Sociologie de la prison

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La sociologie de la prison est une branche de la sociologie qui étudie le monde carcéral. En France, on la distingue de la criminologie, contrairement à ce qui existe dans les pays anglo-saxons. Pourtant, concrètement, les disciplines sont très proches.

Influences et courants de pensées dans la sociologie carcérale[modifier | modifier le code]

La sociologie française de la prison s'est principalement développée à partir du début des années 1990, elle est récente comparée à l'ancienneté des travaux menés en Amérique du Nord dès les années 1930, notamment par Donald Clemmer. Celui-ci est l'auteur du concept de prizonisation signifiant que les prisonniers font l'acquisition dans et par la prison d'une sous-culture spécifique, cette notion de sous-culture sera reprise et approfondie par les travaux de Gresham Sykes dans les années 1950, puis par de nombreux auteurs au cours des décennies suivantes (notamment Stanton Wheeler, Peter Garabedian). L'influence américaine sur la sociologie française des prisons s'est muée en une influence de la sociologie anglo-saxonne sur la sociologie francophone car la sociologie des prisons s'est également développée en Belgique wallonne (avec notamment Dan Kaminsky et Yves Carthuyvels et, plus récemment, Gaëtan Cliquennois) et au Québec (Marion Vacheret, Guy Lemire), les travaux de Loïc Wacquant sur la construction de l'État pénal aux États-Unis, de Frieder Dunkel, ou du juriste britannique Dirk van Zyl Smit sont souvent cités, ce dernier dirige actuellement une revue influente au niveau international: Punishment & Society. La notion de culture dans les recherches françaises sur les prisons reste peu prisée. En revanche l'approche d'Erving Goffman et son concept d'institution totale est davantage mobilisé, de même que les analyses inspirées par les travaux du philosophe français Michel Foucault à la suite d'un livre publié en 1973 : Surveiller et punir (Gallimard), devenu best-seller mondial. Parmi les sociologues français, on note en particulier, par ordre alphabétique : Georges Benguigui, Guy Casadamont, Gilles Chantraine, Antoinette Chauvenet, Philippe Combessie, Arnaud Gaillard, Fabrice Guilbaud, Claude Faugeron, Léonore Le Caisne, Guillaume Malochet, Anne-Marie Marchetti, Corinne Rostaing, Grégory Salle.

Champs traités[modifier | modifier le code]

Les thèmes traités par la sociologie française de la prison sont variés: certains chercheurs privilégient l'étude de la prison elle-même (les détenus, les surveillants, le maintien de l'ordre en détention, etc.), d'autres l'analyse de la place de la prison dans l'ensemble du processus pénal, et, plus largement, dans la société ; la société immédiatement environnante (avec des développements de phénomènes qui sont souvent qualifiés de NIMBY), ou la société dans son ensemble.

Ouvrages généraux
  • Faugeron C., Chauvenet A, Combessie P., Approches de la prison, Bruxelles, DeBoeck Université, 1996.
  • Philippe Combessie, Sociologie de la prison, Paris: La Découverte, coll. Repères, 2001, 2004 rééd. réactualisée: 2009.
  • Benguigui Georges, Guilbaud Fabrice, Malochet, Guillaume (dir.), Prisons sous tensions, Nîmes : Champ social, 2011.

Quelques thèmes illustrant la richesse de la sociologie française de la prison[modifier | modifier le code]

Vie quotidienne[modifier | modifier le code]

  • Chantraine Gilles, 2004. Par delà les murs, Paris: Le Monde/PUF.
  • Le Caisne Léonore, 2000.Prison. Une ethnologue en centrale, Paris: Odile Jacob.
  • Chauvenet Antoinette, Rostaing Corinne, Orlic Françoise, La violence carcérale en question, Paris: Le lien social/P.U.F.

La Prison dans la société[modifier | modifier le code]

  • Combessie Philippe, Prisons des villes et des campagnes. Étude d'écologie sociale. Paris: Éditions de l'Atelier - Éditions Ouvrières.
  • Marchetti Anne-Marie, Combessie Philippe, 1996. La prison dans la cité, Paris: Desclée de Brouwer
  • Salle Grégory, 2009. La Part d'ombre de l'État de droit. La question carcérale en France et en République fédérale allemande depuis 1968, Paris: Éditions de l'EHESS,

Travail, emploi des détenus, pauvretés[modifier | modifier le code]

  • Marchetti Anne-Marie, 1997. Pauvretés en prison, Toulouse, Eres.
  • Guilbaud Fabrice, 2008. « Quand le travail libère les hommes : remarques sur la subjectivité des travailleurs détenus », in Danièle Linhart (éd.), Pourquoi travaillons-nous ?, éditions Érès, p. 37-67.
  • Auvergon Philippe et Guillemain Caroline, 2008. Le travail pénitentiaire en questions. Paris: La Documentation française.
  • Guilbaud Fabrice, 2010. « Working in Prison: Time as Experienced by Inmate-Workers », Revue française de sociologie, Annual English Sélection, vol. 51, suppl., p. 41-67.
  • Guilbaud Fabrice (avec Philippe Auvergnon), 2010. « Quarante ans d'emploi pénitentiaire : vers un droit des travailleurs détenus? », Cahiers de la sécurité, no 12, p. 183-193.

