Institution (sociologie)

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Une institution désigne une structure sociale (ou un système de relations sociales) dotée d'une certaine stabilité dans le temps. Une définition plus élégante consiste à dire qu'une institution est une règle du jeu acceptée socialement.

Toute institution se présente comme un ensemble de tâches, règles, conduites entre les personnes et pratiques. Elles sont dotées d'une finalité particulière, c'est pourquoi on s'intéresse à l'« esprit des institutions ». Elle n'existe, ne dispose, ne décide que par les pratiques de ses composantes. Comme objet sociologique, on s'intéresse aussi bien à ses actions intérieures qu'à celles tournées vers l'extérieur.

Le terme « institution » provient du latin institutio équivalent à « ce qui est institué, règle »[1].

Cet article se rapporte aux institutions en tant que mécanismes sociaux. Pour le fonctionnement des institutions, voir Organisation.

Définitions[modifier | modifier le code]

L'intérêt précurseur pour les institutions politiques de façon significative avec Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau. À cette époque, il s'agissait plutôt des institutions formelles.

Le concept d'institution est fondateur pour la sociologie. Pour Émile Durkheim, il permet la construction de la sociologie comme une science sociale autonome : « On peut (...) appeler institutions, toutes les croyances et tous les modes de conduite institués par la collectivité. La sociologie peut être alors définie comme la science des institu-tions, de leur genèse et de leur fonctionnement »[2].

Les institutions sont des manières collectives d'agir et de penser, elles ont leur existence propre en dehors des individus. Pour Émile Durkheim, les faits sociaux ne sont pas naturellement et immédiatement intelligibles mais doivent être compris à travers l'expérimentation et les observations. De plus, les faits sociaux exercent une influence coercitive sur les personnes.

Fustel de Coulanges (1830 - 1889), professeur d'Émile Durkheim, avait analysé les institutions de la Grèce et de Rome[3]. Pour lui, les institutions ont une solidité qui résiste aux siècles, aux croyances liées à leurs origines. La société est réglée par ses institutions.

Pour Marcel Mauss, une institution est un ensemble d'activités instituées que les individus trouvent devant eux. Ce qu'est la fonction de l'ordre biologique de même que la science de la vie est celle des fonctions vitales. La science de la société est la science des institutions[4]. Une distinction existe d'avec la notion de fait social total.

Pour Max Weber (1864-1920), fondateur de l'école allemande de sociologie, l'institution se rapproche de l'idée d'association, c'est un groupement dont les règlements statutaires sont octroyés avec un succès relatif à l'intérieur d'une zone d'action délimitante à tous ceux qui agissent d'une manière définissable selon les critères déterminés[5]. C'est un régulateur des rapports sociaux. Le terme d'institutionnalisation est le processus qui tend à organiser les rapports aux modèles sociaux.

De même pour Bronislaw Malinowski (1884-1942), l'institution est également un groupement (ou ensemble de groupes sociaux) régi par des règles (normes, lois, droits administratifs ou coutumiers, codes, charte)[6].

Pour Alfred Radcliffe-Brown (1881-1955), l'institution est le règlement (ou ensemble de règles) des groupes[7].

Pour Talcott Parsons (1902-1979), les institutions sont des structures[réf. nécessaire].

Erving Goffman (1922-1982) définit la notion d'institution totale comme un lieu de résidence et de travail où un grand nombre d'individus, placés dans la même situation, coupés du monde extérieur pour une période relativement longue, mènent ensemble une vie recluse dont les modalités sont explicitement et minutieusement réglées[8].

Exemples d'institutions totales : Prison, institut psychiatrique, équipage, monastère ou internat sont des expressions du modèle qui peuvent réduire fortement l'« espace libre » de l'individu.

L'approche de Maurice Hauriou[modifier | modifier le code]

Maurice Hauriou présente les institutions comme des groupements humains dominés par une idée d'œuvre à accomplir — le maintien de l'ordre pour la police, la diffusion du christianisme pour l'Église ou l’accumulation de capital pour l’entreprise — : une institution sociale est une entreprise dont l'idée domine tellement le personnel des agents qu'elle est devenue pour eux une œuvre à accomplir[9].

