Démocratie directe

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La démocratie directe est un régime politique dans lequel les citoyens exercent directement le pouvoir, sans l'intermédiaire de représentants. Initialement équivalente au concept de démocratie (depuis l'antiquité grecque jusqu'au milieu du XIIIe siècle), c'est la qualification progressive des régimes représentatifs comme démocraties qui conduisit à l'usage du qualificatif « directe ». Appliquée au seul secteur économique, la démocratie directe est souvent appelée autogestion.

Les modalités d'exercice du pouvoir au sein des théories, des organisations, communautés, cités et pays ayant été rapporté à la démocratie directe sont relativement variables, mais elles partagent néanmoins un certain nombre de principes et de pratiques, parmi lesquelles l'égalité politique des citoyens (ou membres) concernant la délibération et les décisions (horizontalité du pouvoir), la révocabilité des mandatés ou des élus éventuels, la réunion en assemblée[1], et la prise de décision à la majorité, au consensus[2] , ou encore à l'unanimité[3]. La désignation par tirage au sort, la rotation des mandats ou encore l'impossibilité de les renouveler constituent aussi des pratiques fréquemment associées à la démocratie directe.

La démocratie athénienne , au VIe siècle av. J.-C., est généralement considérée par les historiens comme le premier exemple de démocratie directe. Elle inspira ainsi de nombreux penseurs au cours des siècles, de Jean-Jacques Rousseau à Hannah Arendt et Cornelius Castoriadis.

Les théoriciens et les activistes anarchistes, dont ceux appartenant au courant du socialisme libertaire, font aussi partie des défenseurs notables de la démocratie directe (comme alternative au parlementarisme qu'ils critiquent sévèrement), en l'élargissant au domaine de la production (autogestion, démocratie économique...)

De nombreux pays possèdent des mécanismes (référendum, assemblées locales, initiative populaire) qui relèvent de la démocratie directe ou semi-directe.

Histoire de la démocratie directe[modifier | modifier le code]

Athènes : dans l'Antiquité, c'est au pied de l'Acropole et du Parthénon, sur la place de l'agora, que se tenaient les assemblées de citoyens.

La démocratie désigne étymologiquement le pouvoir (kratos) des citoyens, mâles, libres (demos) et fait référence au régime en vigueur à Athènes après les réformes effectuées par Solon (-594) et Clisthène (-508). Les citoyens (la totalité de la population mâle de père athénien de plus de trente ans, ayant les moyens de s'armer) délibéraient et votaient les lois. Une relativement petite partie des juges et magistrats étaient élus car leur travail était assez complexe et n'exerçaient que des mandats d'un an. Des indemnités journalières de présence étaient même octroyées pour permettre aux plus pauvres d'assurer leurs fonctions civiques. Les charges élues étaient plus généreusement rétribuée. Il est à noter que les charges électives sont reconductibles aussi souvent que le peuple le décide à l'opposé des charges désignée par le sort.

Les tribus des temps les plus lointains pratiquaient souvent la démocratie directe[réf. nécessaire]. L'égalité était la règle entre les familles et les clans d'autant que les terres étaient gérées souvent collectivement. La création d'un groupe particulier de guerriers, bénéficiant de terres à titre personnel sur lesquels travaillaient comme esclaves ou serfs les prisonniers d'autres tribus, entraîna la création des premières différences sociales[réf. nécessaire]. L'inégalité entraîna l'abandon de la démocratie directe et l'avènement du gouvernement des féodaux sur les paysans. Dans les pays de culture germano-scandinave, le Thing ou son équivalent, était l'assemblée des gens libres d'un pays, d'une province ou d'une subdivision administrative. Il y avait donc une hiérarchie des things, de manière à ce que chaque thing locale soit représentée au thing de province, et ainsi de suite. Le lieu du thing était souvent celui des rites religieux et celui du commerce. Les disputes étaient réglées à cette occasion, et les décisions politiques y étaient prises[réf. nécessaire].

