Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier

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Cathédrale (ancienne)
Saint-Tugdual
Image illustrative de l’article Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier
Vue d'ensemble de l'édifice.
Présentation
Nom local Saint-Tugdual
Culte Catholique romain
Type Ancienne cathédrale
Église paroissiale
Basilique mineure
Rattachement Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier
Style dominant Gothique
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Côtes-d'Armor
Ville Tréguier
Coordonnées 48° 47′ 16″ nord, 3° 13′ 51″ ouest

La cathédrale Saint-Tugdual était la cathédrale de l’ancien évêché de Tréguier (un des neuf évêchés de la Bretagne historique jusqu’en 1790). Construite en style gothique aux XIVe et XVe siècles, le bâtiment comporte cependant une partie romane (tour Hasting) conservée de la cathédrale romane antérieure. La cathédrale a cette remarquable particularité de posséder trois tours, toutes prenant appui sur le transept. L'édifice est élevé au rang de basilique mineure par le pape Pie XII le 28 février 1947.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant la cathédrale gothique[modifier | modifier le code]

Une photo d'une statue représentant un saint évêque en ornements liturgiques
Tugdual de Tréguier, statue de la cathédrale

Un moine gallois, nommé Tugdual, fonde un monastère à Tréguier au VIe siècle. On y institue un siège épiscopal au milieu du IXe siècle : l'abbatiale devient alors cathédrale. Elle est ruinée par les Normands, puis rebâtie vers 970, par l'évêque Gratias. Il ne reste aujourd'hui rien de cet ancien édifice[1].

Au XIIe siècle, on reconstruit de nouveau la cathédrale, cette fois dans le style roman. Il ne subsiste de cette époque qu'un clocher, appelé Tour de Hastings, à l'extrémité du bras nord du transept. La conservation de cette partie de l'ancienne édifice s'explique sans doute par le fait que c'est là que se trouve le tombeau d'Yves de Tréguier, très vénéré des fidèles. Ce prélat, official du diocèse, lance une restauration du bâtiment roman autour de 1291 ; il est notamment impliqué dans la réfection d'une partie de la toiture. Après la mort d'Yves, un culte se développe rapidement sur sa tombe. Cela a deux conséquences : les pèlerins qui affluent auprès des reliques du saint drainent de nouveaux moyens financiers, mais leur nombre rend l'ancienne cathédrale romane trop étroite. Il faut donc reconstruire une nouvelle église plus grande. Peut-être est-ce Geoffroy II de Tournemine, évêque de 1296 à 1317, qui projette le premier les travaux ; cependant les travaux ne commencent réellement qu'en 1339[2].

La construction de l'édifice gothique[modifier | modifier le code]

Le chantier commence par la nef. La construction démarre à la façade occidentale et se fait en deux temps : d'abord le premier niveau de la façade, avec le portail et son porche, ainsi que les trois premières travées[3] ;ensuite, après une interruption d'une durée indéterminée, peut-être due à la guerre de Succession de Bretagne[4], les travaux reprennent ensuite dans le bas-côté nord, puis dans le bas-côté sud. Les parties hautes de la nef sont construites d'une traite, lors de cette deuxième phase du chantier[5].

Le transept et le chœur sont construits ensuite, dans le dernier quart du siècle jusqu'aux alentours de 1400, comment en attestent les clefs de voûtes : on y trouve les armes de l'évêque Pierre Morel (1385-1401) dans le chœur, et dans le bras nord du transept celles de Jean V et Jeanne de France qui peuvent être datées entre 1397 et 1401. On bâtit ensuite la tour des cloches, aussi dite tour Neuve, autour de 1430. Le duc Jean V se fait ensuite construire une chapelle funéraire le long du collatéral nord, tout près du transept. Les travaux sont commencés en 1442 et achevés dans les années qui suivent. Enfin, Jean IV de Plouec, évêque de 1442 à 1453, commande la décoration murale et les vitraux[4].

Le chantier se poursuit par la construction du cloître, dont les travaux sont attestés en 1457. Il est bénit le 25 septembre 1468. On dispose enfin de divers mentions de travaux : les vitres sont posées aux fenêtres de la librairie (c'est-à-dire de la bibliothèque) en 1466 ; en 1470, on procède à des réparations au porche de la tour des cloches, au sud, où intervient le sculpteur Hervé Ploegolm[6].

Après l'époque gothique[modifier | modifier le code]

Des travaux, entre 1785 et 1787, construisent ou reconstruisent la flèche de la tour des cloches[6]. Elle est endommagée lors des tempêtes de décembre 1999[7].

La cathédrale fait partie de la première liste des monuments historiques de 1840, émise par Prosper Mérimée[8].

Hubert de Sainte-Marie a réalisé une grande part des vitraux de l'église[9].

