Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain

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L'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP) est une association française (loi 1901) créée le 6 novembre 1951 sous le haut patronage du général Weygand, président d'honneur jusqu'à son décès en 1965. Elle succède à un « comité d'honneur » pour la libération de Philippe Pétain, fondé en 1948 à l'initiative des avocats du maréchal, et rapidement interdit[1].

Objectifs[modifier | modifier le code]

L'ADMP poursuit trois objectifs :

Les dirigeants et les membres de l'association peuvent être divisés en deux groupes : les anti-gaullistes, menés par Jacques Isorni, un des avocats de Pétain, qui ne pardonnent pas l'épuration et la politique algérienne du général de Gaulle, et les « pétaino-gaullistes », comme le colonel Rémy[1]. L’ADMP s’est aussi exprimée sur les questions d’actualité, sur l’Indochine et l’Algérie française, et sur le pouvoir gaullien après 1958[2].

L'organe principal de l'association est Le Maréchal. À cette publication s'ajoute, en 1972, La Voix du Maréchal. Le 14 novembre 1951, le député socialiste Daniel Mayer dépose une proposition de résolution « tendant à inviter le Gouvernement à faire rechercher si l'association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain ne poursuit pas un objet illicite contraire aux lois et à la justice ce qui justifierait sa dissolution »[3], qui ne sera finalement pas retenue.

Après avoir été condamnée en 1993 par la Cour de cassation pour « apologie de crime de guerre » pour une publicité de l'ADMP parue dans Le Monde du 13 juillet 1984[4] et après une longue bataille judiciaire, l'association obtiendra partiellement[Informations douteuses] [?] gain de cause devant la CEDH, le 23 septembre 1998, celle-ci estimant (par l'arrêt Lehideux et Isorni contre France[5]) qu'il y avait eu violation l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, relatif à la liberté d'expression. L'opinion majoritaire chez les juges fut qu'il devait être possible de présenter un personnage, quel qu'il soit, sous un jour favorable et de promouvoir sa réhabilitation — au besoin en passant sous silence les faits qui peuvent lui être reprochés — et que la condamnation pénale subie en France par les requérants était disproportionnée[6].

Située à Paris, l'ADMP existe toujours aujourd'hui et continue à militer pour la révision du procès de 1945.

Présidents[modifier | modifier le code]

Liste des présidents successifs :

Membres[modifier | modifier le code]

L'ADMP a regroupé la plupart des anciens collaborateurs de Pétain pendant l'Occupation.

Le comité d'honneur, constitué en 1951/1952, comprenait notamment les académiciens Claude Farrère, Henry Bordeaux, Jérôme Tharaud, Louis Madelin, les futurs académiciens Jérôme Carcopino et Henri Massis, les généraux Charles Brécard, d'Harcourt, Dufieux, Joseph de La Porte du Theil, Lafont, Laure, Pujo, Bernard Serrigny, de même que des hommes politiques tels que François Piétri, Gaston Bergery, Henry Lémery, Pierre Taittinger, Pierre-Étienne Flandin, Jean Montigny (président de l'Union des intellectuels indépendants), des membres de l'Institut (Firmin Roz, Daniel Halévy, Georges Ripert), des personnalités telles que Léon Bailby, Jacques Isorni, Jean Borotra, Louis Rougier, le chanoine Jean-Marie Desgranges , Pierre Caziot, Pierre Mauriac, Maurice Martin du Gard et un résistant gaulliste devenu en 1950 un défenseur de la mémoire de Pétain, Gilbert Renault (alias le colonel Rémy) [7].

De 1951 à 1971, on relève parmi le comité directeur 36 officiers supérieurs, 22 anciens ministres, 12 académiciens, des préfets[1]. A ses débuts, ce comité est formé du général Héring, des amiraux Jean Decoux et Jean Fernet, vice-présidents, de l'industriel Gaston Moyse[8], trésorier, ainsi que de Paul Estèbe, du marquis Alban de Canisy, industriel[9], de Jean Jardel, de Noël Pinelli, du colonel Rémy et du philosophe Louis Rougier[10]. Jean Borotra est élu vice-président en 1954 pour remplacer Fernet, décédé[11].

