Cathédrale Notre-Dame-en-Cité d'Arras

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ancienne cathédrale Notre-Dame-en-Cité
Dessin du chevet de la cathédrale à la fin du XVIIe siècle. On y aperçoit toute l'étendue du transept.
Dessin du chevet de la cathédrale à la fin du XVIIe siècle. On y aperçoit toute l'étendue du transept.
Présentation
Culte Catholique romain
Rattachement Diocèse d'Arras
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Pas-de-Calais
Ville Arras

La cathédrale Notre-Dame-en-Cité d'Arras est une ancienne cathédrale de style gothique, qui était située dans le quartier dit de « la Cité » à Arras. Construite essentiellement aux XIIe et XIIIe siècles et continuée durant les siècles suivants, elle a été détruite pendant la Révolution française et a aujourd’hui entièrement disparu. Siège d'un évêché qui couvrait une grande partie du riche comté de l'Artois, la cathédrale avait de grandes dimensions, soutenant la comparaison avec Notre-Dame de Paris par exemple, ou sa voisine l'ancienne cathédrale Notre-Dame de Cambrai elle aussi détruite, ce qui la faisait appartenir aux grandes cathédrales gothiques du nord de la France[1],[2].

Après sa destruction, l’évêché d'Arras fut transféré dans l’église abbatiale de l'ancienne abbaye Saint-Vaast, devenue l'actuelle cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast.

Localisation[modifier | modifier le code]

Elle était située dans le quartier de « la Cité », à l'ouest de la vieille ville, c'était un quartier autrefois quasiment indépendant du reste de la ville. Elle était juste à côté de l'actuel hôtel de préfecture du Pas-de-Calais qui est en fait l'ancien palais épiscopal qui avait été reconstruit au XVIIIe siècle au bord de la cathédrale. L'actuelle église néoclassique Saint-Nicolas-de-la-Cité, construite en 1839, occupe exactement l'emplacement de bras nord du grand transept de l'ancienne cathédrale.

Histoire et étapes de la construction[modifier | modifier le code]

En 499, sous Clovis, Rémi de Reims nomme Vaast d'Arras premier évêque d'Arras, après que celui-ci eut instruit Clovis au catholicisme, ce diocèse sera de courte durée car Clovis fait la conquête du royaume de Cambrai et cette ville est érigée en siège d'un diocèse en y rattachant Arras, Vaast d'Arras devient alors le premier évêque de Cambrai. C'est seulement en 1092, à la suite de la querelle des investitures, qu'Arras devient à nouveau la capitale d'un diocèse indépendant, celui-ci couvre une grande partie du comté de l'Artois, une des contrées françaises parmi les plus prospères de l'époque.

Le chantier de la cathédrale est lancé en 1160, seulement 12 ans après Cambrai et à peine 3 ans avant Paris, en pleine floraison de l'architecture gothique dans le Bassin parisien au sens large. En quelques décennies s’élève un fastueux chœur et un immense transept, assez homogènes, dans le style gothique primitif le plus évolué de l'époque. Ce projet d'origine est particulièrement ambitieux et prévoit sept grandes tours surmontées de hautes flèches, mais celles-ci ne verront finalement jamais le jour, comme pour toutes les cathédrales de même ambition (toutes les cathédrales gothiques de France peuvent être considérées comme des œuvres inachevées). Dans la première moitié du XIIIe siècle on entreprend la nef et la façade occidentale et à partir de là les travaux seront considérablement plus lents et disparates au cours des siècles suivants. Le chantier est interrompu entre 1250 et 1372. La cathédrale est consacrée le , encore une fois 12 ans après Cambrai. Elle subit un incendie vers 1571 et sera ensuite réparée et continuée.

Architecture[modifier | modifier le code]

Cette cathédrale appartenait pour l'essentiel à l'architecture gothique. Avant sa destruction on pouvait y observer plusieurs styles successifs, le gothique primitif était le plus important, notamment pour le chœur et le transept.

Elle avait un plan traditionnel en croix latine avec une nef, un chœur et un transept, le tout bordé de bas collatéraux formant un déambulatoire. Le grand transept, d'une grande ampleur, avait presque les dimensions d'une seconde cathédrale avec 75 m de long (soit le plus long de France), chacun des deux bras était composé de pas moins de six travées, et chacune des deux façades comportait les bases de deux tours inachevées, plus particulièrement la façade nord. Il y avait un deuxième transept bien plus court à l'ouest qui était surtout constitué de l'entrée principale de la cathédrale (du moins celle qui était la plus usitée) aménagée dans le flanc nord de la nef, étant donné que la grande façade occidentale dans l'axe de la nef était enchâssée dans le complexe du palais épiscopal et tournait le dos à la ville et était donc peu accessible. Sept tours avec de hautes flèches étaient prévues au total pour la cathédrale dans le projet d'origine particulièrement ambitieux (deux pour la façade occidentale, quatre pour les deux façades du transept, et une tour lanterne à la croisée), tout comme à Reims, Laon ou Rouen par exemple, ou les huit tours de Chartres, mais à Arras comme partout cela n'a pas abouti, il n'y a que Laon qui est passé assez prés de voir ce rêve achevé. La grande façade occidentale donnant sur la nef comportait une rose, trois grands portails formant un triptyque, et deux énormes tours dont une seule était dans un état suffisamment avancé pour former un clocher qui dominait l'édifice et la ville de ses 75 m environ, la façade était ainsi déséquilibrée un peu comme à Auxerre ou Troyes, cette tour était principalement gothique surmonté en hauteur d'un édifice d’architecture classique abritant les cloches, lui-même couvert d'une charpente couverte d'ardoise. À l'intérieur de la cathédrale, le cœur et le grand transept au moins, avaient quatre étages dont un étage de tribunes, cela est la convention pour le gothique primitif, comme à Laon ou à Noyon .

