwan Âami Brahim
  • Gaâda Diwan Béchar
  • Diwan Debdeba
  • Gnawa el Waha
  • Sara Ksar

Constantine[modifier | modifier le code]

  • Dar el Bahri Ousfane, seule famille stambali connue en Algérie.

Maghnia[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Tayeb

Mascara[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Pikadi

Saida[modifier | modifier le code]

  • Mâalem Mohame Ya Ali

Tindouf[modifier | modifier le code]

  • Sidna Boulal

Au Maroc[modifier | modifier le code]

En Tunisie[modifier | modifier le code]

Festivals[modifier | modifier le code]

  • Festival Culturel International de la Musique Diwane (Algérie)
    Festival Gnaoua d'Essaouira annuel
  • Festival International Gnaoui de Béchar (Algérie)
  • Festival des Gnaouas d'Essaouira (Maroc)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aydoun, Ahmed, Musiques du Maroc, Casablanca : Éditions Eddif, 1992.
  • Chlyeh, Abdelhafid, Les Gnaoua du Maroc : Itinéraires initiatiques, Transe et Possession, Grenoble : Éditions La Pensée Sauvage, 1998.
  • Claisse, Pierre-Alain, Les Gnawa marocains de tradition loyaliste, Paris : Éditions L’Harmattan, 2002.
  • Delafosse, Maurice, « Les débuts des troupes noires au Maroc», in Hespéris, Revue de l’Institut des Hautes Études Marocaines, Tome 3, 1923.
  • Delafosse, Maurice, « Les relations du Maroc avec le Soudan à travers les âges », in Hespéris, Revue de l’institut des Hautes Études Marocaines, Tome 4, 1924.
  • Dermenghem, Emile, Le culte des saints maghrébins, Paris : Éditions Gallimard, 1954.
  • Doutté, Edmond, La société musulmane du Maghrib : Magie et religion dans l’Afrique du Nord, Alger : Éditions A. Jourdain, 1909.
  • Edouard Michaux-Bellaire, « Essai sur l’histoire des confréries marocaines », in Hespéris, Revue de l’Institut des Hautes Études Marocaines, Tome 1, 1921[3].
  • Guicheney, Pierre La storia di Bilal, Rome, Sensibili alle foglie, 1992.
  • Hell, Bertrand, Le Tourbillon des génies. Au Maroc avec les Gnawa Paris: Flammarion, 2002.
  • Lapassade, Georges, La transe, Paris : Presses Universitaires de France, 1990.
  • Lapassade, Georges, Les rites de possession, Paris : Éditions Anthropos, 1997.
  • Lesage, J.-M., « Gnawa », Encyclopédie berbère, vol.21, Edisud, 1999. [1]
  • Majdouli, Zineb Trajectoires des musiciens gnawa, approche ethnographique des cérémonies domestiques et des festivals de musiques du monde, Paris : L'Harmattan, 2007
  • Michaux-Bellaire, Edouard, « L’esclavage au Maroc », in Revue du Monde Musulman, Volume IX, Paris : Éditions E. Leroux, 1910.
  • Miège, Jean Louis, Le Maroc et l’Europe, Paris : Presses Universitaires de France, 1961.
  • Miège, Jean-Louis, « Remarques de géographie historique », in Chlyeh, Abdelhafid (sous dir.) L’univers des Gnaoua, Grenoble : Éditions La Pensée Sauvage 1999.
  • Pâques, Viviana, La religion des esclaves, recherche sur la confrérie marocaine des Gnawa, Bergamo : Moretti et Vitali Editori, 1991.
  • Pâques, Viviana, L’arbre cosmique dans la pensée populaire et dans la vie quotidienne du Nord-Ouest africain, Paris : Éditions L’Harmattan, 1995.
  • Renault, François ; Daget, Serge, Les traites négrières en Afrique, Paris : Éditions Karthala, 1985.
  • Marrakech UnderMoon The Black Album Collectif kamarstudios Marrakech traductions complètes de la Couleur Noire, dite Le Milieu du Monde et La Forêt, Kamarmusic USA, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Miège, « Remarques de géographie historique », in Abdelhafid Chlyeh (sous la dir.), L'univers des Gnaoua, Grenoble : Éditions La Pensée Sauvage 1999, pp. 11-24
  2. Majdouli Zineb, Trajectoires de musiciens gnawa , Paris : L'Harmattan 2007, pp. 123-141
  3. http://www.judaisme-marocain.org/bibliotheque/visite.php?vue=icono&num=8463

Liens externes[modifier | modifier le code]