Colonie pénitentiaire de Mettray

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La colonie pénitentiaire de Mettray, destinée à réhabiliter de jeunes délinquants et située à Mettray, petite localité d'Indre-et-Loire, fut créée en 1839 et fermée en 1939. Cet établissement, bien que fondé sur des principes idéalistes, à savoir rééduquer les jeunes délinquants par le travail de la terre, garde la triste réputation d'être l'ancêtre des bagnes pour enfants. Une réouverture s'effectue en 1957 grâce à Marcel Tomeno sous forme d'un I.M.Pro pour mineurs débiles moyens, légers et "caractériels" (14-18 ans) et dont il assurera la direction jusqu'à son décès (1964).

Mission[modifier | modifier le code]

La colonie agricole et pénitentiaire de Mettray.

Fondée en 1839 avec le soutien à la chambre des députés d'Alexis de Tocqueville (rapporteur de plusieurs commissions et projets de loi sur les prisons) elle est conçue et dirigée par Frédéric-Auguste Demetz, cet établissement privé (sans mur d'enceinte) comportait, outre le réfectoire et les dortoirs, une chapelle, des ateliers, des étables, de vastes champs cultivés et même une carrière de pierres. S'inscrivant dans la lignée du mouvement philanthropique, il s'agissait de régénérer, au contact de la nature, par le travail manuel et la prière, des adolescents que la prison aurait sûrement pervertis. La devise de Demetz — qui avait étudié les systèmes pénitentiaires d'autres pays — était : « améliorer l’homme par la terre et la terre par l'homme ». Autour de la prison se sont rencontrées les plus grandes figures de leur temps : Alexis de Tocqueville, Alphonse de Lamartine, ou Louise Colet. Plus tard, d’autres s’attacheront à dénoncer les pratiques répressives qui y sévissent : les « plumes » de l’Assiette au beurre, et le journaliste Alexis Danan s'y intéressent également[1].

La colonie est établie sur le principe de la prison d'Auburn dans l'État de New-York aux États-Unis. En 1833 Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont publient un opuscule intitulé Écrits sur le système pénitentiaire en France et à l'étranger, (ou du système pénitentiaire aux États Unis et de son application en France)[2]. Ils préconisent pour réformer les prisons françaises deux systèmes d'incarcération celui de la prison de Cherry Hill à Philadelphie et celui d'Auburn. Cherry Hill est basé sur l'isolement cellulaire individuel (principe du panoptisme de Bentham décrit par Michel Foucault dans Surveiller et punir), Auburn sur le silence, le travail en atelier collectif, l'enfermement la nuit[3]. Mettray était à l'origine une initiative privée philanthropique créée pour éviter le système cellulaire aux enfants et favoriser leur rééducation morale et professionnelle.

Pour Michel Foucault, la spécificité de Mettray c'est d'être« le modèle où se concentrent toutes les technologies coercitives du comportement...les chefs et les sous-chefs à Mettray ont à fabriquer des corps à la fois dociles et capables... Dressage qui s'accompagne d'une observation permanente les chefs et les contre maîtres ont à vivre au plus près des colons ...et pour les former eux mêmes on avait organisé dans la colonie elle même une école spécialisée ... ils étaient eux même soumis comme élèves à la discipline qu'ils devaient eux mêmes comme professeurs imposer plus tard. » (pages 300 à 302. Surveiller et punir)

Structure[modifier | modifier le code]

La colonie pénitentiaire de Mettray était divisée en familles, avec pour chacune un adulte chef de famille. Les pensionnaires avaient la tête rasée et portaient un uniforme. L'instruction (une heure par jour avec un peu de calcul, de lecture et d'écriture) tenait peu de place. Le travail était pénible, la nourriture médiocre et les fautes lourdement sanctionnées. Cette discipline ne put empêcher les rapports homosexuels engendrés par la promiscuité. Et l'institution, portée au début par l'enthousiasme de ses promoteurs, va alors connaître des problèmes financiers, péricliter, et finit par être fermée en 1939. La colonie agricole et penitenciaire du Mettray accueillera au total plus de 17 000 enfants.

L'écrivain français Jean Genet a évoqué dans son livre Miracle de la Rose l'expérience qu'il a vécue à Mettray. Il l'évoque également dans son autobiographie Journal du voleur (aux pages 197 et 198 de la collection Folio), et dit de cette prison que si elle « comblait (ses) goûts amoureux » elle « blessa (sa) sensibilité ». Il en parle comme d'un endroit vil. Il écrit dans le Miracle de la rose : « Chaque paysan touchant une prime de cinquante francs par colon évadé qu'il ramenait, c'est une véritable chasse à l'enfant, avec fourches, fusils et chiens qui se livrait jour et nuit dans la campagne de Mettray »[4].

Pensionnaires célèbres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Brochure du conseil général d'Indre-et-Loire au sujet du colloque organisé par les Archives départementales, tenu du 15 au 16 juin 2004, La colonie agricole et pénitentiaire du Mettray (1839-1937)).
  2. Dans Tocqueville, Lettres choisies, souvenirs, Gallimard, janvier 2003 (années 1831 et 1832) également
  3. Alexis de Tocqueville, Oeuvres complètes, tome IV, Écrits sur le système pénitentiaire en France et à l'étranger, synthèse d'Heffer Jean, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1986, vol. 41, Numéro 3, pp. 724-726.
  4. Miracle de la rose, p. 18 Jean Genet 1993 éditions L'arbalète.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Forlivesi, Georges-François Pottier et Sophie Chassat, Éduquer et punir. La colonie agricole et pénitentiaire de Mettray (1839-1937), Presses universitaires de Rennes, octobre 2005.
  • Le philosophe français Michel Foucault en parle longuement dans la troisième partie (III Le carcéral - p. 343) du quatrième chapitre (IV Prison) de Surveiller et punir, édition Gallimard 1975.
  • L’écrivain français Henry Bonnier le décrit dans le Moko (1983) deuxième volume du très beau Cycle de René-Étienne (le premier tome étant L’enfant du Mont Salvat)
  • La Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray - Souvenirs d’un colon 1922-1927 - Punir pour éduquer ? (Raoul Leger - Suivis des contributions historiques par Jacques Bourquin et Eric Pierre), l’Harmattan.
  • Idelette Arnouin-Weiss et Georges-François Pottier, Les décès des enfants de la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray.
  • Histoire des prisons en France 1789-2000, édition Privat, 2002.

Lien externe[modifier | modifier le code]