Description[modifier | modifier le code]

Extérieur[modifier | modifier le code]

La façade[modifier | modifier le code]

Une photo de façade d'église à deux niveaux, avec un grand porche central et au-dessus une grande baie à lancettes
Façade de la cathédrale de Tréguier

La façade de la cathédrale de Tréguier est caractérisée par sa simplicité : un simple mur-pignon ferme les trois vaisseaux. Un porche central abrite le portail occidental de la cathédrale. Au sud de ce porche, une tourelle de plan carré donne accès à des escaliers et couloirs qui desservent les niveaux supérieurs ; en guise de pendant à cette tourelle, un gros contrefort, côté nord, est surmonté d'un culée massive et d'un pinacle. Au-dessus du porche, une grande baie de style rayonnant éclaire la nef centrale. Des tourelles d'escalier de plan carré, surmontées chacune d'un lanternon, flanquent le mur-pignon[10].

Photo d'un porche avec une entrée décorée par un remplage de pierre, deux murs latéraux avec des colonnettes, et un portail formé de deux portes trilobées
Porche occidental de la cathédrale de Tréguier

Le porche monumental, très profond, est composé de deux murs latéraux portant une voûte à croisée d'ogives. L'accès au porche se fait par un remplage monumental, qui sépare l'entrée en deux. Au milieu, une colonnette en délit. Ce remplage est composé de deux trilobes très étirés en hauteur ; un oculus polylobé occupe l'écoinçon. Un jeu de colonnettes à chapiteaux anime les murs latéraux du porche ; elles portaient initialement des statues, trois de chaque côté. Ce porche abrite un portail composé également de deux portes à arcatures trilobées, séparées par un trumeau. À l'avant de celui-ci, une colonne porte une statue en ronde-bosse, couronnée par un dais engagé dans le tympan[11].

La nef[modifier | modifier le code]

La nef de la cathédrale de Tréguier se présente, de l'extérieur, comme une élévation à deux niveaux : les bas-côtés, avec leur série de fenêtres, et les fenêtres hautes de la nef proprement dite, soutenue par les arcs-boutants.

De l'extérieur, la nef de la cathédrale de Tréguier est marquée par une grande sobriété et une forte horizontalité, soulignée par les balustrades qui couronnent chacun des deux niveaux. Les seules lignes verticales sont celles des arcs-boutants et des remplages des fenêtres[12].

Le porche monumental méridional a un décor plus recherché que celui de la façade occidentale, ce qui indique que l'entrée principale se faisait par le sud et non par l'ouest[13].

Le transept[modifier | modifier le code]

Le portail de la tour des Cloches[modifier | modifier le code]

La tour de Hastings[modifier | modifier le code]

Une tour en architecture romane. On voit deux niveaux ; le premier est ouvert par une baie en plein cintre, le second par deux baies géminées également en plein cintre. À l'angle de la tour, il y a une tourelle d'escalier.
La tour de Hastings de la cathédrale de Tréguier

À l'extrémité du bras nord du transept se trouve la tour de Hastings, qui comporte quatre niveaux de hauteurs inégales. Le premier niveau est entièrement imbriqué dans les bâtiments qui l'entourent. Le deuxième est aveugle, mais les murs portent des traces d'ouvertures murées. Au-dessus, deux baies en plein cintre ouvrent chacune une des faces de la tour. L'une d'entre elles est partiellement murée. Enfin, au quatrième niveau, deux baies percent chaque mur. Leurs dimensions varient d'un mur à l'autre ; sur les murs nord et est, elles prennent la forme d'une large arcade murale encadrant deux baies géminées. Au nord-est, une tourelle d'escalier permet d'accéder au différents étages. L'ensemble est réalisé dans un appareil irrégulier, mais dont la mise en œuvre est soignée[14].

Le chevet[modifier | modifier le code]

Le cloître[modifier | modifier le code]

Enfin la cathédrale possède un superbe cloître gothique à 48 arcades, situé dans l'angle formé par le chœur et le croisillon nord du transept, donc au nord-est de l'édifice. Vouté en charpente, il fut construit en 1468. Il offre un beau point de vue sur les trois tours de l'édifice.

Intérieur[modifier | modifier le code]

L'édifice comprend seulement à l'ouest une nef à trois vaisseaux, à l'est un chœur entouré d'un déambulatoire sur lequel donnent trois chapelles rayonnantes. Le transept est bien marqué, et se compose d'un bras ou croisillon nord qui soutient une tour romane appelée tour Hasting, et un croisillon sud surmonté à son extrémité d'une tour gothique (dite « tour aux cloches ») se terminant par une flèche ajourée haute de 60 mètres

Mobilier[modifier | modifier le code]

À l'intérieur se trouvent le tombeau de Saint Yves, le saint-patron des Bretons et des avocats, le tombeau de Jean V de Bretagne ainsi que les tombeaux de la famille des seigneurs de Tréguier de 1264 à 1444.

