Institut pontifical oriental

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41° 53′ 50″ N 12° 30′ 00″ E / 41.89713889, 12.5 () L’Institut pontifical oriental (en italien Pontificio Istituto Orientale ou [PIO]) est un institut de recherches et d’études supérieures sur les Églises chrétiennes orientales aussi bien de tradition byzantine, (grecque, melkite, géorgienne, bulgare, roumaine, russe, serbe, ukrainienne) que non byzantine, telles que les Églises arménienne, copte, éthiopienne et autres, qu’elles soient en communion avec l’Église de Rome (dite catholique) ou non (les Églises dites orthodoxes).

Façade de l'Institut pontifical oriental, à Rome.

Fondé en 1917 par Benoît XV l’institut est confié en 1922 aux Jésuites qui en assurent l’enseignement et la direction. En 2009 il compte 554 étudiants repartis en deux facultés, les sciences ecclésiastiques orientales et le droit canon oriental. Quelque 15 % d’entre eux sont orthodoxes.

Origine et fondation[modifier | modifier le code]

S’il y eut tout au long des siècles des contacts plus ou moins suivis avec les Églises orientales séparées visant à leur « retour à Rome », l’Église catholique ne commence à s’intéresser sérieusement aux traditions orientales qu’à partir du XXe siècle. La création par Benoît XV de la Congrégation pour les Églises orientales (motu proprio Dei providentis du 1er mai 1917) est le signe d’un changement d’attitude. Les contacts avec les Orientaux ne sont plus du ressort de la Propaganda Fide (Sacrée Congrégation pour la propagation de la foi).

À peine quelques mois plus tard l’Institut pontifical oriental est fondé par un second motu proprio, l’Orientis catholici du 15 octobre 1917 : il y est spécifié que l’institut relève de la nouvelle Congrégation pour les Églises orientales. Antoine Delpuch, un père blanc, en est le premier président-directeur. Les cours commencent en décembre 1918.

Développements[modifier | modifier le code]

Débuts difficiles[modifier | modifier le code]

Delpuch est envoyé comme visiteur apostolique en Georgie, en difficulté dans ses relations avec la Russie révolutionnaire voisine. Il est remplacé par Ildefonso Schuster, abbé bénédictin du monastère de Saint-Paul-hors-les-Murs le (3 octobre 1919) qui en sera le directeur-président de 1919 à 1922. Il obtient (25 septembre 1920) une plus grande autonomie de l’institut qui, dès cette année, peut accorder des grades académiques, y compris le doctorat. Martin Jugie (1878-1954), assomptionniste et expert en théologie orientale, est un des brillants professeurs des premières années.

Le nombre d’étudiants restant peu élevé, Schuster suggère au pape que l’institut soit confié à la Compagnie de Jésus qui pourrait plus facilement le développer en tandem avec l’Institut biblique pontifical. Pie XI accède à cette requête et par sa lettre Decessor noster (14 septembre 1922) confie le PIO aux Jésuites. Michel d'Herbigny est nommé recteur.

Œuvre confiée aux Jésuites[modifier | modifier le code]

Le dynamique Michel d'Herbigny donne une grande impulsion à l’institut et en parachève l’autonomie. Bon connaisseur de la langue et de la culture russes du fait de ses nombreux voyages en Europe de l’Est, il est bien informé sur les Églises orthodoxes. Il est membre de la commission russe du Saint-Siège et conseiller à la Congrégation pour les Églises orientales.

En 1923 il lance une première publication scientifique, les Orientalia Christiana. Une chaire d’études islamiques est fondée en 1924 : elle est tenue par un prêtre catholique, converti au catholicisme après avoir été un fervent musulman, Paul Mulla (Mehmet-Ali Mulla-Zadé, 1881-1959). En 1926 l’institut s’installe dans de nouveaux locaux (où il se trouve encore) à la piazza Santa Maria Maggiore. L’inauguration a lieu le 14 novembre 1926, en présence du visiteur apostolique en Bulgarie, Angelo Roncalli (futur Jean XXIII).

En 1928 le pape Pie XI, intéressé et très ouvert aux problèmes de l’Orient chrétien, unit les trois institutions jésuites supérieures de Rome — l’Université grégorienne, l’Institut biblique pontifical et l’Institut pontifical oriental — en une union académique, appelée « consortium », pour une collaboration rapprochée, qui respecte toutefois l’autonomie de chacune. L’année suivante, le 15 août 1929, conseillé par Michel d'Herbigny il fonde l’Institut russe (le « Russicum »), un séminaire pour la formation d’un clergé russe à Rome.

