Sociologie des religions

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La sociologie des religions (dite aussi « sociologie de la religion ») est la branche de la sociologie s'intéressant aux phénomènes d'ordre religieux ou relevant de la laïcité.

Évolution des définitions de la religion[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : étymologie de religion.

Deux origines sont proposées pour ce mot, toutes deux latines. Ainsi, « religion » serait issu soit du verbe latin religare qui signifie « lier » ou « relier » (à Dieu), soit du verbe religere qui signifie « récolter, recueillir, accomplir avec minutie », mettant en valeur le respect de la tradition et l'exécution précise des rites. L'étymologie, cependant, n'explique pas tout, et il reste difficile à ce jour de proposer une définition de religion qui fasse l'unanimité.

Approches sociologiques[modifier | modifier le code]

Approche marxiste[modifier | modifier le code]

Introduite par Karl Marx et Friedrich Engels, elle envisage la religion comme idéologie. Désignée comme « l'opium du peuple », la religion est une production non-materielle des sociétés traduisant des rapports sociaux et politiques. Dans l'ouvrage sociologie religieuse(1850) Engels soutient que toute religion est un “déguisement” d'intérêts de classe légitimatrice de ceux-ci dans le processus historique de lutte des classes.

Approche substantive[modifier | modifier le code]

Défendue par Émile Durkheim, Max Weber et Parsons, cette approche distingue la religion des autres phénomènes sociaux par son contenu, et plus précisément par la séparation qu'elle effectue entre deux mondes : visible/invisible, naturel/surnaturel, temporel/spirituel, humain/suprahumain, etc. Max Weber ajoute dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme (chap. 2) que la religion, en particulier le calvinisme, a influé sur le système économique, bien plus que le lien inverse postulé par Marx. Il n'affirme pas comme les marxistes que cela soit le seul lien et qu'il est exclusif de tout autre mais affirme son importance dans le développement originel du capitalisme.

Certains auteurs considèrent cette opposition comme absente de certaines cultures. Ainsi Bronisław Malinowski, lors d'un voyage en Nouvelle-Guinée, raconte que pendant une expédition en pirogue, les autochtones qui l'accompagnaient se sont tous jetés à l'eau à la vue d'une « sorcière volante ». Ici c'est bien la vue qui permet de percevoir le surnaturel, la distinction visible/invisible de la religion au sens substantif perd de son crédit.

D'autre part, certains phénomènes aujourd'hui en plein développement, tels que la croyance en l'astrologie, la télékinésie ou la télépathie, relèvent peut-être du même ressort.

Approche fonctionnelle[modifier | modifier le code]

Elle définit la religion par son utilité: la religion est ce qui crée du lien social ou qui fournit une explication globale du monde. Cette définition insiste sur les réponses aux préoccupations ultimes des individus (le mal, la mort, etc) auxquelles la religion apporte une réponse.

Mais l'on peut reprocher à cette définition d'être bien trop large: les religions n'étant pas les seules à contribuer au lien social ou à fournir un sens à la vie. Chez Durkheim, le facteur de renforcement du lien social est la division du travail, pas la religion. D'autre part, la construction d'un sens de la vie ne passe pas forcément par la religion, comme le prouvent les philosophies laïques ou agnostiques.

Troisième voie[modifier | modifier le code]

Yves Lambert propose une définition de la religion qui reposerait sur trois critères successifs de plus en plus restrictifs.

Le premier critère définit la religion par sa croyance en l'existence d'une réalité se situant au delà de la réalité empirique, c'est-à-dire au delà des limites objectives de la nature et de l'homme telles que les saisit la science.

Le second critère complète le premier, et ajoute que d'une religion croit en l'existence d'une relation entre l'homme et une réalité supraempirique par l'intermédiaire de moyens symboliques (prière, méditation, sacrifices, rituels,etc)

Le dernier critère dote la religion de formes rituelles collectives. "Un système de croyances et de pratiques se rapportant à des réalités supraempiriques en rapport avec l'homme par des moyens symboliques et donnant lieu à des formes communautaires."

Tendances de l'évolution religieuse occidentale[modifier | modifier le code]

Érosion de l'adhésion chrétienne[modifier | modifier le code]

De manière générale, on constate une baisse de la plupart des critères de l'adhésion chrétienne. Une majorité (90 %) des religieux et des croyants européens se réclament chrétiens, mais six grands types de phénomènes montrent le recul du christianisme :

  • l'appartenance religieuse est partout en recul. En France, en 1990, il y a 58 % de catholiques, 1 % de protestants, 3 % de religions diverses, et 38 % sans religion ;
  • la pratique cultuelle régulière (au moins une fois par mois) diminue partout sauf en Italie ;
  • sauf en Italie et en Irlande, la religion est de moins en moins considérée comme une source de force et de réconfort. En 1990, seul 1 français sur trois le pense ;
  • sauf en Italie et en Irlande, l'adhésion aux croyances chrétiennes tend à se relâcher. En France, en 1990, 20 % croient en un dieu personnel, 27 % croient en la résurrection ;
  • la confiance dans les églises baisse partout sauf en Italie et en Espagne, mais l'impression que les églises répondent aux besoins spirituels des gens augmente ;
  • la croyance en la vie après la mort et la réincarnation augmentent. En France, en 1990, 24 % croient en la réincarnation, 38 % en la vie après la mort.[réf. nécessaire]

Le recul du christianisme est donc visible partout sauf en Italie et en Irlande, mais particulièrement en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Grande Bretagne. Les cas particuliers évoqués plus haut sont dus à des raisons historiques liées au prestige de la papauté en Italie et à l'identification entre le catholicisme et la cause nationale en Irlande, où être catholique s'assimilait à un acte de résistance et d'opposition à la Grande Bretagne.