Le Moyen Âge européen voit l'apparition et le renforcement de la féodalité jusqu'à l'apogée de l'absolutisme au XVIIe siècle. Des formes de démocratie locale se développent cependant à la même époque, notamment dans les cantons campagnards de Suisse[4]. Il en fut de même, tout au moins à leur début, dans les républiques marchandes de la Méditerranée et à Novgorod. Lorsque les Cosaques se regroupent ils adoptent les règles de la démocratie directe. Particulièrement originaux pour la société d'Ancien Régime fondée sur la séparation entre noblesse, clergé et tiers état ces systèmes sont sévèrement jugés par les partisans des deux premiers ordres qui dénoncent une domination néfaste de la populace[5].

L'époque contemporaine est jalonnée d'expériences de démocratie directe :

Philosophes et courants de pensée en faveur de la démocratie directe[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, l'Europe redécouvre l'idéal démocratique mais à part Jean-Jacques Rousseau, théoricien de la souveraineté populaire, les Lumières et les encyclopédistes privilégient un régime parlementaire. L'auteur de Du contrat social (1762) entama même un Projet de constitution pour la Corse en 1765. Critique envers le système représentatif et sa facticité, il ironisait, dans une phrase devenue célèbre, sur les Anglais se croyant libres alors qu'ils ne l'étaient que le jour des élections, redevenant ensuite esclaves [7]. Certains économistes ou moralistes[8] considèrent comme impossible la mise en place d'un tel système à l'échelle nationale. Certains semblent penser que les petites organisations telles que les écoles, les entreprises, les associations libres, les coopératives, les groupes d'action politique, les microsociétés, peuvent plus facilement réaliser la démocratie directe que les gros groupes organisationnels et institutionnels similaires à des états. Rousseau pense peut-être à ces difficultés lorsqu'il écrit: Du Contrat social : « S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un régime si parfait ne convient à des hommes. ».


Les régimes modernes, qui se mettent progressivement en place dans le sillage de la Révolution française et de la Constitution américaine de 1787 sont principalement fondés sur la représentation et l'élection. C'est la principale critique qui leur est faite, mise en avant du "peuple", mais gouvernement d'une nouvelle oligarchie qui se fera "élire".

En 1792, Maximilien de Robespierre, Jean-François Varlet et le Marquis de Sade. Ce dernier écrit Idée sur le mode de la sanction des Lois et défend dans une assemblée primaire la démocratie directe.

Ultérieurement d'autres philosophes, tels Proudhon ou Kropotkine, fonderont ou affirmeront le courant politique anarchiste dont une des bases est la démocratie directe.

Cornelius Castoriadis est l'un derniers philosophes à avoir consacré une large part de sa réflexion à l'idée de démocratie directe, qu'il défendit comme composante centrale du « projet d'autonomie » qu'il développa, celui-ci se donnant pour ambition d'établir une autonomie (liberté) aussi bien collective qu'individuelle. Il était ainsi vivement critique envers les systèmes représentatifs, qu'il considérait non pas comme des démocraties mais telles des « oligarchies libérales », en ce que, loin de permettre à tous les citoyens d'exercer le pouvoir politique, elles impliquent la constitution d'une classe de politiciens, qui une fois élus, ne peuvent être révoqués en dehors des élections périodiques.

Les démocraties directes dans le monde[modifier | modifier le code]

En Suisse[modifier | modifier le code]

La démocratie directe est apparue le 12 et 13 janvier 1831 dans la constitution du canton de Saint-Gall. Ainsi fut fondée une volonté et une idée de « référendum véto » qui permet donc au peuple, s’il le souhaite, de rejeter une loi votée par le parlement. La politique est alors fondée, s’il le souhaite, sur une volonté de vivre ensemble à la majorité. Cette idée fut fondée par Anton Henne.

Au début des années 1830 (début de la période dite de la Régénération, qui dura de 1830 à 1848), plusieurs autres cantons se dotèrent de constitutions libérales prévoyant des instruments de démocratie directe. Au niveau fédéral, la première Constitution de 1848 ne prévoyait que le référendum obligatoire pour toute modification de celle-ci, de même que l'initiative populaire fédérale tendant à la révision totale de la Constitution. Le référendum facultatif portant sur les lois et les arrêtés de l'Assemblée fédérale fut instauré lors de la révision totale de la Constitution de 1874. L'initiative populaire tendant à la révision partielle de la Constitution fut, quant à elle, introduite en 1891. Par ailleurs, plusieurs modifications mineures touchant ces institutions de démocratie directe intervinrent au cours du vingtième siècle (extension du référendum aux traités internationaux et aux lois urgentes, augmentation du nombre de signatures requises, etc.).

