Herbert Spencer

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Herbert Spencer

Description de l'image  Herbert_Spencer.jpg.
Naissance 27 avril 1820
Derby
Décès 8 décembre 1903 (à 83 ans)
Londres
Pays de résidence Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni

Herbert Spencer (Derby 27 avril 1820 - 8 décembre 1903) est un philosophe et sociologue anglais.

Philosophie générale de l'évolution[modifier | modifier le code]

Il défend, dès 1857 (Progress, its law and causes), une philosophie évolutionniste. L'évolution est un passage graduel de l'homogène vers l'hétérogène et de l'incohérent vers le cohérent. Un phénomène évolue dans le sens d'une différenciation et d'une intégration (organisation) croissante.

« L'évolution est une intégration de matière et une dissipation concomitante de mouvement, durant laquelle la matière passe d'une homogénéité indéfinie et incohérente à une hétérogénéité définie et cohérente et durant laquelle le mouvement retenu subit une transformation parallèle[1]. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de radicaux, il fut très tôt intéressé par les questions politiques. C'est pourquoi il s'affilia à de nombreuses associations. Il devint ainsi membre de l'Anti-Corn Law League, fondée par Richard Cobden. S'il se fit connaître comme sociologue, il exerça cependant la profession d'ingénieur des chemins de fer.

Collaborant à The Economist, il rédigea de nombreux ouvrages originaux, dont les Social Statics (1850), fort inspirés par l'utilitarisme benthamien, A Theory of Population (1852), où il contestait le catastrophisme de Thomas Malthus, ou encore ses Principles of Psychology (qu'il commença en 1855). Sa grande œuvre consista en l'élaboration des Principles of Sociology (dont la publication s'étala de 1876 à 1897).

Toute sa vie, Spencer fut un ennemi de la guerre et de l'impérialisme[réf. souhaitée]: c'est pourquoi il s'opposa à la guerre hispano-américaine de 1898 et tenta de fonder une Ligue contre l'agression.

Darwinisme social[modifier | modifier le code]

Connu comme l'un des principaux défenseurs de la théorie de l'évolution au XIXe siècle, sa réputation à l'époque rivalisait avec celle de Charles Darwin. Darwin n'appréciait ni le personnage, ni ses idées. Spencer a imposé le terme d'« évolution » et est l'auteur de l'expression « sélection des plus aptes », qu'il mettait en rapport avec la sélection naturelle de Darwin[2]. Il a notamment étudié l'extension de cette notion à des domaines comme la philosophie, la psychologie et la sociologie, dont il est reconnu comme l'un des fondateurs. Sa théorie fut appelée postérieurement « darwinisme social », ou encore « théorie organiciste ». Comme de nombreux auteurs[3] avant et après lui, Spencer considérait la société comme un organisme vivant ou une supra-organisation. Cependant, la sociologie va beaucoup plus loin et fait des lois de la nature comme la sélection naturelle une loi de l'évolution des sociétés. Ses recherches visaient à découvrir les lois d'évolution de la société en se basant sur celles des espèces. Sa pensée se construit ainsi selon des conceptions évolutionnistes et réductionnistes. Or, Darwin quant à lui use d'une conception dialectique[4]. Spencer fait de l'histoire des sociétés une histoire linéaire (non dialectique) de la nature. Pour lui, la société passe en plusieurs étapes d'un stade primitif où tout est homogène et simple à un stade élaboré, caractérisé par la spécificité, la différenciation, l'hétérogénéité. Toutefois, dans sa thèse de doctorat [5] présentée en 2012, François-Xavier Heynen réexamine la question de la paternité du darwinisme social. À ses yeux, la pensée globale d'Herbert Spencer n'est pas compatible avec une telle vision du monde car le véritable moteur de l'évolution de l'homme chez Spencer est la sympathie : ainsi le « plus apte » doit être compris comme le « plus sympathique ». Cette interprétation, construite sur une lecture de l'ensemble de l'œuvre de Spencer, remet en cause la vision classique de Spencer. Pour Darwin, « ses généralisations fondamentales (dont certains ont comparé l'importance à celle des lois de Newton !) - sont peut-être, oserais-je le dire, très valables d'un point de vue philosophique, mais d'une essence telle qu'elles me paraissent n'avoir aucun usage strictement scientifique. Relevant par essence des définitions plus que des lois de la nature, elles ne permettent pas de prédire ce qui se produira dans un cas particulier. »[6]

