Journées de Juin

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Journées de Juin
La Barricade de la rue Soufflot – Tableau de Horace Vernet.
La Barricade de la rue Soufflot – Tableau de Horace Vernet.
Informations générales
Date 22 - 26 juin 1848
Lieu Paris
Casus belli Fermeture des Ateliers nationaux.
Issue Victoire du gouvernement
Belligérants
Drapeau français République française Red flag.svg Socialistes
Commandants
Louis Eugène Cavaignac
Forces en présence
70 000 hommes[1] 25 000 à 50 000 hommes[2],[3]
Pertes
1 000 à 1 800 morts[2],[4],[3] 3 000 à 5 000 morts[5]
25 000 prisonniers[5]
dont 1 500 fusillés[5],[5]
et 11 000 emprisonnés[5]
Batailles
Trois Glorieuses · Révolte des Canuts · Insurrection républicaine à Paris en juin 1832 · Guerre de Vendée et Chouannerie de 1832 · Révolution française de 1848 · Journées de Juin · Coup d'État du 2 décembre 1851 · Commune de Paris · Semaine Sanglante

Les journées de Juin sont une révolte du peuple de Paris du 22 au 26 juin 1848 pour protester contre la fermeture des Ateliers nationaux.

Situation sociale et politique[modifier | modifier le code]

La crise économique et sociale qui avait causé le fort mécontentement populaire ayant débouché sur la révolution de février 1848 persiste. L'incertitude quant à l'orientation plus ou moins sociale de la république proclamée solennellement le 4 mai, incite les détenteurs de capitaux à retirer leurs fonds des banques qui manquent alors de liquidités pour consentir des prêts et soutenir l'escompte. Le nombre de chômeurs augmente. Il y a près de 115 000 personnes inscrites dans les Ateliers nationaux parisiens le 18 mai. Cela génère une dépense de près de 200 000 francs par jour. Grâce à la propagande de Falloux (faux rapports de la commission du travail de l'Assemblée Constituante) et des partisans de l'ordre, les rentiers et les bourgeois s'exaspèrent de devoir entretenir un nombre croissant de chômeurs. Les ateliers nationaux sont une infamie morale aux yeux des classes dominantes. Le coût des ateliers nationaux représente en réalité moins de 1 % du budget global du gouvernement[réf. nécessaire]. Certains fins esprits les surnomment : les « râteliers nationaux ». Ils consistent en fait en des activités de terrassement. De fait si la République manque de moyens c'est qu'elle s'est engagée à rembourser intégralement les aristocrates lésés par la mise en place de la République, allant même jusqu'à créer un nouvel impôt dans ce but, tout en le justifiant, justement, par le coût prétendument exorbitant des ateliers nationaux.

Mécontents, les ouvriers des Ateliers nationaux se tournent vers les démocrates socialistes ou bien les partisans de Louis-Napoléon Bonaparte[réf. nécessaire]. Certains ouvriers s'organisent et fondent le 20 mai la Société des corporations réunies qui regroupe une bonne partie des ouvriers ayant participé aux travaux de la Commission du Luxembourg mise en place par le gouvernement provisoire dès le lendemain de la révolution de février. Le 28 mai paraît le journal Le travail et le 4 juin Le Journal des travailleurs qui développent des idées républicaines et sociales. Les ouvriers des Ateliers nationaux et ceux de la Commission du Luxembourg s'entendent pour présenter des listes communes aux élections complémentaires pour l'Assemblée nationale des 4 et 5 juin. Le mouvement républicain progressiste, bien qu'amputé de ses chefs après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, progresse à Paris (Marc Caussidière, Pierre Leroux et Joseph Proudhon sont élus).

Parallèlement, le « parti bonapartiste » prend de l'ampleur. Ses partisans mettent en avant les idées sociales du prétendant au trône Louis-Napoléon Bonaparte, auteur de De l'extinction du paupérisme, et jouent sur le souvenir encore frais du Premier Empire. Les ouvriers de La Villette pétitionnent pour que Louis Napoléon Bonaparte soit nommé Consul. La 7e légion de la Garde nationale (celle des quartiers populaires du Panthéon, de Saint-Marcel et de Saint-Victor) envisage de le prendre comme colonel en remplacement du républicain Armand Barbès que la Commission exécutive, le gouvernement, vient de jeter en prison. Aux élections, Louis Napoléon Bonaparte est triomphalement élu à Paris et dans quatre autres départements. Il renonce provisoirement à quitter son exil londonien pour venir siéger.