Les plus connus de ces seigneurs sont Olaf de Tréguier (1391-1444), sa femme, Elizabeth de Tréguier née de Mortemer (1392-1444). Leur mariage fut celui de l’amour, rare en ces temps où les arrangements politiques primaient sur les sentiments. En outre, l'édifice comporte aussi les cinq petites tombes aux gisants bien tristes de leurs enfants Arthur, Edwige, Elizabeth, Rolph et Edmond. Retrouvés tous morts au matin du 1er novembre 1444, la fin tragique de cette famille constitue une énigme de l'histoire bretonne.

Les orgues datent du XVIIe siècle.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tillet 1982, p. 135
  2. Bonnet 2010, p. 445
  3. Le Boulc'h 2002, p. 37
  4. a et b Bonnet 2010, p. 445-446
  5. Le Boulc'h 2002, p. 39-40.
  6. a et b Bonnet 2010, p. 446
  7. « Cathédrale de Tréguier. Indemnité de 336. 000 € », Le Telegramme,‎ (lire en ligne, consulté le 30 novembre 2018)
  8. Notice no PA00089701, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. « Cathédrale. Des vitraux ressuscités à Quintin », Le Telegramme,‎ (lire en ligne, consulté le 30 novembre 2018)
  10. Le Boulc'h 2002, p. 40-41.
  11. Le Boulc'h 2002, p. 43-44
  12. Le Boulc'h 2002, p. 40
  13. Le Boulc'h 2002, p. 42
  14. Tillet 1982, p. 137

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Barrié, « La cathédrale Saint-Yves de Tréguier : l'architecture bretonne du XIVe siècle », Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, vol. LX,‎ , p. 286-291 (ISSN 0750-1420)
  • Anatole de Barthélemy, « Les reliques de saint Tugdual, évêque de Tréguier », Revue de Bretagne, vol. XXV,‎ , p. 401-413.
  • Anatole de Barthélemy, « Extraits des registres de la fabrique de la cathédrale de Tréguier », Bulletin du Comité de la Langue, de l’Histoire et des Arts en France,‎ 1852-1853, p. 131 sq.
  • Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne, Paris, Editions du Patrimoine, coll. « Dictionnaire guide du patrimoine », , 531 p. (ISBN 2-85822-728-4), p. 481-485
  • Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne gothique, Paris, Picard, , 485 p. (ISBN 978-2-7084-0883-8), p. 445-459
  • Jean-Michel Boulbain, La cathédrale de Tréguier, Paris, CEFAG, , 31 p.
  • Jean-Christophe Cassard (dir) et Georges Provost (dir), Saint-Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire. 1303-2003. Actes du colloque de Tréguier (18-20 septembre 2003), Rennes, PUR, (ISBN 978-2-7535-2585-6), p. 79-89
  • Paul Chardin, « Recueil de peintures et sculptures héraldiques : la cathédrale de Tréguier », Bulletin monumental,‎ , p. 287-313, 333-351, 474-500 (ISSN 2275-5039, lire en ligne)
  • Raymond Cornon, « La cathédrale de Tréguier », Congrès archéologique de France, Société Française d'Archéologie « 107e session, 1949, Saint-Brieuc »,‎ , p. 102-103
  • René Couffon, « Un catalogue des évêques de Tréguier rédigé au XVe siècle », Mémoires de la société d'émulation des Côtes-du-Nord,‎ , p. 33-147 (ISSN 1762-5637)
  • Pol de Courcy, « Monographie de la cathédrale de Tréguier », Bulletin archéologique de l'Association bretonne,‎ , p. 87-102
  • Maurice Dilasser (dir.), Patrimoine religieux de Bretagne. Histoire et inventaire, Brest, Le Télégramme, , 381 p. (ISBN 2-84833-173-9), p. 139-140
  • Sophie Duhem, « Figures grotesques, figures sacrées. Les stalles de la cathédrale de Tréguier », Ar Men,‎
  • Yves Gallet, « Tréguier. Cathédrale Saint-Tugdual », Congrès archéologique de France, Société Française d'Archéologie « session 2015 : Monuments des Côtes d'Armor. Le "Beau Moyen Âge" »,‎ , p. 251-273
  • Yves Gallet, « La cathédrale de Tréguier au temps de saint Yves », dans Jean-Christophe Cassard et Georges Provost (dir.), Saint Yves et les Bretons, Rennes, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 9782753500006, lire en ligne), p. 79-89.
  • Anne-Claude Le Boulc'h, « La nef de l'ancienne cathédrale de Tréguier et la formation d'une architecture gothique régionale », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest,‎ , p. 35-58 (ISSN 0399-0826, lire en ligne)
  • Chantal Leroy et Dominique de la Rivière, Cathédrales et basiliques de Bretagne, Paris, Ereme, , 207 p. (ISBN 2-91-533769-1), p. 180-191
  • Georges Minois, « Réforme catholique et liturgie en Bretagne au XVIIe et XVIIIe siècles : le cas de la cathédrale de Tréguier », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, vol. 89-4,‎ , p. 451-478 (lire en ligne)
  • Louise-Marie Tillet, Bretagne romane, La Pierre-Qui-Vire, Zodiaque, , p. 135-139

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]