Il décompose l'institutionnalisation en cinq phases successives[réf. nécessaire] :

  1. une idée d'œuvre est lancée par quelques individus,
  2. cette idée se propage et un groupe de gens aspire à sa réalisation,
  3. dans ce groupe s'élève un pouvoir qui s'empare de la domination pour réaliser l'entreprise,
  4. un débat s'engage et débouche bientôt sur une définition des rôles et des statuts,
  5. enfin cette organisation devient une institution après une assez longue durée de rapports pacifiés en son sein.

Israël Sylvestre : le Collège des Quatre-Nations (actuellement occupé par l'Institut de France) à Paris Drapeau de la France France, vers 1670 (Architecte : Louis Le Vau).

John Rawls[modifier | modifier le code]

Pour Rawls, l’institution n’est pas le moyen commun de réaliser une même fin mais plutôt le moyen commun de réaliser des fins différentes. Les individus s’accordent pour mettre en place une institution, non pas parce qu’ils partageraient une même volonté que celle-ci permettrait de réaliser, mais plutôt parce que l’institution créée sera utilisée par chacun pour accomplir sa propre volonté. Volonté qu’il ne partage pas forcément avec les autres membres de la société.

Exemple : l'étude de Mancur Olson (La logique de l’action collective) sur les syndicats démontre que l'adhésion se fait plus par souci d'améliorer sa situation personnelle (par le biais d'une plus grande sécurité ou de relations utiles) que de servir la cause défendue par le syndicat.

Friedrich Hayek[modifier | modifier le code]

En vieillissant, les institutions se comporteraient même comme de véritables organismes vivants, cherchant avant tout à se perpétuer. On peut rejoindre ici Friedrich Hayek (troisième tome de Droit, législation et liberté, Quadrige, 1995) dans une métaphore darwinienne où il décrit les institutions comme des êtres vivants engagés dans une lutte pour la survie. Lutte ne laissant réchapper que les mieux adaptées aux exigences de leur milieu.

Institutions et actes de langage[modifier | modifier le code]

John Langshaw Austin est le premier à avoir mis en évidence que les institutions sont étroitement liées aux actes de langage. Dans son fameux exemple du mariage[10], il montre que c'est seulement par certains actes de langage qu'un homme et une femme peuvent se marier, donc reproduire l'institution du mariage. Et il en est de même pour toute institution. Dans Ce que parler veut dire, Pierre Bourdieu admet l'importance fondamentale des actes de langage en sociologie, mais il souligne que les actes de langage ne sont pas des "paroles magiques" ayant des effets par eux-mêmes[11]. Ces effets dépendent des conventions, normes sociales et des organisations présentes dans toute société. Pour John Searle, Austin et Bourdieu ont tous les deux raison, les institutions ne peuvent fonctionner sans actes de langage, et en contrepartie, les actes de langage nécessitent également des règles institutionnelles pour avoir des effets. Comme un jeu d'échec, les institutions ont des règles constitutives (règles indispensables au fonctionnement) et des règles normatives (objectifs à atteindre) pour que les membres puissent prendre des décisions sur les actes (verbaux et non verbaux) à réaliser[12]. Les institutions sont des systèmes de règles établies et reconnues en étant appliquées par les actes de langage des membres des divers groupements de leur société[13].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sermons St Bernard, 112, 25 ds T.-L. selon le Trésor de la Langue Française Informatisé, TLFI
  2. Les règles de la méthode sociologique, 1871, pp. XXII-XXIII
  3. La Cité antique, Paris, Durand, 1864. Modifié lors de la 7e édition, Hachette
  4. Marcel Mauss, La sociologie : objet et méthode, article écrit en collaboration avec Paul Fauconnet, 1901
  5. Max Weber, Économie et société, tome 1 - Les catégories de la sociologie (p. 94 pour l'édition Pocket de 1995)
  6. Malinowski Bronislaw, Une théorie scientifique de la culture, Paris, Seuil,‎ 1970 [1944], 187 p., p. 140
  7. Alfred Radcliffe-Brown, Structure et fonction dans la société primitive, Paris, Editions de Minuit,‎ , 317 p., p. 313
  8. Erving Goffman, Asiles. Études sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus, trad. de Liliane et Claude Lainé, Éditions de Minuit, Paris, 1979, p. 41, ISBN 2707300837
  9. Maurice Hauriou, Traité de droit administratif,
  10. John Langshaw Austin, Quand dire c'est faire, Paris, Seuil,‎ , p. 41
  11. Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, Paris, Fayard,‎
  12. John Searle, Construction de la réalité sociale, Paris, Gallimard,‎ , 320 p. (ISBN 9782070749348)
  13. Laurent Fontaine, Paroles d'échange et règles sociales chez les Yucuna d'Amazonie colombienne, Paris, L'Harmattan,‎ , 302 p. (ISBN 978-2-296-04917-8), p. 16