Au Liechtenstein[modifier | modifier le code]

Le Liechtenstein est avec la Suisse, le pays européen où les outils de démocratie directe sont les plus développés[9]. Les initiatives populaires permettent aux citoyens de récolter un nombre requis de signatures (variable selon que le sujet soit d'ordre législatif ou constitutionnel) en faveur d'une proposition sur un sujet, contre toute modification législative ou constitutionnelle, ainsi que sur des questions budgétaires[9].

Une fois le nombre de signatures nécessaire récolté dans un délai défini, l'initiative est soumise au Parlement. Si il la refuse, elle est soumise au référendum [9].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En Nouvelle-Angleterre (c'est-à-dire dans le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, le New Hampshire, Rhode Island, et le Vermont), toutes les villes (towns ou townships) sont autonomes et pratiquent une sorte de gouvernement dénommé New England town meeting. Chaque année, les habitants de la ville se réunissent pour voter sur toutes les questions du gouvernement. Ils font toutes les lois de la ville et décident le budget de l'année suivante. Cette forme de gouvernement est la plus démocratique qui existe aux États-Unis, et est directement issue des jours fondateurs des colonies de la Nouvelle-Angleterre.

Le penseur politique Alexis de Tocqueville a écrit sur cet aspect unique du gouvernement aux États-Unis dans De la démocratie en Amérique (1835) :

« Dans la Nouvelle-Angleterre, où l'éducation et la liberté sont filles de la morale et de la religion ; où la société, déjà ancienne et depuis longtemps assise, a pu se former des maximes et des habitudes, le peuple, en même temps qu'il échappe à toutes les supériorités que la richesse et la naissance ont jamais créées parmi les hommes, s'est habitué à respecter les supériorités intellectuelles et morales, et à s'y soumettre sans déplaisir : aussi voit-on que la démocratie dans la Nouvelle-Angleterre fait de meilleurs choix que partout ailleurs. »

Au-delà de la Nouvelle-Angleterre, de nombreux États fédérés articulent à la démocratie représentative une composante importante de démocratie directe. Ainsi, vingt-et-un États permettent au peuple, par le biais de référendum d'initiative populaire, d'édicter des lois ; et dix-huit de changer la constitution de l'État fédéré en question. Les thématiques de ces référendums sont très variées. Au début du XXe siècle, diverses lois « sociales » furent ainsi adoptées par le biais de la démocratie directe (par exemple : assurance contre les accidents au travail en 1910 dans l'Oregon ; l'interdiction du travail des enfants dans l'Arkansas en 1914, la retraite dans l'Arizona en 1914, la limitation de la journée de travail à huit heures dans le Colorado et l'Oregon en 1912). Au cours du XXe siècle, les référendums concernèrent aussi bien les dépenses publiques et les impôts, les élections de représentants (par exemple la limitation des mandats des députés), la prohibition de l'alcool, les discriminations positives, ou encore, en Californie, la protection de l'environnement…

En Islande[modifier | modifier le code]

À la suite de la crise financière de 2008 endettant plusieurs banques d'Islande et conduisant ce pays à la banqueroute, un gouvernement d'union de différents partis progressistes a été élu en Islande en 2009. Ce gouvernement a mis en place l'élection d'une nouvelle assemblée constituante qui a eu lieu le . Pour cela, 1 000 citoyens islandais ayant entre 18 à 89 ans et n'ayant jamais eu de mandat d'élu national ont été choisis au hasard dans la population. Parmi ces 1 000 personnes, 522 ont choisi de se présenter et ont eu un temps de télévision égal pour présenter leur programme. 25 de ces citoyens ont été ensuite élus par l'ensemble de la population pour créer une nouvelle constituante entre février 2011 et l'été de la même année[10]. Un référendum devrait être conduit en 2012 pour valider cette nouvelle constituante.

En Libye[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jamahiriya arabe libyenne.

