Béatification

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Béatification de Jean-Paul II par le pape Benoît XVI, le Dimanche de la divine Miséricorde 2011.

Une béatification est la déclaration, par décret pontifical, qu'une personne de foi chrétienne a pratiqué les vertus naturelles et chrétiennes de façon exemplaire, ou même héroïque. La vénération publique de celui ou celle qui est alors appelé bienheureux ou bienheureuse est par la suite autorisée, localement ou universellement.

Historique[modifier | modifier le code]

Aux premiers temps de l'Église, il n'y avait pas de bienheureux, seuls les martyrs étaient vénérés comme saints dès le IIIe siècle, ainsi que les confesseurs de la foi. La procédure de béatification s'élabora progressivement au Moyen Âge par strates : était déclaré bienheureux une personne qui jouissait de la « vision béatifique » (la contemplation face à face de l'essence même de Dieu) et était dans la gloire du Ciel[1]. Le bienheureux, élu par acclamation populaire (la vox populi) bénéficiait uniquement d'un culte local. Alors que la procédure de canonisation fut prise en main à partir du XIIe siècle par la papauté à Rome, celle de béatification se poursuivit à l’échelle locale jusqu'au XIIIe siècle avant de se fixer au concile de Trente qui réservait au pape le droit de dire qui pouvait être vénéré[2].

Aujourd'hui, la béatification est souvent la première étape, nécessaire mais non suffisante, vers la sainteté. La Congrégation pour les causes des saints exige une enquête ainsi qu'un miracle. Seule exception à la loi ecclésiastique, il n'est pas exigé de miracle pour la béatification d'un martyr[3].

Au sein de l’Église catholique[modifier | modifier le code]

Procédure[modifier | modifier le code]

Une béatification n'aboutit qu'après une longue procédure (ou procès) préparatoire, mise en route par l'évêque du lieu où est décédé le candidat, et soutenue par une dévotion populaire, avec appel de témoins — favorables ou contraires — et examen des écrits. Le tout doit être confirmé par un miracle obtenu par l'intercession céleste de la personne concernée.

Selon l'article 9a des Normes pour la cause des saints (Novæ leges pro causis sanctorum), promulguées le 7 février 1983, les évêques doivent attendre cinq ans après la mort de la personne concernée avant d'introduire sa cause, afin que l'émotion n'entre pas en ligne de compte.

La Congrégation pour les causes des saints a promulgué en 2007 la version actuelle des règles à suivre pour l'enquête diocésaine[4].

L'enquête diocésaine qui a recueilli tous les témoignages et compilé la documentation dure en moyenne de un à cinq ans. L'évêque nomme une commission canonique (historiens, théologiens, vaticanistes) qui fait une étude critique de ses écrits et les condense dans un document transmis à Rome à la Congrégation pour les causes des saints, qui mène l'instruction finale. Si la Congrégation accepte le dossier, elle nomme un rapporteur chargé de faire une synthèse (appelée la « Positio ») de toute la documentation (biographie, vertus, miracle). Un collège de cardinaux et d'évêques étudie alors la positio et se prononce sur l'héroïcité des vertus. Le « décret d'héroïcité des vertus » fait du serviteur de Dieu un vénérable et le décret de miracle en fait un bienheureux. Ce procès à Rome dure en moyenne une douzaine d'années. La décision finale, qui dure en moyenne de un à trois ans, revient au pape à qui on a transmis le dossier et le décret de miracle : le souverain pontife tranche et ordonne la béatification [5].

La plupart des théologiens ne considèrent pas la béatification comme une déclaration infaillible de la part du pape, contrairement à la canonisation.

Promulgation[modifier | modifier le code]

La déclaration de béatification se fait lors d'une cérémonie eucharistique solennelle, après la lecture du texte d'Évangile. Aucun rite liturgique particulier n'y est attaché.

Le pape Jean-Paul II a, lors de son pontificat, modifié considérablement la pratique de la béatification. Jusqu'en octobre 2004, il a béatifié 1 340 personnes, soit plus que l'ensemble des béatifications effectuées par ses prédécesseurs depuis le pape Sixte V, qui établit une procédure de béatification similaire à celle en pratique aujourd'hui. En outre, Jean-Paul II a introduit lui-même une cause en canonisation, ce qui permet d'écarter la réserve des cinq ans : mère Teresa fut en effet béatifiée (en 2003) seulement six ans après sa mort (1997). La béatification de Jean-Paul II a également été prononcée le dimanche 1er mai 2011 par son successeur Benoît XVI six ans après sa mort.

But et intention[modifier | modifier le code]

Béatification et canonisation ont pour but, de la part de l'Église catholique, de proposer au peuple chrétien des exemples de vies éminemment chrétiennes.

Vénération et prières sont proposées ou autorisées, localement s'il s'agit d'une béatification (ou même universellement — dans certains cas — s'il en est décidé ainsi). Le culte se traduit par l'attribution d'un jour de commémoration au calendrier liturgique, autant que possible celui de la mort terrestre (ou « naissance au Ciel », selon l'expression classique du martyrologe) de l'intéressé.

Pour les catholiques, ce culte de dulie n'est pas à confondre avec la commémoration des défunts. Ce n'est pas non plus un culte des morts. Les bienheureux et les saints participent à la Vie éternelle. Dans la foi, une communion spirituelle et mystique s'établit avec eux ; c'est la communion des saints. Cette croyance fait partie du credo chrétien. Voir aussi le Code de droit canonique de 1983, canons 1186-1187 et suivants.

En principe[6], un bienheureux ne peut pas être choisi comme patron titulaire pour la dédicace d'une église, ce « privilège » étant réservé aux saints dûment canonisés.

Quelques bienheureux[modifier | modifier le code]

  • 498 « martyrs de la persécution religieuse en Espagne » ont été béatifiés le 28 octobre 2007 à Rome[7].
  • Antonio Rosmini (1797-1855), prêtre et fondateur d'une congrégation : ses écrits ont été mis à l'index en 1849 ; cette censure est levée peu avant sa mort intervenue en 1855 ; 40 de ses thèses ont été condamnées par Léon XIII en 1887. Sa redécouverte fut progressive au XXe siècle, et il a été béatifié en 2007.
  • Mère Teresa, née en 1910 à Uskub, dans l'Empire ottoman (actuellement Skopje, Macédoine), et décédée le 5 septembre 1997 à Calcutta, Inde. Béatifiée en 2003, 6 ans seulement après sa mort.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Trottmann, La vision béatifique, des disputes scolastiques à sa définition par Benoît XII, École française de Rome,‎ 1995, p. 3-7
  2. Yves Poutet, « La sainteté d'après le droit canon et les normes en usage pour les causes de béatification du Concile de Trente à nos jours », Histoire et Sainteté, Presses de l'Université, 1982, p. 53-64
  3. Henri Schwery, Saints et sainteté. Les saints parmi nous, Éditions Saint-Augustin,‎ 2008, p. 87-88
  4. Congrégation des causes des saints
  5. Michel Dubost, Stanislas Lalanne, Théo. Les saints, Fleurus,‎ 2011, p. 10-15
  6. Sauf indult du Saint-Siège : cf. commentaires du canon 1218.
  7. Béatification de 498 martyrs de la persécution religieuse en Espagne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]