Michelle Perrot

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Michelle Perrot

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Biographie
Naissance 18 mai 1928
Paris
Nationalité Drapeau : France Français
Thématique
Titres Professeure des universités
Approche Histoire sociale du XIXe siècle
Histoire des femmes
Travaux * Thèse de doctorat, Les ouvriers en grève (1974)
  • Histoire des femmes en Occident, en 5 volumes, sous la direction de Michelle Perrot et Georges Duby (1991-1992)
  • Les femmes ou les silences de l'histoire (1998)
  • Les ombres de l’histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle (2001)

Michelle Perrot, à l'origine Michelle Roux[1], née à Paris le 18 mai 1928[2], est une historienne et militante féministe française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études secondaires[modifier | modifier le code]

Elle est issue d'une famille de la classe moyenne : dans l'entre-deux-guerres, son père est grossiste en articles de cuir dans le quartier du Sentier à Paris. C'est une famille catholique, mais dotée d'une certaine originalité.

Mobilisé durant la Première Guerre mondiale, son père en est revenu désabusé et a adopté des points de vue peu conformistes : il incite sa fille à faire du sport, à poursuivre ses études et à avoir une vie indépendante. En 2002, elle dit de lui : « Mon père était moderne, sportif, amateur de chevaux et de voitures de courses, lecteur de littérature américaine. Il était rentré de la guerre (14-18), qu’il avait faite dans les tranchées, révolté, sans illusion et sans engagement, irrespectueux, un peu anar. C’était un père fantaisiste et anti-conformiste, qui me traitait comme le garçon qu’il aurait sans doute voulu avoir. »[3]

Sa mère, issue d'une famille de « fonctionnaires laïques »[4], a fait des études secondaires au lycée Fénelon.

Michelle fait ses études secondaires au Cours Bossuet[5], un établissement catholique plutôt traditionaliste : « J’avais été éduquée dans un collège religieux, très traditionnel en la matière [c'est-à-dire : en ce qui concerne la formation des femmes]. Lors d’une conférence faite aux "dames" – nos mères -, un certain Père de Grand Maison leur avait dit : "une femme doit être levée la première et couchée la dernière". Ma mère avait été scandalisée. »[6]. Parmi les professeurs, pour la plupart des religieuses, se trouvent quelques étudiantes, notamment Benoîte Groult, qui y enseigne l'anglais.

Études supérieures et carrière universitaire[modifier | modifier le code]

De 1947 à 1951, elle fait des études d'histoire à la Sorbonne, où elle reçoit l'enseignement d'Ernest Labrousse dont l'éloquence et la rigueur l’impressionnent. Elle fait sous sa direction un mémoire de maîtrise (à l'époque : DES) sur les Coalitions ouvrières de la Monarchie de Juillet. Au départ, elle aurait souhaité travailler sur le féminisme (1949 est l'année de la publication du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir), mais Labrousse l'en a dissuadée.

Elle est ensuite reçue à l'agrégation et nommée professeur de lycée, tout en préparant (toujours sous la direction de Labrousse) une thèse de doctorat sur les grèves ouvrières du XIXe siècle.

En 1953, elle épouse un autre historien, Jean-Claude Perrot ; par la suite, elle fera toute sa carrière sous son nom d'épouse.

Professeur à Caen[7], elle travaille avec des membres de la Mission de France (prêtres ouvriers). Avec Jean-Claude Perrot et Jean Cuisenier (par la suite directeur du Musée des Arts et traditions populaires), elle mène des enquêtes sur les pratiques religieuses, démographiques et culturelles des ouvriers de la Société métallurgique de Normandie, à la manière de Gabriel Le Bras et Henri Lefebvre.

En 1960, elle organise avec Jean Maitron un colloque sur « Le militant ouvrier », dont un des résultats est la création de la revue Le Mouvement social, principale revue d’histoire ouvrière, élargie ensuite à l’ensemble du mouvement social, au mouvement féministe et, plus récemment, aux « études de genre ».

Elle est nommée assistante d'Ernest Labrousse et soutient sa thèse en 1971.

Elle est ensuite nommée professeur à l’Université Paris VIIDenis Diderot, dont elle est aujourd'hui professeure émérite.

Engagements[modifier | modifier le code]

Michelle Perrot milite d'abord dans un groupe de chrétiens progressistes fondé par Jacques Chatagner, qui publiait le mensuel La Quinzaine. En 1955, Rome suspend l’expérience des prêtres-ouvriers, considérés comme des fourriers du communisme. La Quinzaine ayant protesté est condamnée. C'est pour cette raison que Michelle Perrot rompt avec l’Église et avec la foi de sa jeunesse.

Attirée par le communisme, elle adhére au PCF en 1955, au début de la Guerre d’Algérie, pensant que le Parti communiste serait la principale force d’opposition à cette guerre injuste. Cependant, elle est « sérieusement refroidie par le rapport Khrouchtchev et l’insurrection hongroise de 1956 »[8]. Elle quitte le PCF en 1958, mais reste cependant « compagnon de route », à la manière de Sartre.

