Classe sociale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Une représentation de la pyramide sociale dans la société capitaliste (IWW, 1911).

La notion de classe sociale désigne, dans son sens le plus large, un groupe social de grande dimension (ce qui le distingue des simples professions), pris dans une hiérarchie sociale de fait et non de droit (ce qui le distingue des ordres et des castes). Si elle constitue une pièce centrale de la critique marxiste du capitalisme, elle ne lui est pas propre : cette notion fait partie du lexique sociologique courant. Les débats portent sur la nature des rapports entre classes sociales, sur le critère de leur différenciation, et sur la pertinence même du concept au vu des transformations sociologiques qu'ont connues les sociétés (post-)industrielles.

Les classes sociales relevant d'un rapport antagoniste[modifier | modifier le code]

Karl Marx[1] dans ses analyses de la société industrialisée a mis en évidence l'existence de classes sociales, groupements d'individus partageant des intérêts communs. Le nombre de ces classes sociales ne fut pas strictement défini. Cela dépend de ses ouvrages et de l'époque de leur rédaction. Le nombre considéré variait de trois à sept. Dans son ouvrage Les Luttes de classes en France, il définit sept classes sociales[2] :

  • l'aristocratie financière
  • la bourgeoisie industrielle
  • la bourgeoisie commerçante
  • la petite bourgeoisie
  • la paysannerie
  • le prolétariat
  • le sous-prolétariat

Mais Marx a toujours considéré que les deux classes les plus importantes étaient le prolétariat, et la bourgeoisie capitaliste (propriétaire des moyens de production), qui sont les deux pôles antagonistes acteurs de la lutte des classes dans la société industrialisée. Il distingue la classe en soi (liée à une organisation objective) et la classe pour soi (liée à la conscience collective)[réf. nécessaire]. Sa conception de la société a été inspirée par l'étude de l'histoire selon une méthodologie, la conception matérialiste de l'histoire. Ces rapports de domination/soumission traversent les âges grâce à la transmission de la position sociale par héritage. Certains marxistes du XXe siècle, définissent aujourd'hui une classe sociale comme une classe d'équivalence pour une relation sociale. Par exemple, la relation « faire partie de la Catégorie socio-professionnelle des ouvriers » définit la classe sociale des ouvriers comme un des éléments du quotient de la population (l'ensemble des individus) par la relation sociale (avoir la même catégorie socio-professionnelle).

Le philosophe Louis Althusser approfondira l'idée de Marx[3] estimant que la formation sociale génère un invariant structural qui la sur-détermine par le fait qu'en tant que hiérarchie de concept, elle procure la définition et l'ordre d'apparition des concepts (ce qui dénote une approche structuraliste de la notion de classe sociale).

Pour Jean Jaurès, qui suit Marx sur ce point, « le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance. »[4].

Pour Vilfredo Pareto, les classes sociales naissent de l'opposition de masse d'individus et des élites gouvernementales au pouvoir. Ainsi, tout pouvoir implique cette séparation antagoniste[5]. Cependant il estime que les groupes sont hétérogènes, notamment parce que les individus adhèrent à des valeurs différentes, et qu'ils sont évolutifs : les élites changent ainsi donc que les limites de cette séparation antagoniste.

Pour Nicos Poulantzas, l'État fait perdurer ces structures sociales par le fait que la classe dirigeante favorise les intérêts de la classe dominante. L'État est alors la condensation matérielle de rapports de forces entre classes[6].

Les classes sociales ne relevant pas automatiquement d'un rapport antagoniste[modifier | modifier le code]

Pour Max Weber, les classes ne sont pas d'ordre social (fonction du prestige), ni d'ordre politique (fonction du mode de contrôle de l'État) mais d'ordre strictement économique, c'est-à-dire fonction du mode de distribution des revenus et du patrimoine[7]. Cette idée est contredite par Joseph Schumpeter qui estime que la classe sociale naît de la fonction exercée[8] (on retrouve déjà cette idée chez Platon[9] comme idéal social).

Pour Maurice Halbwachs, les classes sociales ne sont pas automatiquement antagonistes mais forment des cercles concentriques selon sa théorie du feu de camp par la domination d'un modèle culturel orthodoxe[10]. L'instruction, la richesse et le niveau d'intégration forment des cercles concentriques générant des classes qui n'impliquent pas automatiquement des intérêts divergents[11].

Pour Ralf Gustav Dahrendorf[12], les classes sociales ne relèvent pas automatiquement de rapports antagonistes ouverts. Les conflits d'intérêt génèrent une grande diversité de classes sociales. Le niveau de mobilité sociale qui entraîne une liberté de manœuvre rend les classes sociales traditionnelles plus diffuses et diverses. Les conflits raciaux et de religion peuvent aussi générer des changements sociaux. Il part des principes de changements exogènes de l'histoire et de possible renégociations au sein de la société.