De ces élections, la majorité très conservatrice de l'Assemblée nationale (les républicains du lendemain, en fait des monarchistes camouflés) sort renforcée. Adolphe Thiers, battu le 23 avril, est confortablement élu à Paris et dans trois départements, accompagné de 5 nouveaux élus conservateurs parisiens (sur les 11 sièges à pourvoir à Paris) il apporte son savoir-faire politique et son animosité contre la République.

Fermeture des Ateliers nationaux[modifier | modifier le code]

Barricades durant les journées de Juin, sur un daguerréotype de 1848

Débarrassée des chefs républicains progressistes après l'échec de la manifestation du 15 mai 1848, la majorité conservatrice de l'Assemblée nationale s'emploie à faire disparaître les Ateliers nationaux symbole de la politique sociale mise en place après la révolution de février 1848. Le 16 mai, la Commission du Luxembourg est supprimée, les ateliers sociaux (différents des ateliers nationaux) créés sont progressivement détruits, son président Louis Blanc étant par ailleurs sous la menace d'une arrestation et d'une enquête de la part de l'Assemblée nationale. Dès le 24 mai, Ulysse Trélat ministre des Travaux publics demande la suppression des Ateliers nationaux. Il est secondé à l'Assemblée par les très conservateurs comte de Falloux et comte de Montalembert. Le 30 mai, l'Assemblée décide que les ouvriers domiciliés depuis moins de trois mois dans le département de la Seine doivent regagner la province. On tente ainsi de dégonfler les effectifs de chômeurs secourus et de réduire une possible résistance des ouvriers parisiens.

Mais le gouvernement - la Commission exécutive - composée de républicains modérés, répugne à mettre en cause un des acquis les plus sociaux de la nouvelle république. Le décret du 24 mai est suspendu. Pour gagner la sympathie populaire, la Commission exécutive projette la création d'un crédit foncier devant aider les paysans très touchés par la crise économique. La réduction du très impopulaire impôt sur le sel est envisagée. Afin de fournir du travail aux ouvriers des Ateliers nationaux, la Commission projette de nationaliser les compagnies de chemin de fer dont les chantiers ferroviaires seraient tenus par les chômeurs. Devant cette mise en cause de la propriété privée, la majorité conservatrice de l'Assemblée décide d'intensifier son action. Les 14 et 15 juin, Falloux et Goudchaux sont élus respectivement rapporteur et président de la Commission spéciale sur les Ateliers nationaux. Les 19 et 20 juin, l'Assemblée vote la dissolution des Ateliers nationaux. Le 21, la Commission exécutive cède et décrète la fermeture des Ateliers nationaux : les ouvriers âgés de 18 à 25 ans doivent s'enrôler dans l'armée, les autres doivent se rendre en province, et notamment en Sologne pour y creuser le canal de la Sauldre. Le 21 juin Le Moniteur, le Journal Officiel de l'époque, publie le décret. Le 22 juin l'agitation se propage, et le 23 sont dressées les premières barricades.

Chronologie des événements[modifier | modifier le code]

Les causes de la révolte ouvrière

  • 26 février : création des Ateliers nationaux visant à résorber le chômage des ouvriers dans les grandes villes (la crise économique sévit depuis 1847).
  • 15 mars : tentative de l'extrême gauche, qui sent la conjoncture défavorable, de faire repousser les élections.
  • 23 et 24 avril : élection de l'Assemblée constituante ; unanimisme républicain chez les candidats ; les vainqueurs sont ceux qui figuraient sur plusieurs listes (scrutin de liste départemental jusqu'en 1852), donc modérés, qui se révélèrent au fil du temps républicains du lendemain. Les positions des uns et des autres se décantèrent à l'épreuve des faits.
  • 21 juin : les Ateliers nationaux sont supprimés en raison de leur coût, parce que le travail (essentiellement le repavage des rues) n'existe plus, laissant place à l'agitation politique quotidienne. Le coût des ateliers nationaux ne représente en réalité que moins de 1 % du budget global du gouvernement.
  • 22 juin : Agitation en divers points de la capitale.