En 1934, sous le rectorat du jésuite allemand Emil Herman (1891-1963) la revue Orientalia Christiana qui atteint déjà une centaine de volumes, est scindée en deux : la revue proprement dite, les Orientalia Christiana periodica, qui publie articles et recensions, et les Orientalia Christiana analecta qui, paraissant deux ou trois fois par an, publient plutôt des monographies.

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1960 l’institut ne comptait qu’une faculté de sciences ecclésiastiques orientales divisée en quatre sections : liturgie, théologie, histoire et droit canon. En 1963 la section de droit canon fut rattachée à la faculté de droit canon de la Grégorienne. C’était un premier pas vers la création d’une faculté de droit canon oriental. Le 7 juillet 1971, une faculté autonome de droit canon oriental est créée à l’Institut oriental. Elle est encore à ce jour l’unique faculté de ce type au monde.

Si les pères du concile Vatican II expriment publiquement toute leur estime pour les Églises orientales (décret Orientalium Ecclesiarum, du 21 novembre 1964) et redonnent ainsi leur place légitime aux traditions orientales au sein de l’Église catholique, c’est partiellement dû aux contributions faites par de nombreux experts venus de l’Institut pontifical oriental. À la suite du concile et à la demande de la Congrégation pour les Églises orientales fut mis en chantier le projet d’un code de droit canon oriental (une première dans l’histoire de ces Églises). Le jésuite slovène Ivan Zuzek (1924-2004), canoniste et recteur de l’Institut pontifical oriental, mène à bien ce projet : le Code des canons des Églises orientales est promulgué le 18 octobre 1990.

Corps académique[modifier | modifier le code]

Depuis la fondation, quelque 200 professeurs — la moitié d’entre eux étaient jésuites — ont enseigné à l’Institut pontifical oriental. Beaucoup étaient parmi les plus éminents dans leur champ de spécialisation, notamment :

  • Guillaume de Jerphanion : en archéologie byzantine, particulièrement des premières églises de Cappadoce
  • Irénée Hausherr (1891-1978) : en spiritualité orientale
  • Bohumil Spačil (1875-1950), Mauricio Gordillo (1894-1961) : en théologie orientale
  • Georg Hofmann (1885-1956), Albert Amman (1892-1974) et Joseph Gill (1901-1989) : en histoire de l’Orient chrétien
  • Emil Herman (1891-1963) : en droit canonique oriental
  • Bernhard Schultze et Stanislaw Tyškiewicz (1887-1962 ): en spiritualité slave
  • Cardinal Tomas Spidlik : en spiritualité orientale.

Liste des directeurs et recteurs[modifier | modifier le code]

Corps estudiantin[modifier | modifier le code]

De sa fondation à 1983 plus de 3 600 étudiants ont obtenu un diplôme à l’Institut pontifical oriental. Dès la première année, il compte parmi ses étudiants trois futurs cardinaux : Grégoire-Pierre Agagianian, Arcadio Larraona et Pierre-Paul Méouchi. Huit autres cardinaux et sept supérieurs généraux d’ordres religieux ont étudié ou enseigné au PIO, sans parler de cinq patriarches orientaux catholiques, 55 évêques ou archevêques catholiques et 8 évêques ou archevêques orientaux non catholiques. L’actuel patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée Ier, est un ancien de l’Institut pontifical oriental.

Autres personnalités liées à l’Institut pontifical oriental :

  • Alois Grillmeier, théologien et cardinal
  • Paul Nwya (1925-1980), islamologue
  • Engelbert Kirschbaum (1902-1970), archéologue oriental, historien de l’art
  • Cipriano Vagaggini (1909-1999), bénédictin camaldule, liturgiste
  • Lambert Beauduin, bénédictin, pionnier du rapprochement œcuménique avec l’Orient
  • René Voillaume, fondateur des Petits Frères de Jésus.

De nombreux diplômés de l’institut enseignent dans les facultés orthodoxes de théologie, à Saint-Pétersbourg, Thessalonique, Belgrade, Bucarest, en Allemagne et en Inde du Sud.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edward G. Farrugia (ed.): The Pontifical Oriental Institute: The First Seventy-Five Years (1917-1992), Rome, 1993.


Liens externes[modifier | modifier le code]