Idées politiques[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui il est surtout connu pour ses essais politiques, ceux-ci sont notamment cités par des penseurs libéraux comme Robert Nozick. Le philosophe Nietzsche le critique vivement, dans Le Gai Savoir (V, 373), Par-delà bien et mal (VIII, 253), Généalogie de la morale (I, 3 ; II, 12), Crépuscule des idoles (Divagation d'un « inactuel », 37), et Ecce Homo (Pourquoi je suis un destin, 4). Nietzsche le traite notamment de « décadent. »

Son ouvrage le plus connu, est Le Droit d'ignorer l'État, publié en 1850, formulation classique du droit de se passer des services de l'État et, donc, du droit de sécession individuelle qu'il légitime lorsque la puissance gouvernante abuse de son pouvoir. Spencer était alors un défenseur de l'État minimal (réduit donc strictement au maintien de la sécurité intérieure et extérieure, ainsi qu'il l'explique dès The Proper Sphere of Government en 1842). Comme John Locke, il défendait la contractualisation des relations entre individus et État. Pour lui, le gouvernement est un simple employé que chacun est libre de révoquer, sans que cela attente aux droits d'autrui. Il se tourna néanmoins petit à petit vers un libéralisme utilitariste de facture plus classique[7].

Spencer défend par ailleurs une philosophie de l'Histoire selon laquelle les sociétés industrielles (ouvertes, dynamiques, productives, reposant sur le contrat et la liberté individuelle) supplanteraient progressivement les sociétés de militaires (guerrières, hiérarchiques, holistes, figées, fermées sur elles-mêmes). Finalement, l'État deviendrait lui-même un élément archaïque et obsolète. Selon l'opinion que développe Yvan Blot dans sa thèse de doctorat[8], Spencer est considéré comme un minarchiste convaincu de la probabilité d'un avenir anarcho-capitaliste. Gueorgui Plekhanov, dans son ouvrage Anarchisme et Socialisme, le considéra pour sa part comme un philosophe bourgeois et « anarchiste conservateur[9]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Droit d'ignorer l'État (1850)
  • La Statique sociale (1850)
  • Principes de psychologie (1855), trad. Th. Ribot et A. Espinas, Lagrange, 1874-1875, 2 vol.
  • De l'éducation intellectuelle, morale et physique (1861)
  • Les Premiers Principes (1862), partie I : L'Inconnaissable, trad., Alcan, 1935
  • Principe de biologie (1864-1867), trad. M. E. Cazelles, Baillière, 1877-1878, 2 vol.
  • La Sociologie descriptive (1873)
  • Principes de sociologie (1876-1896), trad. M. E. Cazelles, Baillière, 1878-1898, 5 vol.
  • Principes d'éthique (1879-1892)
  • Les Bases de la morale évolutionniste, Paris, Baillière, 1881 (2e éd)
  • L'Individu contre l'État (1884), Alcan, 1885
  • Introduction à la science sociale (The Study of Sociology, 1884), Baillière, 1874
  • Essais scientifiques et politiques (1891)
  • Une autobiographie, trad. et adaptation Henry de Varigny, Alcan, 1907

Études[modifier | modifier le code]

  • Yvan Blot, Herbert Spencer, un évolutionniste contre l'étatisme, Les Belles Lettres, 2007, 320 p., ISBN 2-251-39901-1
  • François-Xavier Heynen, Herbert Spencer, penseur paradoxal : entre socio-darwinisme, évolutionnisme finalisé et naturalisation de la sympathie, thèse doctorale, Louvain, 2012.
  • Herbert Spencer, Autobiographie (naissance de l’évolutionnisme libéral), précédé de Patrick Tort, Spencer et le système des sciences, Paris, PUF, 1987, 550 p.
  • Patrick Tort, Spencer et l'évolutionnisme philosophique, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1996, 128 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Herbert Spencer, Premiers principes, chap. XVII.
  2. Spencer écrivait dans ses Principles of Biology, 1864, vol. 1, p. 444 : « This survival of the fittest, which I have here sought to express in mechanical terms, is that which Mr. Darwin has called ‘natural selection’, or the preservation of favoured races in the struggle for life. »
  3. Par exemple Jean-Jacques Rousseau, Adam Smith, Hegel entre autres auteurs tout aussi variés
  4. Patrick Tort, L'effet Darwin
  5. http://dial.academielouvain.be/handle/boreal:112452?site_name=UCL
  6. Darwin, Autobiographie, trad. Goux, Paris, Belin, 1985, p.90 in Patrick Tort, spencer et l'évolutionniste philosophique, Que sais-je, PUF, 1996, p.120
  7. Herbert Spencer, Political Rights in Stanford Encyclopedia of Philosophy.
  8. Herbert Spencer, un évolutionniste contre l'étatisme, Les Belles Lettres, 2007.
  9. Anarchisme et Socialisme, Conclusion.