En 1975, Mouammar Kadhafi réorganise l'appareil politique de la Libye selon une politique dite de « révolution populaire ». À partir de 1977, et suivant les idées de la « troisième théorie universelle », doctrine exposée par Kadhafi dans son Livre vert, l'État libyen est officiellement gouverné selon un système de démocratie directe, également appelé « démocratie populaire directe », le pouvoir étant théoriquement exercé par « le peuple seul »[11]. Le mode de gouvernement défini par Kadhafi prévoit que les « masses » s'expriment via des comités populaires locaux ou régionaux, qui envoient ensuite des délégués au parlement, le Congrès général du peuple[12]; Kadhafi lui-même, ayant renoncé à tout poste officiel dans l'appareil d'État à partir de 1979, se contente du titre de « Guide de la révolution ». La forme de gouvernement de la Libye est définie comme une « Jamahiriya », néologisme inventé par Kadhafi et traduisible par « État des masses ». Le système libyen de démocratie directe en place de 1977 à 2011 est en réalité fictif, et masque un régime politique autocratique et dictatorial dirigé par Mouammar Kadhafi et par son entourage[13],[14]. Le régime de Kadhafi est confronté en 2011 à une insurrection armée, soutenue ensuite par une intervention internationale, et perd progressivement le contrôle du territoire libyen. Le 23 octobre 2011, après la chute des derniers bastions pro-Kadhafi et la mort de ce dernier, la « libération » de la Libye est proclamée.

Controverses au sujet de la démocratie directe[modifier | modifier le code]

Limites pratiques[modifier | modifier le code]

Comme dans la démocratie représentative, le fait de voter directement pour ou contre une loi n'implique nullement de bien connaître tout l'environnement et les conséquences que cela peut provoquer. Certains pourraient ne considérer que leur propre intérêt, comme cela est expliqué à propos de l'autogestion. Le risque de manipulation de l'opinion ne peut toutefois être a priori écarté plus qu'ailleurs, et la pluralité de la presse est évidemment un prérequis.

Certains[Qui ?] considèrent que la démocratie directe n'est praticable que dans la limite d'un petit nombre de sujets expressément prévus par la constitution, ou à la suite de pétitions d'initiative populaire réunissant un nombre suffisant de signatures. L'organisation systématique d'un suffrage pour le vote de chaque loi reviendrait à faire de chaque citoyen un député. Hors du contexte de tout petits pays comme la cité grecque antique ou les Landsgemeinde, cela n'a guère pu être envisagé jusqu'à l'apparition d'internet . Certains[Qui ?] considèrent que la possibilité du contrôle citoyen semble suffisante. Mais c'est discutable car ce contrôle ne peut être effectif que si possibilité est donnée de révoquer avant terme l'élu qui ne représente pas vraiment les intérêts de ses électeurs. Or, cette possibilité n'est pratiquement jamais utilisée dans la politique des pays utilisant la démocratie représentative.

Représentativité[modifier | modifier le code]

Les personnes élues ont tendance à ne pas être représentatives du corps électoral, tant au niveau des revenus, des classes sociales et des niveaux d'instruction. La démocratie directe serait nettement plus représentative de l'ensemble des citoyens, de par le fait du suffrage universel. Ce qui sans être une garantie de liberté permettrait plus facilement l'expression de minorités, traditionnellement oppressées par la majorité dans un système démocratique.

Instruments de démocratie directe[modifier | modifier le code]

Si l'on réunit couramment l'ensemble des instruments décrits ici sous l'étiquette « démocratie directe », on emploie également les termes de démocratie participative ou de démocratie semi-directe qui soulignent que ces mécanismes sont à notre époque généralement combinés à des éléments de démocratie représentative.

Initiative populaire et pétition[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Initiative populaire.

Très proche de l'idéal d'implication directe du peuple dans les décisions politiques, l'initiative populaire est particulièrement développée en Suisse, en Californie et dans d'autres États américains. Ce mécanisme permet aux citoyens de proposer des lois qui sont ensuite votées par l'ensemble des électeurs. Différents mécanismes permettent aussi de s'opposer à une loi par pétition ou de proposer un amendement de la constitution. En Suisse, les autorités fédérales peuvent en outre proposer un contre-projet et les électeurs peuvent choisir de voter pour l'un ou l'autre des projets ou pour ou contre les deux projets.