Femmes incarcérées[modifier | modifier le code]

  • Corinne ROSTAING, La Relation carcérale. Identités et rapports sociaux dans les prisons de femmes, Paris, PUF, 1997.
  • FAIRE, Femmes, Intégration et Prison. Analyse des processus d'intégration socio-professionnelle des femmes sortant de prison, rapport de recherche, Faire, 2005 disponible gratuitement en ligne.

Mineurs[modifier | modifier le code]

  • Le Caisne Léonore, Avoir 16 ans à Fleury, Le Seuil, 2007.

Longues Peines[modifier | modifier le code]

  • Marchetti, Perpétuités. Le temps infini des longues peines, Plon.

Liens familiaux des personnes détenues[modifier | modifier le code]

  • Touraut Caroline, La famille à l'épreuve de la prison, Paris, PUF, Le lien social, 2012.
  • Cassan F., Kensey A., Toulemon L., 2000, « L’Histoire familiale des hommes détenus », Insee Première, p. 30-31.
  • Pierre Le Quéau, dir., « “L’autre peine”. Enquête exploratoire sur les conditions de vie des familles de détenus », Cahier de Recherche, n°147, 2000.
  • Gwénola Ricordeau, Les relations familiales à l’épreuve de l’incarcération. Sentiments et solidarités à l’ombre des murs, Doctorat de Sciences sociales (Université Paris IV – Sorbonne), 2005. disponible gratuitement en ligne

Sexualité en prison et intimité[modifier | modifier le code]

  • Arnaud Gaillard, Sexualité et prison - Désert affectif et désirs sous contrainte, Paris, Max Milo, 2010.
  • Myriam Joël-Lauf, « L’Intimité des femmes incarcérées : Une expérience de terrain », Ethnologie française, vol. 39, 2009.
  • Carole Cardon, « L’Organisation de la sexualité en prison comme instrument de gestion des longues peines », Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, n° 52, 1999, pp. 315-321.
  • D. Welzer-Lang, M. Faure, L. Mathieu,Sexualité et violences en prison : Ces abus qu'on dit sexuels, 1996, Lyon, Arléas / O.I.P.
  • Gwénola Ricordeau, « Enquêter sur l’homosexualité et les violences sexuelles en détention », Déviance et société, 2004, vol. 28, n° 2, pp. 233-253. Résumé en ligne.

Santé et drogue en prison[modifier | modifier le code]

  • Fabrice Fernandez, Emprises. Drogues, errance, prison: figures d'une expérience totale, Bruxelles, de Boeck, 2010.
  • Bruno Milly, Soigner en prison, Paris, Puf.
  • Michel Gandilhon, "L'institution carcérale en France au miroir des drogues illicites", Cahiers de la sécurité no 12, avril-juin 2010.

Personnel pénitentiaire[modifier | modifier le code]

  • Chauvenet Antoinette, Benguigui Georges, Orlic Françoise, Le monde des surveillants de prison, Paris, Puf, 1994.
  • Malochet, Guillaume, « À l’école de la détention : quelques aspects de la socialisation professionnelle des surveillants de prison », Sociologie du travail, vol. 46, no 2, 2004, p. 168-186.
  • Malochet, Guillaume, « Dans l’ombre des hommes. La féminisation du personnel de surveillance des prisons pour hommes », Sociétés contemporaines, no 59-60, 2005, p. 199-220.

Critique de la prison[modifier | modifier le code]

  • Catherine Baker, Pourquoi faudrait-il punir ? Sur l'abolition du système pénal, Paris, Tahin Party, 2004.
  • Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, Paris, La Fabrique éd., 2001
  • Loïc Wacquant, 1999, Les prisons de la misère, Raisons d'Agir
  • Lhuillier D., 2001, Le choc carcéral, Bayard
  • Guilbaud F., 2012, Contester et subir: formes et fondements de la critique sociale des travailleurs détenus, Sociétés contemporaines, no 87

http://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2012-3-p-99.htm

Privatisation des prisons[modifier | modifier le code]

  • Salle Grégory, « État de droit, État gestionnaire », Champ pénal / Penal field, nouvelle revue internationale de criminologie [En ligne] , Vol. III | 2006, URL : http://champpenal.revues.org/601
  • Guilbaud Fabrice, 2011, « La privatisation des prisons : entre marché et 'dogme sécuritaire' », in G. Benguigui, F. Guilbaud, G. Malochet, Prisons sous tensions, Nîmes, Champ social.

Méthodologies[modifier | modifier le code]

On distingue les recherches de terrain de type ethnographique (le terrain est parfois d'accès difficile) et les recherches qui se basent principalement sur les données statistitiques ; l'univers carcéral, en particulier les détenus, est fréquemment l'objet de comptages, ce qui a entraîné le développement d'un courant spécifique de démographie carcérale - travaux développés principalement par Annie Kensey et Pierre V. Tournier.

Laboratoires de recherche et regroupements de chercheurs[modifier | modifier le code]

  • CESDIP
  • ENAP (centre de recherche de l'école nationale d'administration pénitentiaire)
  • AFC (Association française de criminologie)


Articles connexes[modifier | modifier le code]