Henri Mendras décrit la société comme une « toupie » composée de « constellations » : la majorité de la population s'agrège dans une « constellation populaire » (50 % de la population) et une « constellation centrale » (25 %), qui constituent, avec les indépendants (15 %), le « ventre » de la toupie ; en dessous et au-dessus, la « pauvreté » (7 %) et « l'élite » (3 %), minoritaires, en constituent les pointes[13]. Dans cette modélisation, les groupes sociaux sont fluctuants, les frontières sociales sont poreuses, et la stratification sociale tend vers la moyennisation et la structuration par classe d'âge. La diminution des capacités d'action autonome pousse en effet à la moyennisation des classes sociales. La classe moyenne devient une réalité sociologique (conscience de groupe) lorsqu'elle est animée par un sentiment d'appartenance à ladite classe et la volonté de faire survivre cette classe.

L'existence même de classes sociales est aussi parfois contestée, au motif qu'une classe sociale nécessiterait une conscience de classe pour être définie[14].

Les classes sociales en France[modifier | modifier le code]

Selon le sociologue Louis Chauvel, les classes sociales en France se présentent de cette façon[15] :

  • les classes populaires qui représentent 60 % de la population, regroupant 20 % « situés hors de l'emploi stable et valorisé », et 40 % constituant une « classe populaire salariée stable » ;
  • les « classes moyennes salariées », qui représentent 25 % de la population ;
  • une « classe de confort », qui représente 15 % de la population ;
  • enfin, une « classe titulée » de moins de 1 % de la population, qui peut être assimilée à une « classe possédante », « à condition de comprendre que cette possession n'est pas seulement économique », correspondant à la « haute bourgeoisie ».

Il existe dans la société française des écarts de revenus importants, mais concernant le patrimoine, « l’espace entre les ouvriers et les cadres est béant »[16], le ratio entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres étant de 1 à 70[17]. Selon Louis Chauvel, « l’imperméabilité des classes » reste « un phénomène central »[18].

Sentiment d’appartenir à une classe sociale et situation par rapport à l’emploi[19]
À quelle classe avez vous le sentiment d'appartenir ?
Classe ressentie Actifs ayant un emploi Retraités Ensemble des adultes
Classe moyenne 42 % 36 % 40 %
Classe ouvrière 24 % 24 % 23 %
Bourgeoisie 3 % 7 % 4 %
Classe défavorisée 7 % 7 % 8 %
Classe privilégiée 8 % 5 % 8 %
Un groupe professionnel 11 % 11 % 9 %
Un groupe social 2 % 3 % 2 %
Autre 3 % 7 % 6 %

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karl Marx, Manifeste du parti communiste, 1848
  2. Introduction à la sociologie, Michel De Coster, 1992 - L'explication de Marx, p.188
  3. Louis Althusser, Pour Marx, 1965
  4. Jean Jaurès, "Les deux méthodes", 26 novembre 1900.
  5. Vilfredo Pareto, trattato di sociologia generale, 1916
  6. Nicos Poulantzas, L'Etat, le pouvoir, le socialisme, 1978
  7. Max Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905
  8. Joseph Schumpeter, Impérialisme et classes sociales, 1951
  9. Platon, La république, livre III
  10. Maurice Halbwachs, L’évolution des besoins de la classe ouvrière, 1933
  11. Maurice Halbwachs, La classe ouvrière et les niveaux de vie, 1913
  12. Ralf Gustav Dahrendorf, Classes et conflits de classes dans la société industrielle, 1973
  13. Henri Mendras, La seconde révolution française 1965-1984, Gallimard (Folio), 1994 (1988).
  14. Voir, plus généralement, « Middle-class : confusion de terme, confusion de concept », Futur Antérieur, n°22, 1994 par Christian Marazzi.
  15. Louis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.), Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004, p. 62 à 65.
  16. Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001, p. 331.
  17. Louis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.), Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004, p. 62.
  18. Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001, p. 344.
  19. Source, Insee Première n°979, juillet 2004, p. 4

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, Le Système des inégalités, Paris, La Découverte, 2008, 120 pages.
  • Serge Bosc, Stratification et classes sociales. La société française en mutations, Armand Colin, 7e édition, 2013
  • Paul Bouffartigue (dir.), Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004, 282 pages.
  • Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classe, rapports de sexe, Paris, Editions La Dispute, Collection « Le genre du monde », 2007, 416 pages.
  • Pierre Laroque, Les Classes sociales, Que sais-je ? n° 341, 6e édition, 1977.
  • François Dubet, « Classes sociales et description de la société », Revue française de socio-économie, no 10,‎ février 2012, p. 259-264 (DOI 10.3917/rfse.010.0259, lire en ligne)
  • Serge Bosc, Stratification et classes sociales. La société française en mutations, Armand Colin, 7e édition, 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]