Si l'essentiel de la construction était en calcaire tendre, la craie blanche locale, quelques éléments clés étaient cependant taillés dans la pierre bleue de Tournai importée, notamment les bases et les chapiteaux des colonnes, dont certains constituent les derniers vestiges conservés de cette cathédrale, et éventuellement des colonnettes, cela était un élément de style marquant du gothique de la Flandre, de l'Artois, du Cambraisis et du Hainaut, manifestant des influences réciproques avec le style tournaisien caractéristiques dans toute la région, mais le style général ainsi que les ornements et la sculpture de cette cathédrale la rattachait surtout au Bassin parisien au sens large. Le dallage dont quelques éléments sont conservés était également en pierre bleue ornementée comme à Saint-Omer.

Par ses dimensions, elle faisait partie des grandes cathédrales gothiques du nord de la France et pouvait soutenir la comparaison avec Paris par exemple[3],[4][réf. à confirmer]:

  • Longueur: 120 m
  • Largeur: 39 m
  • Hauteur sous voute: supérieur à 30 m
  • Longueur du transept: 75 m (contre 70 m à Amiens)
  • Hauteur du clocher le plus haut: 75 m

Destruction[modifier | modifier le code]

Les trois grandes cathédrales de la région, Boulogne-sur-mer, Arras et Cambrai (mais aussi Liège en Belgique), ont été détruites sous la Révolution dans des conditions exactement similaires. À Arras tout comme à Cambrai, les troubles révolutionnaires furent plus tumultueux et destructeurs qu'ailleurs, la plupart des établissements religieux et des nombreuses et fastueuses églises qui témoignaient de la richesse et de l’importance particulière de la ville d'Arras au Moyen Âge ont été vandalisés puis détruits, seule l'immense abbaye Saint-Vaast qui venait d'être reconstruite au XVIIIe siècle en style classique (remplaçant là aussi de fastueux édifices gothiques qui étaient passés de mode) y a échappé, car elle avait été transformée en hôpital, de sorte qu'Arras, tout comme Cambrai, a entièrement perdu son important bâti religieux médiéval.

La cathédrale Notre-Dame-en-Cité est désaffectée et vandalisée à partir de 1792-1793. En 1795 elle a été un temps rouverte à la suite de pétitions. Après une période de vandalisme et d'utilisation comme étable, elle est vendue par la municipalité, mesure entérinée par un décret du gouvernement en 1799. Les spéculateurs de matériaux qui la rachètent, notamment un Hollandais nommé Vandercoster, parviennent à la démolir complètement à partir de 1799 pour vendre les pierres. Le grand cloître subit le même sort mais le palais épiscopal classique du XVIIIe siècle est alors récupéré pour devenir l’hôtel de préfecture du département du Pas-de-Calais, ce qu'il est toujours actuellement. Le premier consul Napoléon Bonaparte visite la ville en 1802, trouvant le spectacle des ruines affligeant il ordonna d'en finir au plus vite et de détruire ce qu'il en restait, comme il le fera ailleurs dans la région. À la suite du concordat de 1801 et du rétablissement du diocèse, Napoléon installe l’évêque dans l'église abbatiale Saint-Vaast, seule grande église de la ville rescapée, celle-ci devient l'actuelle cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast, bien éloignée de l'ancienne cathédrale Notre-Dame-en-Cité.

Vestiges et documents[modifier | modifier le code]

Sur place, il n'existe plus aucun vestige visible. Quelques rares chapiteaux de colonnes et pièces d'architecture ouvragées sont présents au musée des beaux-arts d'Arras, c'est tout ce qu'il reste de cette grande cathédrale gothique engloutie par l'histoire.

Le plan-relief de la ville d'Arras datant de 1718, actuellement au musée des beaux-arts d'Arras, comporte une maquette assez précise de la cathédrale, c'est le plus précieux document dont nous disposons pour la percevoir telle qu'elle était à cette époque, et de plus intégrée dans tout son environnement urbain de l'époque. Un dessin précis d'une vue de la ville à la fin du XVIIe siècle représente une vue fidèle du chevet.

Références[modifier | modifier le code]

  1. J.M. Duhamel, Les cathédrales du Nord, La Voie du Nord Éditions, 2009
  2. Mathieu Lours, dictionnaire des cathédrales, éditions Gisserot, 2008
  3. J.M. Duhamel, Les cathédrales du Nord, La Voie du Nord Éditions, 2009, page 29
  4. Mathieu Lours, dictionnaire des cathédrales, éditions Gisserot, 2008, page 59