À ces observations il faut cependant apporter des nuances. Si le christianisme est en baisse dans tous les pays de l'Europe occidentale, ils ne se situent pas au même niveau. En Espagne par exemple, le catholicisme est en déclin, certes, mais 85 % des espagnols sont catholiques. Les pays qui restent très religieux se situent dans la zone de tradition catholique. Et dans chaque pays, il existe des groupes d'individus en particulier :

  • le christianisme confessant induit la pratique religieuse régulière et la croyance d'une foi avec un dieu personnel. On le retrouve en Irlande, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Autriche, en Suisse, au Luxembourg et en Allemagne ;
  • le christianisme identitaire induit une pratique identitaire et une croyance probabiliste. On retrouve dans ce groupe la France, la Belgique, la Grande Bretagne et les Pays-Bas ;
  • l'humanisme séculier se compose d'individus non croyants ou indifférents et non pratiquants. On le rencontre surtout dans les pays scandinaves.

Il faut de plus noter que ce recul religieux est générationnel. Chaque nouvelle génération est moins chrétienne que la précédente.

Montée des extrémismes religieux[modifier | modifier le code]

Les problèmes liés à cette étude sont multiples:

  • D'une part les termes liés à l'extrémisme religieux, mêlant, extrémisme, radicalisme, intégrisme, ultraorthodoxie, fanatisme. Il faut donc de ne pas travestir la réalité en respectant les sensibilités de chacun. Le fondamentalisme est purement religieux, et s'attache principalement au respect des traditions de sa religion dans le cadre religieux. L'intégrisme au contraire, veut modeler la société et l'État conformément aux prescriptions religieuses. Il entre donc de plain-pied dans la politique.
  • D'autre part dans la diversité des confessions des religions, donc des extrémismes religieux (islamistes, hindous nationalistes, loubavitch, télé-évangélistes américains, etc). Ainsi, il ne sera fait mention ici que des points communs entre ces différents extrémismes.
  • Enfin, toute étude sociologique de l'extrémisme religieux est rendu difficile par les extrémistes eux-mêmes. Aucun sociologue n'ayant pu étudier les extrémistes de l'intérieur.

Une origine commune[modifier | modifier le code]

L'affirmation de l'extrémisme religieux apparaît dès 1970, notamment en Iran et en Israël avec l'Imam Khomeiny et les ultra orthodoxes juifs. En occident, les sectes commencent à se développer. Ceci s'explique par une triple rupture:

  • celles des idéologies séculières, qui comprennent le communisme, le libéralisme et le concept État-nation-parti des pays du Tiers Monde. Les échecs de ces idéologies sont montrés du doigt, à cause des inégalités Nord/Sud créées par le libéralisme et le retard économique et politique des deux autres idéologies dans leurs pays. Les intégristes religieux proposent une alternative à cela.
  • celle de l'ère des blocs, désormais révolue. Le bloc occidental et le bloc oriental, chacun orienté dans son conflit avec l'autre, imposait en son sein la cohésion. Avec l'effondrement du bloc soviétique, la contestation apparaît, notamment religieuse.
  • celle de la critique de la modernité, pouvant être perçue comme un facteur de corruption moral et politique.

Organisation des extrémismes religieux[modifier | modifier le code]

Lieux et public de prédilection[modifier | modifier le code]

L'extrémisme religieux est particulièrement présent auprès des populations jeunes et/ou isolées. En France, les banlieues peuvent constituer un terrain de prédilection pour l'extrémisme. À la différence des villages traditionnels, les banlieues disposent rarement de réseaux sociaux de solidarité. Mais similairement aux villages traditionnels, il y a rarement d'identité politique forte. Ces facteurs favorisent la recherche d'une identité forte et d'une appartenance communautaire marquée et rendent l'implantation des extrémismes plus aisée.

Leaders et portes paroles[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Contrairement à certaines idées reçues, les leaders extrémistes ne sont pas des barbares incultes ou obscurantistes, bien au contraire. Les études sociologiques montrent que ces derniers ont une origine sociale favorisée, qui les situe dans la bourgeoisie, ainsi qu'un niveau de qualification élevé: ingénieur, banquier, professeur, etc.

De plus, bien qu'ils soient opposés à la modernité, ils utilisent les moyens de la modernité sur le plan économique, politique et technique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912.
  • Joseph Laloux, Manuel d'initiation à la sociologie religieuse, Coll. Feres, Paris, Editions universitaires, 1967.
  • Max Weber, Sociologie des religions (choix de textes et traduction par Jean-Pierre Grossein), Gallimard, 1996.
  • Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, Sectes, mensonges et idéaux, Paris, Éditions Bayard,‎ 1998
  • Françoise Champion (dir.) et Martine Cohen (dir.), Sectes et démocratie, Paris, Seuil,‎ 1999
  • Shmuel Trigano, Qu'est-ce que la religion ? : La transcendance des sociologues, Champs Flammarion, 2004.
  • O. Bobineau, S. Tank-Stoper, Sociologie des Religions, Armand Colin, coll. 128, 2007.

Articles[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]