Dans le sillage de Pierre Vidal-Naquet, assistant à l’université de Caen, elle s'engage dans le combat contre la torture en Algérie, participant au comité Audin créé à Caen en janvier 1958 (incluant aussi son époux et les époux Ozouf, Jacques et Mona).

La cause des femmes[modifier | modifier le code]

Le mouvement féministe émerge dans le sillage de Mai 1968. Michelle Perrot participe comme militante de base à la plupart des manifestations, pétitions, meetings. Avec Françoise Basch, elle fonde à l’automne 1974, un "Groupe d’études féministes" (GEF), non mixte, très actif pendant quelques années, où l’on aborde des sujets comme : l'avortement, le viol, l'homosexualité, la prostitution, le travail domestique, la psychanalyse… et où des contacts avec les Women’s studies sont noués.

Au printemps 1973, avec Pauline Schmitt-Pantel et Fabienne Bock, Michelle Perrot crée un cours sur les femmes à l'université de Paris VII (Jussieu) : « Les femmes ont-elles une histoire ? »

Elle anime également des séminaires sur divers thèmes de l’histoire des femmes qui connurent un grand succès, y compris à l’étranger. Les demandes de maîtrises et de thèses affluèrent.

Carrière journalistique et audio-visuelle[modifier | modifier le code]

Michelle Perrot a longtemps collaboré au quotidien Libération ; elle produit et présente l'émission Les Lundis de l'Histoire, sur France Culture.

Fonctions de conseil[modifier | modifier le code]

Elle a été membre du Conseil national des programmes et du Conseil National du Sida[9].

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix.

Apport à l'histoire du mouvement ouvrier et des prisons[modifier | modifier le code]

Elle a notamment travaillé sur les mouvements ouvriers (Les ouvriers en grève, Mouton, 1974, sa thèse d'État dirigée par Ernest Labrousse), les enquêtes sociales, la délinquance et le système pénitentiaire (sur cette question, ses principaux articles ont été réunis dans Les ombres de l’histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle, Flammarion, 2001), collaborant avec Michel Foucault et animant de 1986 à 1991 avec Robert Badinter un séminaire sur la prison sous la Troisième république à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales[10].

Apport à l'histoire des femmes et à l'histoire des genres[modifier | modifier le code]

Mais Michelle Perrot a surtout contribué à l’émergence de l’histoire des femmes et du genre, dont elle est l’une des pionnières en France. Elle a notamment dirigé, avec Georges Duby, l’Histoire des femmes en Occident (5 vol., Plon, 1991-1992) et a publié l’ensemble de ses articles sur la question dans Les femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 2001.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les ouvriers en grève, 1871-1890, Paris-La Haye, Mouton, 1974, 900 p.
  • Délinquance et système pénitentiaire en France au XIXe siècle, Annales Économies, Sociétés, Civilisations, 1975.
  • L'Impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle, collectif, Ed. Seuil, 1980 (ISBN 2020055457)
  • Georges Duby et Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Plon, Paris, 1990-1991 (5 volumes).
  • Images de femmes, (coécrit avec) Georges Duby, Paris, Plon, 1992, 189 p.
  • Les femmes ou les silences de l'histoire, Paris, Flammarion, 1998.
  • Les Ombres de l’Histoire. Crime et châtiment au XIXe siècle, Paris, Flammarion, 2001.
  • Mon histoire des femmes, Éditions du Seuil, Paris, 2006, 251 p. (ISBN 978-2-7578-0797-2).
  • Histoire de chambres, Paris, Le Seuil, 2009 - Prix Femina Essai 2009.
  • Mélancolie ouvrière, Paris, Grasset, 2012 (ISBN 978-2-246-79779-1).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son nom patronymique est indiqué dans un article de L'Histoire, n° 397. Cf. bibliographie.
  2. Notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF
  3. « L'histoire de Michelle Perrot », dans Travail, Genre et Société, 2002.
  4. Même source.
  5. 35, rue de Chabrol, dans le 10e arrondissement. Actuellement Lycée-collège Bossuet-Notre Dame.
  6. « L'histoire de Michelle Perrot ».
  7. Sans doute au lycée de Jeunes filles, à l'époque rue Pasteur ; actuel lycée Augustin-Fresnel.
  8. « L'histoire de Michelle Perrot »
  9. Voir la liste à jour des membres du CNS sur leur site : http://www.cns.sante.fr/spip.php?rubrique11
  10. « Michel Foucault : le malentendu. Entretien avec Michelle Perrot », dans Remi Lenoir (dir.), Michel Foucault. Surveiller et punir : la prison vingt ans après. CREDHESS, Paris, 1996, p. 154.
  11. « Le prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes attribué à Michelle Perrot », Le Monde, 24 décembre 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]