Sociologie économique

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La sociologie économique est un domaine de la sociologie qui cherche à comprendre et expliquer sociologiquement les formes d'économie. L'approche générale consiste à appréhender toute forme d'économie comme étant une forme sociale, le résultat d'une construction d'actions et de relations sociales. Une des meilleures introductions à l'objet de la sociologie économique se retrouve au chapitre 2 ("Economic sociology") du livre de Fred L. Block "Postindustrial Possibilities: A Critique of Economic Discourse", University of California Press, 1990.


Naissance et développements de la sociologie économique[modifier | modifier le code]

Les auteurs classiques ont souvent pratiqué une forme de "sociologie économique". Toutefois, celle-ci n'est pas constituée comme telle puisque la sociologie et, dans une moindre mesure, l'économie ne sont pas encore des disciplines institutionnalisées. Karl Marx (1818-1883) est exemplaire à cet égard. Dans le Capital (1867), livre conçu comme un texte théorique écrit par un économiste, il affirme, dès le début du premier livre, que la valeur des marchandises, des objets provient de ce « que dans leur production une force de travail humaine a été dépensée, que du travail humain y a été accumulé. En tant que cristaux de cette substance sociale commune, ils sont réputés valeurs. » (édition Pléiade, p. 565) La « valeur proprement dite » est ainsi une « réalité purement sociale ». Elle est l'expression d'un « mode de production » dont dépend un « système de division sociale du travail » et un « rapport social » entre les humains. Bref, Marx est économiste et sociologue, pour le moins. Léon Walras (1834-1910) offre un autre exemple intéressant. Walras est surtout connu pour ses tentatives précoces pour construire un modèle d'équilibre général, qui constitue un fondement de la théorie économique néoclassique. Mais Walras voit l'économique mathématique comme une partie seulement de l'économie, une sorte de physique qui vise la vérité (comment produire, échanger de la manière la plus efficace ?). Selon lui, il faut y ajouter l'économie politique (comment gouverner, réformer concrètement ?) et l'économie sociale (comment réaliser la justice ?). On retrouve des préoccupations d'ordre sociologiques et politiques. Bien sûr, de nombreux auteurs différents pourraient servir d'exemples.

Plus récemment, c'est Mark Granovetter qui lança le programme d'une "nouvelle sociologie économique"[1], en partie dérivé des travaux de Harrison White sur la structure sociale des marchés. Selon ce dernier, l'individu n'est pas un atome prenant ses décisions hors contexte social. L'action de l'homme est avant tout une action sociale où le comportement économique peut s'expliquer par une recherche de la maximisation de l'utilité mais aussi par d'autres formes de rationalité (rationalité en valeur décrite par Max Weber). Par ailleurs, l'action économique ne peut se comprendre sans la prise en compte des relations personnelles de l'individu et le poids de la structure sociale (cf. l'analyse sur les réseaux).

L'action économique est donc "encastrée" dans le social ("encastrement" ou "embeddedness" en anglais, est un terme utilisé par Karl Polanyi et depuis par de nombreux sociologues anglo-saxons).

De nombreuses études relevant de ce courant de pensée s'opposent à l'analyse néoclassique, notamment dans l'explication sur le marché du travail (Granovetter) ou bien encore sur l'analyse de la mise en place de l'assurance-vie aux États-Unis (Zelizer).

Différences méthodologiques[modifier | modifier le code]

Les deux domaines sont différenciés par des approches méthodologiques différentes[2]. Les sociologues préfèrent les descriptions qualitatives et peu formalisées de la réalité. Les économistes privilégient généralement l'usage des outils mathématiques et statistiques (dont l'économétrie) dans leurs analyses. Par ailleurs, les économistes élaborent des modèles, semblables par certains aspects à ceux de la physique, qui ne peuvent qu'apporter une représentation simplifiée de la réalité économique.

En particulier, certains sociologues sont en désaccord avec les hypothèses sur les comportements des agents économiques, dont l'hypothèse d'anticipation rationnelle, utilisés par l'école néoclassique. Selon eux, les économistes s’accrochent à la théorie en voulant utiliser des modèles stricts dans des domaines complexes et impossible à formaliser. De plus, dans un souci de simplification, les économistes prennent les individus comme point de départ des études des phénomènes sociaux et économiques, sans tenir compte de l'appartenance à un environnement social qui les influence, comme le feraient des sociologues.

Les sociologues recherchent un pluralisme méthodologique, que permet l'absence de modélisation. Beaucoup de sociologues ont ainsi adopté une démarche dite historique comparative, celle-ci tente de rendre compte des fonctionnements des différentes organisations économiques dans le temps et dans l’espace. L'étude de l'économie est replacée dans son contexte historique et social, ce qui peut conduire à des interprétations subjectives et orientées.

Sociologie économique de Karl Polanyi[modifier | modifier le code]

L’idée d’étudier les échanges économiques implique avant toutes choses de pouvoir les définir de la manière la plus générale possible. Dès lors cette définition doit pouvoir être appliquée à toutes les civilisations de par le monde à n’importe quelle époque. C’est ce que s’est proposé de faire l’anthropologue Karl Polanyi[3]. Il est parvenu à la définition suivante : «L’économie est le procès institutionnalisé d’interaction entre l’homme et son environnement, cette interaction lui fournissant de façon continue les moyens matériels de satisfaire ses besoins». C’est donc un processus régi par des règles spécifiques à chaque civilisation qui peuvent être classées (toujours selon Polanyi) dans trois grands “modèles” de systèmes économiques.

  • Le premier étant la réciprocité, c’est un échange entre deux groupes, une sorte de troc comme le pratiquait les chasseurs-cueilleurs.
  • La redistribution est le deuxième modèle, il consiste en un rassemblement de biens en un centre pour être redistribué en fonction de critères déterminés.
  • Et finalement l’économie d’échange, que nous connaissons actuellement dans nos pays, avec l’organisation de marchés impliquant une fluctuation des prix et de nombreuses transactions.

Bien que ces différents modèles semblent être apparus linéairement dans l’Histoire pour aboutir au système le plus “évolué”, aucun d’entre eux n’a disparu ou n’a existé seul dans un même champ économique même s’il y a des dominances. C’est donc en prenant ces trois “modèles” complémentaires de Polanyi que l’on peut tenter de comprendre les pratiques économiques de toutes organisations sociales.

Citation[modifier | modifier le code]

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« L'ordre économique capitaliste actuel est un immense cosmos dans lequel l'individu est immergé en naissant et qui, pour lui, au moins en tant qu'individu, est donné comme une carapace de fait et immuable dans laquelle il lui faut vivre. Dans la mesure où l'individu est intriqué dans le réseau du marché, l'ordre économique lui impose les normes de son agir économique. Le fabricant qui s'oppose durablement à ces normes est, sur le plan économique, immanquablement éliminé, tout comme le travailleur qui ne veut pas ou ne peut pas s'y adapter se retrouve à la rue sans travail. (...) Le capitalisme détermine aujourd'hui avec une force contraignante irrésistible le style de vie de tous les individus qui naissent au sein de cette machinerie. »

— Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mark Granovetter, The strength of weak ties, 1973
  2. Jürgen Habermas, Théorie de l’agir communicationnel 1981, l'économie comme science empirico analytique (formalisation mathématique) et la sociologie comme science critique (processus d’autoréflexion)
  3. Karl Polanyi, La grande transformation, 1944

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]