Un autre mécanisme de démocratie directe est le rappel qui se pratique dans certains États américains. Ce rappel (recall) permet à un nombre suffisant de citoyens de réclamer un référendum pour interrompre le mandat d'un élu ou d'un fonctionnaire. Un exemple particulièrement médiatisé est le rappel du gouverneur de Californie Gray Davis en 2003. Cette pratique se rapproche de la révocabilité.

Dans tous les cas les partis politiques, les groupes de pression (lobbies) ou les groupes de citoyens jouent un grand rôle dans la formulation des propositions et la collecte des signatures nécessaires pour déclencher la procédure de référendum, les classes sociales qui ont les moyens de s'organiser utilisent alors plus volontiers ce mécanisme.

Référendum et plébiscite[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Référendum.

Parfois rattaché à l'idée de démocratie directe, le référendum existe dans de nombreux pays. Ce sont cependant un gouvernement ou une assemblée élue qui conservent en général l'initiative du référendum et la maîtrise des questions posées ainsi que celle des alternatives proposées aux électeurs. Dans certains pays, la constitution impose le recours au référendum pour certaines décisions. Ce genre de procédure s'est répandu en Europe de l'Ouest au cours de la seconde moitié du XXe siècle[15].

Assemblées locales et assemblées générales[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démocratie participative.

Également liées à la démocratie directe, les assemblées sont indispensables pour débattre et prendre des décisions, en particulier au niveau local ou lors de mouvements sociaux.

De nombreuses régions du monde possèdent des assemblées locales où n'importe quel citoyen peut prendre une large part aux débats et aux décisions.

L'un des exemples les plus frappants est la Landsgemeinde qui existe depuis le Moyen Âge dans certains cantons suisses et subsiste aujourd'hui à Glaris et en Appenzell Rhodes-Intérieures. L'ensemble des citoyens sont appelés à se réunir en plein air une fois par an pour élire les magistrats chargés d'administrer le canton et de voter les lois. À Glaris chacun peut prendre la parole, poser une question ou proposer un amendement. En Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis, un pareil système, le New England town meeting, existe depuis le XVIIe siècle : chaque année, les habitants de chaque village se réunissent pour voter sur toutes les questions de leurs gouvernements. Ils font toutes les lois des villages et décident les budgets de l'année suivante.

Parmi les exemples importants et récents de démocratie directe dans les mouvements sociaux, on peut citer :

– le mouvement de mai 1968 en France ;
– les assemblées ouvrières de 1969 et le mouvement autonome des années 1970 en Italie.

Le tirage au sort des représentants[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Stochocratie.

Lorsqu'il est nécessaire de désigner des délégués porteurs d'un mandat impératif ou de nommer des magistrats, le tirage au sort constitue le principe primordial qui permet l'égalité des citoyens. Ainsi que le notait Montesquieu dans De l'esprit des lois, « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. »

Ce système désigné sous le terme de stochocratie, a eu des applications pratiques qui restent limitées[réf. nécessaire]. L'Athènes antique pratiquait le tirage au sort pour des magistrats et pour les représentants législatifs, via le conseil des 500 membres de la « boulé ». Seuls les « stratèges » étaient élus dans l'« ecclésia ». La formule anglo-saxonne des jurés tirés au sort pour juger en matière criminelle s'est répandue dans de nombreux pays, dont en France au niveau des Cour d'assises.

Les partisans de la démocratie directe intégrale[modifier | modifier le code]

Les conseillistes, certains syndicalistes-révolutionnaires et certains anarchistes sont partisans de la démocratie directe pour toutes les décisions.

Le choix du vote (élection) et/ou du consensus, est là aussi problématique pour les prises de décisions, parmi toutes ces tendances ! A contrario, on peut qualifier d'autres formes de démocratie (par exemple : république) comme partielles ou incomplètes.

Débat théorique[modifier | modifier le code]

Un système politique exclusivement fondé sur la démocratie directe est-il envisageable ? Des organisations politiques telles qu'Alternative libertaire ou médiatiques telles que No Pasaran défendent l'autogestion et la démocratie directe[16]. D'autre part, un peu partout, des individus [Qui ?] la voient comme une source inévitable de chaos et de désordre social. Alexandre Berkman explique dans ses ouvrages[17] que ce qui est source de désordre et de chaos, c'est précisément le capitalisme libéral, et la tyrannie exercée par le patronat, se montrant ainsi favorable à une gestion libertaire du capital, et à une réorganisation des industries, des ateliers, des usines, et de la production comme facteurs de révolution. Les théoriciens anarchistes (ou du moins que l'historiographie a bien voulu qualifier d'anarchistes) les plus récents (Hakim Bey, Michel Onfray, Gilles Deleuze) ont su montrer l'utilité des prises de pouvoirs temporaires et autonomes de petits groupes d'individus[18],[19].