Les journées insurrectionnelles

  • 23 juin : Début de la révolte populaire de Juin par l'établissement des premières barricades, durement réprimée par l'armée menée par le général Cavaignac. Le général Hippolyte-Marie-Guillaume de Rosnyvinen de Piré a fourni le témoignage suivant, inattendu, de l'attitude des insurgés de la barricade de la rue Nationale-Saint-Martin ce jour-là :

« Citoyens représentants, entré le premier à la baïonnette, le 23 juin, dans la barricade de la rue Nationale-Saint-Martin, je me suis vu quelques instants seul au milieu des insurgés animés d'une exaspération indicible. nous combattions à outrance de part et d'autre ; ils pouvaient me tuer, ils ne l'ont pas fait ! J'étais dans les rangs de la Garde nationale, en grande tenue d'officier général ; ils ont respecté le vétéran d'Austerlitz et de Waterloo ! Le souvenir de leur générosité ne s'effacera jamais de ma mémoire... Je les ai combattu à mort, je les ai vus braves Français qu'ils sont ; encore une fois, ils ont épargné ma vie ; ils sont vaincus, malheureux, je leur dois le partage de mon pain... Advienne que pourra [6]! »

Répression[modifier | modifier le code]

Massacres de juin 1848

Face aux émeutiers, la police parisienne avec ses 3 000 membres est impuissante et ne peut qu'alerter les autorités et grâce à ses indicateurs, renseigner les forces gouvernementales qui furent déployées sous les ordres du général Louis Eugène Cavaignac.

Celles-ci disposèrent de 25 000 militaires de l'armée française, en grande partie des fils de paysans, 17 000 gardes nationaux (boutiquiers et bourgeois de Paris et de province), 15 000 gardes mobiles (recrutés dans les parties les plus pauvres du prolétariat parisien) et 2 500 gardes républicains (ex-municipaux) de la police[1].

Les journées de juin 1848 font de nombreuses victimes. Les forces gouvernementales perdent environ 1 600 hommes[8] dont un millier de militaires.

La République réprime dans le sang la révolution parisienne[9]. Le nombre d'insurgés tués pendant les combats fut estimé entre 3 000 et 5 000 personnes auxquelles s'ajoutent environ 1 500 fusillés sans jugement. Il y a environ 25 000 arrestations et 11 000 condamnations à la prison ou à la déportation en Algérie[5].

Selon le rapport du préfet de police François Joseph Ducoux du 8 octobre, les combats ont faits 1 460 morts, dont les deux tiers pour l'armée et la garde nationale. Les pertes de la garde républicaine sont de 92 morts, dont deux officiers supérieurs. Sept généraux sont tués et cinq autres blessés[2].

Le 3 juillet, le général Cavaignac affirme que le nombre des insurgés étaient au maximum de 50 000 et que les pertes de l'armée sont de 703 morts ou blessés[2].

Selon Ernest Lavisse et Philippe Sagnac, les pertes de l'armée sont de 800 morts et 1 500 blessés, celles des gardes mobiles de 100 morts et 600 blessés tandis que celles des gardes nationaux et des insurgés sont inconnues[4].

Pour Alain Bauer et Christophe Soullez, les pertes sont au total de 15 000 tués ou blessés, dont 1 800 morts pour les forces de l'ordre et 4 000 tués pour les insurgés sur 25 000 combattants[3].

Selon les statistiques des journaux de médecine, 2 529 blessés ont été recensé dans les hôpitaux de Paris, cependant de nombreux blessés ont été soigné à domicile[2].