En octobre 1955, l'ADMP forme un comité du centenaire, pour la célébration l'année suivante du centenaire de la naissance du maréchal, afin de donner un écho plus large à son action, marquer « un peu plus dans les esprits cette opposition entre la grandeur du dévouement passé et le trouble des inquiétudes présentes », du fait de la décomposition de « notre Empire » et de « notre prestige dans le monde », et prolonger « la consigne du Chef qu’elle commémorait : Servir, fût-ce contre l’ingratitude et l’incompréhension ; servir, sans se lasser jamais, l’intérêt de la France ». En sont membres les académiciens Weygand, son président, Pierre Benoit, Léon Bérard, Henri Bordeaux, Maurice de Broglie (physicien), François Albert-Buisson, Claude Farrère, Antoine de Lévis-Mirepoix, les membres de l'Institut Ripert, Halévy, Albert Rivaud, Albert Schweitzer, l'écrivain Jean de La Varende, Sacha Guitry, Mme Fernand Payen (veuve d'un avocat de Pétain), les avocats Georges Creisteil, Lemaire et Isorni, l'industriel Georges Laederich, seul représentant du mode des affaires avec Borotra. Le comité directeur de l'ADMP est composé d'Héring, de l'amiral Decoux, de Borotra et de Pinelli, vice-présidents, de Pierre Henry, secrétaire général, de Moyse, trésorier, de Louis-Dominique Girard, apparenté à Pétain et secrétaire général de l'association jusqu'en octobre 1955, de José Germain et des avocats de Pétain Isorni et Lemaire, membres statutaires[12]. La plupart participent aux cérémonies du centenaire, publiques (notamment une messe à Notre-Dame de Paris[13]) ou privées (séance inaugurale au club des Arts-et-Métiers[14], déjeuner au domicile de Me Lemaire où se retrouvèrent les membres du comité du centenaire, ceux du bureau de l'association et d'autres anciennes personnalités de Vichy dont Jacques Barnaud, Paul Baudouin, René Belin, Jacques Benoist-Mechin, l'amiral Henri Bléhaut, Yves Bouthillier, Léon Cayla, Jacques Chevalier, René Gillouin, Louis Hautecoeur, Georges Hilaire, Raymond Lachal, François Lehideux, André Parmentier, François Piétri, Georges Potut, Charles Rochat, Roger de Saivre, député d'Oran de l'Union des nationaux indépendants et républicains, Georges Scapini, Jean-Louis Tixier-Vignancour, Xavier Vallat). L'association revendique au début de l'année 1956 6790 adhérents[15].

En 1959, le comité directeur s'étoffe et accueille les généraux Bourget, Chapuis, Clément, Lacaille, le marquis Alban de Canisy, le comte de Chasseloup-Laubat, les capitaines Feuillade et Tracou, Etienne Flahaut, Albert Fougeret, Jean Jardel, Henri Leclerc, le colonel de Longueau Saint-Michel, Odette Moreau, Gontran Nolleau, Louis Rougier, Roger de Saivre, Raymond Sens et Henri Yvan. Parmi les membres de l'Académie française et de l'Institut, Henri Massis est alors l'un des rares, avec Weygand, à assister aux messes anniversaires et aux réunions des comités de l'association. Parmi les anciens hommes politiques, ce sont Pierre Taittinger, Henri Lémery et Georges Rivollet qui se montrent les plus fidèles. En 1964, l'amiral Auphan est élu vice-président, en remplacement de l'amiral Decoux, décédé, et George Laederich, alors président du Centre d'études politiques et civiques qui a aussi comme président d'honneur le général Weygand, et Maurice Martin du Gard entrent au comité directeur[16].

En 1966, des frictions apparaissent au sein de l'association, autour des modalités éventuelles de la translation des cendres de Pétain et d'un problème successoral, familial et judiciaire qui oppose Me Isorni et un héritier de Pétain, Pierre de Hérain, à d'autres héritiers du maréchal, ce qui provoque la démission du secrétaire général Pierre Henry, remplacé par le colonel Leroy, puis celle des trois vice-présidents, du trésorier (Moyse) et de membres du comité directeur (Girard, Laederich, Martin du Gard). Un nouveau bureau est composé de Me Lemaire, président, des généraux Boyer de La Tour et Conquet, du colonel Leroy et de Me Emile Meaux. Une solution est trouvée l'année suivante, avec une discussion et une modification des statuts, la nomination de membres d'honneur statutaires (Auphan, Belin, Bergery, Borotra, Bouthillier, Carcopino, Conquet, Estèbe, Isorni, Jardel, Laederich, Lémery, Martin du Gard, Massis, Rémy, Rivollet, Rougier), le retour des démissionnaires. Sont membres du comité directeur Lacaille, Pinelli, Borotra, Leroy, Moyse ainsi que les généraux Boyer de La Tour, Bourget et Conquet, Belin, Albert Fougeret[17], le colonel Gasser, l'ancien parlementaire et diplomate Gaston Henry-Haye, Pierre Henry, Laederich, Rivollet[18]. En 1972, de nouvelles frictions, au sujet de sections provinciales, provoquent l'élection d'un nouveau président en janvier 1973, l'amiral Auphan, qui avait été désigné président d'honneur en 1968, comme aussi Lemaire[19].