Défense militaire[modifier | modifier le code]

Une critique que subit ce modèle vise sa supposée faiblesse militaire[réf. nécessaire] à laquelle les partisans de la démocratie directe répondent par la création d’alliances militaires entre les démocraties « classiques » et directes[réf. nécessaire], régies par les principes démocratiques les plus stricts. Cette structure se devrait donc d’être à géométrie variable, fonction seulement de la volonté de chaque nation.

Taille et vote[modifier | modifier le code]

En effet leur trop grande taille pourrait empêcher l’existence d’un débat réel entre chaque citoyen, et la mobilisation fréquente d’une importante population pour les votes générerait certainement des problèmes d’organisation en apparence insolubles[réf. nécessaire]. Certains considèrent aujourd’hui que le vote électronique à domicile pourrait supprimer cette limite pratique comme le fait actuellement le site d'un pays virtuel fonctionnant sous forme de démocratie directe [2]tout en conservant l'anonymat et le secret du vote.
La solution imaginée par des partisans de la démocratie directe, dont Rousseau, était la suivante :

Tout d’abord pour des considérations techniques un vote de toute la nation ne semble possible que dans un État à faible population, pourtant le modèle de la démocratie directe se veut universel. En revanche, certaines constitutions alternatives récentes proposent de pallier ce problème par le tirage au sort représentatif

Article détaillé : Stochocratie.

Le problème n’est donc aisément soluble que si l’on postule l’instauration de communautés démocratiques comprenant au maximum 500 000 habitants, mais pouvant être de taille beaucoup plus réduite. De telles entités auraient l’avantage d’être au plus près des besoins du citoyen, notamment en termes d’aménagement du territoire et d’infrastructures. Au-delà, le fédéralisme complet semble nécessaire[20].

Un courant[21] de la démocratie directe prône l'absence de vote, pour privilégier le système par consensus.

Médias[modifier | modifier le code]

Cependant d'autres[Qui ?] pensent qu’un tel système en banalisant le vote pourrait amener à l’instauration de lois liberticides, voire de dictatures sous l’influence de médias de propagande et de démagogues.

Droit et État[modifier | modifier le code]

Pour de nombreux politologues[Qui ?], la naissance de ces communautés démocratiques semble irréaliste[réf. nécessaire], du fait qu’elle sous-entend la dissolution des États existants et irait ainsi à l’encontre du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes[réf. nécessaire].

Pour les défenseurs actuels de la démocratie directe, cette condamnation serait hâtive et proviendrait d'une incompréhension de l’objectif de ces communautés, qui n’est pas de se substituer à l’identité nationale. Pour leurs théoriciens, la culture et la langue propre à chaque peuple ne serait pas remise en cause dans cette nouvelle organisation, puisque rien n’empêche des solutions fédérales, ou sinon des coopérations renforcées entre différentes communautés démocratiques, dès lors que ces coopérations respectent les principes de cette démocratie directe, c’est-à-dire aurait été soumises à l’approbation des citoyens et serait abrogeables ou révocables par pétition.

Critiques[modifier | modifier le code]

Critique durkheimienne[modifier | modifier le code]

La démocratie directe fut critiquée par Émile Durkheim puisqu'elle nie essentiellement le rôle distinct de l'État par rapport à la société. Toute société se doit pour lui d'être dirigée par une minorité consciente et réflective de la pensée irréfléchie de la masse. En ce sens, la démocratie est relative au niveau de conscience qu'a l'État de la société (par la communication qu'il entretient avec elle) et à l'étendue de la diffusion de cette conscience dans le corps social (les domaines de la société non reconnus ou ignorés par l'État étant par définition "inconscients"). Ainsi, la pensée gouvernementale ne devrait pas se confondre avec la volonté des gouvernés : L'État n'est pas un résumé de la pensée populaire, mais bien un organe distinct qui surajoute à cette pensée instinctive une pensée plus médité. Au même titre que le système nerveux central pour l'organisme vivant, il relève de la plus haute concentration réflective du corps social et a le devoir de le diriger de manière la plus rationnelle possible (comprendre en ce sens la plus bénéfique pour l'ensemble).

