Fondation Ford

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La Fondation Ford (en anglais The Ford Foundation), créée en 1936 par l’industriel Henry Ford, fondateur de l'entreprise de construction automobile et son fils Edsel Ford[1], est une organisation philanthropique dont le siège se trouve à New York. Elle s'est donnée pour objectif de soutenir financièrement des projets tels que la défense de la démocratie, la réduction de la misère ou la promotion de la bonne entente entre nations. La directrice générale en 2009 est Susan V. Berresford.

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation Ford est créée en 1936 à Détroit, la ville de l'automobile américaine[2]. À la fin des années 40, la fondation, qui se consacrait à ses débuts aux besoins opérationnels de l'entreprise Ford à Détroit et ses environs, élargit son champ d'action pour répondre à des ambitions plus grandes. Les morts de Henry et Edsel Ford conduisent à une augmentation des fonds reçus par la fondation. C'est Horace Rowan Gaither qui est alors choisi pour diriger un comité d'étude pour établir les objectifs futurs de la fondation. Gaither sera par la suite président de la RAND Corporation, et plus tard sera président de la fondation Ford, de 1953 à 1956[3]. Gaither était convaincu que les sciences sociales pouvaient et devaient être mobilisées pour servir la nation, et que cela requérait des managers qui comprenaient ces sciences sociales et pouvaient apprécier les possibilités de leurs applications. Il déclara à la Stanford Business School en 1958 que "le défi soviétique requiert que nous cherchions et utilisions les meilleurs renseignements du management américain"[4].

L'influence de Horace Rowan Gaither, à travers la fondation Ford, sur le développement des études et écoles de commerce et de management aux États-Unis, est importante. Un rapport de la Fondation en 1959 déplorait un niveau "affreusement bas" d'acceptabilité parmi les business schools américaines, niveau que nombre d'écoles n'atteignaient en fait même pas. Le problème était illustré par une liste de nombreuses options de cours sur les principes de la pâtisserie et de la boulangerie ("principles of baking") qui existaient dans l'une des écoles du Sud. En même temps, il y avait l'optimisme que la situation pouvait être rectifiée par "une science du management" que l'ont pouvait transmettre aux étudiants comme une méthodologie pour la prise de décision. Au lieu d'apprendre à se reposer sur son jugement (ce qui avait été la base du programme de Harvard), les étudiants pouvaient développer une compétence plus analytique en étant immergés par les méthodes quantitatives et des théories de la décision[3]. Sous l'influence de Gaither, Ford a dirigé de vastes sommes d'argent vers les meilleures écoles de business pour créer des centres d'excellence, haussant le calibre intellectuel et professionnel des générations à venir de managers et de leurs professeurs. En deux décennies, le nombre de business schools aux États-Unis a triplé, et la production de MBA a augmenté fortement en conséquence. En 1980, 57 000 MBA étaient octroyés par 600 programmes, comptant pour 20% du nombre total de diplômes de masters délivrés. Au même moment, il y avait une expansion équivalente du nombre de revues académiques de business, d'environ 20 à la fin des années 50 à 200, deux décennies plus tard. En 1965, la fondation Ford rapportait "une utilisation croissante d'analyse quantitative et de model building" ("construction de modèle") et plus de publications dans des journaux spécialisés en économie, psychologie et statistique[5].

L'objectif de la fondation Ford était à l'origine d'intégrer la méthode de l'étude de cas déjà enseignée à Harvard dans l'économie, en perfectionnant les études de cas tout en tempérant la théorie économique avec une dose de réalisme. L'équilibre devait être ajusté vers plus de recherche avec moins de description, plus de théorie et moins de pratique. Peu d'équilibre fut en fait trouvé. En s'enfonçant dans ce qui sera plus tard admis comme une "erreur tactique", l'offensive de la fondation Ford pour l'excellence académique dans les business schools américaines vint à être dominée par des économistes qui montraient aussi peu d'intérêt dans l'interdisciplinarité que dans le souci de l'application dans le monde réel de leurs théories. Dans les années 60, cependant, ils apparaissaient comme un vent de renouveau dans le monde universitaire[3].

Dans les années 1950-1960, et sous l'impulsion du président Henry Heald (en), la fondation Ford s'intéresse davantage à l'art et aide les universités américaines dans ce sens[6]. Elle subventionne les orchestres américains à hauteur de 80 millions de dollars[7] ; elle distribue d'importantes sommes aux ballets, aux théâtres, etc. Dans les années 1960, la fondation Ford est la plus riche des États-Unis[8]. Elle soutient l'aide juridictionnelle embryonnaire. Entre 1966 et 1986, elle distribue 200 millions de dollars à plus de 1000 Community Development Corporations[9], des organisations dans les quartiers difficiles dont le but est de développer les actions culturelles.

Au début du XXIe siècle, la fondation Ford distribue environ 80 millions USD par an aux institutions culturelles et aux artistes[10]. En France, elle finance entre autres SOS Racisme[11], le CRAN[12], et l'Institut français des relations internationales[13], mais aussi, dans le passé, Futuribles[14] et le Congrès pour la liberté de la culture[15], Reporters sans frontières.

Le , la Fondation Ford fait un don de 300 000 USD à la Wikimedia Foundation pour aider au développement de la plateforme multimédia Wikimedia Commons[16].

Son président depuis 2013 est Darren Walker, lequel a réalisé le début de sa carrière dans la finance chez UBS avant de s'orienter dans la philanthropie à partir de 1994. Il a été nommé parmi les 100 personnes les plus influentes par le magazine Time en 2016.[réf. nécessaire][17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The Ford Foundation History »
  2. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319), p. 308
  3. a, b et c (en) Lawrence Freedman, Strategy: A History, Oxford University Press, , 571 p. (ISBN 978-0-19-932515-3), p516-517
  4. (en) Rakesh Khurana, From Higher Aims to Higher Hands: The Social Transformation of American Business Schools and the Unfulfilled Promise of Management as a Profession, Princeton, NJ, Princeton University Press, , p239-240
  5. (en) Rakesh Khurana, From Higher Aims to Higher Hands: The School Transformation of American Business Schools and the Unfulfilled Promise of Management as a Profession, Princeton, NJ, Princeton University Press, , p292, 307
  6. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319), p. 311
  7. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319), p. 94
  8. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319), p. 317
  9. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319)p. 468
  10. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006, (ISBN 2070779319), p. 324
  11. Qui finance SOS Racisme ?
  12. La mesure de la diversité souhaitée par le CRAN est majoritaire est France
  13. Pourquoi la Fondation Ford subventionne la contestation
  14. Naissance et histoire d'une revue de prospective
  15. La diplomatie culturelle de la fondation Ford
  16. « Wikimedia Foundation receives Ford Foundation grant to grow Wikimedia Commons, a free educational media repository », communiqué de presse sur wikimediafoundation.org
  17. TIME, « Darren Walker », sur Time (consulté le 23 juin 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]