Œuvres de mémoire[modifier | modifier le code]

L'ADMP est copropriétaire de l'appartement l’hôtel du Parc de Vichy[20] occupé par le Maréchal de 1940 à 1944[21] et de sa maison de naissance à Cauchy-à-la-Tour, ayant pour objectif d'entretenir les lieux historiques où vécut le maréchal Pétain et possiblement d'en faire des musées privés[22].

Chaque année, des anniversaires rythment l'activité de l'association et induisent des pèlerinages : le 24 avril, anniversaire de la naissance de Pétain les nostalgiques se réunissent dans sa maison de naissance à Cauchy-à-la-Tour[23], le 1er mai l'anniversaire de la Charte du travail, le 23 juillet, date de la mort de Pétain pèlerinage à l'île d'Yeu, le 11 novembre[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours,  éd. Seuil, coll. « Points-Histoire », Paris, 1990, p. 59-65.
  2. Sur l’ADMP et ses prises de position, cf. Henry Rousso, « A contre courant, l’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain », in Alfred Wahl ( dir. ), Mémoire de la Seconde Guerre mondiale, Metz, centre de recherche histoire et civilisation de l’Université de Metz, 1984, p. 111-123.
  3. Biographie de Daniel Mayer, sur le site de l'Assemblée nationale.
  4. Jean-Pierre Le Crom, « Juger l'histoire », Droit et Société, no 38, 1998.
  5. arrêt Lehideux et Isorni contre France - CEDH
  6. Patrice Rolland (professeur à l'université de Paris XII), « Liberté d'expression et apologie de la collaboration, Affaire Lehideux et Isorni (23 septembre 1998) », Credho Paris Sud, sur le site credho.org.
  7. Henry Rousso, op. cit., Bulletin de l'ADMP, n° 1, juillet 1952
  8. Fondateur et P-DG des Locotracteurs Gaston Moyse
  9. Alban de Carbonel de Canisy (1887-1965), centralien et docteur en droit (faculté de droit de l’Institut catholique de Paris, pour une thèse consacrée à l’ouvrier dans les mines de fer du bassin de Briey, s’attachant à « montrer que les concessionnaires de mines se sont attachés à améliorer la condition matérielle, et surtout la condition morale, de leurs ouvriers » : Bulletin de l’Institut catholique de Paris, 1914, p. 255), titulaire de la croix de guerre 1914-18 (quoique réformé), P-DG de la société Emidecau depuis 1920, a été membre de la Chambre de commerce de Paris (1937-50), président du syndicat des industries mécaniques (1930-1946) et membre du bureau de l'UIMM, membre de la commission de la famille professionnelle de la transformation des métaux durant l'Occupation et désigné chargé de mission auprès de Pétain en avril 1941. Il est titulaire de la francisque (n°626). Une enquête a été menée contre lui en 1945 mais aucune charge n'a été retenue contre lui: cf. La Chambre de commerce et d'industrie de Paris, 1893-2003, Droz, 2003 et son dossier de la Légion d’honneur sur la base Léonore : chevalier en 1939 et officier en 1958 (en tant que président de la commission administrative des ateliers-écoles d’orientation profesionnelle d’apprentissage à Paris). Il avait fait connaître ses opinions dans des revues avant la guerre, avec un mélange d’anticommunisme et de préoccupations sociales. Il s’était engagé en politique ; il a milité à l’Alliance démocratique. En 1933, il présente « un plan de collaboration des classes en matière sociale et en matière professionnelle » lors du congrès de l’Alliance démocratique (Le Temps, 30-10-1933) et il a été candidat « indépendant » aux municipales à Paris en 1935 dans le 15ème arrondissement. Il dresse un réquisitoire contre les conventions collectives, les délégués du personnel et les syndicats dans la Revue de Paris du 15 octobre 1936 (Georges Lefranc, Juin 36 : l’explosion sociale du Front populaire, Julliard, 1966, p. 269), critique les 40 heures et le « programme démagogique du Front populaire » dans la Revue des deux mondes (15-12-1936) et dans la Revue universelle en 1937 déplore que « patrons et ouvriers s’ignorent faute de contacts directs et fréquents entre les uns et les autres », appelle à « l’union du patronat » qui doit prendre « les mesures sociales d’ordre général qui intéressent le monde du travail tout entier ». Un patronat « renforcé de tous les éléments sains et susceptibles de vouloir agir » « qui a le devoir d’opposer son expérience aux rêves dangereux d’un parti voire d’un gouvernement » devant « l’infiltration méthodique des théories marxistes et communistes par le truchement de la CGT » et devant « la carence, voulue ou non des pouvoirs publics » : « Surtout en tant que Français tout court, nous refusons de composer avec les groupements qui tiennent leur mot d’ordre de l’étranger ». Il se déclarait cependant favorable aux « contrats collectifs strictement observés dans le cadre professionnel », aux congés payés et à la retraite pour les « vieux travailleurs » (cité par Le Journal des débats, 7-5-1937). Dans la Revue des deux mondes en novembre 1937, il écrivait même au sujet de la retraite : « On nous objectera que la retraite devient un dû : nous répondrons par l’affirmative. Celui qui a travaillé à droit au bénéfice d’une retraite (…) et il est équitable que l’employeur en facilite l’accès ; le vent est aujourd’hui beaucoup plus aux obligations sociales qu’aux obligations charitables ». Il est membre de la commission patronale de l'Office des comités sociaux en 1941, à l'instar d'un autre industriel comme Georges Laederich.
  10. Bulletin de l'ADMP, n° 1, juillet 1952
  11. Ibid., n° 8, avril 1954
  12. Le Monde, 15/10/1955, Centenaire du maréchal Pétain, 1856-1956, p. 7-9, Bulletin de l'ADMP, n° 14, octobre 1955
  13. Présence de Weygand, des dirigeants de l'association, de Bordeaux, Benoit, Lévis-Mirepoix, Bérard, Carcopino, des anciens ministres François Piétri, Auphan, Bléhaut, Lémery, Georges Rivollet, Vallat, Benoist-Méchin, Rochat, Chevalier, Scapini, Musnier, de Pleignes, de Pierre Taittinger, des généraux Lafont, Dufieux, Ruby, Bourget, Conquet, d'Harcourt, Clément, Picard, des anciens gouverneurs généraux Léon Cayla et Brévie, des amiraux Moreau et Robert, de Roger de Saivre
  14. Weygand, Héring, Decoux, Borotra, Pinelli, Isorni, Lemaire, Germain, Moyse, Girard ainsi que Bérard, Benoit, Carcopino, Bordeaux, Lévis-Mirepoix, Rivaud, Ripert, Lafont, Conquet, Clément, Dufieux, Lacaille, Mme Payen, Melle Odette Moreau, Taittinger, de Canisy, de Chasseloup-Laubat, Estèbe, Sarraz-Bournet, de Villeneuve, Massis, les capitaines de vaisseau Tracou, Féat, Feuillade, le colonel de Longueau Saint-Michel notamment
  15. Bulletin de l'ADMP, janvier 1956
  16. Le Maréchal, n° 43, août-septembre 1964
  17. Président de la section de Marseille et président du syndicat des entrepreneurs de nettoyage de cette ville
  18. Le Maréchal, n° 51, mars-avril 1966, n° 53, juillet-août 1966, n° 56, janvier 1967, n° 59, juillet-septembre 1967, n° 64, mars 1968 . Sur le différend entre les héritiers de Pétain, qui se battent pour savoir qui a le droit d'exhumer la dépouille du maréchal, et le procès intenté par Mme Yvonne de Pétyst de Morcourt, petite-nièce du maréchal et belle-fille de Louis-Dominique Girard, demandant l'annulation du testament du 21 juillet 1945 et n'acceptant qu'un transfert au cimetière de Douaumont: cf. Le Monde, 22/10/1964, lettre de Me Isorni, Le Monde, 21/10/1964, 5/10/1965, 28/12/1965, 28/10/1066, 21/9/1968, Le Monde, 18/10/1968, Le Monde, 23/2/173, lettre de Robert de Morcourt
  19. Ibid., n° 64, mars 1968, n° 90, avril-mai 1973, n° 91, juin-juillet 1973
  20. Réhabilitation de la chambre 124 du troisième étage acquise en 1970
  21. Philippe Cros, « Vichy : les nostalgiques de Pétain ont rénové sa chambre de l'hôtel du Parc », sur lamontagne.fr,‎ .
  22. « Le bureau de Pétain vendu aux enchères à une "association de défense du maréchal" », sur lemonde.fr,‎ .
  23. Derrière les lignes du Front. Immersions et reportages en terre d'extrême droite, Jean-Baptiste Malet, Golias,2012 (ISBN 978-2354721374)

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