Si l'État est trop près de la multitude, il sera alors absorbé par elle et il sera impossible qu'elle ne fasse pas la loi. Au contraire, si l'État se détache trop de la population, la communication sera coupée et l'appareil gouvernemental agira essentiellement en tant qu’oppresseur. Durkheim prône donc la mise en place de "groupes secondaires" (territoriaux ou corporatifs) qui agiraient en tant qu'intermédiaires entre la populations et l'État de manière à empêcher à la multitude d'imposer sa volonté à l'État tout en la protégeant contre l'attitude oppressive de ce dernier. Il s'agirait finalement d’établir le plus de communication possible entre l'État et la société afin de s'assurer que chacun des groupes qui la compose soient reconnus et représentés. La démocratie pourrait alors s'exercer de manière directe entre la population et ces groupes, ainsi qu'entre ces groupes et l'État, mais la relation entre la multitude des individus qui composent la société et l'État serait essentiellement indirecte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brutus Mandal, cité dans Octave Mirbeau « la grève des électeurs et florilège incivique » (ISBN 978-2-915694-24-6), considère ainsi la démocratie directe est la pratique du débat et de la décision collective au sein d'un groupe humain réuni en assemblée.
  2. http://1libertaire.free.fr/ManuelDemocratieDirecte.html
  3. Ainsi, Robert Paul Wolff, s'appuyant sur une certaine tradition libérale (de John Rawls notamment mais aussi de John Stuart Mill) défend le principe d'unanimité pour la démocratie directe ("Unanimous Direct Democracy"). Cf. In Defense of Anarchism, consultable en ligne)
  4. Article Landsgemeinde [1] dans le Dictionnaire historique de la Suisse
  5. Lire par exemple l'article Démocraties du bas Moyen Âge et de l'époque moderne dans le Dictionnaire historique de la Suisse
  6. Cynthia Ghorra-Gobin, Villes et société urbaine aux États-Unis, Paris, Armand Colin, 2003, ISBN 2200264062, p.20
  7. J.J. Rousseau, Contrat social, livre III, chapitre XV : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement : sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. »
  8. Henri Lepage & James Meade : http://www.institut-entreprise.fr/fileadmin/Docs_PDF/travaux_reflexions/Archives/TheoriesEco/L_autogestion1.pdf
  9. a, b et c http://elections-en-europe.net/institutions/democratie-directe-au-liechtenstein/
  10. (fr) Islande. Assemblée constituante (très particulière). Élection. sur Droitpublic.net
  11. Déclaration sur l'avènement du Pouvoir du Peuple, site de l'université de Perpignan
  12. Amal Obeidi, Political culture in Libya, RoutledgeCurzon, 2001, pages 48-50, 140-141
  13. Pierre Pinta, Libye, Olizane, 2007, pages 78-79
  14. Alan Warwick Palmer, Who's who in world politics: from 1860 to the present day, Routledge, 1996, page 130
  15. Yannis Papadopoulos, La Démocratie directe, Economica, Paris, 1998.
  16. http://nopasaran.samizdat.net/
  17. ouvrage Qu'est-ce que l'anarchisme ? : « ne vois-tu pas que le système qui maintient de telles inégalités sociales est plus criminel que le voleur de pommes ? La loi interviendra et le punira, mais n'est-ce pas la même loi qui permet que des conditions d'existence si misérables existent et qui protège un système qui fabrique des criminels ? » (page 42, ligne 7)
  18. Hakim Bey insiste largement sur cette idée, notamment dans son ouvrage TAZ, chapitre 2 « en attendant la révolution » http://www.lyber-eclat.net/lyber/taz.html#2
  19. Michel Onfray en a parlé dans une interview pour Rue89 http://www.dailymotion.com/relevance/search/michel%2Bonfray/video/x3mzl7_michel-onfray-23_creation
  20. Pierre-Joseph Proudhon, Du Principe fédératif (1863)
  21. une partie des anarchistes et libertaires voir introduction et début d'article

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]