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Anglophone[modifier | modifier le code]

  • Peter L. Berger, Thomas Luckmann (1966), The Social Construction of Reality: A Treatise in the Sociology of Knowledge, Anchor Books, Garden City, NY.
  • Douglass C. North - Structure and Change in Economic History. New York: Norton Company, 1981.
  • Douglass C. North (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance. Cambridge University Press, Cambridge.
  • Schotter, A. (1981), The Economic Theory of Social Institutions. Cambridge University Press, Cambridge.
  • Jack Knight - Institutions and social conflict, Cambridge University Press 1992
  • Robert E. Goodin, Hans-Dieter Klingemann, A New Handbook of Political Science
  • Richard B. McKenzie, Gordon Tullock, The new world of economics: Explorations into the human experience. Irwin, Inc., Homewood Illinois 1981

Francophone[modifier | modifier le code]

Germanophone[modifier | modifier le code]

  • Peter L. Berger und Thomas Luckmann, Die gesellschaftliche Konstruktion der Wirklichkeit: eine Theorie der Wissenssoziologie, Frankfurt am Main : Fischer Taschenbuch, 1999
  • Hartmut Esser, Soziologie. Spezielle Grundlagen'#. Band 5: Institutionen. Frankfurt a. M./New York: Campus 2000
  • Arnold Gehlen, Der Mensch, Wiesbaden: UTB 1995
  • Arnold Gehlen, Über die Geburt der Freiheit aus der Entfremdung, Gesamtausgabe Bd. 4, Frankfurt a. M. 1983
  • Erving Goffman, Asyle, Frankfurt a. M.: Suhrkamp 1972 (zu Totalen Institutionen)
  • Bernhard Schäfers (Hrsg.), Grundbegriffe der Soziologie. Opladen: Leske + Budrich, 4.Auflage 1995
  • Gradinger, Sebastian (2006): Service Clubs - zur Institutionalisierung von Solidarität und Sozialkapital, Universität Trier.

Romanophone[modifier | modifier le code]

  • Douglass C. North - Instituţii, schimbare instituţională şi performanţă economică. Chişinău : “Ştiinţa, 2003
  • W. Richard Scott - Instituţii şi organizaţii. Bucureşti: Polirom 2004

Liens externes et source[modifier | modifier le code]

  • Article en ligne : Olivier Marty, « Comment les institutions s’émancipent de leur projet initial, Esquisse d’un cadre commun aux paradigmes du contrat social et du marché », Labyrinthe, no 9, 2001 (site.voila.fr)
  • (en) Introduction en ligne de l'article sur les aspects économiques : Avner Greif, Institutions and the Path to the Modern Economy: Lessons from Medieval Trade, Cambridge University Press, 2006 (www-econ.stanford.edu)
  • (en) Site pour « A decision support tool to analyze of institutional reform » (DSTAIR, www.institutionalreform.org)

Source[modifier | modifier le code]