Marx et Engels analysent cette révolution comme l'acte de naissance de l'indépendance du mouvement ouvrier. Les acteurs de la Révolution de février 1848 se sont divisés en deux camps. Le premier, celui de la bourgeoisie, est satisfait de la mise en place de la République telle qu'elle est. Désormais, face à elle, les ouvriers n'ont pas oublié les mots d'ordre de « République sociale » et c'est logiquement qu'on les retrouve en juin pour les défendre encore.

Ces événements renouvellent la méfiance ancienne des classes dirigeantes envers Paris. Rien d'étonnant donc à voir surgir dans les discours politiques bourgeois un certain culte de la province, de la classe moyenne paysanne comme pilier de la République[10]. L'image est réutilisée plus tard, lors de la IIIe République.

La conséquence juridique de cette insurrection est quasi immédiate : la Constitution en cours de discussion est amendée pour en retirer toute référence sociale utilisable. La république sociale disparaît et, dans le même temps, la peur des rouges augmente et conduit à des votes de plus en plus conservateurs, d'abord au sein de la Constituante elle-même, ensuite, au moment de la désignation des corps constitués[11]. Les élections présidentielles puis législatives amènent au pouvoir le neveu du premier empereur et une majorité monarchiste, étrange mélange pour une République.

Paris, saigné par les combats et la répression, perd la prééminence dans la vie politique. De plus, une grande partie du peuple parisien se détourne de cette République qui a fait tirer sur le peuple. Louis-Napoléon Bonaparte sait en tirer profit lorsqu'il décide de mettre fin à cette seconde expérience républicaine en France.

Une des conséquences des Journées de Juin 1848 est, quelques années plus tard, la destruction symbolique des quartiers centraux parisiens par Haussmann, dont les percées urbaines (le boulevard de Sébastopol en particulier) ont coupé en leur cœur les lieux de l'insurrection, où étaient dressées de nombreuses barricades, mais aussi d'où venaient de nombreux insurgés, ouvriers et artisans de la fabrique parisienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Général André Bach, L'armée de Dreyfus, Tallandier, Paris, 2004, p 215, ISBN 2-84734-039-4
  2. a, b, c, d et e Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, 1853, tome III, p.275.
  3. a, b et c Alain Bauer, Christophe Soullez, Une histoire criminelle de la France, Odile Jacob, 2012.
  4. a et b Ernest Lavisse, Philippe Sagnac, Histoire de France contemporaine depuis la révolution jusqu'à la paix de 1919, 1922, p.104.
  5. a, b, c, d, e et f Pierre Milza, Napoléon III, Ed. Perrin, collection Tempus, Paris, 2006, p 177
  6. L'Atelier : organe spécial de la classe laborieuse : 1840-1850, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6865b/f238.image.r=Rosnyvinen.langFR
  7. Nouvelle biographie générale des temps les plus reculés jusqu'à nos jours, sous la direction du docteur Hoeffer, tome 6, page 948, Paris 1855
  8. Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Paris, Bordas, 1978, t. G-J, p. 2479, art. Juin 1848
  9. Sylvie Aprile, la IIe Republique et le Second Empire, Pygmalion, 2000
  10. Philippe Vigier, La Seconde République, PUF, collection Que-Sais-Je ?, 2001
  11. Arnaud Coutant, 1848, quand la république combattait la Démocratie, Mare et Martin, 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Aprile, la IIe Republique et le Second Empire, Pygmalion, 2000.
  • Philippe Vigier, La Seconde République, PUF, collection Que-Sais-Je ?, 2001, (ISBN 2-13-052359-5).
  • Arnaud Coutant, 1848, quand la république combattait la Démocratie, Mare et Martin, 2009.
  • Georges Duveau, 1848, Gallimard, collection Idées, 1965.
  • Victor Marouck, Juin 1848, Paris, 1998, (ISBN 2-902963-37-8).
  • Louis Ménard, Prologue d'une révolution, février-juin 1848 (première édition : 1849), Paris, La Fabrique, 2007.
  • Éric Hazan, L'invention de Paris, Paris, Seuil, 1998.
  • Maurice Agulhon, Quarante-Huitards, Paris, Gallimard-Julliard, collection « Archives », 1976.
  • Guy Antonetti, Louis-Philippe, Fayard, 2002.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]